Connaissez-vous les Bressan?

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Oct 122016
 

Leur nom portait Ă  croire qu’ils avaient des origines dans la Bresse, mais ils sont Ă©trangers. La famille d’artistes va bĂŞtement se faire verbaliser pour ne pas avoir fait de dĂ©claration de rĂ©sidence.

Dans la famille Bressan

Il y a le père : Dominique qui signe Dominico. Son métier ? Gymnasiarque ambulant sans domicile fixe. Et accessoirement originaire de Venise en Italie.

domenico

Dominique a un frère Félix et une femme Regina Rossi qui sont également, allez, disons un mot plus simple, acrobates.

Pour les enfants, c’est plus difficile de les pister. On trouve:

  • Marie Angèle nĂ©e en 1876 Ă  Voghera en Italie,
  • Antoine nĂ© en 1881 Ă  Rive de Gier (42),
  • Joseph nĂ© en 1882 Ă  Pont de Beauvoisin (38),
  • Geneviève JosĂ©phine nĂ©e en 1884 Ă  ClessĂ© (71) qui n’est pas dans la Bresse.

Il en manque probablement!

acrobates

Un banal accident

20 aout 1901, la famille est à Millau dans l’Aveyron. Joseph Bressan blesse quelqu’un par imprudence. Il doit rendre des comptes à la justice sous couvert de sa mère car il est mineur (il n’a que 19 ans) et que son père est décédé. Mais toute la famille va se retrouver à la barre du tribunal…

 

La loi du 8 aout 1893

Comme vous l’avez peut ĂŞtre devinĂ©, les Bressan ne sont pas bourguignons mais italiens. Or depuis la loi du 8 aout 1893, ils doivent faire une dĂ©claration de rĂ©sidence dans les 8 jours qui suivent leur arrivĂ©e dans une ville. Cet enregistrement des Ă©trangers est notĂ© dans un registre tenu par la commune. D’ailleurs le prix de l’amende revient dans les caisses de la commune…

loi

Tous condamnés

Mais les Bressan n’ont pas pas fait cette déclaration et c’est l’accident dont Joseph est responsable qui permet de découvrir le pot aux roses. Chacun des enfants écopera d’une amende de 10 francs.

amendes

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GĂ©ant recherche Ă©pouse

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Août 262016
 

Une petite annonce dans la presse anglaise nous indique que le géant aveyronnais Henri Cot recherche une épouse.

Petite annonce matrimoniale

Séduisant, intelligent, français, 2,61m, 176kg, de larges moyens [financiers], recherche une femme d’intérieur avenante dans le but de se marier immédiatement. La demoiselle doit être disposée de faire le tour du monde.

Petite annonce

Telle est en substance la petite annonce qui est diffusée dans un journal anglais en cette fin d’année 1906. (Elle sera diffusée en février 1907 en Australie et par erreur le 10 aout 1910 dans Canowindra Star and Eugowra News! )

Ce n’est pas moins de 300 femmes qui vont rĂ©pondre Ă  l’annonce anglaise.

De Liverpool, une jeune demoiselle de 18 ans très intéressée écrit « je suis gentille, on me l’a dit. Je vous ai vu, je vous ai admiré […] Je fais 1,70m et je vous aimerai bien. » Elle précise « mon mari devra gagner 500 francs par semaine. » NB à cette époque, le salaire moyen d’un ouvrier est d’à peine 5 francs par jour.

Une autre jeune fille écrit : « j’ai 23 ans, je suis blonde et je peux gagner ma vie en chantant. »

Une troisième fille annonce « je serais bien heureuse de voyager avec un homme comme vous capable de protéger une douzaine de femmes comme moi. »

 

Qui est ce french giant ?

Henri Cot est né le 30 janvier 1883 (et pas 1884 comme on le lit sur certains sites) à Prohencoux commune du Sud de l’Aveyron. C’est lors du conseil de révision du 27 avril 1904 qu’il devient célèbre grâce à sa taille. En effet, la toise annonce 2,12 mètres !

Les journaux s’empressent d’annoncer ce record de gigantisme : c’est le plus grand conscrit de France. Il est même comparé aux grenadiers poméraniens.

Poméraniens

Si Henri était né un siècle plus tard, il aurait pu être sollicité pour une équipe sportive ou simplement être quelqu’un de grand. En 1904 son avenir va être différent.

Il n’est pas le seul géant à cette époque. Détrôné par un Russe de 3m qui se montre « moyennant finances » en Angleterre, et par une femme russe de 2,60m qui elle est admirée en Allemagne. Henri n’est qu’à la 3ème place du podium et attaque son tour de France.

GĂ©ants

Peur, curiosité, il ne laisse pas indifférent

Né trop tôt, sa destinée est de se montrer dans les cafés, cabarets et théâtres auprès d’autres personnages atypiques. Si les tarifs d’exhibitions semblent gratuits à ses débuts, ils vont vite devenir payants. Quand un de ses employés partira avec sa bourse, Henri se contentera de rire!

Bourse

Cette vie va lui faire faire le tour de la France, puis du globe (en Afrique du Nord, dans toute l’Europe et aux USA).

1906-2

Quo non ascendam ?

Après son conseil de révision, il continue de grandir. Les médecins lui ont prédit une croissance jusqu’à ses 25 ans.

Ascendam

Sa famille est de taille ordinaire mais du côté maternel ses ancêtres étaient grands, mais pas de là à atteindre les 2 mètres ! Par contre à 8 ans il mesurait déjà 1,50m

Des dimensions gigantesques

Côté taille, les 8ft 7in de la petite annonce sont exagérées, il est plus proche des 7ft 6in soit 2,30m. Il peut cependant prendre un objet placé à 3m de hauteur. Un homme avec sa canne n’atteint pas l’envergure de ses bras. S’il les écarte, on obtient une largeur de 2,40m.

Son poids annoncé à 229kgs tend à être plus proche de 160kgs.

Sa pointure est de 62, son tour de taille de 1,51m. Ses gants du n°15. Son pouce couvre une pièce de 5fr, une pièce de 0,10c passe dans sa bague.

Il mange comme deux, dort dans 3 lits. Il lui faut 8m de drap pour l’habiller….

Taille

Mais revenons Ă  son histoire d’amour …

Miss Emily Faraday

Après avoir vu 301 femmes, avoir fait le tour des salons de thé de Londres à la recherche d’une demoiselle qui voudrait de lui, Cupidon met sur son chemin Melle Emily Faraday. Employée au pub (aujourd’hui détruit) « the coach an horses » à Notting Hill Gate, cette demoiselle de 26 ans répond aux questions des journalistes en rougissant.

Farraday

Les deux amoureux se sont rencontrés au Stratford Empire au mois de novembre et ont eu un coup de foudre. Ils vont se marier à Noël et iront en voyage de noce à Edinbourg. Elle ne parle pas français, son fiancé parle peu l’anglais, mais « il va devoir apprendre à parler l’anglais, c’est tout. »

epouse

Et Peter ?

Peter Colibri est le nain russe de moins de 60 cm, compagnon inséparable d’Henri que ce dernier promène dans sa poche. Dans une relation d’amour, difficile de trouver de la place pour une troisième personne, à moins que le petit russe ne trouve lui aussi chaussure à son pied et qu’un double mariage soit célébré à Noël…

Peter

Remplacé par une géante française

A Noël, Crystal Palace après avoir montré Henri Cot et le petit Peter Colibri, accueille une géante française et la petite princess Hawas de 80 cm! Marie Scheller est née à Langres. Elle mesure ,12m et est agée de 20 ans. Sa famille est venue d’Alsace à Paris au moment de la guerre de 1870, et est composée de 12 enfants.

GĂ©ante

 

Henri à Edimbourg pour Noël

Le voyage de noce Ă©tait prĂ©vu pour NoĂ«l Ă  Edimbourg. Henri est au Waverley Carnival d’Edward Moss Ă  Edinbourg…. Avec Peter Colibri! Miss Faraday semble ne pas faire partie du voyage… L’histoire d’amour naissance est probablement dĂ©jĂ  terminĂ©e.

Carnaval-Edimbourg

La mort du géant

Henri Cot meurt en septembre 1912 à Lyon dans des circonstances un peu particulières. Il a alors atteint les 2,39m selon les journaux. Son corps est rapatrié dans l’Aveyron où il repose dans le cimetière du village.

 

Sources: Journal du Loiret, Express du Midi, l’éclair, le petit méridional, le journal de l’aveyron, l’écho de Bougie, la lanterne, la liberté, le petit méridional, le radical, le journal de Fourmies, le journal de vienne, the sussex express, daily news, express and telegraph, the Era, Hampshire Advertiser, the Manchester, The Stattordshire Advertiser, The Western Daily Press Bristol, Yorshire telegraph, The evening News, Linconlnshire Echo, 2E2587-AMLyon, 1R367-AD12, 1R641-AD12, 4R57-AD12

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Un coup sur la tĂŞte …

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Juil 082016
 

Lors d’un accident du travail, Célestin reçoit un coup sur la tête. Il ne sera plus jamais le même.

Charpentier sur la ligne de chemin de fer

CĂ©lestin est nĂ© Ă  Saint Martin de Lenne dans l’Aveyron. A 20 ans, il a la chance de travailler avec son père et un de ses frères sur les chantiers de la nouvelle ligne de chemin de fer qui relie Espalion à Bozouls.

Carte

D’ailleurs les ouvriers sans travail sont appelés à rejoindre le chantier car il faut de la main d’œuvre pour le percement du tunnel de Biounac.

Chemin-fer

L’accident l’a rendu fou

Le 7 septembre 1900, la vie de Célestin bascule: une lourde pièce de bois posée en équilibre près de lui tombe et le frappe à la nuque. Il tombe au sol, évanoui. Célestin est vivant mais pas indemne.

Le médecin est appelé d’urgence sur les chantiers de l’entrepreneur Pierre Durand. Le jeune charpentier a une commotion cérébrale grave qui va rapidement mener à des troubles de l’intelligence confinant à la folie.

Le malade est diagnostiqué dangereux pour lui-même ou son entourage et c’est un certificat du Dr Anglade d’Espalion qui demande son internement à l’asile des aliénés de Rodez.

Admission

Il est admis le 6 novembre à la demande de sa mère et est pensionnaire de 2ème classe : Elle paye 2,70 f par jour.

A l’asile, Célestin ne va pas beaucoup mieux : il a des idées de persécution et fait même une tentative de suicide. Il ne peut pas rester immobile : il chante, il danse, bref il ne vit plus « normalement ».

RetirĂ© contre l’avis des mĂ©decins

Mais la pension est chère et le père de CĂ©lestin qui ne gagne pas grand-chose dĂ©cide, contre l’avis des mĂ©decins, de retirer son fils de l’asile le 19 novembre. Cependant il ne peut rĂ©cupĂ©rer que 83,70 francs pour le mois de janvier car le règlement indique qu’en cas de mort ou de sortie dans le courant du 1er mois de traitement, la famille doit payer du 1er jour d’admission jusqu’à la fin de mois suivant. D’ailleurs l’administration prĂ©cise que le jeune homme aurait pu ĂŞtre placĂ© en 4ème classe Ă  1,25f ce qui est moins onĂ©reux pour les familles.

Retrait

Des aides financières

Mr Costes demande l’aide du Conseil Général pour régler cette affaire. Dans la session du 23 Aout 1901 la somme de 113,40 francs est remboursée sur le budget de l’asile et Mr Costes ne paie que les 14 jours de présence réelle de leur fils dans cet établissement.

Remboursement

Cette bonne nouvelle en suit une autre. Le 13 août 1901, Célestin vient de gagner son procès contre son employeur. Il demandait une rente annuelle et viagère de 1080 francs à titre de réparation du dommage qu’il a subi lors de son accident du travail et il a obtenu 1000 francs payables par trimestre et bien sûr le paiement de son dernier salaire.

Cette somme va l’arranger car comme le prouvent les 5 certificats médicaux qu’il a apportés au procès, il ne peut plus travailler et est déclaré en incapacité de travail.

Jugement

En avril 1903, il est jugé pour pêche avec engin prohibé mais du fait de son accident et de son incapacité, il est acquitté.

Célestin voit mourir son père en 1917, sa mère en 1918 et apprend probablement que son frère Félix, boulanger à Entraygues est mort pour la France en février 1918 à Dunkerque.

Qu’est-il devenu ? On perd sa trace après 1911. Un jour peut-être pourra-t-on raconter la suite de sa vie ?

 

Sources : 39S8-AD12, 37S6-AD12, 37S7-AD12, 4E255/11-AD12, 1158W170-AD12, 6M346-AD12, 6M180-AD12, 6M182/2-AD12, 10M35-AD12, 10M36-AD12, 1R840-AD12, 52Q431-AD12, 5U610-AD12, 5U1032-AD12, 5U1237-AD12, 3M137-AD12, 3M198-AD12, 3M363-AD12, 1X303-AD12, 1X309-AD12, 1X313-AD12, PER181-AD12, PER545-AD12

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Renversé par un vélo

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Juil 072016
 

Il s’appelle Albert Escudié, il est né le 9 juin 1898 à Cransac (12)  et il habite avec ses parents au village de Bezelgues à Cransac. Le 9 mai 1907, alors qu’il a presque 9 ans, il se rend aux vêpres. Vers 14H15, alors qu’il se trouve en face de l’hôtel Girou, il est renversé par un cycliste qui arrive derrière lui. L’enfant a la jambe droite fracturée mais le cycliste ne s’attarde pas : il se relève et repart avec sa machine.

C’est Alphonse Roux, 47 ans, qui accourt le premier. Alors qu’il se promenait sur la voie publique, il a vu un bicycliste marchant la tête baissée à une vitesse désordonnée renverser l’enfant.

Germain Girou, 41 ans, hĂ´telier et forgeron, sort de chez lui au moment oĂą il entend crier. Il voit le cycliste remonter sur sa machine et repartit Ă  toute vitesse.

Les deux hommes transportent l’enfant chez Alfred Lagarrige, 40 ans, pharmacien qui fera un premier pansement sur la plaie contuse en attendant l’arrivée du médecin.

L’identité du coupable ne tarde pas : Il s’agit de Camille Cypierre, 17 ans, manœuvre.

Il est interrogé par les gendarmes et avoue qu’alors qu’il marchait à vitesse très ralentie sur sa bicyclette, un enfant a traversé sa route. Malgré ses avertissements avec sa voix et son appareil sonore, la pédale de sa machine a heurté la jambe droite de l’enfant qui est tombé à terre. Il est lui-même tombé et s’est blessé au genou. Il s’est relevé, est rentré chez lui sans s’occuper de savoir si l’enfant avait du mal.

Camille n’est pas majeur, c’est donc son père, Pierre Cypierre, mineur Ă  la Capouille qui est inquiĂ©tĂ©. Il dĂ©clare aux gendarmes qu’il n’ignore pas ĂŞtre responsable des actes de son fils mineur. Comme LĂ©on Marty, conseiller municipal confirme la bonne conduite et la moralitĂ© des Cypierre, il est probable que l’incident n’a pas donnĂ© suite Ă  d’autres poursuites.

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Le charivari de la future mariée

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Juin 102016
 

Jean Calixte et sa femme n’en peuvent plus. Depuis trois ou quatre jours, de 20H à 22H, une bande de jeunes se réunissent devant leur maison d’habitation et font du bruit avec des cornes, des chaudrons, des faux et autres instruments. Et comme ils sont déguisés, difficile de les reconnaitre.

Pourquoi ce tapage nocturne ? C’est bien simple, Euphrasie, la sœur de Jean Calixte âgée de 20 ans, va se marier avec un veuf de 28 ans. Les gens trouvent-ils le futur marié trop vieux, ou le futur couple mal assorti ? En tous cas, certains membres du village ont décidé de faire le charivari sous les fenêtres de la future épouse. Et c’est comme ça toutes les nuits !

On est vendredi soir, il est près de 22H et Flavie, épouse de Jean Calixte, craque, elle jette à travers la croisée de la fenêtre « un litre d’eau environ contenu dans une cuvette » selon la déposition de son époux. Ce que reçoit sur la tête Louis, domestique du hameau, n’est pas de l’eau mais « un liquide qui avait mauvaise odeur ». Heureusement qu’il avait une capeline sur la tête sinon il aurait été aussi mouillé que sa blouse. D’ailleurs Flavie ne se cache pas, c’est bien le contenu du vase de nuit qui est passé par la fenêtre.

Louis veut se venger, il ramasse une poignée de boue et l’envoie sur la fenêtre. Jean Calixte dira qu’à l’intérieur était cachée une pierre qui, fort heureusement, n’a pas blessé le couple dans sa chambre. Jean Calixte et les perturbateurs s’invectivent puis le calme revient enfin. Leur a-t-il dit que la future épouse n’était même pas présente ce soir là pour les faire partir ?

Dès le samedi matin, Jean Calixte va déposer plainte à la gendarmerie. Les jeunes gens sont déguisés mais il en a reconnu 11 dont 3 de ses cousins, plusieurs domestiques et Firmin à l’accordéon.

Chacun est interrogé, et certains reconnaissent avoir participé sans pour autant dénoncer les autres. Les hommes ont entre 16 et 31 ans et nient vouloir faire du mal ou être en infraction.

Euphrasie, de retour au village, est interrogée par les gendarmes alors que la deuxième publication des bans vient de paraitre. Elle indique que le charivari dure depuis 12 jours et qu’il a redoublé depuis que son frère a porté plainte.

Elle se marie 3 jours plus tard, le charivari cesse et les jeunes gens ne semblent pas avoir été inquiétés par la justice.

 

Sources 9U71/26-AD12, 1158W280-AD12

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Une stèle au bord de la route

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Juin 032016
 

Une stèle au bord de la route, c’est fréquent. Quand elle est érigée par ses amis après qu’un homme soit assassiné, c’est plus singulier.

Stèle

La stèle est à flanc de colline le long de l’actuelle départementale 74 à Saint-Séver-du-Moustier en Aveyron. La plaque est composée d’une photo qui s’efface et porte la mention « Les amis de St Séver à la mémoire de leur camarade Jean Béziat tué assassiné le 10 novembre 1928 à l’âge de 32 ans. Regrets sincères de tous. Oh vous qui passez, un souvenir une prière. »

Comme le 11 novembre a dû être douloureux dans ce village !

Deux familles de Saint SĂ©ver

Louis Guittard a 30 ans. Il est né en 1898 dans cette commune au Pouget. C’est lui l’assassin. De part son âge et sa surdité, il ne participe pas à la Grande guerre. Il est célibataire et vit avec son père.

Jean Béziat a 32 ans. Il est né en 1896, lui aussi à St Séver. C’est lui la victime.

Il part au front en décembre 1915 après quelques mois d’instruction militaire. Blessé au genou par éclat d’obus au Fort de Vaux en 1916, blessé au pied par éclat d’obus à Bikschote en octobre 1917. Evacué pour maladie en avril 1918, il revient à St Séver à la fin de la guerre avec la médaille de la Victoire et la médaille commémorative de la Grande Guerre. Il se marie en 1924 avec Lyda Louise Françoise Verdeil.

Armée

Menaces et précautions

Les rapports entre les familles Guittard et Béziat sont tendues. Plusieurs condamnations sont rendues en 1927 pour des livraisons de sacs de pommes de terre ou des injures à la sorties de la messe. Mais les Guittard sont également en procès avec d’autres de ses voisins, comme Henri Vidal, c’est d’ailleurs Louis qui semble faire les démarches pour son père infirme.

Justice-1927

Mais c’est en 1928 que commencent les altercations entre Louis Guittard et Jean Béziat. Le dimanche 12 février 1928, Louis Guittard est frappé et à demi-assommé près de la ferme de la Garnissole. Il accuse à cette époque Jean Béziat et Ernest Vidal (frère d’Henri) d’être les auteurs « de cette violente démonstration. » Ces derniers ne seront pas inquiétés, les « faits signalés n’étant pas établis. »

Pv-Gendarmerie

Le 8 mars, Louis Guittard reçoit son pistolet automatique « le français » calibre 6m/m 35 qu’il a commandé à la manufacture de Saint Etienne.

Arme

Le 13 mai 1928, Jean Béziat attaque Louis Guittard au loin du village de St Séver, le menace de mort et sans l’intervention des dames Béziat et Pellegry, il n’aurait pas s’en tirer indemne.

En juillet, Louis Guittard dit à Célestin Michau « il y a à St Séver 2 hommes qui me pèsent et dont je finirai par me débarrasser. »

Menace

Le 21 octobre 1928, Germaine Falip, la fiancée de Louis Guittard, revient avec lui de la foire de Lacaune (81). Arrivés à la ferme de la Garnissole, ils croisent Henri Vidal et les deux hommes s’invectent.

 

Le drame

Pour le drame, c’est donc la veille du 11 novembre qu’il va avoir lieu.

Vers 14H, Jean Béziat négociant à St Séver s’éloignait de cette localité marchant derrière sa charrette attelée d’un cheval. Il fut croisé sur le chemin par Louis Guittard qui allait en sens inverse, un bâton à la main. Deux coups de feu retentirent et des plaintes se firent entendre. Les personnes qui se trouvaient dans le voisinage accoururent, elles aperçurent Guittard qui se dirigeait vers le village en se retournant de temps en temps et elles trouvèrent Béziat étendu à terre, perdant son sang en abondance.

La victime expira presqu’aussitôt, une balle l’avait atteinte aux poumons et au cœur, entrainant une mort rapide.

Louis Guittard se rend à la mairie et déclare avoir tiré 2 coups de feu avec un révolver sur Béziat car il prétend avoir été attaqué à coups de fouet par la victime et s’est défendu avec son arme. Il nie cependant avoir prémédité son geste.

Et après

L’assassin rentre chez lui et raconte ce qu’il vient de faire à sa mère et à sa sœur. Son père n’apprend le crime que quand les 2 gendarmes arrivent à la ferme.

Dans l’autre famille, la mère de la victime était sur la même route que son fils. Elle croise le meurtrier puis, après avoir pris un raccourci et marché quelques minutes, elle entend une détonation et entend Mme Millau dit « c’est l’homme du Pouget qui a tué Jeanou. » Elle comprend et se précipite et reconnait son fils.

Mère

La femme de Jean Béziat a vu sa belle mère vers 13H30 qui allait à une châtaigneraie, puis son mari quitter la maison. Ce sont les voisins qui lui rapportent le cadavre à la maison vers 14H30 en lui apprenant le nom de son meurtrier. A 23 ans, Lyda Béziat est veuve avec un petit garçon.

Après, tout s’accélère. Le village est en émoi, le procureur est averti et se déplace dès le lendemain. Louis Guittard est arrêté et écroué à la prison de Belmont.

Message

Les enquêtes de moralité et les interrogations des témoins sont menées dans les jours qui suivent.

Le procès aux assises

Le procès aux assises a lieu en mars 1929. 16 témoins seront appelés à la barre. Louis Guittard est condamné à 7 ans de travaux forcés, 20 ans d’interdiction de séjour et 1500 francs de dommages aux frères et sœurs de la victime.

Condamnation

 

La famille du coupable quitte le village pour aller vivre dans un département voisin. Le condamné est transporté à Cayenne.

Il demande un recours en grâce qui est rejeté le 26 novembre 1932. En novembre 1935, alors que sa peine principale est subie, il demande un nouveau recours en grâce. Des renseignements sont demandés par la gendarmerie en juin 1936 mais tous rejettent cette éventualité : le maire, un entrepreneur et 3 membres de la famille Béziat.

Maire

Louis Guittard est réhabilité le 14 octobre 1946.

Les amis de Jean Béziat pour ne pas l’oublier font établir une stèle qu’ils placent à l’endroit du crime.

DĂ©tail

 

 

Sources : 4E257/9-AD12, 1R1005-AD12, 1R1027-AD12, 10U1/30-AD12, PER621-AD12, 2U720-AD12, 26 N 749/13 sga mémoire des hommes

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Un problème avec les locataires

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Mai 202016
 

Le café du pont

Louis Brunet achète le cafĂ© du pont Ă  Saint Geniez d’Olt le 20 mai 1875 pour 11000 francs Ă  Antoine Mignonac, camionneur de la gare de Millau qui en a hĂ©ritĂ© de son père. Trois locataires sont prĂ©sents dans l’immeuble au moment de la vente : Mr Boyer limonadier, Mr Chauchard agent voyer et Melle Izouis couturière.

Il exerce sa profession pendant 25 ans avant de céder son fonds de commerce verbalement le 14 Juin 1900. Il faut dire qu’il est seul maintenant : sa femme est morte en 1896 et ses deux filles sont mariées (une en 1894 avec le notaire et maire de Prades, l’autre en 1899 avec un propriétaire de St Geniez).

Les nouveaux commerçants

Alphonse Raust et sa femme Honorine Pagès sont les heureux locataires du café du Pont à Saint Geniez d’Olt. Ils ont signé avec leur propriétaire, Mr Brunet, un bail sous seing privé en mai 1902 et doivent s’acquitter d’un fermage annuel de 550 francs.

Le café est bien placé, près d’une place et à côté du pont qui enjambe le Lot. Au dessus du café se trouvent deux étages et un galetas mansardé. Au dessous du café, un sous sol sert de cave.

pont

La maison est rachetée

Le 25 mai 1906, Mr Brunet vend sa propriété à Emile Crouzet. L’acte est signé sous seing privé pour un montant de 12 500 francs. Le nouveau propriétaire est informé de la présence des cafetiers Raust qui connaissent bien les lieux et n’ont posé aucun souci depuis leur arrivée.

Mr Servan, entrepreneur de travaux publics vient habiter le 2ème étage jusqu’à Noël 1906, puis les Crouzet s’installent à sa place.

Lettre recommandée et action en justice

C’est le 29 avril 1907 qu’est envoyée une première lettre recommandée par les locataires à Mr Crouzet. Les cafetiers se plaignent de mauvaises odeurs dans les toilettes du 1er étage et demandent à ce que des travaux soient engagés. Un mois plus tard, les odeurs persistent et les Raust engagent une procédure en justice.

Mme Raust déclare que Mr Trousselier ancien locataire les avaient prévenus qu’il y avait un problème d’odeur dans les cabinets et que lui et sa famille avaient arrêté de s’en servir. La famille Raust les a utilisé pendant 4 ans comme porte manteaux mais les habits sentaient trop mauvais, ils ont été obligés de les sortir.

Par ailleurs les cafetiers se plaignent de l’état du balcon qui donne sur le Lot et où les clients vont parfois consommer. Les plâtres sont dans un tel état de vétusté qu’ils doivent dorénavant empêcher l’accès à ce balcon.

De plus, ce balcon est surmonté d’un balcon où habitent les propriétaires et les enfants laissent s’écouler de l’eau ou font tomber des objets là où consomment les clients. L’un d’eux a failli être blessé par une planche échappée par la fillette Crouzet.

Geniez

Enfin, lorsqu’il a fait des travaux, le platrier qui plaçait des carreaux a laissé des morceaux de verre sur la terrasse vers 11H. C’est l’heure où le café se remplit de clients et ces derniers ont pu être gênés.

Les cafetiers réclament donc 500 francs de dommages et 2 francs par jour de retard à leur propriétaire.

Le retard de l’expert

Le juge de paix nomme Camille Vincent, négociant à St Geniez, comme expert pour déterminer d’où viennent les odeurs. Celui-ci doit prêter serment et rendre son rapport sous 15 jours. Il refuse ce rôle et Mr Scinpaul de Campagnac est nommé à sa place. Il prête serment le 7 juin 1907 et doit rendre son rapport avant le 22 juin, date de la prochaine audience.

L’expert n’a pas pu rendre son rapport, l’audience est reportée au 20 juillet 1907 puis au 7 septembre 1907 !

Le 17 aout, Mr Scinpaul a enfin accompli sa mission. Son rapport est lu aux deux parties le 24 aout 1907.

 

Conclusions de l’expert

1° il y a une odeur qui rend les cabinets inutilisables. Les anciens propriétaires reconnaissaient un vice de construction et avaient bouché l’orifice avec une planche. L’odeur est apparue depuis que Mr Crouzet est arrivé et qu’il se sert des privés du 2ème étage. A la question des dommages, il est répondu que si le 2ème étage se sert des toilettes, il n’y a pas de raison que le 1er étage s’en prive.

2° l’odeur se répand dans les pièces voisines et malgré le fait d’ouvrir souvent, le linge et le mobilier est imprégné. Le propriétaire affirme que le problème vient de l’entretien puisqu’il n’a pas de souci d’odeur au 2ème étage.

Quelles solutions sont proposées ?

On ne peut pas envisager l’utilisation d’un système avec syphon car ces appareils ne sont utilisables que si le bassin est toujours alimenté alors que Saint Geniez n’a pas de captation d’eau.

WC

Mr Crouzet propose alors un nettoyage complet et la fermeture des toilettes pendant 8 jours. Il avait proposé quelques mois plus tôt de reboucher le trou à ses locataires mais ceux-ci l’en avaient empêché.

L’audience suivante a lieu le 7 septembre 1907 et le juge de paix décide de nommer un contre-expert. C’est Mr Guibal, conducteur de ponts et chaussées à Espalion qui est choisi. Il a 20 jours pour prêter serment et rendre son rapport.

Nouvelle expertise

L’expert est absent d’Espalion, il apprend le 23 septembre qu’il doit rendre son rapport le 27. Il se déplace à St Geniez le 26 septembre pour visiter les lieux et entendre divers témoins.

L’ancien locataire Mr Servan indique qu’il sentait les odeurs quand le vent du midi soufflait un peu fort, mais dans ses cabinets et pas dans le corridor ni dans l’escalier du 1er étage.

Mr Brunet, l’ancien propriétaire précise qu’il n’a pas fait établir de fosse. Le tuyau de descente des toilettes débouche dans une venette et ce sont les eaux de pluie, redirigées dans ce tuyau qui nettoient le tout. De son époque, seuls les cabinets du rez de chaussée étaient utilisés, ce qui était largement suffisant.

Mr Moulin, platrier Ă  St Geniez a fait les travaux en mai 1907. Il a refait les joints des cuvettes et des tuyaux aux deux Ă©tages pour Ă©viter les Ă©manations.

Un test sur les toits

Des tests sont faits, l’eau coule très rapidement dans la venette qui sépare les maisons Crouzet et Cornuejouls, le tuyau qui évacue les eaux usées fonctionne.

On monte sur les toits et on constate que les chenaux rassemblent l’eau de pluie aux points E et F dans des entonnoirs qui nettoient le tuyau des cabinets. Les points E et F sont d’ailleurs sĂ©parĂ©s.

On jette de l’eau dans les chenaux et là catastrophe !

L’eau jetée sur le côté AC tombe dans la venette au lieu de passer par l’entonnoir : l’entonnoir E est obstrué.

L’eau jetée sur le côté CD tombe sur le balcon du côté du lot car les chéneaux BG sont percés donc la partie BF ne reçoit jamais d’eau.

Plan-Cheneaux

Des travaux sont engagés pour réparer les chenaux et déboucher les entonnoirs.

L’humidité à l’intérieur

Le 11 octobre 1907, l’expert visite l’intérieur. A l’ouverture des cabinets du 1er étage, pas « d’odeur de cabinets proprement dite mais une odeur de moisi » Il est constaté une grande humidité dans l’angle de la chambre contiguë aux cabinets (côté droit) et même dans la salle de café. C’est la première fois que Mme Raust voyait l’humidité.

Les tests de tirage de chasse et de chéneaux sont renouvelés tout fonctionne. Cependant si le chéneau a été réparé, l’entonnoir n’a pas été touché.

L’humiditĂ© est visible sur toute la hauteur du mur du premier. Aucune trace n’est prĂ©sente au 2ème Ă©tage.

Sur l’axe des cabinets, face au tuyau le plafond est très humide. Un prélèvement est fait et il est présumé que l’humidité vient de l’extérieur. On file chez le voisin et on constate que le mur extérieur est sain. L’humidité de confine aux cabinets et à une partie de la chambre des Raust et de la salle de café.

Plan-Ă©tages

La chambre N°2 est plus particulièrement impactĂ©e par l’odeur, ce qui n’est pas le cas dans la chambre N° 1 et  dans le corridor et dans les cabinets oĂą l’odeur est plutĂ´t celle du moisi.

Il est demandé de remplacer le carreau cassé de la porte des cabinets et de refermer quelques jours à clé. Mr Crouzet stipule qu’il est facile d’ouvrir la porte même fermée, alors on appelle le commissaire de police pour qu’il pose des scellés. Mr Barieu est chargé du travail.

Des cabinets fermés depuis 2 mois

L’idée est d’attendre qu’il fasse beau avant de revenir faire de nouveaux constats mais la seconde quinzaine d’octobre est très humide.
Mme Raust s’impatiente ; le 29 octobre les cabinets sont enfin ouverts devant le commissaire et ils sentent encore « le renfermĂ© ».

Sur la partie haute le mur est sec sur 40cm, puis légèrement humide sur 30 cm avant d’être humide sur le reste et même moisi dans la chambre N°2. Sur la partie BD l’humidité ne commence qu’à 60cm du plafond.

Plan-Etages-Octobre

La glace de Mme Raust est enlevée avec précaution pour constater l’humidité. La tapisserie de la salle de café est mouillée et la banquette du café est moisie.

L’ouvrier Gleye Louis qui a déplacé la glace de la salle de café a installé les portes manteaux dans la chambre N°1 en mai. Il y avait des odeurs mais pas d’humidité.

D’oĂą viennent les odeurs et l’humiditĂ©?

A cause de la pluie, aucune odeur n’est constatĂ©e et il est impossible de dire ce qui se passe en pĂ©riode de sĂ©cheresse.

Cependant, le tuyau de descente n’a pas Ă©tĂ© descendu jusqu’au sol : les eaux jetĂ©es dans les cabinets tombant sur les matières d’une hauteur d’un mètre cinquante les font disparaitre plus rapidement. En temps de sĂ©cheresse cela pose surement problème. Il faudrait soit prolonger ce tuyau, soit adapter un tuyau siphon.

Plan

Quant Ă  l’humiditĂ©, il semble impossible Ă  l’expert d’expliquer son origine.

Un rapport de 7 pages

Ce n’est pas moins de 7 pages qui constituent le rapport que Mr Guibal va déposer le 19 décembre 1907 au juge de paix.

Expert nommé depuis le 27 septembre, il n’a pas ménagé sa peine pour faire avancer le dossier. Pendant l’audience du 10 janvier 1908, les conclusions précisent que « les mauvaises odeurs proviennent soit de la fumée des cheminées soit des fosses ou des cabinets d’aisances. »

Le juge de paix, semble fatigué de cette affaire qui traine depuis le mois de mai 1907.

Le jugement du 25 janvier 1908 se retournera contre les Raust qui seront déboutés et condamnés aux dépens de près de 9 mois de procès.

Condamnation

Sources : 4E234-20/AD12, 10U34-88/AD12, 6M332-2/AD12, 4Q927-AD12, 3E24001-AD12

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Marguerite et ses tutelles

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Mai 112016
 

Marguerite est nĂ©e en 1910 dans le sud de l’Aveyron. Son père est tuĂ© Ă  l’ennemi Ă  Vermelles (62) en octobre 1914.

Fiche sga

Une orpheline de la grande guerre

Le 1er décembre 1914, un premier conseil de famille est réuni pour désigner tuteur et subrogé tuteur de la petite fille.

Autour de la table on trouve du côté maternel

  • la mère de la petite Marguerite
  • son oncle Henri, 27 ans, frère de sa mère
  • son grand oncle Joseph, 55 ans, oncle paternel de sa mère

Arbre branche maternelle

du côté paternel

  • son oncle FrĂ©dĂ©ric, 36 ans, qui habite Ă  Servian (34),
  • son oncle Louis, 33 ans, qui habite dans la commune
  • et le jeune mari de sa tante, FĂ©lix, 33 ans.

Arbre branche paternelle

Après délibération avec le juge de paix, la mère sort du bureau pendant le vote et est finalement désignée tutrice et autorisée à accepter la succession de son mari au nom de sa fille Marguerite.

Pour la contrĂ´ler, le conseil de famille dĂ©signe FĂ©lix, l’oncle par alliance de la fillette comme subrogĂ© tuteur.

Pourquoi les hommes de la famille ne sont-ils pas Ă  la guerre?

  • Joseph Castan est de la classe 1879. Il n’est pas mobilisable en 1914.
  • L’oncle Henri est exemptĂ© pour hypertrophie du coeur. Il fera cependant campagne en 1917 et 1918.
  • L’oncle FrĂ©dĂ©ric est rĂ©formĂ© pour faiblesse irrĂ©mĂ©diable. Il continuera son travail de marĂ©chal ferrant pendant toute la guerre.
  • L’oncle Louis est rĂ©formĂ© pour Ă©pilepsie. Il fait un service aux armĂ©e en 1917 et 1918.

Le remariage de sa mère

En octobre 1926, Marie JosĂ©phine, la maman de Marguerite, se remarie mais oublie complètement de convoquer le conseil de famille. Elle perd de plein droit la tutelle selon l’article 395 du code civil.

Code-Civil-395

Fin janvier 1927, un nouveau conseil de famille est rĂ©uni autour du juge de paix. Il est composĂ© des mĂŞmes membres qu’en 1914, Ă  un dĂ©tail près. Le nouveau mari de Marie JosĂ©phine n’est autre que FĂ©lix, oncle par alliance de sa famille et son subrogĂ© tuteur.

FĂ©lix est le beau père de Marguerite, son subrogĂ© tuteur et son co-tuteur par son remariage. C’est trop!

Conseil-1927

Les dĂ©libĂ©rations reprennent et le couple sort pendant le vote. Marie JosĂ©phine est dĂ©signĂ©e tutrice, FĂ©lix est co-tuteur et c’est Louis, oncle paternel qui demeure maintenant Ă  cĂ´tĂ© de Vias (34) qui devient subrogĂ©-tuteur.

Le mariage de Marguerite

La jeune fille se marie Ă  18 ans. Mariage d’amour? Le maire de la commune ne semble pas d’accord:

« la parentĂ© s’est occupĂ©e de la marier pour qu’elle ne soit pas complètement dĂ©laissĂ©e après le remariage de sa mère en dehors. »

Pupille

Son mari, IrĂ©nĂ©e, n’a que 20 ans. Il est donc mineur, comme elle. Bien qu’Ă©mancipĂ©e par son mariage, il faut Ă  Marguerite un curateur pour les actes prĂ©vus par les articles 480, 482 et suivants du code civil.

Quatre jours après le mariage, un nouveau conseil de famille est réuni.

Du cĂ´tĂ© paternel, les oncles FrĂ©dĂ©ric et Louis sont convoquĂ©s. A dĂ©faut d’autre parent proche, c’est dans une distance de 2 myriamètres qu’est choisi le 3ème reprĂ©sentant selon l’article 407 du code civil. Il s’agit de François Carrière, instituteur en retraite Ă  Belmont.

Article-407

Du cĂ´tĂ© maternel, la mère et l’oncle Henri sont convoquĂ©s. Le 3ème parent est Joseph oncle par alliance de la jeune fille.

Deux membres sont reprĂ©sentĂ©s par procuration et après dĂ©libĂ©ration c’est Henri qui devient le curateur de Marguerite.

Curateur

La jeune femme continuera de se battre pour faire vivre son commerce et Ă  dĂ©faut de toucher la moitiĂ© de la pension du père mort pour la France que sa mère ne lui donne pas, elle sollicitera l’aide de l’Ă©tat en tant que pupille de la nation.

EntĂŞte

La naissance de son fils en 1930 lui permettra de touche 120 francs « Ă  titre d’encouragement. » Elle devient majeure en 1931 et est enfin libĂ©rĂ©e de ses tutelles.

Sources: 4E127/14-AD12, 4E257/7-AD12, 4E257/8-AD12, 4E60/8-AD12, 6M795-AD34, 1R914-AD12, 1R1116-AD12, 1R1150-AD34, 10U1/30-AD12, 30R19-AD12, sga mémoire des hommes

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Les manèges pousse-pousse interdits dans l’Aveyron

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Avr 292016
 

Par arrêté préfectoral du 5 juillet 1921, les manèges tournants dit pousse-pousse sont interdits sur tout le territoire de l’Aveyron.

Arrêté

Cette attraction, à cette époque d’un nouveau genre, est très prisée de la jeunesse. Elle consiste en des sièges suspendus par des chaines (comme des balançoires ou escarpolettes) au toit d’un manège que le mouvement de rotation fait s’éloigner de l’axe central et « porte très haut ».

Pousse-Pousse

 

Les fêtes du pays rouergat sont bien organisées en ce premier week-end de juillet 1921 à Rodez. Le samedi soir, les musiciens des « enfants d’Albi » donnent des concerts dans les différents quartiers de la ville. Le dimanche, programme est chargé :

  • Concours d’accordĂ©on, de cabrettes et de chansons patoises Ă  la caserne Sainte Catherine
  • Cortège de chars fleuris avec les enfants costumĂ©s faisant le tour de ville
  • Lâcher de ballons (contrariĂ© par le vent du nord)
  • Concert des « enfants d’Albi », des sonneurs RuthĂ©nois et de la Diane Rouergate
  • Kermesse au jardin public et fĂŞte foraine au foirail.

C’est dans la soirée de dimanche, alors que la kermesse bat son plein et que le jardin public est transformé en bataille de confetti, que Paul Izac, étudiant de 17 ans, monte sur une des escarpolettes du pousse-Pousse. Il attache la chainette qui empêche la chute et le manège démarre.

Au plus fort de l’ascension, les personnes présentes le voient glisser sous la chaine de sécurité et son corps, comme une loque, est lancé dans les airs avant de venir s’abattre sur le sol. Le public est sous le choc.

Le manège est stoppé et l’on vient porter assistance au jeune homme sans connaissance. Transporté à l’hôpital, les médecins lui diagnostiquent une fracture du crâne. Le lundi matin, il est ramené chez ses parents Rue Lebon où il décède à 9 heures.

Décès

Les témoins diront qu’il a probablement fait une syncope. Dès le lendemain, le préfet signe son arrêté pour l’interdiction de ce type de manège.

La fête continuera pour les Ruthénois avec le lundi une représentation de la « Soulenco », scène de vie rouergate, donnée dans la caserne Sainte Catherine et interprétée par la Lyre Ruthénoise.

Les gagnants du concours du dimanche matin auront été difficiles à déterminer. A la cabrette, le 1er prix est donné ex-aequo à Mr Vidal de Millau et à Mr Soulié de Sainte Geneviève. A l’accordéon, impossible de départager Mr Archimbault d’Agen et Mr Wins de Carmaux qui sont eux aussi ex-aequo. Le concours de chansons patois est attribué à Mr Moussié de Rodez.

Sources: PER1181-AD12, 1158W369-AD12, La dépêche du Midi-Médiathèque Rodez

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La radiation Ă©lectorale des prĂŞtres

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Avr 222016
 

Les jugements en « matière Ă©lectorale » pour les membres du clergĂ© semblent en recrudescence après la loi de sĂ©paration de l’Ă©glise et de l’Ă©tat. En voici quelques exemples dans le canton de Saint Geniez d’Olt en Aveyron.

Le nouveau vicaire de St Geniez

Eugène François Clément Vinches est né le 28 octobre 1876 à Estaing (12). Du fait de sa myopie et de ses études au séminaire de Rodez, il est dispensé de service militaire. Il étudie à l’institut catholique de Toulouse jusqu’à sa nomination comme vicaire à Laissac le 1er octobre 1903. Il se met en congé le 24 aout 1905 de ses fonctions avant d’être nommé vicaire à Saint Geniez d’Olt en septembre 1905 en remplacement de Casimir Cavalier muté à Prades d’Aubrac. Il vote à Laissac.

Vinches

 

Le professeur du petit séminaire d’Espalion

Jean Baptiste Vidal est né le 8 juin 1868 à Pomayrols (12). Après avoir été dispensé de service militaire, il entre dans les ordres majeurs le 23 mai 1891 et devient professeur au petit séminaire d’Espalion. Il vote à Pomayrols.

 

Le vicaire de St Crépin

Simon Badoc est nĂ© le 22 avril 1878 Ă  Pomayrols (12). Après des Ă©tudes au sĂ©minaire et un an de service militaire, il devient vicaire auxiliaire Ă  Lissirou (commune de Gaillac d’Aveyron). Le 7 juin 1904, il est nommĂ© vicaire Ă  Saint CrĂ©pin, paroisse de Laval Roquecezière, dans le sud du dĂ©partement. Son changement d’adresse est effectif sur sa fiche matricule, mais il dĂ©cide de continuer de voter Ă  Pomayrols.

Badoc

 

La séparation entre l’état et l’église

La loi du 9 décembre 1905 dite de séparation entre l’état et l’église a une conséquence sur le domicile électoral des membres du clergé. N’étant plus « fonctionnaires publics astreints à une résidence obligée», ils entrent dans le droit commun et sont donc priés de bien vouloir voter dans la commune de leur résidence.

Par ailleurs l’article 40 précise qu’ils sont inéligibles au conseil municipal dans la commune de leur ministère dans les 8 ans qui suivent la promulgation de la loi.

Ă©lectorale

Les radiations Ă©lectorales

Début 1906, les commissions municipales se réunissent pour déterminer les inscriptions et radiations sur les listes électorales. Eugène Vinches est radié de Laissac et refusé à Saint Geniez, Jean Baptiste Vidal et Simon Badoc sont eux confirmés sur la liste de Pomayrols mais cette décision est contestée par un citoyen. Bref, c’est à la justice de trancher.

Liste-Elec

Des témoins pour justifier 6 mois de présence

Pour Eugène Vinches qui n’est inscrit nulle part, ce n’est pas moins de quatre témoins qui vont se succéder à la barre.

Joseph Vayssette et Albert Canal, vicaires à St Geniez, Auguste Fontanié, sacristain au même lieu affirment que le vicaire Vinches était présent et a présidé la grand messe du 17 septembre 1905.

Julien Cornuéjouls, marchand de journaux, indique que le vicaire lui a commandé le journal la Croix de Paris qu’il lui a apporté chaque jour depuis le 26 septembre 1905

La Croix

Le vicaire signe les actes de baptĂŞmes dans les registres paroissiaux depuis septembre 1905, la preuve est faite de son domicile!

Le juge de paix déboute la commission municipale de Saint Geniez et demande l’inscription de Mr Vinches dans les listes électorales de cette commune.

Payer des impôts et voter régulièrement

C’est Joseph Combacau, rentier à Saint Geniez qui a déposé réclamation contre le maintien de l’inscription de Mr Vidal. Il précise de plus que la commission municipale de Pomayrols n’est pas régulière car elle ne comportait pas les 5 membres prévus par la loi de 1874. Par ailleurs Mr Vidal a déjà été condamné pour des faits similaires il y a 3 ou 4 ans.

Vidal-Jugement

Le juge de paix reconnait l’irrégularité de la commission, mais comme Mr Vidal a voté en janvier 1906 à Pomayrols et qu’il y paye des impôts fonciers, il décide qu’il reste inscrit sur les listes électorales de cette commune pour 1906, bien qu’habitant à Espalion.

 

Se résigner à voter ailleurs

C’est également Joseph Combacau qui dépose réclamation contre l’inscription de Mr Badoc. Là encore, il justifie que la commission municipale a siégé de manière irrégulière.

Badoc-Jugement

Simon Badoc n’a pas pu se déplacer pour le jugement. Il est représenté par Eugène Vinches, vicaire de St Geniez qui est lui-même impliqué dans une affaire similaire.

Les arguments sont plus faibles. Mr Badoc a bien demandé par écrit en janvier 1906 son maintien d’inscription, il a voté à chaque élection mais il ne paye pas d’impôt sur la commune et vit maintenant à Saint Crepin. Le juge de paix ordonne la radiation des listes électorales de Pomayrols.

Badoc-Verdict

Simon Badoc ne se laisse pas faire, il se pourvoit en cassation le 8 mars 1906 par l’intermĂ©diaire d’une procuration donnĂ©e Ă  Victor Bouscary secrĂ©taire de la mairie de Pomayrols.

Badoc-Procuration

 

Pas seulement les prĂŞtres

Soyons réalistes, la révision des listes électorales ne concernent pas seulement les prêtres et même si le contexte de la loi de 1905 met en lumière cette catégorie de votants, la justice de paix de Saint Geniez rendra son avis la même année sur d’autres hommes qu’ils soient partis habiter à Paris (marchand de vins), dans d’autres départements (notaire dans le Tarn et Garonne) ou que la méthode de contestation ne soit pas réglementaire (missive du sous préfet).

 

Sources : 1R770-AD12, 1R824-AD12, 1R838-AD12, 10U34/87-AD12, 1V18-AD12, Journal de l’Aveyron-AD12, Gallica : la croix

 

© 2016 Généalanille

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