Le dernier gisant de la cathédrale

Le gisant très réaliste de Monseigneur Francqueville a été inauguré en 1912 dans la cathédrale de Rodez.

L’évêque originaire de la Somme

Louis Eugène Francqueville est né le 12 février 1845 à Aizecourt-le-Haut dans la Somme. Fils d’instituteur, et après une enfance passé à Cagny, il entre au petit séminaire de Saint Riquier. Il rejoint le séminaire de Saint Sulpice à Paris en 1865.

Mr Francqueville est ordonné prêtre le 6 juin 1868 et enseigne l’histoire dans le petit séminaire de ses études. Il devient vicaire à Saint Vulfran (Abbeville). Il part à Rome en 1877 et devient docteur en théologie et en droit canonique. En 1880, il est de retour dans la Somme, où il est vicaire à Amiens, puis professeur, aumônier, vicaire général…

Il est nommé évêque de Rodez et de Vabres le 7 décembre 1899. Son sacre a lieu le 11 mars 1900 à Amiens.

Il décède le 9 décembre 1905 dans le palais épiscopal de Rodez d’une longue maladie.

Il est enterré le 14 décembre 1905 dans la chapelle Saint Joseph de la cathédrale de Rodez où se trouve le chanoine Bérenger d’Arpajon (décédé vers 1300 et probable premier ecclésiastique enterré dans une des chapelles de la cathédrale).

Son cercueil fait le tour du quartier avant de rejoindre la cathédrale. Les cordons du poêle sont tenus par le préfet (en civil), le sénateur, le 1er adjoint au maire et le procureur de la république. Le journal précise également que les honneurs militaires n’ont pas été rendus.

Le sculpteur aveyronnais

C’est Louis Bertrand qui est chargé de réalisé le gisant de Mgr Francqueville. Né en 1866 à Rodez, il est le fils du sculpteur marbrier Antoine Bertrand, apparenté à François Mahoux.

Louis Bertrand est élève de l’école des beaux Arts. En mars 1889, il manque les examens et le conseil général lui adresse un « avertissement très sérieux en vue d’obtenir de meilleurs notes à l’avenir »… et de ne pas se voir supprimer sa subvention. Il réussit le concours en fin d’année et ses professeurs signaleront ses aptitudes et efforts. Louis Bertrand part faire son service militaire en 1890 et reprend les cours à son retour.

Il obtient la 3ème médaille dans un concours d’esquisse de bas relief le 28 juin 1892. Le sculpteur perfectionne son art et obtient deux médailles en 1900 et 1904 au salon des artistes.

Il réalisera plus tard le monument aux morts de Pont de Salars (12).

C’est en 1911 qu’il obtient la 1ère médaille (avec 3 autres sculpteurs) au salon pour sa maquette de Mgr Francqueville. La statue sera réalisée, quant à elle en 1912.

Le gisant

C’est Mr Pouget, sculpteur à Rodez, qui a réalisé le soubassement en pierre de grès. Les 4 angles sont ornés de pilastres décorés. En face avant, les armes épiscopales sont soutenues par deux amours portant une banderolle.

C’est sur cette pierre qu’est dépose le gisant en pierre tendre de Lavoux (86) réalisé par Louis Bertrand. La pierre est blanche mais légèrement granitée de noir. Le monument est de taille réelle mais semble être plus grand. Mr Bertrand ne connaissait pas l’évêque mais semble l’avoir très bien réussi, même sans posséder aucune moulure de plâtre. Cette prouesse a été possible grâce aux photographies qui ont été transmises au sculpteur.

L’évêque est représenté souriant et serein. Sa main droite repose sur sa poitrine et l’on distingue clairement la gemme de l’anneau pastoral. Sa main gauche allongée repose sur le livre des évangiles et sur la crosse dont la partie supérieure est appuyée sur le coussin qui supporte la tête. Les pieds sont en partie recouverts par la traîne de la cappa.

L’inauguration a lieu le 27 aout 1912 avec un programme détaillé de 15 points. Le glas sonne à 9H. Le cortège entre le palais épiscopal et la cathédrale est infini. C’est l’occasion pour Mr Lamiche, organiste, de reprendre possession de ses orgues nouvellement restaurées par la maison Puget de Toulouse. Les chants grégoriens résonnent dans l’édifice.

Le gisant est débarrassé du voile qui le cache avant d’être béni par les évêques présents.

 

C’est le dernier gisant installé dans la cathédrale de Rodez.

gisant

Sources : Revue du monde catholique, Le petit journal, catalogue illustré du salon, numérisés par gallica.bnf.fr ; base arcade culture.gouv.fr, Le Narrateur, le journal de l’Aveyron, 12T8/1-AD12, 12T8/2-AD12, 16T26/9-AD12, 2O195/2-AD12, PER182-AD12, F/21/1877-ADN

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