Les trois soeurs Luard et autres cachotteries

Voici les 3 sœurs Luard prises en photo en 1935. Parmi elles, mon arrière-grand mère morte avant ma naissance.

Luard
Mon arrière grand mère a fini sa vie dans la maison familiale, ressassant ses histoires que plus personne n’écoutait. Et dans ses phrases favorites il y avait « nous étions trois soeurs. » Tous les descendants étant connus, l’arbre généalogique de cette partie de la famille était facile à faire.
Et puis un jour, quelqu’un est arrivé et a dit « je suis cousine du côté Luard, mais je ne sais pas bien comment. » Il a donc fallu chercher, à une époque où internet n’existait pas et où pour voir l’état civil, il était nécessaire de se déplacer.
La vérité est apparue: il y avait une 4ème sœur. Pas un enfant que mon arrière grand mère n’aurait pas connu, une « vraie » sœur qui est présente sur les recensements avec les 3 autres filles. Une soeur qui se marie, qui a 3 enfants (qui ne survivent certes pas) et qui meurt après le décès de son dernier fils. Mon arrière grand-mère s’en souvenait forcément, puisqu’elle avait 20 ans quand sa sœur est morte. Pourquoi l’avoir occultée? On ne saura jamais car jusqu’à ce jour, aucun indice n’explique cet « oubli. »

Les secrets de famille ne sont pas rares. Condamnations, morts violentes, chantages ou autres appropriations de terrains ou de biens meubles font partie des événements qu’on se transmet sans trop en parler. Et puis il y a les enfants illégitimes. N’avons-nous pas tous dans nos arbre généalogiques des enfants qui ne sont pas ceux du père écrit sur le livret de famille ou l’acte d’état civil?
Le grand père de ma grand mère a reconnu « son » enfant quand il a commencé d’aller à école. Probablement pour éviter que le gamin n’aie un autre patronyme que son père à l’appel nominatif.

J’ai connu cette information il y a 25 ans environ et pas moyen d’en savoir plus auprès de mes grands-parents. Entre les « je ne sais pas » et « c’est de la vieille histoire », difficile de comprendre qu’une gamine s’intéresse autant à ce point de détail. Alors j’ai arrêté d’en parler à ma grand mère et j’en ai parlé à des voisins (qui étaient aussi des cousins…) et là, l’un d’entre eux m’a dit qu’après tout cela n’avait plus d’importance et m’a donné le nom du vrai père. Ce voisin est mort quelques temps plus tard.
A partir de ce moment, j’en ai parlé à d’autres cousins qui m’ont tous dit « mais tu ne le savais pas? Nous on le savait…. » D’abord surprise, j’étais au moins sûre que le nom du père biologique qu’on m’avait donné était potentiellement le bon.
Que faire de l’arbre généalogique? Je supprime le faux père et je fais la généalogie du vrai? Finalement, j’ai gardé la généalogie de l’état civil.
Pendant 25 ans, je me suis demandée si je devais dire à ma grand mère le nom de son vrai grand père et je ne l’ai pas fait pour ne pas la bouleverser. Elle vient de mourir et on l’enterre aujourd’hui, emportant avec elle ses histoires et ses secrets.
Remuer le passé n’est pas toujours bon. Elle savait peut être mais moi au moins je sais.

A la mémoire de mes grands-parents aujourd’hui tous décédés.

© 2016 Généalanille

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