Jan 302015
 

Une anecdote dans la presse australienne

En mai 1905, le journal australien « West Gippsland Gazette » rapporte une histoire survenue à Grury, petit village de Saône et Loire. L’information a été transmise le 20 février par le correspondant parisien du London Daily Telegraph.

De l’uranium a été découvert dans les sols du village et cette substance dont le bromure de sel coute 400 000f le gramme est censée donner chaleur et lumière pour l’éternité (ou du moins au moins 2000 ans…)

Un vieil homme du village ayant appris, comme toute la population, cette nouvelle a décidé de chercher par lui-même ce minéral et ainsi de faire fortune. Nuit après nuit, dans le froid, il a rampé seul jusqu’aux mines en se cachant et il a creusé en vain à la recherche de précieuses pépites qu’il espérait reconnaître grâce à leur merveilleuse lueur et à leur chaleur ! Il a finalement été découvert un matin à moitié gelé et presque mort par les mineurs venus travailler. Remis de ses émotions et  de son état de faiblesse, il a juré qu’il ne chercherait plus de radium.

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L’histoire n’a pas été rapportée par les journaux locaux mais c’est un correspondant particulier du petit parisien qui raconte l’anecdote de manière similaire dans l’édition du 20 février.

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La course au radium

Pierre et Marie Curie découvrent le radium en 1898 et ses pouvoirs radioactifs ouvrent de nouvelles perspectives notamment pour la médecine.

En janvier 1904, Henri Farjas créée le journal « Le Radium » et propose aux lecteurs d’envoyer à la rédaction des échantillons de minerais. Le succès est immense et permet d’alimenter l’usine de Mr Armet de Lisle à Nogent sur Marne.

Hippolyte Marlot, un géologue né en 1850 en Côte d’Or, imagine que le phosphate de plomb peut être radifère et repense à un filon qui lui a été indiqué 10 ans plus tôt par Emile Carion et Victor Berthier  aux Dorains à Grury.

Il effectue des sondages sur le terrain après accord des propriétaires. Les résultats sont au-dessus des attentes et c’est finalement l’usine de Nogent sur Marne qui prend en charge la continuation des fouilles dès mars 1904. 22 ouvriers travaillent sous la direction d’un chef mineur et de Mr Marlot. D’autres filons sont découverts au lieu dit les Jallerys et des galeries sont creusés sur plus de 80m de long.

La visite guidée

Le 19 juin 1904, c’est une trentaine de personnes de la société d’histoire naturelle d’Autun qui prennent le train pour visiter Grury.

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Arrivés à la gare de Luzy, ils sont emmenés en voiture sur le site des Dorains avant de rejoindre le château de Montperroux. A 11H30, ils déjeunent à l’hôtel Dutroncy au bourg de Grury puis partent pour Faulin, l’exploitation de fluorine du Crot Blanc et reviennent à Grury pour repartir visiter l’église d’Issy l’Evêque où ils dinent chez l’hotelier Baudot. Le train de Luzy de 20H51 les ramène à 22H13 à Autun.

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La confirmation du radium Ă  Grury

Le 5 février 1905, plusieurs journaux annoncent qu’une « mine de pyromorphite donnant du radium, a été découverte à Grury, aux hameaux des Dorains et de Faulin. La revue scientifique, dirigée par Mr H de Parville, confirme la nouvelle. » Dès le 23 janvier, l’étude complète de Jacques Danne, préparateur de M. Curie à la Faculté des sciences de l’université de Paris, sur le minerai de Grury a été publiée.

Le 16 février, les journaux annoncent que l’exploitation est commencée et le 19 février 1905, la société d’histoire naturelle d’Autun fait un communiqué sur les minerais radifères de Grury.

Le 21 février, la presse internationale mentionne la découverte dans ce village… de quoi attiser les envies de creuser ! Cependant le nom du paysan local chercheur de fortune n’a jamais été dévoilé.

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Sources:

West Gippsland Gazette, London St James Gazette, PER2/29-AD71, PER13/72-AD71, PER60/8-AD69, REV181/20-AD71, Gallica : le journal des débats politiques, le petit parisien.

© 2015 Généalanille

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