Le monument du centenaire

Le monument du centenaire de la révolution française de Rodez a subi des modifications à plusieurs reprises. Il est toujours visible dans le parc du foirail de la ville.

Un centenaire et une statue

Le 26 mars 1888, le conseil municipal de Rodez nomme une commission qui doit préparer le centenaire de la révolution française dans la ville. Cette commission a aussi en charge de faire le choix d’une statue à Alexis Monteil auteur ruthénois de l’ « histoire des français et des divers états ».

En décembre 1888, le conseil municipal vote l’érection d’un monument commémoratif composé d’une colonne sur un piédestal surmontée d’un buste.

Le buste sera en bronze. Le reste en taille de pierres. Le tout mesurera 8 mètres…. et le projet (primé par un concours de 100 francs) appartiendra à la ville.

Un concours primé

En janvier 1889, six des concurrents protestent : ils ont décelé deux projets faits sous un nom d’emprunt. Or ces faux concurrents seraient des conseillers municipaux faisant partie du jury….

Ils sont finalement 17 concurrents à participer. 14 dessins et 3 maquettes. Colonnes ou pyramides sont les plus proposées. Et c’est François Mahoux, sculpteur né dans la ville, qui remporte le concours. Son projet porte la devise « C’est difficile ».

Image d’illustration de modèles primés de colonnes commémoratives de la Révolution. Source 1M867-AD12

Deux concurrents ayant eu la mention honorable, Mr Paul Mahoux, sculpteur et Mr Besse, architecte, touchent chacun une somme de 50 francs.

3000 francs de budget

Les fêtes du centenaire sont prévues le 5 mai 1889 ( !!) et il n’est pas question de dépenser trop d’argent. Les affiches placardées en ville indiquent « Nous n’avons ni la volonté, ni le pouvoir de faire à Rodez de magnifiques et coûteuses solennités comme celles des grandes villes… »

Le projet primé est soumis au conseil municipal, refondu par l’architecte du département, Mr Pons. Le budget est le suivant:

  • 700 francs sont prévus pour la partie artistique de Mr Mahoux,
  • 2000 francs sont prévus pour la construction du monument,
  • Et enfin 300 francs sont budgétés pour la grille qui entourera le monument…. plus tard !

L’adjudication sommaire est fixée au 1er avril 1889 pour les entrepreneurs. Et c’est Hippolyte Fabre qui remporte le marché avec un rabais de 9%. Le monument doit être achevé au plus tard le 10 juillet.

Place du bourg

La place du bourg à Rodez est historiquement celle où était installée la guillotine pendant la révolution française. Et c’est le lieu qui est choisi pour installer ce « monument du centenaire » qui a été choisi par le conseil municipal.

Les blocs de pierre calcaire grise de Saint Bauzély arrivent au mois de mai sur la place du bourg. Ce sont elles qui vont servir pour le piédestal de la colonne. Une palissade en planches est installée sur la place et l’on commence à creuser les fondations.

L’inauguration est prévue le 14 juillet 1889 à 10H ou 10H30 en présence du préfet et de la municipalité de la ville. Elle a lieu à 9H45 et le journaliste ne fait pas une éloge glorieuse de la fête, ni du monument « un pilier de granit qui n’a même pas le mérite d’être un monolithe ».

Le maire qui doit dévoiler la statue tire sur la ficelle qui se rompt avant de laisser apparaitre une Marianne que la foule ne trouve « point belle » et selon le journaliste « ce n’est point la faute de l’artiste ». « C’est une fille grosse et grasse, une Vénus épaisse ».

Un gamin finit par grimper lentement à une échelle pour déposer « une couronne tricolore sur la tête de granit ». Voilà, quelques citations et c’est l’heure du banquet !

Mr Mahoux, indiquera qu’il s’est senti froissé par les propos du journaliste… comme on le comprend !

Dans le parc du foirail

« Une convention passée avec l’autorité militaire autorise la ville à incorporer dans le jardin du Foirail l’allée ouest. » C’est dans cette allée qu’est prévu le déplacement du monument du centenaire. Un crédit de 1200 francs est alloué à ce déplacement.

Pourquoi le déménager ? Pour installer une statue de Blazy Bou dit Lebon à sa place !

Les travaux relatifs à son déplacement ont débuté fin janvier 1896 pour aller rejoindre l’allée fraichement macadamisée. A peine arrivé (le 9 février 1896), le buste a été cassé à coup de marteau et on a trouvé une enveloppe portant les mots

« Qu’elle périsse : c’est ainsi qu’elle a traité nos pères. »

En novembre 1898, on évoque le remplacement du buste par une statue en bronze qui serait une réduction de la statue de la liberté de Bartholdi. Fournie par la société du Val d’Osne (52), elle est mise en place en décembre 1898 sur la colonne. Elle pèse 225kgs. Elle mesure 2,30m. “Toute la municipalité assistait à cette opération.”

Ce serait donc la deuxième statue de la liberté en Aveyron, puisqu’un exemplaire a été inauguré le 14 juillet 1889 à Saint Affrique par le sous préfet Richier….

La statue de Mathurin Moreau

Ce n’est pas la statue de la liberté qui trône aujourd’hui sur le “monument du centenaire” appelé “colonne de la liberté” mais un bronze de Mathurin Moreau, lui aussi sculpteur et collaborateur de la fonderie du Val d’Osne.

Quand le changement de bronze a-t-il eu lieu? La “liberté éclairant le monde” a-t-elle réellement pris place sur le foirail de Rodez? Je n’ai (pour le moment) pas de trace pour dater précisément les informations lues sur différents journaux d’époque. Par contre, on peut évaluer la présence de “L’Aurore” de Mathurin Moreau à une date inférieure à 1912 grâce à différentes cartes postales “voyagées”.

Près de la place des ruthènes

Avec le réaménagement du foirail et l’installation du musée Soulages à Rodez, c’est tout le quartier qui a subit une profonde mutation visuelle. Et le monument a, lui aussi, bougé.

Ce dernier déplacement lui permet d’être plus proche de la nouvelle esplanade où ont lieu les cérémonies (comme celle du 14 juillet).

Le monument est démonté le 6 mars 2014 pour être démoussé et examiné par les services techniques. La colonne de la liberté est réinstallée une semaine plus tard.

Finalement…. La statue de Blazy Bou dit Lebon a été inaugurée en avril 1900. Celle de Monteil le 29 septembre 1889 dans le square du même nom.

© 2020 Généalanille

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Cet article a été réalisé dans le cadre du challenge UproG de mars 2020 sur le thème imposé “un monument de votre ville”.

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