Les enfants de Constantine

Plus d’une centaine d’enfants du département de Constantine sont envoyés dans l’Aveyron au début du 20ème siècle. Quelques éléments de réponse à cette particularité.

Des profils variés

Les enfants de Constantine arrivent par vagues d’une vingtaine de personnes environ entre le 5 juillet 1903 et le 3 décembre 1905. Quelques enfants isolés arrivent plus tard, la dernière date du registre est le 26 mai 1906.

  • 25 enfants de 4 à 12 ans le 05/07/1903
  • 23 enfants de 5 à 12 ans le 13/09/1903
  • 25 enfants de 3 à 11 ans les 30/11/1903 et 02/12/1903
  • 19 enfants de 3 à 12 ans le 05/06/1904
  • 17 enfants de 1 à 10 ans le 31/10/1904
  • 22 enfants de 4 à 11 ans les 19, 28, 30/05/1905 et le 03/06/1905
  • 14 enfants de 2 à 14 ans les 03 et 07 décembre 1905
  • 1 enfant de 11 ans le 26/05/1906

L’Aveyron accueille autant de garçons que de filles. Quelques fratries sont représentées dont la plus grande est composée de 4 frères et sœurs (dont des jumeaux).

Les enfants sont âgés de 3 à 12 ans mais on note cependant l’arrivée de 2 enfants de un an et une de deux ans.

Sont-ils orphelins, trouvés, moralement abandonnés, en garde ? Tous ces profils sont probablement représentés car on retrouve des enfants de parents inconnus, de mère célibataire, de parents non mariés, orphelins de mère, ou issus de couples « classiques. »

Quelques uns n’arriveront pas jusqu’en Aveyron, certains repartiront en Algérie, beaucoup des 159 noms n’ont pas un destin aussi facile à déterminer.

Pourquoi l’Aveyron ?

La réponse reste vague… parce que le département était plus attractif que la Lozère et l’Ardèche ? Ce qui est sûr c’est qu’envoyer les enfants assistés à la campagne était une des habitudes des services d’assistance.

En 1902, le conseil général de Constantine prend contact avec son homologue aveyronnais pour que des placements puissent avoir lieu dans ce département. Il émet un avis favorable au mois d’octobre.

Le 6 décembre 1902, Constantine demande des précisions sur les conditions dans lesquelles les enfants de l’Aveyron sont placés dans le département. Le préfet renvoie un dossier. L’inspecteur de l’assistance public de Constantine se déplace alors pour voir le placement dans l’Aveyron, mais aussi l’Ardèche ou la Lozère… et le 1er avril 1903, c’est l’Aveyron qui est choisi. Quelques jours plus tard, il ne reste que les conditions financières à régler. Si on peut payer par trimestre, cela évitera de perturber les familles qui ont l’habitude d’être payées à cette fréquence.

Le nombre estimé est de 200 enfants mais il ne doit être atteint que dans les 2 ans…

Et après ?

Constantine paye aux familles d’accueil 15400 francs pour l’exercice 1904 et 16375 francs pour 1905.

Le 10 janvier 1906, le préfet se plaint de la surcharge de travail lié aux pupilles de Constantine… et réclame dont une indemnité de 0,15 à 0,20 francs par enfant et par mois, soit pour 133 enfants 319,20 francs.

Les enfants sont parfaitement placés dans l’Aveyron au point de vue de la santé, de la tenue, de l’éducation et de la fréquentation scolaire.

Les arrivées se réduisent. Aucun pupille n’est envoyé dans l’Aveyron en 1908, 5 ont été ramenés en Algérie et 2 remis à leur parents. Au 31/12/1908, il en reste 149 dont

  • 48 garçons et 41 filles de moins de 13 ans,
  • 36 garçons et 24 filles de plus de 13 ans.

Conformément aux instructions de Mr le Gouverneur général, ces pupilles seront rapatriés au fur et à mesure. Comprenez, très progressivement car les enfants de Constantine sont encore mentionnés en 1944 !

A la veille de la 1ère guerre, aucun n’est envoyé en Aveyron, 2 ont été ramenés. Il en reste 92 au 31/12/1914 dont

  • 12 garçons et 10 filles de moins de 13 ans
  • et 37 garçons et 33 filles de plus de 13 ans.

Ils sont 74 au 31 décembre 1915.

Le climat salubre du Rouergue

Au 31/12/1921, 89 pupilles restent présents dans l’Aveyron. 10 nouveaux enfants sont placés car ils sont des sujets assez difficiles. Le placement rural dans la métropole est préférable à leur internement dans un orphelinat ou un autre établissement. On notera que les plus indisciplinés s’adaptent parfaitement à l’Aveyron et que le climat salubre du Rouergue leur est profitable!

Le dernier chiffre cité dans les délibérations est de 74 enfants de Constantine en Aveyron au 1er janvier 1933

Une nouvelle source et quelques années manquantes

Les enfants continuent d’arriver en Aveyron, notamment pendant la seconde guerre mondiale.

Date Nb enfants
01/01/1956 97
01/01/1957 82
01/01/1958 63
01/01/1959 47
01/01/1960 38
01/01/1961 19
01/01/1962 6

 

C’est en fouillant dans la comptabilité des services de pupilles qu’on peut compléter l’histoire de ces enfants et ce jusqu’en 1962. Et c’est une nouvelle liste de plus de 200 noms qui est découverte au milieu des factures de médecins, jupes, crayons, ou argent de poche.

Et puis , une nouvelle piste m’a permis de découvrir encore d’autres sources. La liste de l’ensemble des enfants dits « de Constantine » est probablement dorénavant en ma possession!

 

 

Un grand merci aux deux archivistes des AD de Rodez qui m’ont évoqué la présence de cette première cote. Mais aussi à l’équipe du GAMT qui a partagé un week-end à mes côtés dans un salon de généalogie. Ils m’ont tous donné envie d’en savoir plus… La liste des enfants de Constantine est disponible dans la base de données et a été transmise (en partie) au GAMT.

Sources: Délibérations du conseil général de l’Aveyron et de Constantine, Histoire de Constantine, cultivateur aveyronnais numérisés par Gallica, 3X54-AD12, 3X128-AD12, 3X290-AD12, 1X117-AD12

© 2018 Généalanille

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