Oct 162014
 

L’embuscade

Le 8 juin 1944, un groupe de 14 hommes se tient dans la forĂŞt de Charolles « comme poste avancĂ© protĂ©geant la ville. » Avertis du passage d’un convoi de munitions par un train blindĂ©, ils tendent une embuscade mais se retrouvent vers 17H30 face à un train contenant des troupes allemandes qui s’empressent de les encercler et de les attaquer. Les patriotes se dĂ©fendent jusqu’Ă  Ă©puisement des munitions puis se replient sous le feu croisĂ© des allemands et de renforts « montĂ©s en hâte. »

Les coups de feu cessent vers 20H et quatre hommes manquent Ă  l’appel.

Les quatre patriotes disparus et deux morts

Albert Jean Louis Muhet est l’un des enfants du sacristain de Charolles. NĂ© dans cette ville, il est cĂ©libataire et exerce la profession de manĹ“uvre. Il meurt Ă  24 ans. Son acte dĂ©cès prĂ©cise qu’il est dĂ©cĂ©dĂ© Ă  19H route de Charolles et qu’il a Ă©tĂ© « tuĂ© par les autoritĂ©s allemandes » (mention marginale au crayon de papier). L’acte est transcrit le 26 juin Ă  Charolles.

AndrĂ© Seyer est le fils de Jean LĂ©on Seyer, rentier retraitĂ© Ă  St Julien de Civry. NĂ© dans ce village, il s’est mariĂ© Ă  Angèle Bonnetain et est devenu cultivateur Ă  Ozolles. Il meurt Ă  26 ans. Son acte de dĂ©cès prĂ©cise Ă©galement qu’il est dĂ©cĂ©dĂ© Ă  19H route de Charolles et qu’il a Ă©tĂ© « tuĂ© par les autoritĂ©s allemandes » (mention marginale au crayon de papier.) L’acte porte une mention « mort pour la France » et est transcrit le 27 juin Ă  Ozolles.

Paul Gustave Victor Bourcet est fils de Marie Joseph Bourcet, directeur de banque Ă  Charolles. NĂ© Ă  St Laurent (01), il est mariĂ© Ă  Giselle Beaune et est Ă©lectricien Ă  Charolles. Il meurt Ă  21 ans. Son acte de dĂ©cès prĂ©cise les mĂŞmes heures et lieux de dĂ©cès (19H route de Charolles). La mention « Mort pour la France » est inscrite après une mention provisoire « sur avis favorable des FFI, bataillon de Charolles » (05/12/1944) et de la dĂ©cision du secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral des anciens combattants (04/04/1945). L’acte est transcrit le 26 juin Ă  Charolles.

Antoine Gout est le 4ème patriote manquant. NĂ© Ă  Soursac en Corrèze, il s’est mariĂ© Ă  HĂ©lène Anglard nĂ©e Ă  la Tronche en Isère et est père de famille. Il exerce la profession de coutelier Ă  Charolles. Son dĂ©cès n’est constatĂ© que le 12 juin par le brigadier de gendarmerie Louis Verniez. Le corps est  retrouvĂ© au bois de Crazy sur la commune de Lugny les Charolles et « semble remonter au 8 juin ». Antoine Gout avait 36 ans. Son acte de dĂ©cès est transcrit le 29 juin Ă  Charolles.

Deux autres patriotes vont mourir de la suite de cette embuscade.

AndrĂ© Suchet, blessĂ© pendant l’attaque « en amorçant des grenades » dĂ©cède de ses blessures le 16 juin 1944.

Jean Louis Milliat est fait prisonnier, puis est torturĂ© avant d’ĂŞtre fusillĂ© le 17 juin 1944 par la Gestapo.

Tous ces noms apparaissent sur le mémorial de Beaubery.

Un monument à leur mémoire

Dès 1945, le conseil municipal de Charolles statue sur l’Ă©rection d’un monument Ă  la mĂ©moire des victimes de la guerre 1939-1945 et confie la crĂ©ation artistique Ă  Mr RenĂ© Davoine (mĂ©daillĂ© du salon des artistes 1927-1929 et de l’exposition internationale de Paris 1937).

Le monument de 3,30m en pierre d’Artiges est installĂ© Ă  la jonction des routes de Paray et Gueugnon et est inaugurĂ© par le GĂ©nĂ©ral de Gaulle le 21 septembre 1947 Ă  11H (qui prend ensuite un dĂ©jeuner intime Ă  la mairie avant de rejoindre Autun pour les fĂŞtes de la libĂ©ration).

Davoine

 En mai 1946, un projet d’installation d’un monument « aux tuĂ©s du 8 juin 1944 » est Ă©tabli. Deux propriĂ©taires proposent de cĂ©der un terrain de part et d’autre de la route Nationale 79 (aujourd’hui partiellement RCEA).

Plan

D’un cĂ´tĂ© de la route, sur la commune de Champlecy et sur un terrain cĂ©dĂ© par Mr Boudry, expert gĂ©omètre Ă  Paray, on trouve une stèle en granit brut de St Maurice les Châteauneuf Ă  forme de pyramide tronquĂ©e, posĂ©e sur un massif en bĂ©ton recouvert de terre vĂ©gĂ©tale destinĂ©e Ă  recevoir une pelouse et surĂ©levĂ©e par rapport Ă  la route (1,30m).

De l’autre cĂ´tĂ©, sur la commune de Changy et sur un terrain cĂ©dĂ© par Mr Charles DĂ©chelette Ă  Roanne, sont disposĂ©s dans un arc de cercle de corde de 30m et de flèche de 10m 7 bancs (symbolisant les 14 patriotes?), de 2 mètres de longs et sĂ©parĂ©s entre eux de 3 mètres.

Le monument est situé à 3,5km de Charolles et à moins de 100m du passage à niveau (de la ligne de chemin de fer désaffectée depuis). Des caniveaux sont prévus de chaque côté de la route.

coupe

Est bien le lieu de l’attaque?

Si on regarde un plan actuel, on se rend compte de plusieurs choses. Le lieu dit La Redoute n’est pas situĂ© sur la commune de Paray le Monial (lieu de dĂ©claration des dĂ©cès). La limite entre les communes de Champlecy et Changy ne sont pas en bordure de la nationale 79.

On peut noter que pour le moment, la portion de route oĂą est situĂ© le monument n’est pas classifiĂ©e RCEA et n’est pas soumise Ă  des travaux d’Ă©largissement en 2X2 voies.

N79

Le monument érigé

Après le dĂ©cret de janvier 1947 pour l’Ă©tablissement de monuments commĂ©moratifs, un dossier est Ă©tabli par le comitĂ© du souvenir et des fonds sont rĂ©unis pour financer les 93 097 francs liĂ©s Ă  l’Ă©rection du monument et des bancs. Le dĂ©cret prĂ©fectoral d’autorisation est signĂ© le 28 mai 1947.

Monumentreel

La stèle porte un « Vé » entrelacé avec une croix de Lorraine et le nom par ordre alphabétique des 4 patriotes disparus.

Le monument est Ă©videmment visible lorsqu’on emprunte la route de Paray le Monial Ă  Charolles.

 

Sources:

1w602-AD71, 6M Bourbon Lancy-Charolles 1936/1-AD71, Didier SÉROUART via mémorialGenweb, PR101-3-AD71, street-view Google, Etat civil Charolles, Paray le Monial, Ozolles

© 2014 Généalanille

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