Juin 302018
 

La maison école des filles de Prévinquières (12)  a été construite dans des conditions litigieuses.

Une nouvelle Ă©cole pour les filles

Le projet a Ă©tĂ© lancĂ© en dĂ©but de l’annĂ©e 1875. Une nouvelle Ă©cole sera construite pour les filles. Ce sera une maison Ă©cole, c’est Ă  dire un lieu oĂą l’on peut faire classe et oĂą le personnel enseignant peut vivre.
Une souscription est ouverte auprès de la population le 1er mars 1875. Elle semble avoir rapportĂ© 4700 francs en argent et 5000 francs de dons en nature (engagement de fourniture de matĂ©riaux). L’enquĂŞte de commo incommodo est faite en 1876.


Le 1er février 1877, par sa délibération, le conseil municipal de Prévinquières approuve les plans et devis pour la construction de la nouvelle maison école des filles. Ils ont été établis par Mr Rozié, agent voyer.
Le dossier est transmis au prĂ©fet le 4 avril et passe Ă  la session d’aout 1877 au conseil dĂ©partemental. Il vise Ă  demander 5000 francs Ă  l’Ă©tat. Le conseil dĂ©partemental donne d’ailleurs un avis favorable dans sa session de 1877.

Le maire refuse d’installer l’institutrice

Par arrĂŞtĂ© du 6 septembre 1877, Melle Massol institutrice est nommĂ©e Ă  PrĂ©vinquières. Elle doit prendre ses fonctions pour la rentrĂ©e du 16 octobre mais le maire refuse de l’installer. Elle s’est prĂ©sentĂ©e le 11 octobre (comme convenu) mais est obligĂ©e de loger Ă  l’auberge. Melle Massol se plaint Ă  l’inspecteur d’acadĂ©mie car elle a dĂ©jĂ  eu pas mal de dĂ©placements inutiles cette annĂ©e et si elle doit Ă  nouveau bouger, elle prĂ©fĂ©rerait le canton de Cassagnes BĂ©gonhès.
Melle Massol a en effet Ă©tĂ© nommĂ©e depuis le dĂ©but d’annĂ©e 1877

  • de Novis commune de SĂ©verac le Château,
  • Ă  Griac commune de RĂ©quista
  • puis elle est partie dans la nouvelle Ă©cole de Saint Cyrice Ă  Brousse le Château avant d’ĂŞtre affectĂ©e Ă  PrĂ©vinquières.

Et si le maire refuse d’installer l’institutrice, c’est que les locaux sont dĂ©jĂ  occupĂ©s par les sĹ“urs de la Sainte Famille qui font la classe… Et la maison Ă©cole est loin d’ĂŞtre terminĂ©e.
Une pĂ©tition est adressĂ©e au prĂ©fet par les pères de familles pour que l’Ă©ducation de leurs filles soit faite par une des sĹ“urs congrĂ©ganistes. Il faut donc un avis officiel pour que Melle Massol change d’affectation.


Et les enfants? Personne ne semble faire la classe aux 45 filles jusqu’Ă  la fin d’annĂ©e 1877.

La fin des travaux

L’inspecteur primaire rend compte de sa visite de la nouvelle Ă©cole des filles fin mai 1878. Il a vĂ©rifiĂ© que la construction Ă©tait conforme aux plans. Il ne constate aucune modification Ă  l’Ă©tage. Par contre, au rez de chaussĂ©e, une lĂ©gère cloison a Ă©tĂ© apposĂ©e pour sĂ©parer la salle de classe en deux. Une salle de 4,60m et une de 5m sur 6,50m.

La hauteur des plafonds a aussi Ă©tĂ© rĂ©duite: 3m40 au lieu de 4m. Cette modification est liĂ©e aux « grands froids qui sĂ©vissent dans ce pays surnommĂ© la SibĂ©rie de l’arrondissement ».
Un sous sol a également été construit avec une hauteur de 2,70m. Cela assainit les classes.
Il ne reste que la construction des lieux d’aisance, le mur de clĂ´ture de la cour de rĂ©crĂ©ation, le mur de clĂ´ture du jardin, l’Ă©tablissement du prĂ©au couvert, les plafonds, serrureries, la peinture des volets….

Les sœurs sont déjà là

L’inspecteur n’en parle pas dans son rapport mais un autre courrier nous apprend que les sieurs occupent les lieux depuis (au moins) avril 1878. Pourquoi? Parce que la maison Ă©cole appartient Ă  la fabrique! L’histoire se dĂ©voile. En 1875, un terrain a Ă©tĂ© cĂ©dĂ© Ă  la fabrique par le conseil municipal sans rĂ©ellement formaliser l’acte.

Les membres de la fabrique et le curĂ© ont Ĺ“uvrĂ© pour trouver le budget de dĂ©part, complĂ©tĂ© par la demande de subvention Ă  l’Ă©tat. Le curĂ© estime que les bâtiments lui appartiennent, le prĂ©fet n’est pas d’accord.
Et la dĂ©libĂ©ration du conseil municipal du 15 mai 1878 qui autorise les sĹ“urs Ă  rester « en possession de la maison qui a Ă©tĂ© construite par d’autre que par la commune sur un terrain communal » est annulĂ©e par le conseil de prĂ©fecture.
Le 3 juillet 1878, un arrêté est pris pour faire évacuer les sœurs et faire installer la nouvelle institutrice Melle Dufieu.

L’Ă©vacuation des sĹ“urs

Elle a lieu le 25 juillet 1878. Le maire et l’adjoint sont volontairement absents. Les sĹ“urs sont parties en visite Ă  Montbazens… Quand elles reviennent, elles refusent d’Ă©vacuer les locaux. Les gendarmes finissent par dĂ©gager l’accès et gardent l’Ă©cole pour la nuit en attendant le serrurier qui va changer toutes les serrures.

Contrairement Ă  ce qui a Ă©tĂ© Ă©crit dans les journaux d’opposition, les sĹ“urs ont pu prendre les habits dont elles avaient besoin et les baĂŻonnettes n’ont pas Ă©tĂ© mises au bout des carabines.

Des registres falsifiés et un maire suspendu

Les registres de la mairie ont Ă©tĂ© Ă©pluchĂ©s. Il manque l’apposition de certaines dĂ©libĂ©rations, d’autres semblent avoir Ă©tĂ© « arrangĂ©es » Ă  postĂ©riori avec des stylos de couleur diffĂ©rente. Le maire est finalement suspendu le 12 octobre 1878. Cela ne lui empĂŞchera pas de retrouver sa place puis de rester maire pendant quelques annĂ©es.

De nouvelles institutrices

Melle Dufieu est installĂ©e après l’expulsion des sĹ“urs dans un climat peu stable. Le 3 aout 1878, les objets de la Sainte Famille sont dĂ©mĂ©nagĂ©s de force par des personnes rĂ©quisitionnĂ©es.


L’institutrice doit rester Ă  l’auberge pour quelque temps car la maison Ă©cole est loin du village et entièrement isolĂ©e. Elle est placĂ©e de telle sorte qu’on peut y arriver par des sentiers couverts d’arbres sans ĂŞtre vus. Melle Dufieu a pour consigne d’Ă©crire le plus souvent possible Ă  l’inspecteur. Pas de quoi la rassurer, elle et sa pauvre mère. Elle supplie rapidement l’inspecteur de lui donner un autre poste.
Le 16 octobre 1878, Melle Dufieu est mise en inactivité.

Le 31 DĂ©cembre 1878, Mme Pons nĂ©e Ginesty est installĂ©e par l’inspecteur primaire. Quelques temps plus tard, elle indiquera qu’elle fait la classe Ă  des garçons pour soulager le trop grand effectif de son mari, lui aussi nommĂ© Ă  PrĂ©vinquières… D’ailleurs aucune fille ne s’est prĂ©sentĂ©e…mĂŞme si l’Ă©vĂŞque pense que l’institutrice propose de l’argent pour attirer les jeunes filles.

Mme Pons est affectée à Privezac en octobre 1879 et décède quelques mois plus tard.

Un procès et le retour des soeurs

Les sĹ“urs portent plainte auprès du juge de paix le 19 aout 1878. Ce dernier s’estime incompĂ©tent et l’affaire est portĂ©e devant le tribunal civil de Villefranche de Rouergue le 28 novembre 1878.

Le 22 juin 1879 un accord est trouvĂ© pour que les sĹ“urs prennent Ă  nouveau la direction de l’Ă©cole. DĂ©but juillet 1879 CĂ©cile Sennagal « Soeur Marie Bernard » est affectĂ©e Ă  l’Ă©cole de PrĂ©vinquières.
C’est l’occasion de dĂ©couvrir  l‘Ă©quipement de ses salles de classe.

Et puis la maison Ă©cole des garçons…

Le conseil municipal de PrĂ©vinquières reconnaitra dans sa dĂ©libĂ©ration du 15 janvier 1880, la nĂ©cessitĂ© de construire dans les plus brefs dĂ©lai possibles une maison d’Ă©cole pour les garçons. Cette fois, ci elle aura lieu dans des conditions plus traditionnelles!

Sources: 6T1/200-AD12, 2O200/1 et 2-AD12, 3T4/44 et 45-AD12, 4T3/11 Ă  13-AD12, 5T5/7, 13 et 15-AD12, 7T1/10, 12 et 16-AD12, 8J151-AD12, 3M517-AD12, 3M731-AD12, PER545-AD12, Journal de l’Aveyron

© 2018 Généalanille

Print Friendly, PDF & Email

Cet article a été réalisé dans le cadre du challenge UproG de juin 2018 sur le thème imposé « la première école ».

error: Content is protected !!