Mai 152015
 

Un journaliste qui dort aux toilettes

Paul Beck est nĂ© le 24 juin 1855 Ă  Colmar (68) d’Alexandre Beck et de Marie Ligier. CĂ©libataire, il habite au 64 cours Vitton Ă  Lyon. Il est dessinateur et journaliste, et a participĂ© pendant 6 semaines au journal la ComĂ©die politique.

MBA-comedie

Paul Beck est arrĂŞtĂ© le 15 octobre 1883 vers Ă  4H30 dans les « cabinets d’aisance » cĂ´tĂ© dames de la gare Perrache qui Ă©taient fermĂ©s Ă  clĂ©, et oĂą il a accĂ©dĂ© par escalade et en passant par deux vasistas Ă  2 mètres de haut.

Les gardiens de la paix Croibier et Juliand qui le ramènent au poste sont probablement heureux que la surveillance des lieux ait portĂ© ses fruits. Depuis 2 mois en effet, le gazier de la compagnie se plaignait quelqu’un s’introduisait dans la nuit dans ces lieux car le bec de gaz de ces cabinets Ă©tait dĂ©rangĂ©.

Beaucoup d’argent pour un fauché

Mr Beck, interrogĂ©, a expliquĂ© qu’il passait la nuit dans les toilettes car il n’avait pas payĂ© son propriĂ©taire et qu’il attendait d’avoir de l’argent pour rentrer dans sa chambre.

En le fouillant, les policiers trouvent sur lui des pièces qui paraissent fausses et dont la plupart sont au moins très anciennes et n’ont plus cours. Toutes sont en argent sauf une qui est en or.

Le commissaire effectue le relevé suivant :

  • 1 pièce de 20 francs en or Ă  l’effigie du roi de Westphalie de 1808
  • 4 pièces en argent Ă©cus de 5 francs de 1701 Ă  1893
  • 21 pièces de 5 francs diverses
  • 5 pièces de 2 francs
  • 10 pièces de 1 franc
  • 1 pièce de 50 centimes
  • 65 centimes en monnaie de Billon.

20francs

La valeur nominale s’élève à 165,50 francs.

Paul Beck est également porteur de 4 clés, une machine américaine et une reconnaissance du mont de Piété du 11 octobre 1883.

D’où vient l’argent ?

Selon ses dires, Paul Beck a reçu 2 billets de banque de 100 francs deux jours plus tĂ´t d’Eugène Ligier capitaine en retraite Ă  Valleroy (54). Il a changĂ© un premier billet Ă  la Vogue de la Croix rousse Ă  un individu qui vend des machines dites amĂ©ricaines Ă  aiguiser qui demeurait dernièrement 27 Rue de l’hĂ´tel de ville. Le deuxième billet a Ă©tĂ© Ă©changĂ© dans un restaurant mais il ne peut pas dire le nom.

Pourquoi dort-il aux toilettes ?

Le commissaire lui fait remarquer qu’il aurait pu rentrer chez lui puisqu’il avait de l’argent, mais Paul Beck rĂ©torque que comme il Ă©tait tard, il n’est pas rentrĂ©. L’avant-veille il n’avait pas voulu dormir dans sa chambre.

Le commissaire lui demande alors pourquoi il n’a pas Ă©tĂ© Ă  l’hĂ´tel. Paul Beck rĂ©pond qu’il est sorti du cirque continental Ă  23H et il Ă©tait trop tard selon lui pour aller Ă  l’hĂ´tel. Il prĂ©cise qu’il a voulu faire des Ă©conomies parce qu’il a beaucoup de choses Ă  payer. Le commissaire lui fait remarquer que dans ce cas, il a quand mĂŞme dĂ©pensĂ© 40 francs en deux jours en amusements divers Ă  la vogue et ailleurs.

Le voleur en prison

Paul Beck finit par avouer avoir volé ces pièces au palais st Pierre la veille mais ne dit pas comment il a fait. Il est conduit à la prison St Paul par le gendarme Comandy et écroué sous le numéro 12653.

Originaire d’Alsace devenue prussienne, Paul Beck dit avoir opté pour la nationalité française en janvier 1872 à Vesoul (70). Son père aurait opté en 1872 à Montpellier (34).

Comment voler un musée?

Le 18 octobre 1883, Paul Beck est extrait de la prison et explique la méthode qu’il a utilisée.

Le 14, il s’est enfermĂ© dans un placard Ă  4H du soir au moment de la fermeture des portes du musĂ©e des beaux-arts et Ă  23H, après le passage de la ronde, il est sorti de sa cachette. Il s’est introduit Ă  l’aide d’une escalade dans la galerie des antiques, a brisĂ© une glace de la vitrine et a pris les pièces.

Pour sortir, il est passĂ© par une fenĂŞtre donnant sur la place des terreaux, est montĂ© sur le rebord et s’est laissĂ© glisser Ă  terre par la conduite de gaz placĂ©e Ă  cĂ´tĂ© du salon de propretĂ© place des terreaux.

Les gardiens du musée affirment que le 15 octobre au matin, le concierge a ouvert comme tous les jours les portes entre 4 et 5H et qu’ils n’ont pas constaté la présence de clé dans la serrure ou quoi que ce soit d’anormal.

La reconstitution

Jean Baptiste Lestra 37 ans, maitre plombier rue Longue est requis pour examiner les lieux. Il pose deux échelles sur la façade du palais des arts côté place des Terreaux et constate que la corniche du premier étage est un peu éraflée à l’angle. Sur la cimaise du soubassement à une hauteur d’1,75m, la pierre a été éraillée à trois endroits, probablement par des chaussures. Ce sont les seuls « dégâts » constatés.

Le plombier précise qu’il est possible pour une personne audacieuse (Paul Beck mesure 1,67m) de descendre le long des tuyaux à la force des poignets et fait reproduire à Louis Luchessa, 22 ans, son ouvrier, cette cascade sans peine.

 St Pierre

Le procès

Paul Victor Joseph Alexandre retourne en prison et est condamné le 5 décembre 1883 par le tribunal correctionnel de Lyon pour avoir « soustrait frauduleusement des pièces de monnaie au préjudice de la ville de Lyon. » Il écope de 3 mois de prison et de 197,15f de frais de justice.

Il quitte la prison le 5 mars 1884 avec son chapeau noir, son paletot et son gilet marrons, son pantalon gris, sa chemise blanche et ses bottes.

Sources: 2Y168-AD69, 4M196-AD69, PER170/1-AD69, 3U342-AD69

© 2015 Généalanille

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