Il menait joyeuse vie

Auguste Solassol était en faillite mais il menait joyeuse vie. 9 mois ont suffi pour dilapider la succession de son grand père.

Entête d'un marchand de bois
Exemple d’entête commerciale.

L’affaire du grand père

Le grand père Solassol est négociant en bois. Il meurt en octobre 1899 et ses cinq petits enfants sont bénéficiaires de la succession, par représentation de leur père décédé.

Auguste fait partie des cohéritiers, mais ses affaires ne sont pas très florissantes… d’ailleurs une saisie arrêt a été ordonnée sur ses biens. D’après les « on-dit », au partage de la succession deux des sœurs ont plus ou moins donné leur part pour qu’il vive et reprenne le commerce du grand père.

… devient son affaire

Fin mars 1900, Auguste reprend l’affaire.

Il obtient, de part la réputation de la famille, une grosse livraison de bois, de qualité supérieure à celle du pays avec la possibilité d’obtenir un crédit pour les échéances de juillet, aout et septembre. Ça lui laisse 6 mois de trésorerie… mais le bois est acheté à un prix qui ne lui laisse pas avoir un bénéfice… s’en est-il rendu compte ?

Une gestion approximative.

De nature aventurier et fêtard, Auguste Solassol laisse son entreprise à l’abandon. Il part en voyage et fait des dépenses exagérées. “Il menait joyeuse vie” diront les témoins. Auguste ne gère pas son affaire ou d’une manière un peu hasardeuse. En effet, il essaye d’acheter à crédit pour vendre au comptant, mais ça ne fonctionne pas. Par conséquent, les traites sont impayées.

En faillite

Le dimanche 12 aout, Auguste vend son fonds à deux acheteurs dont un fabricant de salaisons et de conserves d’olives. Celui-ci lui achète la quasi totalité du stock de bois.

Ce monsieur n’est pas intéressé par la marchandise, il n’est qu’un intermédiaire capable de payer en pièces d’or et au comptant Auguste. Le bois restera 3 jours à la gare avant d’être expédié.

Et le 21 aout, Auguste envoie une lettre au président du tribunal de commerce pour expliquer qu’il est en faillite.

La procédure en route

Le juge déclare la faillite deux jours plus tard et nomme un juge commissaire et un syndic provisoire. Il n’y a pas d’apposition de scellés si l’inventaire peut être fait en un jour. Et l’inventaire est vite fait : il ne reste que des liteaux (valeur 200 francs) et 2 hangars tombant de vétusté.

Le passif, quant à lui, est de l’ordre de 9 à 10 000 francs. Le bois a été vendu 3 487 francs au fabricant de salaisons alors qu’il en valait 5 000… et sans aucune trace sur le livre des comptes.

Le failli doit se rendre en maison d’arrêt mais il a quitté la région, prétextant qu’il allait faire l’ouverture de la chasse dans l’Hérault. Il doit rentrer dans 3 ou 4 jours….

De faillite à banqueroute

Une faillite, c’est quand le passif (les dettes) est supérieur à l’actif (les biens, les économies) ET que l’on ne peut plus payer.

La banqueroute, c’est quand il existe une procédure engagée collectivement par les créanciers pour récupérer l’argent qu’on leur doit. Le tribunal émet un avis sur les raisons qui ont pu conduire à la banqueroute (frais imprévus, compta fictive, détournement…). Puis il propose :

  • soit un redressement (suppression d’une partie de l’activité, étalement des dettes…)
  • soit une liquidation judiciaire (l’entreprise est vendue et les créanciers sont remboursés selon des ordres et à proportion de ce qui est possible) ;

Mais il y a banqueroute et banqueroute. Si vous êtes de bonne foi, la banqueroute est dite simple. Si vous avez dissimulé une partie de votre actif, fraudé, magouillé la comptabilité, il s’agit d’une banqueroute frauduleuse. Cette dernière est un délit puni par la loi.

Une banqueroute frauduleuse

Plus que d’avoir vendu son commerce avant de déclarer sa faillite, Auguste est coupable de ne pas avoir noté cette transaction dans son livre de comptes ! Mais c’est aussi son train de vie et son absence de gestion qui amèneront les juges à le condamner à 20 ans de travaux forcés, par contumace, car Auguste ne s’est pas présenté à l’audience. Le mandat d’arrêt signé contre lui et diffusé en aout 1900 n’a pas permis de l’arrêter.

La faillite est rouverte

En novembre 1907, sur la demande d’un créancier de Marseille, le tribunal de commerce rouvre le dossier. Il constate « qu’il existe des fonds suffisants pour continuer les opérations de faillite ». Une procédure de réouverture de faillite est engagée : un juge commissaire et un syndic sont nommés.

Pourquoi des fonds ont été retrouvés ? Parce que la mère d’Auguste est décédée et qu’il est héritier d’une somme d’argent qui permet de payer partiellement ses créanciers.

Auguste est « sans domicile ni résidence connue en France ». Il ne touchera rien de son héritage. Tout est réparti entre les frais et les créanciers (qui ne touchent que 7,5% de leurs créances).

Sa faillite sera close mais les 20 ans de travaux forcés ne seront pas prescrits. Il continuera à mener une autre vie jusqu’à son décès.

Et pour vos ancêtres?

La faillite ou la banqueroute sont des événements malheureux pour vos ancêtres mais les archives sont généralement bien conservées et permettent de trouver une mine d’information.

© 2021 Généalanille

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