Nov 012014
 

Un projet de 17 ans.

C’est Alexis de Jussieu, ancien préfet et ancien directeur de police qui proposa en janvier 1862 de faire ériger à Lyon une statue à la mémoire d’André Marie Ampère, physicien lyonnais et inventeur, entre autres, du télégraphe électrique.

Ampere_Andre_1825

Quelques mois plus tard, la commission chargée de l’étude de ce projet proposa que la statue soit installée à l’entrée des Facultés ou sur une place publique et communiqua cette demande au sénateur, Mr Vaïsse, puisque le lieu relevait de la ville de Lyon. Le projet est ajourné pour des questions de budget jusqu’en 1866 où le successeur de Mr Vaïsse, Mr Chevreau, propose que le financement du projet soit effectué par le biais d’une souscription auprès de la population.

Un des héritiers du physicien dans la même période (1866) confia à l’académie la gestion d’un prix Ampère-Chevreux

« Ce prix est d’une somme annuelle de 1800 francs. Il est dĂ©cernĂ© tous les trois ans et pour trois annĂ©es consĂ©cutives, Ă  un jeune homme peu favorisĂ© des dons de la fortune, nĂ© dans le dĂ©partement du RhĂ´ne, ayant donnĂ© des preuves d’aptitude pour les lettres, les sciences, ou les beaux-arts, et il doit lui servir Ă  perfectionner ses Ă©tudes ou Ă  poursuivre le cours de ses travaux. Les candidats doivent avoir dix-sept ans au moins et vingt-trois ans au plus. En aucun cas le prix ne peut ĂŞtre divisĂ©. »

Cette récompense fait abandonner l’idée de souscription et relance les demandes auprès de la ville de Lyon de manière régulière jusqu’en 1869, période où le corps d’André Marie Ampère est rapatrié du cimetière de Marseille à celui de Montmartre. Avec l’arrivée de la guerre de 1870, l’académie stoppe ses demandes et il faut attendre 10 ans plus tard pour que le projet soit débattu et accepté.

Ou placer la statue?

Le projet par l’équipe du conseil municipal de Lyon lors de la session du 17 novembre 1879. La délibération du changement de nom du lycée de Lyon en « Lycée Ampère », proposée le même jour, est reportée.

Le 22 avril 1880, 3 lieux sont étudiés par le conseil municipal :

– la place Sathonay oĂą siège la statue Jacquard qui pourrait ĂŞtre transfĂ©rĂ©e sur une des places de la Croix Rousse ;

 – la place Henri IV qui doit ĂŞtre dĂ©barrassĂ©e de ses boutiques actuelles grâce Ă  la construction d’un marchĂ© couvert (rue Henri IV, Bourgelat et Francklin)

– la place GrĂ´lier dont la fontaine en ruine ne semble pas prĂŞte Ă  ĂŞtre restaurĂ©e.

C’est cette dernière qui est choisie, mais Mr Aynard conteste ce choix et une deuxième délibération permet de fixer définitivement le lieu de la statue sur la place Henri IV qui prend le nom de place Ampère. La place Grôlier deviendra la place Gailleton.

 Lyon_1872

Le concours et son vainqueur Charles Textor

Un projet de concours est proposĂ© dès la semaine suivante et indique que la statue devra ĂŞtre coulĂ©e en bronze, de 3m de hauteur, placĂ©e sur un piĂ©destal en pierre ou en marbre (qui pourra ĂŞtre ornĂ© d’emblèmes, inscriptions ou ornements allĂ©goriques) et reprĂ©sentant Ampère debout ou assis. Le programme est dĂ©battu au conseil municipal du 29 juillet 1880 avec une modification : la rĂ©duction des montants des prix en francs destinĂ©s aux concurrents. La restriction Ă  des sculpteurs demeurant ou originaires de Lyon est rejetĂ©e pour Ă©viter que d’autres villes n’adoptent la mĂŞme attitude dans leurs concours.

Douze projets ont été déposés et le 2 mars 1881, le jury décerna le 1er prix à Charles Textor de Lyon, le deuxième prix à Mrs Degeorge sculpteur et Gaspard André, architecte et le 3ème prix à Jacques Perrin de Paris.

La statue d’Ampère a été présentée à l’académie le 27 mars 1887 dans l’ancienne église du bon Pasteur. Ayant choisi tout d’abord de sculpter des instruments de mesures et de télégraphie, Charles Textor a finalement opté pour un Ampère assis, en costume Charles X , au regard pensif, tenant dans sa main gauche une tablette et dans la droite une plume.

statue

La statue a Ă©galement pour auteurs Mr  ThiĂ©baut, fondeur et Joseph Dubuisson, architecte qui rĂ©alise le piĂ©destal qui se prĂ©sente sous la forme d’une fontaine avec deux sphynges (animal fantastique Ă  buste de femme et corps de lion ailĂ©) qui crachent de l’eau, oeuvres du dĂ©corateur lyonnais Charles Breton.

 Charles Textor, un lyonnais de la Martinière

Charles Textor est nĂ© Ă  Lyon le 30 aout 1835 de Joseph Marie Textor nĂ© Ă  Paris, vĂ©rificateur Ă  l’octroi municipal Ă  Lyon et de Claudine Dufour, Ă©picière Rue Terraille nĂ©e Ă  Pommiers (RhĂ´ne). Il Ă©pouse en 1874 Ă  Lyon Marie Sylvie Pelosse, brodeuse de dentelles nĂ©e Ă  Mardore.

Ancien Ă©lève de la martinière et de l’Ă©cole des Beaux Arts de Lyon, oĂą il obtient un premier prix de sculpture en 1856. Il devient professeur de sculpture Ă  Lyon et membre de l’acadĂ©mie des lettres, sciences et beaux arts de la province.

Il habite 8 bvd Montmartre chez Mr Carpentier à Paris, 52 Rue Bugeaud puis 33 Grande rue de Cuire à Lyon. Il décède à Lyon le 29 septembre 1905.

Outre la statue d’Ampère, Charles Textor a rĂ©alisĂ© de nombreuses Ĺ“uvres dont le lion blessĂ© du monument des enfants du RhĂ´ne au parc de la tĂŞte d’or, les bustes JosĂ©phin Soulary dans la galerie des lyonnais cĂ©lèbres,  le buste du peintre Berjon, la vierge du fronton de l’Ă©glise de Bourg en Bresse, la vierge du peuple Ă  Artemare, la statue de St Polycarpe dans l’Ă©glise de Bully, une descente de croix et une statue de St AndrĂ© chez les ursulines de TrĂ©voux, un buste de Carriat d’après un moulage appartenant au conseil municipal de Bourg…

 Une inauguration par le président de la république

C’est le prĂ©sident de la rĂ©publique Sadi Carnot qui vient inaugurer de Charles Textor (et lui remettre les palmes acadĂ©miques). La cĂ©rĂ©monie a lieu le 8 octobre 1888 dans la matinĂ©e et est ponctuĂ©e des discours de Mr Gailleton, maire, Mr Tessier, dĂ©lĂ©guĂ© de l’acadĂ©mie de Lyon et de Mr Corme, dĂ©lĂ©guĂ© pour reprĂ©senter l’acadĂ©mie des sciences.

Sadi Carnot participe à 15H30 à la pose de la première pierre du monument de la république place Carnot avant de rejoindre à pied la gare de perrache pour rentrer à Paris.

Destinée à être fondue, elle est inaugurée à nouveau

Le 8 mars 1944, la statue est démontée de son piédestal sur ordre des autorités allemandes pour être fondue.

fonte3

La statue sera finalement stockĂ©e dans les entrepĂ´ts d’une maison de mĂ©taux Ă  Lyon et sauvĂ©e de la fonte. Quelques mois plus tard, le 18 fĂ©vrier 1945 Ă  15 heures, la statue est rĂ©installĂ©e et inaugurĂ©e Ă  nouveau par le maire Justin Godart en prĂ©sence de Mr Domenach prĂ©sident de la sociĂ©tĂ© des amis d’Ampère, du colonel Bousquet, Mr Allix recteur d’acadĂ©mie et de nombreuses autres notables et promeneurs.

inauguration 1945

Sources:

archive.org : MĂ©moires de l’acadĂ©mie des sciences, belles lettres et arts de Lyon 1907; emonument; 2CM036-AM Lyon, 2CM038-AM Lyon, 2CM039-AM Lyon, 2E2011-AM Lyon, 2E312- AM Lyon; PER2176/14-AD69, PER627-AD69, PER513/1-AD69, PER658/1-AD69, BM Lyon : la construction lyonnaise 1880; Gallica: L’illustration dans le monde illustrĂ©, L’univers illustrĂ©, La Province, Les salons dessins autographes, Journal des dĂ©bats politiques et littĂ©raires, 28 jours du prĂ©sident de la rĂ©pubique, Explication des ouvrages de peinture et dessins, Livret explicatif des ouvrages de peinture, MĂ©moires de l’acadĂ©mie de Lyon 1889; Ă©cole centrale de Lyon: revue Technica.

 

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