Août 192014
 

Le Mont Beuvray est une colline du Morvan située sur les communes de St Léger sous Beuvray (71), Glux en Glenne (58) et Larochemilay (58). Il est le lieu présumé de Bibracte, la capitale des Eduens. Ce sont principalement les fouilles archéologiquement initiées à partir de 1860 par Jacques Gabriel Bulliot, un archéologue autunois, qui ont permis de redécouvrir ce site.

La croix du Mont Beuvray

Alors que l’ancienne croix a Ă©tĂ© mise Ă  terre par les vents et les orages plusieurs annĂ©es auparavant, il est proposĂ© en juin 1851 au congrès archĂ©ologique de Nevers d’Ă©riger une nouvelle croix de St Martin sur le Mont Beuvray. Cette demande est faite par Jacques Gabriel Bulliot, dont le mĂ©moire est lu Ă  l’assistance d’Ă©rudits par l’abbĂ© Devoucoux (l’auteur Ă©tant trop fatiguĂ© pour le faire lui mĂŞme).

TerminĂ©e le 4 septembre 1851, la croix est bĂ©nie le 10 septembre 1851  au matin en prĂ©sence de nombreux hommes, femmes et enfant venus « par tous les sentiers qui conduisent au sommet chenu de la montagne » ainsi que du maire de St LĂ©ger sous Beuvray, propriĂ©taire du terrain. C’est Monseigneur Landriot, chanoine de la CathĂ©drale d’Autun et ami de Gabriel Bulliot, qui prononce la bĂ©nĂ©diction en prĂ©sence de nombreux prĂŞtres.

De forme trapue, la croix mesure 1,10m sur les 3,82m du monument. Elle est composĂ©e de 4 pierres et reprĂ©sente St Martin partageant son manteau avec un pauvre. Elle porte plusieurs mentions: une en l’hommage du passage de St Martin en 376, une du congrès archĂ©ologique et une rappelant que la croix est Ă©rigĂ©e sur un oratoire dĂ©diĂ© Ă  St Martin.

Le lieu a été successivement: un temple romain, une chapelle bâtie par St Martin rasée en 1570 par les soldats de Coligny, une autre chapelle écroulée à la révolution, puis une croix remplacée en 1851.

Voir la biographie de Gabriel Bulliot et ses travaux sur St Martin.

croix

 

 La Chapelle du Mont Beuvray

A partir de 1869, Gabriel Bulliot Ă©voque Ă  son ami Mgr Landriot, alors Ă©vĂŞque de Reims, le dĂ©sir de rebâtir la chapelle de 8,20m sur 4m de large situĂ©e quelques mètre derrière la croix et qui est, elle aussi, dĂ©diĂ©e Ă  St Martin. Dans le contexte de la guerre de 1870, le projet est reportĂ©. Le 7 aout 1873, la première pierre est posĂ©e par Mgr Landriot et en 1874, Gabriel Bulliot obtient 100 francs de la sociĂ©tĂ© Nivernaise pour financer la chapelle. Quelques mois plus tard, Mgr Landriot meurt, il ne pourra donc pas tenir sa promesse de bĂ©nir l’ouvrage terminĂ©.

C’est finalement le Cardinal Perraud, nommĂ© Ă  l’Ă©vĂŞchĂ© d’Autun en janvier 1874 qui prononcera le discours de bĂ©nĂ©diction de la chapelle le samedi 9 septembre 1876. Autun reçoit justement le congrès scientifique de France (entre le 4 et le 13 septembre) et c’est l’occasion pour les Ă©rudits de bĂ©nĂ©ficier d’une visite des lieux dirigĂ©e par l’archĂ©ologue Bulliot. Ce dernier, qui a Ă©tĂ© fait chevalier de la lĂ©gion d’honneur quelques mois plus tĂ´t, profite du congrès pour publier un ouvrage sur l’oppidum de Bibracte.

Les journaux relatent peu la bénédiction de la chapelle et lui préfèrent la messe militaire qui a eu lieu le dimanche précédent au Mont Beuvray.

Voir la suite de la biographie de Gabriel Bulliot et ses travaux sur le mont Beuvray


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Le buste et le monument Bulliot

Gabriel Bulliot dĂ©cĂ©de en janvier 1902. Quelques mois plus tard, la sociĂ©tĂ© Eduenne fait construire en sa mĂ©moire, grâce Ă  une souscription publique, un cippe massif quadrangulaire en granit d’Etang (sur Arroux) avec un couronnement pyramidal imbriquĂ© en forme de toiture. Sur les 4 pans du monuments ont Ă©tĂ© installĂ©es des plaques en marbre blanc qui comportent:

Le monument mesure 4,70 mètres et a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© par l’architecte autunois Roidot Houdaille. L’inauguration a lieu le dimanche 20 septembre 1903.

monument

La veille, la sociĂ©tĂ© Eduenne s’est rĂ©unie Ă  14H sous une tente dans la cour de l’hĂ´tel Rolin Ă  Autun en prĂ©sence du Cardinal Perraud (Ă©vĂŞque du diocèse), d’HĂ©ron de Villefosse (illustre archĂ©ologue), du Dr Gillot (qui remplace le prĂ©sident de la sociĂ©tĂ© Eduenne Anatole de Charmasse), du dĂ©putĂ© maire Germain Perier et de Joseph DĂ©chelette, neveu de la femme de Gabriel Bulliot qui assurera la suite des fouilles sur le mont Beuvray.  A 15H, une rĂ©plique en bronze du buste de Gabriel Bulliot, rĂ©alisĂ©e par Pierre Etienne Gabriel Campagne, et offerte par les celtisans et bretons de Paris, est inaugurĂ©e dans le square qui borde l’hĂ´tel Rolin. PosĂ© sur un socle en granit et un piĂ©destal en marbre, l’ensemble restera Ă  cet endroit jusqu’en 1996, date de son transfert dans la cour.

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Le dimanche 20 septembre 1903, Ă  partir de 7H du matin, une file de voitures descend l’avenue de la gare Ă  Autun pour prendre le chemin du Mont Beuvray. Elle est rejointe par d’autres autos et des bicyclettes pour parcourir 25 km de route avant d’ĂŞtre obligĂ©s de stopper les machines et de mettre pied Ă  terre. La foule afflue par le poirier au chien, la croix du Rebout (venant de St LĂ©ger sous Beuvray) et de l’Ă©chenaut (venant de Glux en Glenne) et la montagne est prise d’assaut par « ceux arrivĂ©s par les bois frais et les autres par les pentes pleins de sueur. » A 10H45, une messe est donnĂ©e dans la petite chapelle Ă©voquĂ©e plus haut, puis vient l’heure de l’inauguration du monument.

A midi, un banquet est organisĂ© sous une tente ouverte du cĂ´tĂ© du plateau. Il a Ă©tĂ© prĂ©parĂ© par deux maitres d’hĂ´tel de St LĂ©ger sous Beuvray. Après le repas, une visite de l’oppidum est organisĂ©e par Joseph DĂ©chelette, prĂ©cĂ©dĂ© par un mĂ©nĂ©trier et sa vielle. Cette visite emmènera les scientifiques et savants jusqu’au Teureau de la Wivre et Ă  la pierre SalĂ©e avant d’entrer dans la maison oĂą Bulliot rĂ©sidait pendant ses campagnes de fouilles « avec sur les murs des graffitis au charbon de bois. »

La foule a continuĂ© de faire la fĂŞte jusqu’Ă  17H oĂą tous ont repris le chemin du retour. Dans la 3ème sĂ©rie de cartes postales sur St LĂ©ger sous Beuvray, les cartes 8, 9 et 10 retracent cette inauguration.

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Voir la fin de la carrière de Gabriel Bulliot

Jacques Gabriel Bulliot et ses travaux sur St Martin

Jacques Gabriel Bulliot est né le 20 janvier 1817, Rue Ste Christophe à Autun. Son père, Jean Marie Buillot est marchand de vins à Autun, marié à Marie Grenot, originaire de Couches. Il est le seul fils et le cadet des enfants du couple, et, selon son propre témoignage, il était très turbulent.

Il entre au collège d’Autun en 1826 oĂą il est très bon Ă©lève et obtient son bac en 1835. Il exerce le mĂŞme mĂ©tier que son père, mais en parallèle des achats, ventes et expĂ©ditions de vin, il devient poète jusqu’en 1845 et ses Ă©crits sont publiĂ©s dans le journal local « l’Eduen. » 32 articles historiques seront publiĂ©s dans le mĂŞme journal entre 1840 et 1843.

En juillet 1841, il est commissaire pour recenser la population de la section du champ de Mars et de la Terrasse. Le 5 aout 1841, il entre à la société Eduenne dont il deviendra président en 1860 après la mort de Joseph de Fontenay et dont il sera membre perpétuel par décision du 6 février 1886.

En 1843, il publie une Notice sur l’abbaye Saint Martin près Autun. Fervent catholique, il est un des probables fondateurs de la ConfĂ©rence de St Vincent de Paul de la ville d’Autun, vouĂ©e Ă  aider les pauvres, puis Ă  mettre en place un asile agricole.  Le nom de Buillot apparait dans les PV de sĂ©ances de la sociĂ©tĂ© dès le 19 avril 1845 (crĂ©Ă©e un mois plus tĂ´t).

En 1846, la sociĂ©tĂ© Française pour la conservation des monuments historiques organise son 13ème congrès Ă  Autun. Gabriel Bulliot participe Ă  celui ci en prĂ©sentant ses travaux sur l’abbaye St Martin et son destin va basculer dans une nouvelle voie.

Il est Ă©lu conseiller municipal d’Autun en juillet 1848. Il restera Ă  ce poste jusqu’Ă  son retrait volontaire en octobre 1860.

DĂ©but 1849, il publie en deux tomes son Essai historique sur l’abbaye St Martin d’Autun.

Gabriel Bulliot se marie en 1849 Ă  Sarry (Brionnais) avec Marie Despierres et aura 5 enfants.

En 1851, quelques mois après la naissance de son premier enfant Jean, il assiste Ă  l’inauguration de la croix commĂ©morant le passage de l’Ă©vĂŞque St Martin sur le Mont Beuvray.

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Jacques Gabriel Bulliot et ses travaux sur Bibracte

PrĂ©sent Ă  la sociĂ©tĂ© Eduenne depuis 1841, il publie Ă  partir de 1853 plusieurs articles dans ses MĂ©moires. Il continue le commerce du vin qui lui permet d’apprendre Ă  connaitre les moindres recoins du Morvan et note consciencieusement tous les vestiges antiques qu’il croise.

Il participe en 1854 au congrès de Moulins oĂą il Ă©voque le plan gĂ©nĂ©ral du système de dĂ©fense Ă  l’Ă©poque romain.

Deux ans plus tard, en 1856, il publie un essai sur le système de dĂ©fense Ă  l’Ă©poque romain en pays Ă©duen entre la SaĂ´ne et la Loire oĂą il ose affirmer pour la première fois que le Mont Beuvray et Bibracte ne font qu’un. Bibracte Ă©tait la capitale des Eduens, peuple celte de la gaule Romaine qui finit par se rallier Ă  VercingĂ©torix en 52 avant JĂ©sus Christ.

Il n’est pas le premier a avoir constatĂ© l’importance. Il faut noter que le curĂ© de St LĂ©ger sous Beuvray dĂ©crivait dans sa lettre de 1726 la prĂ©sence de richesses Ă  peines enterrĂ©es sur le Mont Beuvrect.

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Gabriel Bulliot multiplie ses articles dans diverses sociĂ©tĂ©s et devient en 1861, après la mort de son prĂ©dĂ©cesseur et un an d’interrègne,  prĂ©sident de la sociĂ©tĂ© Eduenne.  Il devient l’un des fondateurs du musĂ©e lapidaire d’Autun en aout 1861.

En 1863, sa mère dĂ©cède, c’est dans cette pĂ©riode qu’il attaque les fouilles au Mont Beuvray. En juillet 1868, il se retire de son activitĂ© de marchand de vins pour se consacrer exclusivement Ă  l’archĂ©ologie. Il construit de ses mains un ermitage couvert en chaume au sommet du Mont pour l’accueillir lui et les ouvriers travaillant aux fouilles. La guerre de 1870 interrompt pendant 5 ans les travaux. Cependant Gabriel Bulliot continue ses recherches dès 1872. En mai 1876, il reçoit l’insigne de Chevalier de la lĂ©gion d’honneur par les mains du ministre de l’instruction publique, quelques mois plus tard, la chapelle est bĂ©nie.

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Jacques Gabriel Bulliot et sa fin de carrière

En 1877, il aide la sociĂ©tĂ© Eduenne Ă  devenir propriĂ©taire de l’hĂ´tel Rolin après son classement comme monument historique, bâtiment oĂą avait sĂ©journĂ© Nicolas Rolin et qui aurait du disparaitre.

Le 14 juillet 1878, son fils Jean est ordonnĂ© prĂŞtre Ă  Belley (01). Il exercera successivement Ă  Agen et Moulins avant d’arriver Ă  Paris en 1888 dans l’institut catholique.

La femme de Gabriel Bulliot dĂ©cède en 1885 Ă  Autun Ă  57 ans et il devient en fĂ©vrier 1886 membre Ă  perpĂ©tuitĂ© de la sociĂ©tĂ© Eduenne. Les fouilles continuent sur le mont Beuvray et Gabriel Bulliot publiera l’ensemble de ses rapports sur le sujet en 1899 alors qu’il est malade depuis avril 1896.

En mai 1900, lors du 21ème pardon de la sociĂ©tĂ© celtique et de son diner Ă  Paris, il est honorĂ© comme doyen des celtisans et une souscription est organisĂ©e pour faire rĂ©aliser son buste. En dĂ©cembre 1900, il devient correspondant de l’acadĂ©mie.

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Sa dernière visite sur le mont Beuvray a lieu le 21 aout 1901, il meurt le 11 janvier 1902 Ă  84 ans.Sa tombe est au cimetière d’Autun.

Son fils, l’abbĂ© Jean, devient membre de la sociĂ©tĂ© Eduenne d’Autun le 27 fĂ©vrier 1902. Un an plus tard, alors que son père est sur le point d’ĂŞtre cĂ©lĂ©brĂ© au Beuvray, il est condamnĂ© Ă  1 mois de prison par le tribunal de la Seine pour avoir brisĂ© les scellĂ©s sur les portes de sa congrĂ©gation. Il est emprisonnĂ© Ă  Fresnes sous le numĂ©ro 107.

Joseph DĂ©chelette, qualifiĂ© de son neveu, alors qu’il est en fait le neveu de la femme de Bulliot, reprendra les travaux de fouilles sur le Mont Beuvray avant de trouver la mort au front le 4 octobre 1914. Le mont Beuvray ne sera plus fouillĂ© avant 1984, date Ă  laquelle le site est  classĂ© aux monuments historiques.

Une table d’orientation a portĂ© les mentions « Touring Club » « Parc National du Morvan  » 1978. Une plaque commĂ©morant la proclamation du lieu comme site national lui a Ă©tĂ© adjointe en 1985, annĂ©e de l’inauguration du site archĂ©ologique.

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Sources:

Le mont Beuvray et la Croix de St Martin numérisé par Google Books, 5E14/70-73-AD71, 5E14/182-AD71, 5E14/188-AD71, 5E14/201-AD71, 5E14/213-AD71, 5E14/215-AD71,5E14/221-AD71, 5E14/254-AD71, 5E14/290-AD71, 5E14/341-AD71, 5E500/6-AD71, documents numérisés par gallica: Congrès Archéologique de France, le magasin pittoresque, Mémoires de la Société éduenne des lettres, sciences et arts, Bulletins et mémoires de la Société des sciences naturelles de Saône-et-Loire, Bulletin de la Société nationale des antiquaires de France, Congrès scientifique de France, Bulletin de la société Nivernaise, journal Le Temps.
projet gutenberg: l’oppidum de Bibracte, LH/392/95-base LĂ©onore, journal de Saone et Loire, base Monumen, sga mĂ©moire des hommes, La semaine religieuse d’Autun (collection personnelle), site petit-patrimoine.com pour les photos des plaques du monument Bulliot, Journaux Le journal de la Nièvre, le Journal du Morvan numĂ©risĂ©s par les AD58
Photo de la Croix et la chapelle par Moreau.henri sous licence Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 via Wikimedia Commons.

© 2014 Généalanille

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