Morte sans crier

Angèle est morte sans crier. Assassinée. Parce que la bande a cru qu’elle les avait « balancés» à la police… mais aussi par jalousie.

Plan de l'assassinat

Ils sont quatre

Mai 1907. Georges A., Emile P., César R. et Antonio A. vont au théâtre Chichois à Sète. Une bande de quatre. Quatre voyous.

Pendant la soirée, Antonio A. vole une montre en or au sieur Jaulin. Puis, vers 1h du matin tous vont au Café Roquefort à Lapeyrade près de Sète. César R. fait le guet, les autres entrent dans le café et volent divers objets (des bouteilles, des chaussures, des boules de billard, des chemises, un lapin)… puis ils mettent le feu. Les propriétaires sont réveillés par les cris des voisins. « Au feu ! » L’enquête ne peut pas prouver que c’est la bande de quatre qui a mis le feu.

Deux sont arrêtés. Emile et Georges. Ils nient les faits puis reconnaissent le vol suite aux révélations faites par une fille à sa logeuse. Car en fait, ils étaient peut être cinq. La cinquième s’appelle Angèle et aurait fait le guet pendant le vol.

Elle est l’amante

Originaire de l’Aveyron, Angèle a eu, dans son village, une relation avec un homme avec qui elle a eu un enfant. Le père n’a pas reconnu le bébé. Elle a laissé son enfant à sa mère et est partie.

Puis elle est tombée amoureuse de Georges. Elle le suivait partout. La bande allait partout, même à Paris, même à Londres… Mais c’est à Frontignan dans l’Hérault que son homme a fait son dernier larcin. Les quatre se sont mis au vert à Marseille et à Manosque. Elle ? Elle a été récupérée par un ami de la bande, l’Algérien, qui l’a planquée à Sète chez une logeuse. Et ce n’est pas une bonne pensionnaire : elle pleure tout le temps, elle est maigre, elle est sale et n’a pas de quoi se changer.

Un jour, elle apprend par le journal l’arrestation de son Georges. Alors sa voisine de chambre a une solution

« Écris sur un bout de papier les noms de toute la bande et la patronne qui connait une sorcière lui demandera des sortilèges pour que la bande te laisse tranquille ».

Angèle fait la liste en double. Et celle ci n’est pas transmise à une sorcière mais à la police. Georges et son complice sont obligés d’avouer les méfaits et commencent à en vouloir à Angèle.

En Algérie

L’Algérien est un corse qui traverse la Méditerranée toutes les semaines. Car il est chauffeur du paquebot « le Marsa ». Angèle est embarquée et « cachée » à Alger. Elle devient l’amante de l’Algérien qui va aussi la mettre au boulot : elle doit se prostituer.

A ses parents, elle semble dire que tout va bien. Elle demande pardon. Sa mère lui répond

« il y a longtemps que ça dure et c’est toujours la même comédie. Il serait grand temps que tu comprennes que tu devrais changer un peu de caractère : c’est la seule chose que nous te demandons ».

D’ailleurs sa mère vient d’accoucher. Elle demande le prénom de l’enfant. Garçon ? Fille ? Et puis son autre frère est ravi de sa carte postale. Il voudrait un cheval mécanique. « Achètes lui ce que tu voudras »

Mais Angèle n’est pas heureuse. Chaque week-end l’Algérien revient et elle doit supporter ses coups. Au mois de juillet, elle n’en peut plus. Elle va se mettre sous la protection de la police. Quelqu’un peut l’héberger en métropole ? Oui, oui. Et après ? Après elle rentrera chez sa mère. Le policier lui trouve un billet sur le bateau dès le lendemain. Pas de bagage, tout ce qu’elle a est sur elle.

Mais l’Algérien devient fou. Elle les balance. Elle se met sous la protection de la police. Il veut « la marquer ». Lui faire une cicatrice qui lui restera toute la vie. En attendant, il peut juste crever les yeux de sa photo avec une épingle. Mais il la retrouvera, c’est sûr.

Photo retrouvée sur les lieux du crime

Pourquoi l’Aveyron ?

De retour à Sète, Angèle est hébergée chez une connaissance et elle retrouve un des quatre, Emile, avec qui elle va avoir une aventure. Angèle veut rentrer en Aveyron, c’est là qu’elle a de la famille. Mais curieux hasard, c’est là où travaille désormais Georges. Son Georges.

Angèle et Emile prennent le train pour l’Aveyron. Elle va chez sa mère et découvre son petit frère ; lui se fait embaucher avec Georges.

Mais l’Algérien apprend la présence d’Angèle en Aveyron. Il s’y rend et croise ses anciens amis. Tous ensembles, ils projettent de tuer celle qui les a balancés.

Elle meurt sans crier

Georges invite Angèle à le rejoindre un après midi. Elle l’aime tant, elle a tellement confiance en lui, comment ne pas venir. Mais il y a aussi Emile et l’Algérien. Ça, elle ne l’avait pas prévu.

Les trois la maltraitent, l’invitent à diner puis l’attirent dans un petit chemin. Elle se met à genoux, demande pardon puis les coups pleuvent. 30 coups de couteaux. Mais elle ne crie pas.

Les meurtriers sont arrêtés le soir même. Ils nient. Le sang sur leur vêtement ? C’est un saignement de nez pour deux d’entre eux et une blessure au travail pour le troisième. D’ailleurs, voyez, il a même un bandeau sur la tête !

Les trois criminels

Lors de la reconstitution le lendemain, c’est un millier de personnes qui veulent les lyncher. Rapatriés au commissariat sous une pluie de grêles de pierre, les meurtriers, terrorisés, avouent.

Au procès

Le procès est jugé aux assises. La lecture de l’acte d’accusation dure 17 minutes sous l’indifférence des criminels. Ils sont quatre : les trois meurtriers et César. Antonio est en fuite.

Les accusés ont droit à la parole. Ils répondent d’un air moqueur. Georges demande « le repos éternel », L’Algérien « le repos du bonheur », et Emile « le repos hebdomadaire ». César, lui remercie les jurés, il n’a finalement participé qu’au vol… et encore en faisant le guet !

Verdict : Condamnation à mort pour Georges et l’Algérien. Travaux forcés à perpétuité pour Emile. Pour César, ce sera 3 ans avec sursis.

Les condamnations à mort seront commuées en travaux forcés à perpétuité. Georges, l’Algérien et Emile sont transportés à Cayenne et meurent dans les 5 années suivantes.

Quand à Angèle, il reste la photo avec les yeux crevés que l’Algérien a rageusement déchiré et jeté par terre après l’assassinat. Elle aussi a pris perpèt !

Source : 2U643-AD12 d’où sont extraites les 3 illustrations – Dossiers individuels de condamnés au bagne – ANOM

© 2021 Généalanille

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