Un pas dans la poussière

C’est un pas dans la poussière qui va permettre de découvrir un trafic plus discret dans l’église Saint Amans de Rodez.

Les voleurs de Saint Amans

Vendredi 14 avril 1815 à Rodez. Des voleurs entrent par effraction avec une fausse clé dans l’église Saint Amans. Une lampe en argent, un ostensoir et un ciboire, également en argent, sont enlevés. La porte du tabernacle du grand autel en marbre est forcée grâce à un  instrument en fer pointu et large… 

Il y a 3 trous en triangle et deux trous plus bas l’un à côté de l’autre, de manière à faire tomber l’arc boutant qui ferme la porte par derrière. Et on a utilisé du mastic pour prendre la forme de la clé.

Les voleurs ont essayé d’ouvrir la porte de la sacristie où sont déposés des vases sacrés et une croix d’argent, mais ils ont dû être dérangés. Ou bien, ils n’y sont pas parvenus.

Une trace de pied « pas ordinaire »

Les voleurs ont sauté le mur de la petite sacristie (autrefois chapelle) qui ne fait que 5 mètres et dont le dessus est ouvert. Mais ils ont laissé quelques traces de pas (5 ou 6) dont une sur la toile cirée placée sur la commode de la sacristie. C’est un pied nu enduit de poussière (récupérée probablement au dessus du mur).

A priori, le pied d’un enfant de 12 à 15 ans ou d’une femme :

  • 8 pouces de long du bout de l’orteil gros au talon
  • 7 pouces du petit orteil au talon
  • 2 pouces de larges au talon.
  • 3 pouces 6 lignes sous les orteils

Et le 3ème orteil n’a pas la longueur ordinaire.

C’est un pied droit. Comme la trace est parfaite, la toile cirée a été découpée par Mr Andrieu, serrurier de Rodez. La toile est conservée dans le dossier de procédure.

Empreinte de pied droit

Les témoins pendant la nuit

Des coups

François Amans est rentré chez lui vers 18H30 un peu pris de vin. Il a maltraité ses enfants et les a envoyé se coucher sans souper. Pour lui, un peu de bouillon et au lit jusqu’à 6 heures ! Il n’a rien entendu, sa femme non plus, ni ses 3 enfants. Enfin, si … sa femme a vu une grande lueur dans l’église et a entendu des coups répétés…

Françoise Martin servante chez Boyer, avoué, veillait Mme Boyer malade dans une chambre en face de la porte. Entre 11H et minuit, elle a entendu le bruit d’une porte qui roule sur ses gonds puis entre 1H et 2H un même bruit qu’elle a compris être la porte du tabernacle qu’on forçait. Mais comme elle était assoupie….

Jeanne Loubière, servante chez Gausseran à l’hôtel des 3 pigeons, a vu une grande lueur dans l’église mais elle est partie se coucher.

Des hommes

Rose Jalhe a 8 ans et témoigne en présence de sa mère. Dans la nuit, elle  a vu 8 hommes sortir de l’église et passer devant sa boutique en marchant très vite. Elle a cru qu’ils allaient porter le viatique à quelqu’un.

Marianne Gaubert s’est levé dans la nuit vers 1 à 2h pour soigner un enfant qu’on lui a confié. Elle a ouvert la porte de la boutique où elle couche et a vu de la lumière dans l’église ainsi que l’ombre d’une personne…. Après réflexion, elle a pensé que c’était le curé ou le vicaire qui étaient venus chercher le viatique pour l’administrer à quelque moribond. Elle s’est recouché en disant le de profundis (ce qui ne l’a pas endormie). Marianne Gaubert n’a pas entendu d’autres bruits à l’église mais juste quelques pas devant sa boutique. L’angélus a été sonné à 4 heures.

Catherine Rey, servante, s’est levé vers 3H pour aller tirer de l’eau au puits de la place du bourg. Elle a vu un homme remonter la rue en chuchotant et en marchant vite.

Un angélus

Louis Guibert a entendu sonner l’angélus après 20H. Il dit à sa femme « A quoi pense le sonneur de sonner l’angélus si tard » elle  lui répond « il est peut être saoul ». Le lendemain matin, l’angélus a sonné à 4H15, 4H30 ce qui est fort matin et ce n’est pas l’usage. D’ailleurs, le carillonneur s’enivre souvent et sa femme est encore plus ivrogne que son mari !

Antoine Vergnes est carillonneur mais aussi tisserand. Il a travaillé jusqu’à 20H45 et s’est levé à 4H30 de sa pendule. Non, il n’a prêté la clé à personne.

Au petit matin

Il est « bien jour » quand Antoine Vergnes quitte sa maison. Il prend la clé à son emplacement habituellement et ouvre la porte de l’église du coté de la maison Boyer. La porte est déjà ouverte alors il pense que le curé est venu. Antoine Vergnes voit qu’il manque une lampe alors il pense que Marguerite Raynal l’a prise. (Il pense beaucoup!) Il sonne l’angélus à 4H45 puis ouvre les autres portes. En rentrant chez lui, l’ancienne servante de Mme Colomb vient l’avertir du vol. Lui n’avait rien vu.

Catherine Boyer arrive en même temps qu’Antoine Vergnes à l’église et le voir ouvrir la porte. Elle salue le St Sacrement et va dans la chapelle de Sainte Thérèse en dessous de celles des pénitents blancs. Catherine Boyer trouve au confessionnal une fille dont le visage est couvert par son tablier et qui ronfle. Elle ne l’éveille pas et pense qu’elle a dormi là toute la nuit (Ça a déjà été le cas une fois précédente où des personnes voulaient être les premières à la confession).

Marie Dejean fille du notaire arrive à l’église vers 5H et se rend à genoux au Saint Sacrement quand Melle Catinou lui dit qu’on a enfoncé le tabernacle. Les femmes regardent et vont prévenir le carillonneur qui prévient la police.

Un vol qui cache un trafic

Qui a accès aux clés de l’église ? Le curé, le carillonneur, et Pierre Calvet dit Courrèges. Le jeune garçon de 13 ans aide Antoine Vergnes depuis 2 ans, à sonner les cloches quand il y a des enterrements ou des fêtes de morts. Il reçoit 3 ou 4 sols en échange. Mais son pied ne correspond pas à l’empreinte. Quant à son frère Joseph, qui aide aussi parfois à sonner les cloches, son pied n’est pas du tout conforme à celui de l’empreinte.

Antoine Vergnes est réinterrogé et craque. Il indique à la police que François Amans lui a donné 2 ballots de tabac de contrebande il y a environ 2 mois. Chacun pèse 60 à 70 livres et ont été emportés dans le clocher lorsque le carillonneur sonnait l’angélus. Les échanges avaient lieu la journée sauf une fois… une nuit !

Et puis il y a eu un troisième ballot. Amans et son fils ont pris la clé pour monter dans le clocher étendre le tabac sur un drap de lit pour le faire sécher. Mais, non, ils ne sont pas venus la nuit du vol.

Le carillonneur était payé par un souper, une tabatière pleine de tabac et quelques bouteilles de vin….

Qui a volé les objets en argent ?

Un an après le vol, les coupables n’ont pas été trouvés. Par contre Antoine Vergnes et François Amans dorment en prison et on recherche leur complice, un ex-gendarme originaire d’Espalion.

L’enquête aura au moins permis de démanteler un trafic de tabac !

© 2021 Généalanille

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