Je suis amoureux de sa femme

Deux couples mariés dans un petit village de l’Aveyron et puis cette phrase « Je suis amoureux de sa femme ». Devant tout le monde ! Aussitôt, Pierre, le mari a tiré sur Étienne, l’amant.

Lettre de Paris

Le dur métier de roulier

Pierre est roulier dans un village de l’Aubrac. Il tient également une auberge, enfin les jours où il n’est pas en déplacement. Sinon, c’est sa femme, Rose, qui s’en occupe. Le couple a 3 enfants et 18 ans d’écart.

Pierre découche régulièrement pour le boulot et la rumeur enfle que le voisin serait un peu trop souvent à l’auberge…

Des mots tendres

Étienne, c’est le voisin. Il est propriétaire, marié et va régulièrement à Paris. Il avoue avoir envoyé une lettre de Paris à Rose, la femme de l’aubergiste. Elle lui a répondu avec des mots tendres…et à son retour, elle avait des regards provocateurs. C’est donc pour éviter toute polémique qu’il ne venait à l’auberge que quand le mari était parti !

La faute au courrier

Mais un jour le facteur a apporté une lettre au mauvais endroit. Hortense a bien compris que le « ma chère amie » ne s’adressait pas à elle mais à une personne portant le même nom. Elle n’a pas lu la lettre et l’a donnée à son mari, qui ne l’a pas lue non plus….

Et puis une lettre adressée à Étienne a été retrouvée dans ses poches. Ça tombe bien, la femme d’Étienne ne sait pas lire… mais elle a demandé à la servante du curé qui lui a lu et la ensuite faire lire au maire, au conseiller municipal, etc. Tout le village savait dorénavant que son mari lui était infidèle.

Le jour où Pierre est rentré de Gaillac dans le Tarn, la femme d’Étienne l’a intercepté et lui a montré les preuves. Il a reconnu l’écriture de sa femme et s’est dépêché de rentrer. Avec en tête cette phrase qu’elle avait écrite : « Il n’y a que Dieu ou la mort qui puissent nous séparer ».

Départ en amoureux

Pierre est devenu fou. Il avouera que ce jour là c’était la première fois qu’il a frappé sa femme. Pierre dit lui avoir envoyé un coup de poing et l’avoir tapé avec un petit bâton. Puis il a prévenu le conseiller municipal.

Pendant ce temps là, Rose a fait ses paquets et s’est débrouillée pour partir avec son amant qui est venu la chercher en pleine nuit.

Arrivés au petit jour à Chaudes Aigues, ils ont pris un petit déjeuner à l’auberge avant d’aller loger chez Mr Verdier teneur de bains. Une nuit en amoureux, se disant mariés. Mais le lendemain, on leur a donné congé pour inconduite. Lui est resté sur place prenant une voiture à volonté et l’a fait reconduire chez elle par voiture, payant la course et la nuit d’hébergement. La rouste qui a suivi n’est pas consignée au dossier.

L’amour toujours

Étienne se laisse aller à quelques confidences « quoique ayant fait des enfants, elle avait encore un corps de fille tant ses chairs étaient fermes ». Rose, quant à elle, a été aperçue plusieurs fois déguisée en hommes dans les rues pour satisfaire ses désirs. Les enfants, eux, racontent avoir vu leur maman se faire embrasser par un homme dans la chambre… mais ça se passait toujours dans la cuisine, dira Rose. D’autres témoins les ont débusqués dans un bois.

Étienne aurait dit « j’aime sa femme et je l’aimerai malgré lui» d’après d’autres personnes.

Le 25 novembre au retour de la foire de Cantoin, l’amant dit au mari « j’aime ta femme et tu ne m’en empêcheras pas ». Conséquence, Pierre a frappé Rose qui n’a pas pu se lever pendant plus jours.

Dehors !

Au moins de juin, Étienne continue de fréquenter l’auberge. Un jour où tout le monde avait beaucoup bu (les hôtes avaient même fini par danser), l’aubergiste et son rival se sont battu en corps à corps et il a fallu les séparer.

Pierre demande à Étienne de ne plus remettre les pieds à l’auberge. Ni quand il est là, ni quand il est en déplacement. Et il fait intervenir le maire pour que les choses soient claires ! Jusqu’au 21 décembre…

Un coup de fusil

Étienne est arrivé en habit de chasseur, le fusil en bandoulière. Il était 11H. Il a posé son arme contre l’escalier qui monte à l’étage et a demandé une bouteille. Étienne s’est approché de la cheminée pour se réchauffer et a allumé un cigare. Les personnes présentes ont bu. Une, deux, trois bouteilles. Puis vers 18H, quelqu’un voulait du vin sucré. On a rassemblé la monnaie et tous ont bu le vin chaud. Et puis Étienne a passé la main sur l’épaule d’un parent de l’aubergiste et a dit « je suis amoureux de sa femme ». Distinctement. Fort ? Trop fort ! Pierre a tout entendu. Lui qui était de bonne humeur a alors eu un coup de sang. Il a pris le fusil de son rival et a tiré une fois. Puis a été désarmé par les autres personnes.

Pendant qu’il partait prévenir lui même les autorités. Rose a fait sortir son amant, lui a mis un traversin sous la tête et des couvertures sur le corps pour ne pas qu’il ait froid. En attendant qu’on l’emporte sur un tombereau chez le docteur.

La vie continue

Étienne, a mis quelques mois à se remettre de sa blessure. Après 32 jours, il ne pouvait toujours pas digérer des aliments solides, mais le docteur restait confiant sur sa guérison.

Pierre a été mis au cachot. Il a été jugé et acquitté. Il est mort 10 ans plus tard.

© 2021 Généalanille

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