Le charivari de la future mariée

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Juin 102016
 

Jean Calixte et sa femme n’en peuvent plus. Depuis trois ou quatre jours, de 20H à 22H, une bande de jeunes se réunissent devant leur maison d’habitation et font du bruit avec des cornes, des chaudrons, des faux et autres instruments. Et comme ils sont déguisés, difficile de les reconnaitre.

Pourquoi ce tapage nocturne ? C’est bien simple, Euphrasie, la sœur de Jean Calixte âgée de 20 ans, va se marier avec un veuf de 28 ans. Les gens trouvent-ils le futur marié trop vieux, ou le futur couple mal assorti ? En tous cas, certains membres du village ont décidé de faire le charivari sous les fenêtres de la future épouse. Et c’est comme ça toutes les nuits !

On est vendredi soir, il est près de 22H et Flavie, épouse de Jean Calixte, craque, elle jette à travers la croisée de la fenêtre « un litre d’eau environ contenu dans une cuvette » selon la déposition de son époux. Ce que reçoit sur la tête Louis, domestique du hameau, n’est pas de l’eau mais « un liquide qui avait mauvaise odeur ». Heureusement qu’il avait une capeline sur la tête sinon il aurait été aussi mouillé que sa blouse. D’ailleurs Flavie ne se cache pas, c’est bien le contenu du vase de nuit qui est passé par la fenêtre.

Louis veut se venger, il ramasse une poignée de boue et l’envoie sur la fenêtre. Jean Calixte dira qu’à l’intérieur était cachée une pierre qui, fort heureusement, n’a pas blessé le couple dans sa chambre. Jean Calixte et les perturbateurs s’invectivent puis le calme revient enfin. Leur a-t-il dit que la future épouse n’était même pas présente ce soir là pour les faire partir ?

Dès le samedi matin, Jean Calixte va déposer plainte à la gendarmerie. Les jeunes gens sont déguisés mais il en a reconnu 11 dont 3 de ses cousins, plusieurs domestiques et Firmin à l’accordéon.

Chacun est interrogé, et certains reconnaissent avoir participé sans pour autant dénoncer les autres. Les hommes ont entre 16 et 31 ans et nient vouloir faire du mal ou être en infraction.

Euphrasie, de retour au village, est interrogée par les gendarmes alors que la deuxième publication des bans vient de paraitre. Elle indique que le charivari dure depuis 12 jours et qu’il a redoublé depuis que son frère a porté plainte.

Elle se marie 3 jours plus tard, le charivari cesse et les jeunes gens ne semblent pas avoir été inquiétés par la justice.

 

Sources 9U71/26-AD12, 1158W280-AD12

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Une stèle au bord de la route

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Juin 032016
 

Une stèle au bord de la route, c’est fréquent. Quand elle est érigée par ses amis après qu’un homme soit assassiné, c’est plus singulier.

Stèle

La stèle est à flanc de colline le long de l’actuelle départementale 74 à Saint-Séver-du-Moustier en Aveyron. La plaque est composée d’une photo qui s’efface et porte la mention « Les amis de St Séver à la mémoire de leur camarade Jean Béziat tué assassiné le 10 novembre 1928 à l’âge de 32 ans. Regrets sincères de tous. Oh vous qui passez, un souvenir une prière. »

Comme le 11 novembre a dû être douloureux dans ce village !

Deux familles de Saint SĂ©ver

Louis Guittard a 30 ans. Il est né en 1898 dans cette commune au Pouget. C’est lui l’assassin. De part son âge et sa surdité, il ne participe pas à la Grande guerre. Il est célibataire et vit avec son père.

Jean Béziat a 32 ans. Il est né en 1896, lui aussi à St Séver. C’est lui la victime.

Il part au front en décembre 1915 après quelques mois d’instruction militaire. Blessé au genou par éclat d’obus au Fort de Vaux en 1916, blessé au pied par éclat d’obus à Bikschote en octobre 1917. Evacué pour maladie en avril 1918, il revient à St Séver à la fin de la guerre avec la médaille de la Victoire et la médaille commémorative de la Grande Guerre. Il se marie en 1924 avec Lyda Louise Françoise Verdeil.

Armée

Menaces et précautions

Les rapports entre les familles Guittard et Béziat sont tendues. Plusieurs condamnations sont rendues en 1927 pour des livraisons de sacs de pommes de terre ou des injures à la sorties de la messe. Mais les Guittard sont également en procès avec d’autres de ses voisins, comme Henri Vidal, c’est d’ailleurs Louis qui semble faire les démarches pour son père infirme.

Justice-1927

Mais c’est en 1928 que commencent les altercations entre Louis Guittard et Jean Béziat. Le dimanche 12 février 1928, Louis Guittard est frappé et à demi-assommé près de la ferme de la Garnissole. Il accuse à cette époque Jean Béziat et Ernest Vidal (frère d’Henri) d’être les auteurs « de cette violente démonstration. » Ces derniers ne seront pas inquiétés, les « faits signalés n’étant pas établis. »

Pv-Gendarmerie

Le 8 mars, Louis Guittard reçoit son pistolet automatique « le français » calibre 6m/m 35 qu’il a commandé à la manufacture de Saint Etienne.

Arme

Le 13 mai 1928, Jean Béziat attaque Louis Guittard au loin du village de St Séver, le menace de mort et sans l’intervention des dames Béziat et Pellegry, il n’aurait pas s’en tirer indemne.

En juillet, Louis Guittard dit à Célestin Michau « il y a à St Séver 2 hommes qui me pèsent et dont je finirai par me débarrasser. »

Menace

Le 21 octobre 1928, Germaine Falip, la fiancée de Louis Guittard, revient avec lui de la foire de Lacaune (81). Arrivés à la ferme de la Garnissole, ils croisent Henri Vidal et les deux hommes s’invectent.

 

Le drame

Pour le drame, c’est donc la veille du 11 novembre qu’il va avoir lieu.

Vers 14H, Jean Béziat négociant à St Séver s’éloignait de cette localité marchant derrière sa charrette attelée d’un cheval. Il fut croisé sur le chemin par Louis Guittard qui allait en sens inverse, un bâton à la main. Deux coups de feu retentirent et des plaintes se firent entendre. Les personnes qui se trouvaient dans le voisinage accoururent, elles aperçurent Guittard qui se dirigeait vers le village en se retournant de temps en temps et elles trouvèrent Béziat étendu à terre, perdant son sang en abondance.

La victime expira presqu’aussitôt, une balle l’avait atteinte aux poumons et au cœur, entrainant une mort rapide.

Louis Guittard se rend à la mairie et déclare avoir tiré 2 coups de feu avec un révolver sur Béziat car il prétend avoir été attaqué à coups de fouet par la victime et s’est défendu avec son arme. Il nie cependant avoir prémédité son geste.

Et après

L’assassin rentre chez lui et raconte ce qu’il vient de faire à sa mère et à sa sœur. Son père n’apprend le crime que quand les 2 gendarmes arrivent à la ferme.

Dans l’autre famille, la mère de la victime était sur la même route que son fils. Elle croise le meurtrier puis, après avoir pris un raccourci et marché quelques minutes, elle entend une détonation et entend Mme Millau dit « c’est l’homme du Pouget qui a tué Jeanou. » Elle comprend et se précipite et reconnait son fils.

Mère

La femme de Jean Béziat a vu sa belle mère vers 13H30 qui allait à une châtaigneraie, puis son mari quitter la maison. Ce sont les voisins qui lui rapportent le cadavre à la maison vers 14H30 en lui apprenant le nom de son meurtrier. A 23 ans, Lyda Béziat est veuve avec un petit garçon.

Après, tout s’accélère. Le village est en émoi, le procureur est averti et se déplace dès le lendemain. Louis Guittard est arrêté et écroué à la prison de Belmont.

Message

Les enquêtes de moralité et les interrogations des témoins sont menées dans les jours qui suivent.

Le procès aux assises

Le procès aux assises a lieu en mars 1929. 16 témoins seront appelés à la barre. Louis Guittard est condamné à 7 ans de travaux forcés, 20 ans d’interdiction de séjour et 1500 francs de dommages aux frères et sœurs de la victime.

Condamnation

 

La famille du coupable quitte le village pour aller vivre dans un département voisin. Le condamné est transporté à Cayenne.

Il demande un recours en grâce qui est rejeté le 26 novembre 1932. En novembre 1935, alors que sa peine principale est subie, il demande un nouveau recours en grâce. Des renseignements sont demandés par la gendarmerie en juin 1936 mais tous rejettent cette éventualité : le maire, un entrepreneur et 3 membres de la famille Béziat.

Maire

Louis Guittard est réhabilité le 14 octobre 1946.

Les amis de Jean Béziat pour ne pas l’oublier font établir une stèle qu’ils placent à l’endroit du crime.

DĂ©tail

 

 

Sources : 4E257/9-AD12, 1R1005-AD12, 1R1027-AD12, 10U1/30-AD12, PER621-AD12, 2U720-AD12, 26 N 749/13 sga mémoire des hommes

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Un problème avec les locataires

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Mai 202016
 

Le café du pont

Louis Brunet achète le cafĂ© du pont Ă  Saint Geniez d’Olt le 20 mai 1875 pour 11000 francs Ă  Antoine Mignonac, camionneur de la gare de Millau qui en a hĂ©ritĂ© de son père. Trois locataires sont prĂ©sents dans l’immeuble au moment de la vente : Mr Boyer limonadier, Mr Chauchard agent voyer et Melle Izouis couturière.

Il exerce sa profession pendant 25 ans avant de céder son fonds de commerce verbalement le 14 Juin 1900. Il faut dire qu’il est seul maintenant : sa femme est morte en 1896 et ses deux filles sont mariées (une en 1894 avec le notaire et maire de Prades, l’autre en 1899 avec un propriétaire de St Geniez).

Les nouveaux commerçants

Alphonse Raust et sa femme Honorine Pagès sont les heureux locataires du café du Pont à Saint Geniez d’Olt. Ils ont signé avec leur propriétaire, Mr Brunet, un bail sous seing privé en mai 1902 et doivent s’acquitter d’un fermage annuel de 550 francs.

Le café est bien placé, près d’une place et à côté du pont qui enjambe le Lot. Au dessus du café se trouvent deux étages et un galetas mansardé. Au dessous du café, un sous sol sert de cave.

pont

La maison est rachetée

Le 25 mai 1906, Mr Brunet vend sa propriété à Emile Crouzet. L’acte est signé sous seing privé pour un montant de 12 500 francs. Le nouveau propriétaire est informé de la présence des cafetiers Raust qui connaissent bien les lieux et n’ont posé aucun souci depuis leur arrivée.

Mr Servan, entrepreneur de travaux publics vient habiter le 2ème étage jusqu’à Noël 1906, puis les Crouzet s’installent à sa place.

Lettre recommandée et action en justice

C’est le 29 avril 1907 qu’est envoyée une première lettre recommandée par les locataires à Mr Crouzet. Les cafetiers se plaignent de mauvaises odeurs dans les toilettes du 1er étage et demandent à ce que des travaux soient engagés. Un mois plus tard, les odeurs persistent et les Raust engagent une procédure en justice.

Mme Raust déclare que Mr Trousselier ancien locataire les avaient prévenus qu’il y avait un problème d’odeur dans les cabinets et que lui et sa famille avaient arrêté de s’en servir. La famille Raust les a utilisé pendant 4 ans comme porte manteaux mais les habits sentaient trop mauvais, ils ont été obligés de les sortir.

Par ailleurs les cafetiers se plaignent de l’état du balcon qui donne sur le Lot et où les clients vont parfois consommer. Les plâtres sont dans un tel état de vétusté qu’ils doivent dorénavant empêcher l’accès à ce balcon.

De plus, ce balcon est surmonté d’un balcon où habitent les propriétaires et les enfants laissent s’écouler de l’eau ou font tomber des objets là où consomment les clients. L’un d’eux a failli être blessé par une planche échappée par la fillette Crouzet.

Geniez

Enfin, lorsqu’il a fait des travaux, le platrier qui plaçait des carreaux a laissé des morceaux de verre sur la terrasse vers 11H. C’est l’heure où le café se remplit de clients et ces derniers ont pu être gênés.

Les cafetiers réclament donc 500 francs de dommages et 2 francs par jour de retard à leur propriétaire.

Le retard de l’expert

Le juge de paix nomme Camille Vincent, négociant à St Geniez, comme expert pour déterminer d’où viennent les odeurs. Celui-ci doit prêter serment et rendre son rapport sous 15 jours. Il refuse ce rôle et Mr Scinpaul de Campagnac est nommé à sa place. Il prête serment le 7 juin 1907 et doit rendre son rapport avant le 22 juin, date de la prochaine audience.

L’expert n’a pas pu rendre son rapport, l’audience est reportée au 20 juillet 1907 puis au 7 septembre 1907 !

Le 17 aout, Mr Scinpaul a enfin accompli sa mission. Son rapport est lu aux deux parties le 24 aout 1907.

 

Conclusions de l’expert

1° il y a une odeur qui rend les cabinets inutilisables. Les anciens propriétaires reconnaissaient un vice de construction et avaient bouché l’orifice avec une planche. L’odeur est apparue depuis que Mr Crouzet est arrivé et qu’il se sert des privés du 2ème étage. A la question des dommages, il est répondu que si le 2ème étage se sert des toilettes, il n’y a pas de raison que le 1er étage s’en prive.

2° l’odeur se répand dans les pièces voisines et malgré le fait d’ouvrir souvent, le linge et le mobilier est imprégné. Le propriétaire affirme que le problème vient de l’entretien puisqu’il n’a pas de souci d’odeur au 2ème étage.

Quelles solutions sont proposées ?

On ne peut pas envisager l’utilisation d’un système avec syphon car ces appareils ne sont utilisables que si le bassin est toujours alimenté alors que Saint Geniez n’a pas de captation d’eau.

WC

Mr Crouzet propose alors un nettoyage complet et la fermeture des toilettes pendant 8 jours. Il avait proposé quelques mois plus tôt de reboucher le trou à ses locataires mais ceux-ci l’en avaient empêché.

L’audience suivante a lieu le 7 septembre 1907 et le juge de paix décide de nommer un contre-expert. C’est Mr Guibal, conducteur de ponts et chaussées à Espalion qui est choisi. Il a 20 jours pour prêter serment et rendre son rapport.

Nouvelle expertise

L’expert est absent d’Espalion, il apprend le 23 septembre qu’il doit rendre son rapport le 27. Il se déplace à St Geniez le 26 septembre pour visiter les lieux et entendre divers témoins.

L’ancien locataire Mr Servan indique qu’il sentait les odeurs quand le vent du midi soufflait un peu fort, mais dans ses cabinets et pas dans le corridor ni dans l’escalier du 1er étage.

Mr Brunet, l’ancien propriétaire précise qu’il n’a pas fait établir de fosse. Le tuyau de descente des toilettes débouche dans une venette et ce sont les eaux de pluie, redirigées dans ce tuyau qui nettoient le tout. De son époque, seuls les cabinets du rez de chaussée étaient utilisés, ce qui était largement suffisant.

Mr Moulin, platrier Ă  St Geniez a fait les travaux en mai 1907. Il a refait les joints des cuvettes et des tuyaux aux deux Ă©tages pour Ă©viter les Ă©manations.

Un test sur les toits

Des tests sont faits, l’eau coule très rapidement dans la venette qui sépare les maisons Crouzet et Cornuejouls, le tuyau qui évacue les eaux usées fonctionne.

On monte sur les toits et on constate que les chenaux rassemblent l’eau de pluie aux points E et F dans des entonnoirs qui nettoient le tuyau des cabinets. Les points E et F sont d’ailleurs sĂ©parĂ©s.

On jette de l’eau dans les chenaux et là catastrophe !

L’eau jetée sur le côté AC tombe dans la venette au lieu de passer par l’entonnoir : l’entonnoir E est obstrué.

L’eau jetée sur le côté CD tombe sur le balcon du côté du lot car les chéneaux BG sont percés donc la partie BF ne reçoit jamais d’eau.

Plan-Cheneaux

Des travaux sont engagés pour réparer les chenaux et déboucher les entonnoirs.

L’humidité à l’intérieur

Le 11 octobre 1907, l’expert visite l’intérieur. A l’ouverture des cabinets du 1er étage, pas « d’odeur de cabinets proprement dite mais une odeur de moisi » Il est constaté une grande humidité dans l’angle de la chambre contiguë aux cabinets (côté droit) et même dans la salle de café. C’est la première fois que Mme Raust voyait l’humidité.

Les tests de tirage de chasse et de chéneaux sont renouvelés tout fonctionne. Cependant si le chéneau a été réparé, l’entonnoir n’a pas été touché.

L’humiditĂ© est visible sur toute la hauteur du mur du premier. Aucune trace n’est prĂ©sente au 2ème Ă©tage.

Sur l’axe des cabinets, face au tuyau le plafond est très humide. Un prélèvement est fait et il est présumé que l’humidité vient de l’extérieur. On file chez le voisin et on constate que le mur extérieur est sain. L’humidité de confine aux cabinets et à une partie de la chambre des Raust et de la salle de café.

Plan-Ă©tages

La chambre N°2 est plus particulièrement impactĂ©e par l’odeur, ce qui n’est pas le cas dans la chambre N° 1 et  dans le corridor et dans les cabinets oĂą l’odeur est plutĂ´t celle du moisi.

Il est demandé de remplacer le carreau cassé de la porte des cabinets et de refermer quelques jours à clé. Mr Crouzet stipule qu’il est facile d’ouvrir la porte même fermée, alors on appelle le commissaire de police pour qu’il pose des scellés. Mr Barieu est chargé du travail.

Des cabinets fermés depuis 2 mois

L’idée est d’attendre qu’il fasse beau avant de revenir faire de nouveaux constats mais la seconde quinzaine d’octobre est très humide.
Mme Raust s’impatiente ; le 29 octobre les cabinets sont enfin ouverts devant le commissaire et ils sentent encore « le renfermĂ© ».

Sur la partie haute le mur est sec sur 40cm, puis légèrement humide sur 30 cm avant d’être humide sur le reste et même moisi dans la chambre N°2. Sur la partie BD l’humidité ne commence qu’à 60cm du plafond.

Plan-Etages-Octobre

La glace de Mme Raust est enlevée avec précaution pour constater l’humidité. La tapisserie de la salle de café est mouillée et la banquette du café est moisie.

L’ouvrier Gleye Louis qui a déplacé la glace de la salle de café a installé les portes manteaux dans la chambre N°1 en mai. Il y avait des odeurs mais pas d’humidité.

D’oĂą viennent les odeurs et l’humiditĂ©?

A cause de la pluie, aucune odeur n’est constatĂ©e et il est impossible de dire ce qui se passe en pĂ©riode de sĂ©cheresse.

Cependant, le tuyau de descente n’a pas Ă©tĂ© descendu jusqu’au sol : les eaux jetĂ©es dans les cabinets tombant sur les matières d’une hauteur d’un mètre cinquante les font disparaitre plus rapidement. En temps de sĂ©cheresse cela pose surement problème. Il faudrait soit prolonger ce tuyau, soit adapter un tuyau siphon.

Plan

Quant Ă  l’humiditĂ©, il semble impossible Ă  l’expert d’expliquer son origine.

Un rapport de 7 pages

Ce n’est pas moins de 7 pages qui constituent le rapport que Mr Guibal va déposer le 19 décembre 1907 au juge de paix.

Expert nommé depuis le 27 septembre, il n’a pas ménagé sa peine pour faire avancer le dossier. Pendant l’audience du 10 janvier 1908, les conclusions précisent que « les mauvaises odeurs proviennent soit de la fumée des cheminées soit des fosses ou des cabinets d’aisances. »

Le juge de paix, semble fatigué de cette affaire qui traine depuis le mois de mai 1907.

Le jugement du 25 janvier 1908 se retournera contre les Raust qui seront déboutés et condamnés aux dépens de près de 9 mois de procès.

Condamnation

Sources : 4E234-20/AD12, 10U34-88/AD12, 6M332-2/AD12, 4Q927-AD12, 3E24001-AD12

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Marguerite et ses tutelles

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Mai 112016
 

Marguerite est nĂ©e en 1910 dans le sud de l’Aveyron. Son père est tuĂ© Ă  l’ennemi Ă  Vermelles (62) en octobre 1914.

Fiche sga

Une orpheline de la grande guerre

Le 1er décembre 1914, un premier conseil de famille est réuni pour désigner tuteur et subrogé tuteur de la petite fille.

Autour de la table on trouve du côté maternel

  • la mère de la petite Marguerite
  • son oncle Henri, 27 ans, frère de sa mère
  • son grand oncle Joseph, 55 ans, oncle paternel de sa mère

Arbre branche maternelle

du côté paternel

  • son oncle FrĂ©dĂ©ric, 36 ans, qui habite Ă  Servian (34),
  • son oncle Louis, 33 ans, qui habite dans la commune
  • et le jeune mari de sa tante, FĂ©lix, 33 ans.

Arbre branche paternelle

Après délibération avec le juge de paix, la mère sort du bureau pendant le vote et est finalement désignée tutrice et autorisée à accepter la succession de son mari au nom de sa fille Marguerite.

Pour la contrĂ´ler, le conseil de famille dĂ©signe FĂ©lix, l’oncle par alliance de la fillette comme subrogĂ© tuteur.

Pourquoi les hommes de la famille ne sont-ils pas Ă  la guerre?

  • Joseph Castan est de la classe 1879. Il n’est pas mobilisable en 1914.
  • L’oncle Henri est exemptĂ© pour hypertrophie du coeur. Il fera cependant campagne en 1917 et 1918.
  • L’oncle FrĂ©dĂ©ric est rĂ©formĂ© pour faiblesse irrĂ©mĂ©diable. Il continuera son travail de marĂ©chal ferrant pendant toute la guerre.
  • L’oncle Louis est rĂ©formĂ© pour Ă©pilepsie. Il fait un service aux armĂ©e en 1917 et 1918.

Le remariage de sa mère

En octobre 1926, Marie JosĂ©phine, la maman de Marguerite, se remarie mais oublie complètement de convoquer le conseil de famille. Elle perd de plein droit la tutelle selon l’article 395 du code civil.

Code-Civil-395

Fin janvier 1927, un nouveau conseil de famille est rĂ©uni autour du juge de paix. Il est composĂ© des mĂŞmes membres qu’en 1914, Ă  un dĂ©tail près. Le nouveau mari de Marie JosĂ©phine n’est autre que FĂ©lix, oncle par alliance de sa famille et son subrogĂ© tuteur.

FĂ©lix est le beau père de Marguerite, son subrogĂ© tuteur et son co-tuteur par son remariage. C’est trop!

Conseil-1927

Les dĂ©libĂ©rations reprennent et le couple sort pendant le vote. Marie JosĂ©phine est dĂ©signĂ©e tutrice, FĂ©lix est co-tuteur et c’est Louis, oncle paternel qui demeure maintenant Ă  cĂ´tĂ© de Vias (34) qui devient subrogĂ©-tuteur.

Le mariage de Marguerite

La jeune fille se marie Ă  18 ans. Mariage d’amour? Le maire de la commune ne semble pas d’accord:

« la parentĂ© s’est occupĂ©e de la marier pour qu’elle ne soit pas complètement dĂ©laissĂ©e après le remariage de sa mère en dehors. »

Pupille

Son mari, IrĂ©nĂ©e, n’a que 20 ans. Il est donc mineur, comme elle. Bien qu’Ă©mancipĂ©e par son mariage, il faut Ă  Marguerite un curateur pour les actes prĂ©vus par les articles 480, 482 et suivants du code civil.

Quatre jours après le mariage, un nouveau conseil de famille est réuni.

Du cĂ´tĂ© paternel, les oncles FrĂ©dĂ©ric et Louis sont convoquĂ©s. A dĂ©faut d’autre parent proche, c’est dans une distance de 2 myriamètres qu’est choisi le 3ème reprĂ©sentant selon l’article 407 du code civil. Il s’agit de François Carrière, instituteur en retraite Ă  Belmont.

Article-407

Du cĂ´tĂ© maternel, la mère et l’oncle Henri sont convoquĂ©s. Le 3ème parent est Joseph oncle par alliance de la jeune fille.

Deux membres sont reprĂ©sentĂ©s par procuration et après dĂ©libĂ©ration c’est Henri qui devient le curateur de Marguerite.

Curateur

La jeune femme continuera de se battre pour faire vivre son commerce et Ă  dĂ©faut de toucher la moitiĂ© de la pension du père mort pour la France que sa mère ne lui donne pas, elle sollicitera l’aide de l’Ă©tat en tant que pupille de la nation.

EntĂŞte

La naissance de son fils en 1930 lui permettra de touche 120 francs « Ă  titre d’encouragement. » Elle devient majeure en 1931 et est enfin libĂ©rĂ©e de ses tutelles.

Sources: 4E127/14-AD12, 4E257/7-AD12, 4E257/8-AD12, 4E60/8-AD12, 6M795-AD34, 1R914-AD12, 1R1116-AD12, 1R1150-AD34, 10U1/30-AD12, 30R19-AD12, sga mémoire des hommes

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Les manèges pousse-pousse interdits dans l’Aveyron

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Avr 292016
 

Par arrêté préfectoral du 5 juillet 1921, les manèges tournants dit pousse-pousse sont interdits sur tout le territoire de l’Aveyron.

Arrêté

Cette attraction, à cette époque d’un nouveau genre, est très prisée de la jeunesse. Elle consiste en des sièges suspendus par des chaines (comme des balançoires ou escarpolettes) au toit d’un manège que le mouvement de rotation fait s’éloigner de l’axe central et « porte très haut ».

Pousse-Pousse

 

Les fêtes du pays rouergat sont bien organisées en ce premier week-end de juillet 1921 à Rodez. Le samedi soir, les musiciens des « enfants d’Albi » donnent des concerts dans les différents quartiers de la ville. Le dimanche, programme est chargé :

  • Concours d’accordĂ©on, de cabrettes et de chansons patoises Ă  la caserne Sainte Catherine
  • Cortège de chars fleuris avec les enfants costumĂ©s faisant le tour de ville
  • Lâcher de ballons (contrariĂ© par le vent du nord)
  • Concert des « enfants d’Albi », des sonneurs RuthĂ©nois et de la Diane Rouergate
  • Kermesse au jardin public et fĂŞte foraine au foirail.

C’est dans la soirée de dimanche, alors que la kermesse bat son plein et que le jardin public est transformé en bataille de confetti, que Paul Izac, étudiant de 17 ans, monte sur une des escarpolettes du pousse-Pousse. Il attache la chainette qui empêche la chute et le manège démarre.

Au plus fort de l’ascension, les personnes présentes le voient glisser sous la chaine de sécurité et son corps, comme une loque, est lancé dans les airs avant de venir s’abattre sur le sol. Le public est sous le choc.

Le manège est stoppé et l’on vient porter assistance au jeune homme sans connaissance. Transporté à l’hôpital, les médecins lui diagnostiquent une fracture du crâne. Le lundi matin, il est ramené chez ses parents Rue Lebon où il décède à 9 heures.

Décès

Les témoins diront qu’il a probablement fait une syncope. Dès le lendemain, le préfet signe son arrêté pour l’interdiction de ce type de manège.

La fête continuera pour les Ruthénois avec le lundi une représentation de la « Soulenco », scène de vie rouergate, donnée dans la caserne Sainte Catherine et interprétée par la Lyre Ruthénoise.

Les gagnants du concours du dimanche matin auront été difficiles à déterminer. A la cabrette, le 1er prix est donné ex-aequo à Mr Vidal de Millau et à Mr Soulié de Sainte Geneviève. A l’accordéon, impossible de départager Mr Archimbault d’Agen et Mr Wins de Carmaux qui sont eux aussi ex-aequo. Le concours de chansons patois est attribué à Mr Moussié de Rodez.

Sources: PER1181-AD12, 1158W369-AD12, La dépêche du Midi-Médiathèque Rodez

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La radiation Ă©lectorale des prĂŞtres

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Avr 222016
 

Les jugements en « matière Ă©lectorale » pour les membres du clergĂ© semblent en recrudescence après la loi de sĂ©paration de l’Ă©glise et de l’Ă©tat. En voici quelques exemples dans le canton de Saint Geniez d’Olt en Aveyron.

Le nouveau vicaire de St Geniez

Eugène François Clément Vinches est né le 28 octobre 1876 à Estaing (12). Du fait de sa myopie et de ses études au séminaire de Rodez, il est dispensé de service militaire. Il étudie à l’institut catholique de Toulouse jusqu’à sa nomination comme vicaire à Laissac le 1er octobre 1903. Il se met en congé le 24 aout 1905 de ses fonctions avant d’être nommé vicaire à Saint Geniez d’Olt en septembre 1905 en remplacement de Casimir Cavalier muté à Prades d’Aubrac. Il vote à Laissac.

Vinches

 

Le professeur du petit séminaire d’Espalion

Jean Baptiste Vidal est né le 8 juin 1868 à Pomayrols (12). Après avoir été dispensé de service militaire, il entre dans les ordres majeurs le 23 mai 1891 et devient professeur au petit séminaire d’Espalion. Il vote à Pomayrols.

 

Le vicaire de St Crépin

Simon Badoc est nĂ© le 22 avril 1878 Ă  Pomayrols (12). Après des Ă©tudes au sĂ©minaire et un an de service militaire, il devient vicaire auxiliaire Ă  Lissirou (commune de Gaillac d’Aveyron). Le 7 juin 1904, il est nommĂ© vicaire Ă  Saint CrĂ©pin, paroisse de Laval Roquecezière, dans le sud du dĂ©partement. Son changement d’adresse est effectif sur sa fiche matricule, mais il dĂ©cide de continuer de voter Ă  Pomayrols.

Badoc

 

La séparation entre l’état et l’église

La loi du 9 décembre 1905 dite de séparation entre l’état et l’église a une conséquence sur le domicile électoral des membres du clergé. N’étant plus « fonctionnaires publics astreints à une résidence obligée», ils entrent dans le droit commun et sont donc priés de bien vouloir voter dans la commune de leur résidence.

Par ailleurs l’article 40 précise qu’ils sont inéligibles au conseil municipal dans la commune de leur ministère dans les 8 ans qui suivent la promulgation de la loi.

Ă©lectorale

Les radiations Ă©lectorales

Début 1906, les commissions municipales se réunissent pour déterminer les inscriptions et radiations sur les listes électorales. Eugène Vinches est radié de Laissac et refusé à Saint Geniez, Jean Baptiste Vidal et Simon Badoc sont eux confirmés sur la liste de Pomayrols mais cette décision est contestée par un citoyen. Bref, c’est à la justice de trancher.

Liste-Elec

Des témoins pour justifier 6 mois de présence

Pour Eugène Vinches qui n’est inscrit nulle part, ce n’est pas moins de quatre témoins qui vont se succéder à la barre.

Joseph Vayssette et Albert Canal, vicaires à St Geniez, Auguste Fontanié, sacristain au même lieu affirment que le vicaire Vinches était présent et a présidé la grand messe du 17 septembre 1905.

Julien Cornuéjouls, marchand de journaux, indique que le vicaire lui a commandé le journal la Croix de Paris qu’il lui a apporté chaque jour depuis le 26 septembre 1905

La Croix

Le vicaire signe les actes de baptĂŞmes dans les registres paroissiaux depuis septembre 1905, la preuve est faite de son domicile!

Le juge de paix déboute la commission municipale de Saint Geniez et demande l’inscription de Mr Vinches dans les listes électorales de cette commune.

Payer des impôts et voter régulièrement

C’est Joseph Combacau, rentier à Saint Geniez qui a déposé réclamation contre le maintien de l’inscription de Mr Vidal. Il précise de plus que la commission municipale de Pomayrols n’est pas régulière car elle ne comportait pas les 5 membres prévus par la loi de 1874. Par ailleurs Mr Vidal a déjà été condamné pour des faits similaires il y a 3 ou 4 ans.

Vidal-Jugement

Le juge de paix reconnait l’irrégularité de la commission, mais comme Mr Vidal a voté en janvier 1906 à Pomayrols et qu’il y paye des impôts fonciers, il décide qu’il reste inscrit sur les listes électorales de cette commune pour 1906, bien qu’habitant à Espalion.

 

Se résigner à voter ailleurs

C’est également Joseph Combacau qui dépose réclamation contre l’inscription de Mr Badoc. Là encore, il justifie que la commission municipale a siégé de manière irrégulière.

Badoc-Jugement

Simon Badoc n’a pas pu se déplacer pour le jugement. Il est représenté par Eugène Vinches, vicaire de St Geniez qui est lui-même impliqué dans une affaire similaire.

Les arguments sont plus faibles. Mr Badoc a bien demandé par écrit en janvier 1906 son maintien d’inscription, il a voté à chaque élection mais il ne paye pas d’impôt sur la commune et vit maintenant à Saint Crepin. Le juge de paix ordonne la radiation des listes électorales de Pomayrols.

Badoc-Verdict

Simon Badoc ne se laisse pas faire, il se pourvoit en cassation le 8 mars 1906 par l’intermĂ©diaire d’une procuration donnĂ©e Ă  Victor Bouscary secrĂ©taire de la mairie de Pomayrols.

Badoc-Procuration

 

Pas seulement les prĂŞtres

Soyons réalistes, la révision des listes électorales ne concernent pas seulement les prêtres et même si le contexte de la loi de 1905 met en lumière cette catégorie de votants, la justice de paix de Saint Geniez rendra son avis la même année sur d’autres hommes qu’ils soient partis habiter à Paris (marchand de vins), dans d’autres départements (notaire dans le Tarn et Garonne) ou que la méthode de contestation ne soit pas réglementaire (missive du sous préfet).

 

Sources : 1R770-AD12, 1R824-AD12, 1R838-AD12, 10U34/87-AD12, 1V18-AD12, Journal de l’Aveyron-AD12, Gallica : la croix

 

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Les trois soeurs Luard et autres cachotteries

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Mar 252016
 

Voici les 3 sœurs Luard prises en photo en 1935. Parmi elles, mon arrière-grand mère morte avant ma naissance.

Luard
Mon arrière grand mère a fini sa vie dans la maison familiale, ressassant ses histoires que plus personne n’Ă©coutait. Et dans ses phrases favorites il y avait « nous Ă©tions trois soeurs. » Tous les descendants Ă©tant connus, l’arbre gĂ©nĂ©alogique de cette partie de la famille Ă©tait facile Ă  faire.
Et puis un jour, quelqu’un est arrivĂ© et a dit « je suis cousine du cĂ´tĂ© Luard, mais je ne sais pas bien comment. » Il a donc fallu chercher, Ă  une Ă©poque oĂą internet n’existait pas et oĂą pour voir l’Ă©tat civil, il Ă©tait nĂ©cessaire de se dĂ©placer.
La vĂ©ritĂ© est apparue: il y avait une 4ème sĹ“ur. Pas un enfant que mon arrière grand mère n’aurait pas connu, une « vraie » sĹ“ur qui est prĂ©sente sur les recensements avec les 3 autres filles. Une soeur qui se marie, qui a 3 enfants (qui ne survivent certes pas) et qui meurt après le dĂ©cès de son dernier fils. Mon arrière grand-mère s’en souvenait forcĂ©ment, puisqu’elle avait 20 ans quand sa sĹ“ur est morte. Pourquoi l’avoir occultĂ©e? On ne saura jamais car jusqu’Ă  ce jour, aucun indice n’explique cet « oubli. »

Les secrets de famille ne sont pas rares. Condamnations, morts violentes, chantages ou autres appropriations de terrains ou de biens meubles font partie des Ă©vĂ©nements qu’on se transmet sans trop en parler. Et puis il y a les enfants illĂ©gitimes. N’avons-nous pas tous dans nos arbre gĂ©nĂ©alogiques des enfants qui ne sont pas ceux du père Ă©crit sur le livret de famille ou l’acte d’Ă©tat civil?
Le grand père de ma grand mère a reconnu « son » enfant quand il a commencĂ© d’aller Ă  Ă©cole. Probablement pour Ă©viter que le gamin n’aie un autre patronyme que son père Ă  l’appel nominatif.

J’ai connu cette information il y a 25 ans environ et pas moyen d’en savoir plus auprès de mes grands-parents. Entre les « je ne sais pas » et « c’est de la vieille histoire », difficile de comprendre qu’une gamine s’intĂ©resse autant Ă  ce point de dĂ©tail. Alors j’ai arrĂŞtĂ© d’en parler Ă  ma grand mère et j’en ai parlĂ© Ă  des voisins (qui Ă©taient aussi des cousins…) et lĂ , l’un d’entre eux m’a dit qu’après tout cela n’avait plus d’importance et m’a donnĂ© le nom du vrai père. Ce voisin est mort quelques temps plus tard.
A partir de ce moment, j’en ai parlĂ© Ă  d’autres cousins qui m’ont tous dit « mais tu ne le savais pas? Nous on le savait…. » D’abord surprise, j’Ă©tais au moins sĂ»re que le nom du père biologique qu’on m’avait donnĂ© Ă©tait potentiellement le bon.
Que faire de l’arbre gĂ©nĂ©alogique? Je supprime le faux père et je fais la gĂ©nĂ©alogie du vrai? Finalement, j’ai gardĂ© la gĂ©nĂ©alogie de l’Ă©tat civil.
Pendant 25 ans, je me suis demandĂ©e si je devais dire Ă  ma grand mère le nom de son vrai grand père et je ne l’ai pas fait pour ne pas la bouleverser. Elle vient de mourir et on l’enterre aujourd’hui, emportant avec elle ses histoires et ses secrets.
Remuer le passĂ© n’est pas toujours bon. Elle savait peut ĂŞtre mais moi au moins je sais.

A la mĂ©moire de mes grands-parents aujourd’hui tous dĂ©cĂ©dĂ©s.

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Il s’invente des enfants pour ne pas faire d’exercices militaires

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FĂ©v 122016
 

En 1900, LĂ©on Saurel, mineur au hameau de Combes Ă  Aubin (Aveyron) s’est inventĂ© des enfants pour ne pas faire une pĂ©riode d’exercices militaires Ă  Nice. DĂ©couvrez l’histoire de ce mensonge.

28 jours d’exercices militaires

Léon Saurel est très contrarié en cet été 1900. Il vient de recevoir une lettre lui indiquant qu’il doit faire une période d’exercices militaires au bataillon d’artillerie à pied stationné à Nice du 2 au 28 octobre. 28 jours sans salaire alors qu’il a déjà du mal à joindre les deux bouts avec ses 2,5 francs par jour.

Alors qu’il croise Marie Philibert Marnières, gendarme de la ville, il l’interpelle et lui demande comment éviter cette contrainte et précise qu’il est chargé de famille avec ses 4 enfants. Le gendarme lui répond « ce n’est pas nous que ça regarde » et le renvoie vers la mairie pour demander une dispense.

Mairie d'Aubin

Le secrétaire de mairie se laisse attendrir

Léon Saurel part à la mairie le 2 septembre au petit matin. François Marty, secrétaire de mairie le renseigne sur sa demande de dispense et lui précise qu’il doit fournir les actes de naissance de ses 4 enfants et des certificats de vie. Léon Saurel rétorque qu’un des enfants est déjà mort et que les autres ne sont pas nés dans la commune.

Le secrétaire de mairie se laisse attendrir et lui donne un certificat 5bis en blanc à faire signer par trois pères de famille de la commune ayant un fils sous les drapeaux.

 

Les trois pères de famille

Ne sachant pas à qui s’adresser, Léon Saurel interroge de jeunes gens dans la rue qui ne tardent pas à lui donner trois noms de personnes pouvant signer le document.

  1. Jean Antoine Augustin Debord habite à côté de la mairie, il a l’habitude de ce genre de demande, c’est même au moins la 300ème personne qui lui demande de signer ce type de certificat, ce qu’il fait sans rechigner.
  2. Jean Antoine Gladin est négociant au bourg d’Aubin. Il signe lui aussi le certificat que lui présente non pas Mr Saurel mais sa femme. Il n’a pas de fils sous les drapeaux, mais un beau fils, Marius Calmels. Il fait donc un faux en écriture mais semble être de bonne foi.
  3. Le troisième père est en fait une mère ! Mme Rous nĂ©e Pauline Bergon habite Ă©galement au bourg et signe le document comme elle l’a dĂ©jĂ  fait pour d’autres personnes. Ordinairement elle signe les papiers avec « veuve Rous », mais quand les gens insistent, elle ne signe que Rous. Elle aussi fait donc un faux en Ă©criture car les femmes ne sont pas autorisĂ©es Ă  effectuer ce genre de dĂ©marche.

Signatures

L’avis du maire

Une fois les 3 signatures réunies, Léon Saurel retourne à la mairie avec son certificat blanc et dicte au secrétaire les éléments manquants : ses enfants, son père à charge et ses beaux pères qu’il soutient financièrement.

Il précise les dates et lieux de naissance de Mr Saurel et les noms des témoins : Rous Julien (mort depuis 3 ans), Gladin Antoine et Debord Auguste.

personnes Ă  charge

Le maire passe dans la matinée et signe le document qu’on lui présente sans trop regarder (vous pensez bien, avec plus de 9700 habitants) et d’ailleurs il ne connaît pas ce Mr Saurel qui habite un hameau à 2km du centre de la ville. Il fait donc lui aussi un faux en écriture.

Il appose sa signature deux fois : une fois pour la certification véritable des éléments du document et une fois pour l’avis favorable du conseil municipal daté du 8 juillet 1905.

Conseil

Pourquoi un conseil municipal antidaté ?

Nous sommes le 2 septembre quand Léon Saurel fait sa demande de dispense mais celle-ci est acceptée le 8 juillet… par anticipation ! Le secrétaire de mairie interrogé expliquera que pour faciliter les demandes de dispense, il a été convenu que la délibération de juillet 1900 serait utilisée pendant tout l’été en attendant la session de conseil municipal prévue dans le mois de septembre.

Mr Henri Descrozailles, maire de la commune, est au-dessus de tous soupçons. Il est notaire et chevalier de la légion d’honneur.

 

La demande est prĂŞte Ă  partir

Sur les conseils du secrétaire de mairie, Mr Saurel revient en fin de matinée à la mairie et récupère son certificat rempli et signé. Comme il est illettré, le secrétaire de mairie écrit la lettre de dispense, la date du lundi 3 septembre 1900 et c’est Mr Saurel qui la dépose lui-même dans la boite aux lettres de la gare pour un départ au prochain train.

Lettre-commandant

L’enquête des gendarmes

Le 8 septembre 1900, les gendarmes Xavier Brès et Marie Philibert Marnières se rendent au domicile de Mr Saurel pour une petite enquête suite à sa demande de dispense. Mme Saurel est absente. Bien que boiteuse, elle est partie rendre visite à ses parents.

Interrogé sur sa situation de famille, Léon Saurel déclare avoir 3 enfants de 8 ans, 6 ans et 3 ans et les désigne même dans un groupe d’enfants qui jouent devant sa porte.

Enfants

Les renseignements sont conformes à la déclaration, les gendarmes ne vérifient rien de plus et ne demandent pas à voir le livret de famille.

En repartant, ils croisent plusieurs voisins qui sont tous unanimes : Mr Saurel a beaucoup de peine à élever sa famille.

Dispense accordée et dénonciation

Le 21 septembre 1900, le général Pezeu commandant les subdivisions de Mende et Rodez accorde une dispense à Léon Saurel (réserviste de la classe 1886 appelé à faire une période de 28 jours du 2 au 28 octobre au bataillon d’artillerie à pied stationné à Nice) à la vue des documents fournis.

Mr Saurel est soulagĂ© mais ce n’est que pour une courte pĂ©riode car le 14 octobre il est dĂ©noncĂ© avec une lettre anonyme par un habitant du village, un « territorial » qui indique que Mr Saurel n’a pas d’enfants.

Lettre-anonyme

Fureur, indignation et contre-enquĂŞte

Le commandant est furieux : Saurel va être convoqué immédiatement pour les exercices militaires et en plus il fera 8 jours de prison en punition !

Dans Aubin, les différents protagonistes s’indignent, ils se sont fait avoir par Mr Saurel qui se disait nécessiteux et personne ne se doutait que les enfants n’étaient pas les siens.

Une contre-enquête est menée par les mêmes gendarmes (qui prendront un blâme sévère pour ne pas avoir demandé le livret de famille) et il s’avère que Léon Saurel n’a pas d’enfants.

Né le 3 mars 1866 à Auvin de Pierre Jean Saurel et de Germaine Boucher, il se marie le 12 février 1892 avec Marie Rose Galan née à St Projet (82).

Le couple n’a pas d’enfant mais depuis 3 ans environ, il a à sa charge les enfants Malignon, fils de la sœur de Mr Saurel qui a été abandonnée par son mari. Depuis peu, cette femme a repris son fils cadet et Henri, l’ainé, reste chez les Saurel. Le troisième semble être décédé.

Recensements

Recensements 1901

Faux en Ă©criture et usage de faux

Au procès qui a lieu en 1901, c’est toute la chaine de faux en écriture qui est dévoilée : le certificat laissé en blanc, les témoins qui n’avaient pas le droit de signer, la signature du maire à la volée, la date rétroactive du conseil municipal, l’enquête légère des gendarmes.

Tous les acteurs semblent s’être fait avoir par la misère du pauvre Léon Saurel et sont donc acquittés malgré les accusations de faux en écriture.

Léon Saurel est lui aussi acquitté le 26 mars 1901 après avoir fait sa période d’exercices et sa punition. Sa situation personnelle aura finalement convaincu le jury d’assises.

Sources:4E12/27-AD12, 1R284-AD12, 1R756-AD12, 6M108-AD12, 2U605-AD12

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Le gendarme amoureux

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FĂ©v 052016
 

Le gendarme nommé en Lozère

Théodore Filliol, ancien militaire de la 16ème légion, est nommé gendarme à pied en Lozère par arrêté ministériel du 17 décembre 1903. Il arrive à la brigade de Grandrieu (48) le premier mars 1904 sous le commandement du brigadier Ganjoux et semble avoir de bonnes dispositions pour faire son travail.
Très vite, il tombe amoureux d’une demoiselle Aboulinc que vit juste en face de la caserne de gendarmerie mais le brigadier avertit le gendarme de ne pas engager de relations avec cette fille.

Il fait le mur pour rejoindre sa belle

Le 26 avril 1904, le brigadier part Ă  Mende pour la revue du colonel. Les gendarmes FĂ©ral et Filliol sont chargĂ©s de rester Ă  la caserne. ThĂ©odore Filliol profite de l’absence de son supĂ©rieur pour « se mettre en relation de mariage » avec la demoiselle Aboulinc. L’Ă©vĂ©nement est reportĂ© par son collègue au retour du chef qui s’empresse de lui faire la morale.
Le 30 avril, le gendarme demande ce qui est nĂ©cessaire pour constituer son dossier de mariage et n’Ă©coute pas les bons conseils du brigadier.
Le 1er mai 1904, il sort en escaladant la croisĂ©e du 1er Ă©tage pour aller voir sa belle et revient par le mĂŞme chemin Ă  minuit et quart. Il Ă©cope de 4 jours de consigne Ă  la chambre et d’une mutation d’office pour mesure disciplinaire Ă  RĂ©quista en Aveyron…. mais sa mutation est retardĂ©e par oubli du ministre.

DĂ©pĂ´ts et retraits de son dossier de demande en mariage

Le 22 juillet 1904, le gendarme remet son dossier de demande de mariage et l’enquĂŞte de son chef dĂ©bute le 23.
Avant l’envoi du dossier, le gendarme revient voir son chef en lui disant qu’il a reçu une lettre de son protecteur de Paris qui lui conseille d’abandonner le projet de mariage. Comme le chef ne veut pas lui rendre le dossier, Filliol Ă©crit au commandant d’arrondissement pour ne pas transmettre la demande et le dossier est abandonnĂ©.
Le 29 juillet, le gendarme veut Ă  nouveau transmettre sa demande. Comme une des pièces est mal Ă©tablie, l’envoi est Ă  nouveau retardĂ©.
Finalement toute relation avec la voisine d’en face est interdite Ă  Filliol par le commandant d’arrondissement et son brigadier est chargĂ© de le surveiller car le gendarme s’est dĂ©sintĂ©ressĂ© de son travail dès que sa route a croisĂ© la fille.

Un billet doux qui coûte cher

Le 4 aout 1904, la fille Aboulinc jette un billet dans la rue au moment le gendarme Filliol se trouve Ă  passer, venant de la fontaine.  Le brigadier voit le manège et fait la remarque au gendarme qu’il lui est interdit toute relation avec la fille. Filliol rĂ©pond:

« Vous ne m’empĂŞcherez pas de faire ce qui me plait avec elle. »

Le gendarme est menacĂ© d’ĂŞtre consignĂ© Ă  la caserne, il rĂ©torque:

« Fichez en 30 si vous voulez et le conseil de guerre, ça m’est Ă©gal. »

Il est puni de 4 jours de consignes Ă  la chambre, plus 4 jours par le chef d’escadron, augmentĂ©s de 15 jours de prison par le colonel.
Un rapport est fourni en vertu de l’article 128 du dĂ©cret du 4 avril 1900 signalant l’inaptitude au service de l’armĂ©e et plus principalement pour mauvaise volontĂ©.

Gendarme

Prison et hĂ´pital

Le 7 aoĂ»t 1904, le commandant demande le dossier et exige des explications sur le retard. Filliol semble cĂ©der sous la pression et demande par Ă©crit que son dossier ne soit pas envoyĂ© et indique qu’il a abandonnĂ© tout projet de mariage avec la fille Aboulinc.

Gendarme
Il dĂ©bute son sĂ©jour en prison le 14 aout et le 19 il est envoyĂ© Ă  l’hĂ´pital de Mende dont il sort le 31 aout avec un mois de convalescence. Pendant ce temps son changement pour BroquiĂ©s (12) est prononcĂ© et sa mutation est prĂ©vue Ă  son retour de convalescence le 4 octobre. Le dossier de mariage n’a pas Ă©tĂ© plus loin que l’arrondissement.

Une nouvelle enquĂŞte

En mars 1905, un nouveau dossier est dĂ©posĂ© et le 5 avril 1905 une nouvelle enquĂŞte est menĂ©e: il semble qu’on se soit tromper sur la conduite de la fille et le cabinet du prĂ©fet insiste pour que le rĂ©sultat de l’enquĂŞte soit positif!
Aucune fille Aboulinc ne semble avoir épousé le gendarme.

Théodore Filliol sera décoré de la médaille militaire en 1917.

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La couturière et l’enfant supprimĂ©

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Jan 292016
 

Louise Pierre est soupçonnĂ©e d’avoir supprimĂ© son enfant en septembre 1901 Ă  St Ythaire (12) avec la complicitĂ© de son apprentie et de son amant, le voisin, meunier.

Une date de décès estimée

Le registre d’état civil de St Izaire porte la mention du décès de « (mort né) Pierre Louis » en date du 25 septembre 1901, mais le décès, lui, est fixé au 4 septembre selon l’examen du Dr Canac sur la demande du procureur de la république. L’acte précise qu’une instruction criminelle a eu lieu, c’est donc un probable infanticide.

Etat-civil

Transcription d’un acte d’infanticide

Les faits avérés

Entre interrogatoires, enquêtes de gendarmeries et confrontations, on peut extraire du dossier de procédure ce qui s’est réellement passé.

Louise Victoria Pierre est une couturière âgée de 22 ans. Elle habite chez ses parents après avoir fait une formation de 6 mois chez Melle Adèle Gélis, 73 ans, couturière à St Affrique, il y a environ 3 ans. Elle occupe l’atelier du rez de chaussée à St Ythaire et vit dans une chambre au premier étage qu’elle peut rejoindre par une trappe via la cuisine mitoyenne à sa chambre.

La couturière a une apprentie, Marie Sirgues, 17 ans, originaire de Coupiac, qui est à son service depuis environ 1 an.

Depuis quelques mois, Louise Pierre avait grossi et la rumeur villageoise disait qu’elle était enceinte. Ses parents contestaient cette information puisqu’elle présentait des chemises ensanglantées tous les mois. La jeune femme s’appliquait faire des taches avec du sang de lapin !

Le 4 septembre 1901, son père part travailler à la campagne vers 5 heures du matin et sa mère s’éloigne vers 6H pour plusieurs jours en direction du Languedoc où elle est embauchée pour les vendanges.

Depuis 3 heures du matin, la couturière a mal au bas des reins. Vers 11H, le travail commence, elle monte s’installer dans le lit de son père situé au 2ème étage. Elle accouche, coupe le cordon ombilical de la petite fille, puis l’enfant meurt 15 à 30 minutes après être né.

Le 15 septembre, Louise Pierre réapparait dans le village, sa grossesse semble « avoir presque totalement disparu ». La rumeur enfle qu’elle aurait accouché et le maire évoque cette information aux gendarmes de passage dans le village. Les habitants se taisent, l’épicière évoque que Marie Sirgues a acheté pour 2 fois 2 sous de camphre, susceptible de faire disparaître le lait des nouvelles mères.

C’est une lettre anonyme du 20 septembre qui va déclencher une nouvelle enquête sur la couturière. On y apprend même que son père est nommé le « bâtard de Romayrol. »

Lettre

Lettre anonyme qui dĂ©nonce l’infanticide

Dès le 21 septembre, des interrogatoires sont menés. La couturière avoue et implique son apprentie et Marius Galzin, meunier du village, qui l’auraient aidé à la suppression. Marius Galzin est son voisin et son amant depuis 2 ans.

Il faut attendre le 23 septembre pour retrouver le cadavre de l’enfant, enterré près de la rivière à quelques mètres des maisons de la couturière et du meunier. La crue des derniers jours a retardé la recherche du corps.

L’apprentie a prĂ©cisĂ© l’emplacement: c’est un trou « Ă  cĂ´tĂ© d’une muraille non loin d’un sureau. »

Plan

Plan où était enterré le cadavre

Le docteur Canac est chargé de l’autopsie. Il se plaint de l’état de putréfaction du corps qui, après avoir passé 2 jours dans l’eau, est resté 16 à 18 heures à l’air libre. Il précise la taille, le poids et le sexe de l’enfant, le considère à terme et viable mais ne peut préciser la raison du décès.

Des aveux contradictoires

Louise Pierre avoue rapidement qu’elle a étouffé sa fille, puis elle dira que l’enfant a cessé de vivre sans action de sa part.

L’apprentie affirme qu’elle ignorait la grossesse de sa patronne avant de se rétracter rapidement. Elle semble jouer une grande part dans la disparition des preuves :

  • elle Ă©change les draps entre les lits avant de les laver,
  • elle dĂ©cide de l’endroit oĂą mettre le placenta que sa patronne lui donne dans un vase de nuit (elle en enterre le contenu Ă  proximitĂ© des pieds de tomates),
  • elle cache le petit ĂŞtre emballĂ© dans un drap dans sa propre malle en haut de l’escalier,
  • elle emporte le corps dans le trou près de la rivière,
  • elle contacte l’amant…

Cependant, l’apprentie, du haut de ses 17 ans, semble avoir surtout obéi à des ordres émis par d’autres personnes.

Marius Galzin est né en 1875 à St Rome de Tarn. Il habitait près de Vailhauzy (commune depuis St Affrique) depuis son enfance avant de venir exercer son métier de meunier en 1899 à St Yzaire.

Il indique aux gendarmes à son arrestation qu’il ignorait que sa voisine et amante avait accouché. Il estime pouvoir être le père, puisqu’il avait des relations intimes avec la couturière. Il a d’ailleurs proposé à la celle-ci d’aller faire ses couches à Rodez à ses frais et d’y abandonner son enfant.

Quant à l’infanticide, bien qu’il clame son innocence, les deux femmes l’accusent d’avoir aidé à supprimer le corps, d’avoir creusé la tombe et organisé la manœuvre.

Le meunier serait complice

Les deux femmes vont rapidement impliquer Marius Galzin dans l’histoire. Il est le père probable de l’enfant, il est le voisin, c’est un homme assez fort pour creuser une tombe et il sait prendre les décisions.

La couturière et son apprentie affirment qu’il est venu à la maison le lendemain de l’accouchement et qu’il a donné rendez-vous à l’apprentie le soir même à minuit à Marie Sirgues près de la rivière. Le prétexte était d’aller laver du linge et d’emporter le petit corps. En attendant, l’apprentie devait fournir au meunier une pelle et une pioche appartenant au père de la couturière.

Marius Galzin aurait attendu jusqu’à 4 heures du matin car Marie Sirgues « se serait oublié. » C’est encore lui qui aurait comblé la fosse qu’il est susceptible d’avoir creusé.

Le meunier affirme, lui, qu’il n’a plus adressé la parole à Louise Pierre depuis le 14 juillet, date où l’a emmenée à Millau voir les illuminations.

C’est le père de Louise qui précise que Marius Galzin était chez lui le mercredi 18 ou le jeudi 19 septembre où il l’a trouvé en compagnie de sa fille et de son ouvrière. Les filles cousaient dans la chambre à côté de la cuisine. Le père se souvient de la date car il pleuvait et il avait dû rentrer à l’improviste chez lui pour récupérer une blouse avant de retourner vendanger. Les jeunes gens parlaient de chemises, à moins qu’il ne s’agisse d’un langage codé entre eux…

Père

Déposition du père

 

Tous en prison

Les trois complices sont emmenés d’abord dans une salle de la mairie, puis dans une chambre de sureté à la gendarmerie de Broquiès le 23 septembre avant de rejoindre la maison d’arrêt de Saint Affrique.

Le 27 septembre, Marius Galzin demande à obtenir une libération provisoire pour faire fonctionner son moulin. Il reçoit un refus ferme.

Les voisins et la famille sont interrogés, les aveux de chacun sont confrontés et re-confrontés.

Le meunier se défend

C’est le 31 octobre 1901 depuis la prison que Marius Galzin envoie une nouvelle supplique de 8 pages pour obtenir sa libération conditionnelle. Il joint à sa demande une pétition des habitants du village et une lettre de soutien de la propriétaire du moulin. Il faut dire qu’il est le seul meunier du village et son frère, qui tente de pallier à son absence, n’est pas formé à ce métier.

pétition

Marius Galzin essaye de démontrer son innocence et sous-entend le nom d’un autre coupable :

  • Pourquoi aurait-il creusĂ© Ă  cĂ´tĂ© de son moulin alors qu’il aurait pu le faire ailleurs ?
  • Pourquoi a-t-il eu besoin de pelle et pioche alors qu’il a tout ce qu’il faut dans son atelier ?
  • Le terrain creusĂ© est facile Ă  creuser, mĂŞme par une femme…
  • Il avait offert Ă  Louise Pierre de payer les frais de voyage et d’accouchement Ă  la maternitĂ© de Rodez. Il n’a pas sĂ©duit Louise Pierre et ne lui a jamais fait de promesse de mariage.
  • Un homme a plus d’intĂ©rĂŞt que lui de voir l’enfant disparaĂ®tre : un homme qui Ă©tait dans la maison le soir oĂą le cadavre a Ă©tĂ© enterrĂ©, un homme dont les outils ont servi Ă  creuser, un homme que la couturière et son apprentie ont tout intĂ©rĂŞt Ă  ne pas accuser….

Tous acquittés

Le jugement a lieu devant la cour de Montpellier en octobre 1901. Six témoins sont appelés à la barre et parmi les pièces à conviction, on trouve le drap qui a servi à envelopper le cadavre mais aussi la pelle et la pioche saisis à St Izaire.

Le 2 novembre 1901, la cour de Montpellier prononce un non-lieu pour l’apprentie. Du fait de son âge, elle ne se rendait pas compte de la gravité de ses gestes et n’a fait qu’obéir.

Les deux autres accusés sont renvoyés vers la cour d’assises de l’Aveyron, et transférés dans la maison d’arrêt de Rodez par chemin de fer le 7 novembre.

Lors de l’audience du 4 décembre 1901, Marius Galzin et Louise Pierre sont acquittés et libérés.

Galzin

Tous mariés

La fin d’année 1901 a été difficile pour tous les protagonistes mais dès l’année suivante la vie reprend.

  • Louise Pierre Ă©pouse Victor Louis Vaussol, cordonnier originaire de RĂ©quista, le 25 juillet 1902 Ă  St Izaire.
  • Marius Galzin Ă©pouse Rosalie Agathe dite LĂ©onie Izard le 24 mai 1905 Ă  St Izaire.
  • Marie Sirgues Ă©pouse Joseph Antoine BroscĂ© le 31 aoĂ»t 1905 Ă  Coupiac.

Ils se marièrent, mais tous n’eurent pas d’enfant…

 

Sources: 4E238/13-AD12, 4E238/15-AD12, 4E252/15-AD12, 4E70/14-AD12, 6M336-AD12, 2U609-AD12, Journal de l’Aveyron-AD12

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