La migration des mendiants

Être mendiant n’est sûrement pas un plaisir. Voici quelques explications données par des ancêtres pris en flagrant délit de mendicité et sur les trajets qu’on peut reconstituer.

Frédéric, l’estropié

A 31 ans, il a 31 inculpations. Pour la plupart de la mendicité et du vagabondage. La première fois il n’avait que 14 ans et il a été acquitté mais envoyé dans une maison de correction.

Puis il a trouvé du travail, à Carmaux (81) dans les mines. C’est un peu loin de son Lot natal, mais il faut bien gagner sa vie. Et puis, il y a eu ce coup de mines. La main et le genou droit estropiés. Depuis, il ne peut plus travailler. Alors il mendie. Il en a fait du chemin pour un estropié. On le sait grâce à ses condamnations. Toujours pris en flagrant délit. Le Lot, l’Aveyron, le Tarn, le Tarn et Garonne, l’Ardèche, la Haute Vienne, les Pyrénées Orientales, l’Aude, le Cantal, l’Hérault ….

Trajet des lieux de condamnations de Frédéric, mendiant.
Trajet des lieux de condamnations de Frédéric, mendiant.

Il est encore une fois arrêté. Les gendarmes examinent les blessures, la main droite est pliée mais selon ses dires elle est guérie. Le genou droit a une plaie sans gravité mais qui empêche un long trajet à pied ( !) Il est arrêté pour simulation d’une infirmité à la main droite pour attirer sur lui la bienveillance publique. Condamné, il passe quelques jours en prison avant de repartir mendier ailleurs.

Joseph, le chanteur

Joseph a 27 ans. Il n’a que 4 condamnations quand les gendarmes aveyronnais l’attrapent. Il a fait son service militaire puis travaillait comme ouvrier boulanger. Normalement, c’est un métier qui embauche tout le temps. Mais lui n’a plus de travail, donc depuis 3 ans il sillonne les routes. Et il chante dans les cafés. Ah bon, il faut un carnet de chanteur ambulant ? Il vend aussi parfois des imprimés. Mais là c’est compliqué, il ne lui reste que 5 centimes et son couteau… alors il mendie.

Melchior, qui n’aime pas l’injustice

Melchior a 42 ans. Il est originaire de la Loire et son dossier ne précise pas d’où il tient son handicap. Et s’il en a un ! Il a commencé par des vols avant d’être condamné pour mendicité dans une partie de la France. Arrivé en Aveyron, il a été faire l’aumône auprès du percepteur qui lui a dit qu’il ne donnait qu’aux mendiants de la localité. «  Cochon, salop » a répondu Melchior… avant de se faire cueillir par les gendarmes. Son livret d’ouvrier n’est pas tamponné depuis plusieurs jours et son sac contient quelques effets utilisés par les vagabonds et quelques morceaux de pain. Après quelques jours en prison, il repart sur les routes.

Trajet de Melchior selon ses condamnations
Trajet de Melchior selon ses condamnations

Mendiant ou vagabond

Un état des lieux est fait en Aveyron vers 1880 et indique les informations suivantes :

  • les mendiants ruraux circulent régulièrement et périodiquement de village en village
  • les mendiants urbains, eux, ne bougent pas et mendient publiquement chaque jour
  • et les mendiants étrangers (comprenez étrangers à l’Aveyron) circulent de pays en pays : ce sont des aveugles,  des estropiés, des montreurs de plaies (factices ou réelles). « Cette catégorie cache des filous, des repris de justice. »

Parmi les estropiés, on trouve notamment des culs de jatte qui ont été rendus infirmes dès leur enfance par des procédés artificiels qui ont déformé leurs membres en faisant violence à la nature… « C’est un véritable commerce ».

Les mendiants sont donc des personnes qui ont un problème physique qui les empêchent de travailler. Et on y ajoute des catégories d’ambulants qui exercent une mendicité déguisée :

  • certains vendent du papier et en profitent pour tendre la main,
  • d’autres possèdent un carnet de chanteur mais sont incapables de chanter,
  • des bohémiens viennent aussi régulièrement dire la bonne aventure et en profitent pour voler ou marauder
  • on cite aussi des montreurs d’ours…

Les vagabonds, eux, sont valides. Ils errent d’endroits en endroits parce qu’ils ne trouvent pas de travail. Ils sont susceptibles d’avoir, par exemple, un livret d’ouvrier… Et les juges sont beaucoup moins cléments avec eux.

Pourquoi chercher un ancêtre mendiant?

Si vous avez perdu la trace d’un de vos ancêtres, il peut être sur la route comme mendiant ou vagabond. S’il est pris sur le fait, il sera condamné. Dans ce cas, le dossier de procédure de ce jugement pourra vous en apprendre plus sur les raisons de ce changement de situation sociale.

Pour retrouver un ancêtre mendiant, voyez la fiche astuce

© 2020 Généalanille

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