L’école, l’envers du décor

Vous avez un ancêtre instituteur ? Pensez à rechercher l’envers du décor : les demandes non satisfaites, les plaintes, les interventions politiques …

instituteur

Les informations connues

Retracer la carrière professionnelle d’un instituteur ou d’une institutrice passe souvent par des étapes facilement identifiables : les diplômes, les nominations, les notations annuelles et, pour les plus chanceux, des photos de classe.

Ces éléments permettent de jalonner la vie professionnelle mais ils sont restrictifs. Pensez-donc à rechercher d’autres sources.


Mauvais élèves

Certains dossiers comportent les livrets scolaires du ou de la future institutrice. Les notes n’y sont pas forcément brillantes. Mais en l’absence de ce document, vous pouvez aussi rechercher les examens ratés, c’est-à-dire les notes trop faibles pour obtenir le diplôme permettant d’enseigner.

C’est aussi une démarche à envisager pour les ancêtres qui ont tenté et jamais réussi l’examen. Votre arrière-grand-mère vous a dit qu’elle avait failli être institutrice ? Fouillez les registres de brevets d’enseignement primaire… mais pas uniquement sur votre département ! Selon la résidence du candidat, l’examen pouvait être passé dans le chef-lieu de département le plus proche.

Les notes vous donneront peut être une indication de la raison pour laquelle l’arrière-grand-mère a finalement eu une autre destinée !

 

Demandes satisfaites non satisfaites

L’instituteur ou l’institutrice, titulaire ou non, sollicite régulièrement avant la rentrée soit une promotion, soit une mutation, soit le souhait de rester au même endroit. Ces demandes ne sont pas forcément conservées dans le dossier de carrière.

Recherchez ces lettres qui sont souvent annotées de commentaires qui ne seront pas retranscrits aux concernés. La réponse officielle est parfois conservée en mode « brouillon » avec ses abréviations. Notons, par exemple, le V a b v a m a s signifiant « Vous avez bien voulu appeler mon attention sur »

Quelques exemples d’informations qu’on peut trouver dans les courriers administratifs : son mari vient d’être nommé comme cantonnier dans une commune voisine, mais il n’y a pas de possibilité de la muter, elle devra rester sur place (1920). Elle veut rejoindre son frère à Berlin (sans date), ils veulent aller dans une région plus tempérée (1920), il veut travailler à Paris (1939)…

Toutes ces demandes seront étudiées et souvent refusées. L’appui d’une personnalité politique peut alors régler le problème.


Les interventions politiques

Mr le député, Mr le Sénateur, Mr l’industriel local, Mr le représentant de la Grande loge de France, Mr le maire… tous sont sollicités pour proposer de faire venir ou de faire se déplacer un, une ou un couple d’instituteur.


Le fonctionnaire qui souhaite se rapprocher de son ou sa fiancée, de ses parents, de la ligne ferroviaire, de la ville, etc fait régulièrement appel à une instance politique pour voir satisfaire sa demande. L’argument est évidemment plus puissant quand on est apparenté à un juge de paix, un maire, un employé des impôts, ou à un autre politique !

Mais les demandes d’intervention peuvent être plus pragmatiques : ainsi une institutrice sollicite le préfet pour la construction d’un garage pour son automobile (1930). Un autre instituteur veut partir de l’endroit qui lui a été affecté parce que sa famille a été victime d’un très grave accident de voiture dû à la route dangereuse qui donne accès à sa commune (1923).

On trouve aussi un exemple où le préfet fait déplacer une institutrice dans la commune d’exercice de son époux en application de la loi : son mari étant notaire, il a obligation de résidence dans la commune de son étude. (Les notaires sont tenus d'habiter personnellement dans la commune où leur résidence a été fixée conformément aux dispositions de l'article 4 de la loi du 25 ventôse an XI.)


Les plaintes

L’inspecteur d’académique doit aussi gérer les plaintes qui émanent souvent des parents d’élèves.

Mr l’instituteur était violent : il donnait gifles, coups de poing sur la tête (1939) ; il avait le dégoût d’enseigner, il traitait les enfants de bornés, de sangliers, de crétins (1925) ; il fait chanter l’internationale aux enfants ; il a finalement une réprimande inscrite à son dossier suite au châtiment corporel qu’il a administré à un élève (1941).


Les femmes sont moins citées. Mme l’institutrice passait son temps en classe à peigner sa fille, à faire éplucher des pommes de terre aux élèves, blanchir les chaussures (1927), elle néglige les enfants (1930).


Les plaintes sont parfois justifiées (après enquête). On donne alors raison aux parents en déplaçant les enseignants. Dans d’autres cas, il faudra juste un peu de pédagogie. C’est le cas de la maman d’une fillette qui se plaint que sa fille n’a pas été présentée au certificat d’études. L’inspecteur lui expliquera que l’enfant n’avait qu’une moyenne de 2/20… soit un niveau trop faible !


Les condamnations

Les condamnations des instituteurs et instructrices ne sont pas toujours consignées dans leur dossier. On en retrouve la trace d’un point de vue administratif et bien entendu dans les archives judiciaires.

Ces condamnations concernent principalement des accidents par exemple de la route, du braconnage, ou des coups et blessures. Les affaires de détournements de fonds, de titres, l’usage de faux sont généralement suivis d’une destitution.


Les locaux

Comment dissocier un enseignant de ses lieux d’exercice ? La salle de classe et ses équipements sont décrits dans les notations, mais les besoins en équipement, en travaux, en améliorations sont à explorer pour comprendre l’envers du décor.

Outre les autorisations pour faire classe dans la cuisine de la maison (écoles privées par exemple), les baux de location d’écoles, les délibérations de conseils municipaux, n’oubliez pas de consulter les archives administratives de l’inspection d’académie. Vous y retrouverez peut-être la trace de vos ancêtres instituteurs.

 

 

Des informations à croiser

Plaintes, mutations refusées, interventions politiques, toutes ces informations, à l’origine confidentielles, ne sont pas conservées dans les dossiers des fonctionnaires mais dans d’autres fonds. Leur consultation est plus au moins fastidieuse selon le classement (chronologie ou alphabétique). C’est surtout l’absence d’informations nominatives précises qui nécessite de croiser les informations pour déterminer s’il s’agit de la bonne personne.


Pour l’Aveyron, une indexation massive et élargie tant pour le personnel, que les examens, les locaux, les courriers administratifs et les plaintes est partiellement mise à disposition sur la base de données.

Image d'illustration : collection personnelle
© 2023 Généalanille
Article publié le 5 septembre 2023
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