Les tours d’exposition d’enfants de l’Aveyron

Abandonner un enfant dans des tours d’hospice, telle est la possibilité offerte par la loi de 1811. En Aveyron, on dénombre jusqu’à 8 tours qui seront progressivement supprimés.

1811 : Un tour par hospice

Le décret du 19 janvier 1811 indique dans son article 3 « Dans chaque hospice destiné à recevoir des enfants trouvés, il y aura un tour où ils devront être déposés. »

Tous les départements ne vont pas mettre en place un tour, mais dans l’Aveyron ce sont 8 tours qui vont être installés  : Rodez, Millau, Villefranche de Rouergue, Saint Affrique, Espalion, Conques, Mur de Barrez et Saint Geniez.

 

Mais l’article 4 du décret précise une autre condition « il y aura au plus, dans chaque arrondissement , un hospice où les enfants pourront être reçus ». 5 arrondissements donc pas plus de 5 hospices pour recevoir les enfants ! C’est trois de trop. Dès le 27 septembre 1811, les 3 tours de Conques, Mur de Barrez et Saint Geniez sont supprimés.

Conques est rattaché à Rodez, les deux autres à Espalion. Administrativement parlant, la suppression n’est effective qu’au 1 er janvier 1812.

 

1829 : deux nouveaux tours fermés.

Le nombre d’admission d’enfants exposés a été « chaque année de plus en plus considérable ». Les dépenses à la charge du département augmentent en conséquence.

Par ailleurs, la position de certains hospices « dans des villes peu populeuses » ne permet pas de cacher le lieu de placement des enfants. Les parents savent où sont les enfants qu’ils abandonnent et arrivent même parfois à les récupérer en nourrice… en touchant une pension.

Le préfet de l’Aveyron décide de fermer les tours d’Espalion et de Saint Affrique au 30 juin 1829.

Les maires sont chargés d’informer les chirurgiens accoucheurs et sage femme de leur circonscription et de faire publier l’arrêté pendant 3 dimanches à la porte des églises à la sortie des offices.

1830 : un tour supprimé

Le problème avait été évoqué en 1829. Des enfants issus d’autres départements sont probablement abandonnés dans l’Aveyron. Le Cantal, la Lozère, le Lot et le Tarn et Garonne n’ont conservé qu’un tour. Le Tarn, qui en avait six, n’en a gardé que deux. Dans l’Aveyron, il en reste trois !

Et l’on va plus loin dans la comparaison. L’hospice de Villefranche de Rouergue voit son nombre d’enfants exposés multiplié par 2,4 en 10 ans. Le nombre d’enfants, rien qu’à l’hospice de Villefranche, est supérieur à celui de tout le département voisin du Lot.

L’Aveyron ne peut pas continuer de payer pour tout le monde. Le préfet décide alors de supprimer le tour de l’hospice de Villefranche à partir du 1 er juillet 1830.

1844 : Suppression du tour de Millau

Les départements voisins ferment une partie de leur tours: Lodève et Clermont dans l’Hérault, Le Vigan dans  le Gard et Florac dans  la Lozère. Par conséquent, le nombre d’enfants abandonnés à l’hospice de Millau augmente rapidement. Cet abus qui « grève les finances du département de l’Aveyron » va engendrer la suppression du tour de Millau au 1 er janvier 1844 . Tous les enfants exposés le seront dorénavant uniquement à Rodez.

 

1845 : fermeture du dernier tour

L’arrêté date du 28 novembre 1844 et il prend effet au 15 juillet 1845. Le tour annexé à l’hospice de Rodez pour l’exposition des enfants est supprimé.

Outre le problème d’abandon d’enfants issus d’autres départements, l’Aveyron est un des départements où le nombre de naissances illégitimes est proportionnellement le plus grand (après les départements à grands centres de population que sont la Seine, le Rhône, les Bouches du Rhône et de la Gironde).

En France en 1841, 1 enfant sur 38 est abandonné. En Aveyron, c’est 1 enfant sur 25 qui est abandonné en 1841.

Et puis, l’article 349 du code pénal prévoie la poursuite des auteurs ou complices de toute exposition d’enfant de moins de 7 ans…

Le tour est supprimé, mais il est remplacé par un bureau d’admission ouvert de 9H à 17.

1848 : réouverture de 5 tours

Le 28 mars 1848, les 5 tours des hospices des chefs lieux d’arrondissement sont rétablis par arrêté des commissaires du département.

L’information est diffusée en quelques lignes dans le journal.

Mais le conseil général de l’Aveyron, dans sa session du 28 novembre 1848, est d’avis que « tous les tours soient supprimés.»

 

1849 : fermeture des tours

L’arrêté du préfet prend effet au 20 aout 1849. Les tours des différents hospices de l’Aveyron sont définitivement fermés. Ils sont remplacés par des bureaux d’admission ouverts de 9H à 10H et de 16H à 17.

Certains tours auront ouverts pendant plus de 30 ans.

 

Sources: mémoires de la société des lettres, sciences et arts de l’Aveyron, Travaux de la commission des Enfants-Trouvés instituée le 22 août 1849 par arrêté du Ministre de l’intérieur. Tome 2, numérisés par Gallica, Journal de l’Aveyron-AD12, PER1181-AD12

© 2017 Généalanille - Article publié le 14 décembre 2017

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