Juin 062014
 

Le mont Dardon sur trois communes

Le calvaire du mont Dardon est situé sur la commune d’Issy l’Evêque, à la limite des communes de Ste Radegonde et d’Uxeau.
Cette limite est notée sur les 3 cadastres Napoléoniens (levés pour ces communes avant 1840) par une pierre ou une roche.

Ce calvaire est constitué de 3 croix qui regardent chacune le bourg de ces communes.
Celle de gauche est tournée vers le bourg de Ste Radegonde.
Celle du milieu est orientée vers le bourg d’Issy l’Evêque.
Celle de droite regarde le bourg d’Uxeau.

Le premier calvaire en 1855

Le 30 avril 1855, le premier calvaire est béni au mont Dardon par Monseigneur Landriot, vicaire général d’Autun. Il a été créé sur une initiative du curé Rochet et les trois croix en bois ont été financées par Mr Isidore de Montchanin, propriétaire des lieux.
Les seuls écrits rapportés par le curé Méreau évoquent « des foules considérables qui vinrent de partout à cette bénédiction. » Les échos du Dardon et les échos du passé évoquent la présence outre du curé Rochet d’Issy l’Evêque, de celles des curés Champion de Toulon, St Aubin de Cuzy, Jolivet de Montmort, Charlet de Ste Radegonde, Mariller de Grury, Fumet de La Chapelle au Mans et Aufiliatre d’Uxeau.

Le curé Benoit Rochet, né le 18 aout 1805, est arrivé à Issy l’Evêque le 18 décembre 1853 de la paroisse Ste Madeleine à Tournus. Il a permuté avec le curé Dulniau.
Il repart d’Issy l’Evêque le 11 juin 1864 à la cure de Massigny et est remplacé par le curé François Méreau né le 24 septembre 1814, curé du Mont Saint Vincent.
Le curé Rochet meurt chanoine titulaire.

Le vicaire général Landriot, originaire de Couches, est devenu évêque de la Rochelle puis de Reims avant de mourir en 1874. Il sera décoré officier de la Légion d’honneur.

Paul Isidore de Montchanin est propriétaire de la parcelle où sont installées les croix, qu'il a héritée de son père Jean Pierre, ancien suppléant du juge de paix d'Issy l'Evêque (décédé en 1843 à Issy l'Evêque).
Mr de Montchanin s'est marié en 1850 à Moulins Engilbert (58) avec Marie Henriette Olympe Garenne, fille de Philippe Garenne et de Françoise Cheuret.
Le couple a eu deux enfants: Paul François René et Marc Marie Xavier (né un an avant l'installation du premier calvaire). Mme de Montchanin meurt en 1858 à Issy l'Evêque, son mari déménage à Isenay (58).

Le deuxième calvaire en 1892

Les croix sont tombées (selon les sources) de vétusté ou d’usure en 1891, ou ont été abattues successivement par le temps, le vent et les intempéries.
Un nouveau calvaire est préparé avec des bois « de bons chênes » issues des trois communes. Les 3 croix de 1892, écrit le curé Méreau, « furent données par 3 riches et généreux propriétaires : Messieurs Marc et René de Montchanin, domiciliés à Mazille de Luzy, M de Champigny d’Issy l’Evêque et Mr Lally d’Uxeau. »
D’après le curé Gauffre, d’Issy l’Evêque, on trouve un compte rendu assez bref de la bénédiction dans les registres paroissiaux et plus circonstancié dans la semaine religieuse de 1892.

Cette dernière explique les points suivants :
La bénédiction a lieu le lundi de pentecôte, 6 juin 1892, sous un temps splendide et en présence d’une « procession de deux milles personnes au moins, venant de toutes les paroisses voisines et gravissant malgré les ardeurs du soleil, le sentier escarpé de la montagne. »

Pour cette cérémonie, un père jésuite de Paray le Monial a fait un discours sur « La croix est l’objet de notre foi, de notre espérance, de notre amour », puis l’archiprêtre d’Issy l’Evêque a béni les croix entouré « de tous les prêtres de la contrée », avant de finir sous les chants et cantiques des chantres d’Issy l’Evêque et Uxeau.
Les croix avaient été ornées de couronnes et de guirlandes.

Les riches propriétaires

Le curé Méreau a déjà été évoqué plus haut. Il est le successeur du curé Rochet.
Quand aux trois riches propriétaires, ils sont comme les bois des croix, issus des trois communes.

Marc et René de Montchanin représentent la commune d'Issy l'Evêque. Ils sont les enfants de Paul Isidore de Montchanin, mécène du premier calvaire.

La parcelle de Ste Radegonde appartenait à Michel Frappet, ancien magistrat et fils de François Frappet de son vivant gendarme du Roi à Lunéville (54). Mr Frappet meurt en 1841, trois ans après son épouse Jeanne Marie Simon en laissant, outre des dons de seigle aux pauvres de Grury, Issy l'Evêque, Ste Radegonde et Ternant (58), plusieurs héritiers:
- Antoine Frapet avocat Ă  Lyon, son fils;
- Marguerite Frapet veuve Pinot Ă  Bourbon Lancy, sa fille;
- Pierre Michel Ernest de Champigny son petit fils par représentation de Marie Frapet, décédée, mariée en 1813 à Mr de Champigny propriétaire à Ponsignol canton de Château Chinon (58).

La parcelle d'Uxeau a changé plusieurs fois de propriétaires depuis la première levée du cadastre. En 1892, elle appartient à Jean Laly époux de Louise Cuzin qui meurt (avant sa mère) en 1895 en laissant plusieurs enfants. Il ne verra donc le calvaire que pendant trois ans.

Le troisième calvaire en 1935

Deux croix sont tombées quand en juin 1935 le curé d’Issy l’Evêque annonce dans le bulletin paroissial que celles-ci vont être remplacées par des croix en ciment armé et que deux d’entre elles sont déjà coulées. (Les croix ont été faites par Mr Julien cimentier de Toulon sur Arroux.)
La bénédiction est prévue pour le 18 aout 1935, mais elle est finalement avancée au dimanche 11 aout pour ne pas coïncider avec la kermesse de Gueugnon.

"En 1892 la procession partit à pied d’Issy l’Eveque. En 1935 tous les moyens de locomotion furent utilisés pour se rendre au Dardon : autos camions, voitures hippomobiles bicyclettes. Plusieurs courageux pèlerins y allèrent à pied comme autrefois."

Partis vers 15H de l'esplanade au dessus du Chatelot sur la route d'Uxeau, le cortège défini dans un ordre précis (Enfant de chœurs – Mr le Curé d’Uxeau – Clique et paroissiens de Gueugnon – Paroissiens de Toulon – Clique et paroissiens d’Issy – autres paroissiens) "sous un soleil très chaud gravissait très lentement les pentes ardues du Daron en ordre plus ou moins dispersé ."
Rassemblé en demi-cercle autour des croix, là encore dans un protocole préparé à l'avance, la bénédiction par Monseigneur Tuloup et précédée et suivie de musiques et de chants.
"Mgr Tuloup revêtu des insignes de sa prélature face à la croix d’Issy prononce les paroles liturgiques puis jette de l’eau bénite sur chaque croix que prélats et prêtres d’ordres supérieurs et inférieurs baisent conformément au rituel. "
Quelques discours sont enfin prononcés avant le départ de chacun et la vente des cartes postales dessinées par Mr Perrin, professeur à Autun et frère du curé d'Uxeau (né en 1890 à Rigny sur Arroux).
C'est un moyen trouvé pour financer les croix qui coutent 600 francs chacune. Le curé d'Issy l'Evêque a déjà reçu 200 francs de dons avant la manifestation.

"C’était fini. La multitude venue du Dardon refluait vers la périphérie de la montagne d’où l’on jouit d’un magnifique point de vue et où aussi s’étaient installées de loin en loin des buvettes qui ne chômèrent pas puis elle en dévalait avec précaution les sentiers à peine marqués mais rendus glissants par l’herbe menue et sèche qui les recouvre comme un tapis de couleur fanée et reprenait la joie dans l’âme le cœur content le chemin du retour."

La liste des présents

Les prêtres suivants sont présents: Mgr Tuloup vicaire général archidiacre d’Autun, Mgr Mury directeur de l’enseignement diocésain, vicaire général honoraire, Mr le chanoine Chetaille archiprêtre de Gueugnon, Mr le chanoine Vernay archiprêtre de Toulon sur Arroux, Mr Gaufre archiprêtre d’Issy, et messieurs Gallay curé de Ste Radegonde, Perrin curé d’Uxeau, Gourat curé de la Chapelle au Mans, Pacaud curé de Grury et Marly sous Issy, Fontaine curé de Neuvy Grandchamp et Germain vicaire de Gueugnon.

C'est l'occasion de réunir les fanfares "de la Foch" de Gueugnon sous la direction de Mr Burtin et "de la Lyre" d'Issy l'Evêque sous la direction de Camille Billaud. Cette dernière fanfare est fraichement âgée de 7 mois et les musiciens ont été transportés par "Mr Priet maçon, Mr Brun négociant, Mr Simon Charcutier, Mme Billaut et Jeaux négociants et Mr Vernet Notaire qui ont fait plusieurs voyages."
Elles sont rejointes par les chorales des paroissiens de Gueugnon, Toulon sur Arroux, Uxeau, Ste Radegonde et Issy l'EvĂŞque.

Aucun autre civil officiel n'est cité, et le prêtre évoque la présence de milliers de personnes venues de tous les points de l’horizon: de "Macon, Montceau, Digoin, de Gueugnon, surtout de Toulon, Luzy, Neuvy, la Chapelle, Grury, Marly, Cuzy, Montmort, Vendenesse et des 3 paroisses plus intéressées."

Programme de la journée

Programme
14H30 réunion sur l’esplanade située au-dessus du chatelot route d’Uxeau.
14H45 départ du cortège En tête les enfants de chœur des paroisses avec Mr le curé d’Uxeau puis la clique de la Foch et les paroisses de l’archiprêtré de Gueugnon, ensuite celles de l’archiprêtré de Toulon, la clique de la lyre d’Issy et les paroisses de l’archiprêtré d’Issy, le clergé.
Sonnerie de marches par les cliques. Cantique Je suis chrétien par les scholas.
Les scholas et les musiques, le clergé se placeront au milieu près des croix.

1 Morceau d’exécution par la musique de la Foch de Gueugnon
2 Hymne à la croix de Delporte Regardez cieux et terre, couplets 1 11 12 et 14 par les chorales des jeunes filles sous la direction de l’archiprêtré de Gueugnon
3 Morceau d’exécution par la lyre d’Issy l’Evêque
4 Allocution par Mgr Mury vicaire général honoraire
5 Sonnerie au drapeau par les 2 cliques
6 Bénédiction du calvaire par Mgr Tuloup vicaire général
7 Sonnerie au champ par les cliques
8 Récitation d’une dizaine de chapelet
9 2ème morceau d’exécution par la musique de la Foch
10 cantique parle, commande, règne par les scholas des paroisses présentes
11 Morceau final exécuté par la lyre d’Issy

Le mont Dardon aujourd’hui

Le calvaire est toujours présent et voit défiler, outre les marcheurs "de la grimpette du Dardon", ou des promeneurs du dimanche, la fête annuelle du Dardon qui rassemble des milliers de personne depuis de nombreuses années.
En aout 2010, une antenne Wimax a été installée sur ce lieu trop peu protégé, créant une forte polémique et permettant aux habitants de deux cantons de bénéficier de l'internet haut débit par cette technologie.

Sources:
V36-AD71, base léonore LH/1466/79, Echos du Dardon Mars 2013, REV794/3-AD71, REV171/5-AD71, Semaine religieuse d’Autun 1892-collection personnelle, 3P9142-AD71, 3P552-AD71, 3P9635-AD71, 3P552/1MA-AD71, 3P474/1MA-AD71, 3P239/1 MA-AD71, 5Mi13-575-AD58, La gazette des tribunaux 1839, 5E239/18-AD71, 5E239/14-AD71,5E239/15-AD71, 5E239/20-AD71, 5E239/7-AD71, 5E512/24-AD71, 5E552/12-AD71, 3Q12278-AD71, Journal de Saone et Loire du 02/09/2010, 1 PER 193/70-AD58
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