Nov 182016
 

L’usage croissant de la nicotine comme insecticide pour les vignes a donnĂ© idĂ©e aux aveyronnais de planter du tabac.

 

La nicotine comme insecticide

Un article est diffusĂ© dans la revue « le cultivateur aveyronnais » de 1894. Mr Lapoire, prĂ©sident du comitĂ© antiphyloxĂ©rique de Roanne (42) semble avoir trouvĂ© un insecticide contre la cochylis qui dĂ©truit les vignes. Le traitement est composĂ© d’alcool Ă  brĂ»ler, de savon noir et de nicotine et donne de bons rĂ©sultats. En effet, après 24 heures, 70% des larves de l’insecte sont tuĂ©es.

nicotine

Les formules du traitement seront modifiées au fil du temps pour n’utiliser que de l’eau et du savon noir avec la nicotine.

 

Livraison réglementée

Exploiter du tabac ou en extraire la nicotine sont des activités réglementées. Mr Paulin Vergnes, forgeron à Lédergues (12) se voit dresser un PV en 1906 pour infraction à la culture du tabac.

En mars 1909, un décret autorise les syndicats agricoles à se procurer de la nicotine litrée auprès des manufactures d’état pour 1 franc le litre, il passe à 2,70f en 1911. Et si on n’est pas syndiqué ? Il faut alors rédiger une demande formalisée à faire viser par le maire.

demande

De nombreux vœux

Pourquoi ne pas cultiver dans l’Aveyron du tabac ? Le conseil général du département émet le vœu « que la culture du tabac soit autorisée dans les régions du département dites de rivière » dès 1907.

Le conseil d’arrondissement de Villefranche fait de mĂŞme en octobre 1908. Les deux organismes renouvelleront rĂ©gulièrement la demande que la « culture du tabac soit autorisĂ©e sur la rive gauche du Lot comme elle l’est sur la rive droite« . Car le dĂ©partement voisin est lui autorisĂ© Ă  produire du tabac!

La réponse du directeur général de la manufacture de l’état est négative: pas assez de personnel et pas de crédit pour créer de nouveaux emplois.

carte

Un besoin de nicotine croissant

On est en 1911. Le ministre des finances avertit les prĂ©fets les quantitĂ©s d’alcaloĂŻde Ă  livrer Ă  l’agriculture cette annĂ©e seront 10 fois supĂ©rieures Ă  celles de l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente.

MalgrĂ© les efforts de production et les achats importants Ă  l’Ă©tranger, il est probable que les agriculteurs n’auront pas les quantitĂ©s dont ils ont besoin. D’ailleurs, le prĂ©sident du syndicat agricole de la commune de Villeneuve (12) qui sollicite 54kg 600 de nicotine pour ses 7 hectares de vignes n’obtient que 7 grammes !

 

L’injustice pour les communes

Les communes de l’arrondissement de Villefranche émettent à leur tour le vœu de pouvoir cultiver du tabac. C’est le cas de Saujac (12) dans la délibération du conseil municipal de novembre 1911.

Les arguments sont les suivants :

1) beaucoup de terres situées sur la commune sont aptes à la culture de tabac,

2) la culture du chanvre qui était la principale récolte doit être supprimée à cause d’un parasite, le tabac pourrait la remplacer,

3) pour que les agriculteurs gagnent de l’argent pour payer les impĂ´ts,

4) parce que la commune est limitrophe avec le département du Lot où la culture est autorisée,

5) si la nicotine se gĂ©nĂ©ralise pour soigner la vigne, l’Ă©tat va avoir besoin de plus de cultures de tabac,

6) le conseil d’arrondissement a Ă©mis plusieurs fois le vĹ“u que la culture soit autorisĂ©e.

 

Après la guerre

Les vĹ“ux continuent de se multiplier et la grande guerre survient. Il faut attendre la dĂ©cision du 12 septembre 1922 pour que le ministre des finances autorise la culture de tabac dès 1923 dans l’arrondissement de Villefranche de Rouergue.

culture

La variĂ©tĂ© sera le Paraguay Bas Rhin d’une compacitĂ© de 35 000 Ă  40 000 plantes Ă  l’hectare. Les rĂ©coltes seront livrĂ©es au frais des planteurs au magasin de Cahors (Lot).

Sources: 7M123-AD12, le cultivateur aveyronnais

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