Ambulants, nomades et forains

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Juin 232017
 

La loi du 16 juillet 1912 règlemente les professions ambulantes et la circulation des nomades. Quels documents sont conservés aux archives et qu’est ce qu’on y trouve?

 

Article 1 les ambulants : avec domicile fixe

Les ambulants sont des français ou Ă©trangers ayant un domicile fixe et qui exercent profession, commerce ou industrie soumise ou non Ă  la patente. Parmi ces personnes, on trouve des chiffonniers, des vanniers mais aussi des marchands de volailles, pâtissiers, photographes, raccommodeur de parapluie…

Certains précisent même qu’ils n’exercent pas à plus de 20kms de leur résidence.

Pour répondre à l’obligation prévue par l’article 1 de la loi, ils doivent

  • Justifier de leur identitĂ©,
  • Justifier de leur domicile
  • Fournir un extrait de patente s’il y a lieu.

Moyennant ces documents et après avoir rempli une déclaration de marchand ambulant, ils devront porter en permanence le récépissé qui leur sera fourni.

Qu’est ce qu’on trouve dans les archives ? Les doubles des rĂ©cĂ©pissĂ©s (en sĂ©rie 4M) avec un intĂ©rĂŞt pour la description physique, notamment pour les femmes. Et puis ? Si par bonheur, les pièces justificatives ont Ă©tĂ© conservĂ©es, des lettres manuscrites, des patentes, des lettres Ă  entĂŞte, parfois le dĂ©tail du commerce…

 

Article 2 les forains : français sans domicile fixe

Les forains sont des individus français n’ayant en France ni domicile ni rĂ©sidence fixe. Ils exercent la profession de commerçants ou industriels forains.

Moyennant un justificatif d’identité, de la nationalité française et d’une épreuve photographique, ils peuvent obtenir un carnet d’identité de forains qu’ils porteront en permanence sur eux.

Une notice individuelle est Ă©tablie pour chaque forain.

Au niveau des archives, ce sont les notices individuelles qu’il faut rechercher (toujours en sĂ©rie 4M) qui comportent des renseignements d’état civil, de signalement, de renseignements sur la situation militaire… et surtout une photo ! Certains carnets de forains ont Ă©tĂ© conservĂ©s (car non remis, ou dupliquĂ©s) mais ils n’apportent pas beaucoup d’informations complĂ©mentaires.

 

Article 3 les nomades : tout individu SDF circulant en France

Tous les individus circulant en France, quelle que soit leur nationalitĂ©, sans rĂ©sidence ou domicile fixe et ne rentrant pas dans les catĂ©gories ci dessus (mĂŞme s’ils ont des ressources ou exerçant une profession) sont considĂ©rĂ©s comme nomades.

Leur obligation est de faire une demande pour obtenir un carnet anthropométrique en justifiant de leur identité certaine.

L’Administration n’est pas obligée de leur délivrer un carnet. Cependant, quand elle le fait, elle renseigne des fiches individuelles pour chaque individu (à partir de l’âge de 5 ans).

Dans nos archives, quelques carnets sont parfois conservés. Quand tel est le cas, on peut retracer le parcours géographique de la famille.

Les notices individuelles sont beaucoup moins fréquentes en série M. Elles sont plus souvent conservées à partir de 1940, donc en série W. L’intérêt est d’y retrouver des informations personnelles, un signalement, une photo et les empreintes digitales.

 

Article 4 Carnet collectif et plaques de contrôle spécial

Le carnet anthropométrique des nomades est individuel. Le chef de famille doit en place demander un carnet collectif qui comprendra l’état civil et le signalement de toutes les personnes qui voyagent avec lui. Les liens de parenté y sont précisés, et les actes de mariages, divorces, naissances et décès de chacun des membres de la famille aussi.

Une plaque de contrĂ´le spĂ©cial est Ă©galement imposĂ©e aux nomades pour identifier les vĂ©hicules de toute nature qu’ils utilisent. En 1925, la sous prĂ©fecture d’Espalion en Aveyron, interrogĂ©e sur le nombre de plaques restant dans ses tiroirs en compte 19, « qui ne seront vraisemblablement jamais utilisĂ©es pas plus qu’elles ne l’ont Ă©tĂ© depuis 1913 ».

 

Une exception parmi les nomades et les ambulants

Les individus salariĂ©s de toutes catĂ©gories qui travaillent d’habitude dans les entreprises industrielles, commerciales ou agricoles, ateliers publics ou privĂ©s mais qui suivant le besoin du moment se transportent d’un atelier Ă  un autre ou d’une rĂ©gion de culture Ă  une autre, ne sont pas assujettis Ă  possĂ©der soit un carnet anthropomĂ©trique, soit une dĂ©claration d’ambulant.

© 2017 Généalanille

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Cocher les 6 bons numéros

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Juin 042017
 

« Mon mari ne boit pas, ne fume pas, ne joue pas. Mais le Loto®, ce n’est pas pareil». Le déploiement du jeu aux six numéros gagnants dans l’Aveyron.

La réforme du Loto®

Les quines, les lotos, c’est bien connu en Aveyron… Et on y joue toujours ! Mais en juillet 1975, le dĂ©cret signĂ© de Jacques Chirac ne concerne pas le jeu qu’on pratique le dimanche dans les salles des fĂŞtes mais la rĂ©forme de la loterie nationale pour crĂ©er le loto®.

Qu’est ce qui change ? Avant on tirait au sort un numéro de série parmi ceux des billets vendus, il y avait donc forcément un gagnant. Dorénavant, les clients doivent cocher 6 numéros sur une grille qui en comporte 49. Il est alors peu probable d’avoir un joueur avec la combinaison gagnante.

Paris et la province

Le 1er tirage a lieu le 19 mai 1976 au théâtre de l’Empire, avenue de Wagram à Paris. Il est animé par Jean Sas, l’animateur qui officie sur la radio et la télé depuis déjà plus de 15 ans.

Mais si Paris et les grosses villes sont plutôt bien placées pour participer à ce nouveau jeu, il n’en est pas de même pour les petites villes de province qui ne seront globalement équipées qu’à l’été 1977.

Vous ne pouvez valider qu’Ă  Millau

Pour l’Aveyron, le premier bureau permettant la validation de sa grille est à Millau. Mr Leduc au dépôt de Presse 1 Rue Ferrer à Millau est équipé depuis, au moins,  le 4 mars 1977. Une publicité récurrente lui est faite dans les journaux avec son collègue de Mende.

Mais certains ne rechignent déjà pas à faire des kilomètres : les acharnés de Rodez ou d’ailleurs vont à Millau et à Carmaux (81) pour tenter de devenir millionnaire avec seulement 2 francs.

La généralisation dans l’Aveyron

Il faut attendre le 8 juin 1977 pour que d’autres villes de l’Aveyron permettent aux joueurs de s’adonner à cette nouvelle loterie :

  • Ă  Rodez au PMU place d’armes et au tabac presse avenue Victor Hugo.
  • dans la ville de Villefranche de Rouergue aux messageries Pascal.
  • Ă  Decazeville Maison de la presse Rue Cayrade.

D’autres suivront rapidement.

Un gagnant Ă  Rodez!

Pas de grands articles dans la presse, mais on retrouve cependant la trace du (probablement) premier gagnant à Rodez. Il a validé son bulletin au tabac Asmaker 1 boulevard d’Estournel et gagne plus de 6 000 francs au tirage du 20 juillet 1977.

Son identité est préservée mais on sait cependant que c’est un carreleur portugais habitant Rodez et qu’il a gagné exactement 631 000 anciens francs (les nouveaux francs sont entrés en vigueur en 1960 !)

Comment choisit-il ses numéros? La technique est simple : il jette 49 petits carrés de papier numérotés dans une boite et fait procéder par ses 2 enfants à un tirage. Il ne lui reste qu’à cocher les cases de la grille et à patienter le tirage. Nul doute que les enfants auront profité de cette jolie somme.

Les numéros gagnants sont le 11, le 7, le 32, le 12, le 30, le 1 et comme numéro complémentaire le 17.

numéros

Des statistiques pour les bons numéros

Il suffit de 3 numĂ©ros sur une grille pour gagner un gain… et tout le monde n’a pas deux enfants pour faire un tirage au sort « maison ». Les journaux vont publier des statistiques pour aider les joueurs.

Un exemple début août 1977 avec

  • en S, la sortie, comprenez le nombre de fois oĂą le numĂ©ro est sorti depuis le premier tirage du jeu;
  • pour la lettre E, l’Ă©cart, c’est Ă  dire le nombre de tirages consĂ©cutifs oĂą le numĂ©ro n’est pas sorti;
  • enfin avec le F, la forme, le nombre de sorties au court des 10 derniers tirages.

Tous les numĂ©ros sont dĂ©jĂ  sortis. Le 1, le 26 et 28 ont Ă©tĂ© gagnants 12 fois depuis le dĂ©marrage du jeu. Le numĂ©ro 5 n’est pas sorti depuis 25 tirages. Les numĂ©ros  2 et 21 sont sortis 4 fois au cours des 10 derniers tirages…. Une aide prĂ©cieuse?

Premier tirage public Ă  Decazeville

Il faut démocratiser le loto et pour se faire, les tirages sont décentralisés en province. Une occasion de faire découvrir le jeu.

Le 14 septembre 1977 à 19H c’est dans la salle polyvalente de Decazeville que va avoir lieu le tirage. Les aveyronnais le regarde dans le plus grand silence et avec le bagou habituel de Jean Sas qui anime la soirée.

Les numéros gagnants sont  9, le 18, le 17, le 3, le 44, le 15 et pour numéro complémentaire le 16.

C’est ensuite l’heure du tirage des numĂ©ros gagnants des signes du zodiaque. Après un entracte de 15mn, l’animateur invite les spectateurs Ă  participer Ă  d’autres jeux et Ă  suivre un spectacle de variĂ©tĂ©s (NoĂ«lle Cordier, Guy Mardel accompagnĂ© de Charly Oleg….)

Une mécanique bien huilée

Fin juin 1977, les journalistes du département ont été invités à visite les locaux de la société du Loto® pour en vanter les performances et l’impartialité.

Pendant la nuit du mardi au mercredi, les bulletins de toute la France sont envoyés à Moussy. Dès le mercredi matin, les bulletins sont microfilmés. Les films sont classés par courtiers et par détaillants. Une copie des films est déposée dans un coffre dont une personne a la clé et l’autre la combinaison. Le mercredi soir, une fois le tirage effectué, les lectrices trient les bulletins. Elles mettent sur bande magnétique tous les éléments les concernant. Le nombre de gagnants classés par ordre de gain est alors connu.

Puis les bulletins sont classés en trois parts gagnants, non gagnants et rejets. Bulletin déchiré, raturé, croix mal faites ou trop nombreuses constituent les rejets. Les 0,7% de ceux-ci sont traités manuellement. Ils sont ensuite réintégrés avant le jeudi soir où le montant des gains est dorénavant connu.

La première diffusion télévisée

Il faut finalement attendre le 11 janvier 1978 pour que le tirage soit rediffusĂ© sur la première chaine Ă  la tĂ©lĂ©vision. De plus, cela restera un non Ă©vĂ©nement dans la presse locale aveyronnaise… Par consĂ©quent, rien dans le programme TV dudit jour! Le tirage du Loto® Ă  19H55 sur la « tĂ©lĂ©vision française 1 » ne sera annoncĂ© que la semaine suivante.

Dans le paysage

Les lecteurs des journaux ont eu parfois un avis très tranché sur le jeu, critiquant le peu de chance de gagner, se cachant parfois pour aller valider leur grille. Il semble que, 40 ans plus tard, le Loto® est dorénavant bien ancré dans le paysage des français.

Cet article a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© dans le cadre du challenge UproG de juin 2017 sur le thème imposĂ© « le chiffre 6 ».

Sources: PER386-AD12, PER563-AD12, PER962-AD12

© 2017 Généalanille

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RĂ©fugiĂ© deux ans dans l’Aveyron

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Mai 282017
 

André Lebrun, né en théorie à Reims, pupille de l’assistance publique dans l’Aisne, va passer 2 ans dans l’Aveyron comme réfugié de la 1ère guerre mondiale.

Un enfant assisté

André Lebrun est né le 30 décembre 1907 en théorie à Reims, plus probablement dans l’Aisne. Enfant abandonné, orphelin ou trouvé, il est classé parmi les enfants assistés du département et on peut tracer brièvement sa vie à partir de l’âge de 10 ans grâce à son dossier aveyronnais.

Il est mis en garde chez Mme Veuve Boucher Daussin le 1er avril 1917 à Ugny le Gay (02). Une carte d’identité lui est remise et nous apprend qu’il arrive de Flavy le Martel (02) au sud de St Quentin.

Sa « gardienne » touche l’allocation de l’état aux réfugiés pour la période de novembre 1917 à avril 1918. Cependant il lui est dû le montant mensuel de la pension qu’elle a demandé trop tard à la perception locale.

 

Les évacués de l’Aisne

Fin mars 1918, on annonce l’arrivée à Rodez d’un train spécial de 1150 évacués « des pays où se déroulent les opérations militaires actuelles ».

Mme veuve Boucher-Daussin arrive à Rodez le 3 avril avec sa famille et son pupille de l’assistance publique. Mais elle doit être hospitalisée dès son arrivée. Cette pauvre femme âgée de 78 ans est devenue subitement gâteuse et il y a peu d’espoir qu’elle ne ressorte de l’hospice et donc qu’elle s’occupe du petit. Ce dernier a été mis au dépôt en attendant d’être placé. La famille de la gardienne a remis la vêture donnée à cet enfant. On note que ce dernier est atteint d’incontinence d’urine fort prononcée.

Un premier placement

Le 11 mai 1918, André est placé chez les époux Turq à Druelle. Il est de retour à l’hospice de Rodez le 25 mai 1918, ramené par ses gardiens qui disent qu’il est « atteint d’incontinence d’urine et d’une intelligence bornée ». Même si les propos sont vrais, il faut trouver un autre placement.

Un deuxième placement

Il est confié le 17 juin 1918 à Mr Mme Cuq à Centrès qui devront « l’élever et le nourrir convenablement ». Comment se comporte-t-il ? L’inspecteur pose la question à son « gardien » qui fait savoir « qu’il est à peu près satisfait de l’enfant et qu’il le gardera peut être ».

« Le pupille que vous mas vait confiait je panse qu’il ferat par se que il est trais au béysant mes encore il est pas au courant. Mes il me contant à ses bien pour le momen »

Mr et Mme Cuq ont 25 ans environ. Ils habitent à 200 mètres d’une école et à 100 mètres d’une route. Ils sont propriétaires cultivateurs et possèdent 2 vaches. Parents d’un petit garçon de 10 mois, ils sont tous les deux valides, bien portants et de bonnes mœurs. Ils ont sollicité l’inspecteur le 1er avril 1918 pour se voir confier un enfant « de préférence un garçon de l’âge de 5 à 6 ans. »

Mr Cuq est réformé depuis juillet 1916. Il s’est marié en janvier 1917.

Se faire rembourser

Le 19 septembre 1918 Mme Boucher Daussin va recevoir incessamment la somme de 450 francs pour l’exercice 1917. Il faut dire qu’elle vient tous les deux jours dans le bureau de l’inspecteur pour réclamer son dû. Le 8 octobre 1918, l’AP de L’Aveyron demande à son homologue de l’Aisne (délocalisé à Chartres) si les 30 francs par mois comprennent la vêture. La réponse est non.

Pour les vêtements qu’elle a payé (60 francs), Mme Boucher-Daussin doit donc faire un mémoire en triple exemplaire pour être remboursée.

Les boches ont tout détruit

L’armistice est signé. Mais les hommes ne sont pas encore rentrés et les réfugiés ne sont pas tous rapatriés.

Le 18 décembre 1918, André est vu en classe et dans son placement. « Bien portant, mais très en retard pour la classe. Est peu intelligent. Il se montre désobéissant et entêté. Il est incontinent d’urine. »

Le 6 janvier 1919, le voisin se plaint du pupille « le petit […] nous coupe des petits arbres ». Comme le gardien ne fait rien, le maire a Ă©tĂ© averti…

Le 9 avril, la famille de placement explique qu’AndrĂ© doit faire sa première communion le 27 avril. Il lui faut son extrait de baptĂŞme. L’Assistance publique transmet la demande dans l’Aisne. La rĂ©ponse ne tarde pas : « tous les dossiers des pupilles de mon service ont Ă©tĂ© complètement dĂ©truits par les boches »… alors le certificat de baptĂŞme, il faudra s’en passer.

Retour à l’hospice

Le 23 avril 1919, André retourne à l’hospice de Rodez. Sa fiche de placement évoque un abcès. Fait-il finalement sa première communion ?

Le certificat médical donne un avis favorable à son placement le 10 mai 1919.

Un troisième placement

André est confié le 17 mai 1919 à Mr Labit à Lédergues.

Le 19 octobre 1919, il est vu par le service de placement, et c’est plutôt sa famille d’accueil qui est jugée. « Assez bien portant, mais peu intelligent. Bons soins, excellent placement. »

Il a maintenant bientôt 12 ans et le 6 décembre 1919, il a besoin d’une vêture. L’inspecteur de l’AP de l’Aveyron contacte son homologue de l’Aisne. Ce dernier envoie directement le paquet à la nourrice.

Rapatrié après deux ans

Le 28 février 1920 il revient à l’hospice de Rodez, son rapatriement dans l’Aisne à lieu dès le lendemain. Il continuera probablement d’être placé jusqu’à sa majorité.

Source 1R958-AD12, 4E57/7-AD12, Etat civil mairie de Reims, 3X126-AD12, le journal de l’Aveyron.

© 2017 Généalanille

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Le retour d’âge de sœur Marie Louise

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Mai 122017
 

Âgée de 46 ans, sœur Marie Louise tente de s’évader du couvent où elle habite depuis 29 ans. C’est son retour d’âge qui semble avoir provoqué cette impulsion.

soeur

Rentrée au couvent à 18 ans

Elle s’appelle Léonie Cantaloube. Elle est née le 25 janvier 1858 à Flagnac. A l’âge de 18 ans elle entre dans les ordres parmi la congrégation de la Sainte Famille, tout d’abord à Montlaur puis au couvent de Ste Claire à Villefranche de Rouergue. Elle travaille aux travaux de la maison. Elle fait la classe et gagne 600 francs par an qui sont versés au couvent de Ste Claire. De quoi payer sa dot de 4000 francs.

Elle est veut partir

A 45 ans, elle souhaite partir. Quitter le couvent. Son frère Henri, épicier à Decazeville, est venu la voir. Elle lui demande de l’accueillir, mais il ne veut pas la recevoir chez lui. Un an plus tard, elle demande à aller le voir, lui et sa belle mère qui est malade, mais on lui refuse cette sortie.

Elle n’ose pas démissionner car elle a peur qu’on ne lui rende pas sa dot et qu’elle se retrouve mendiante !!

Alors elle s’évade.

C’est devenu une idée fixe, et c’est le 10 octobre 1905 que sœur Marie Louise tente sa chance. Elle prend avec elle un baluchon de son linge, preuve de la préméditation de son geste !

Le mur du couvent fait 3,50m. Qu’importe, elle grimpe après un sureau (selon la police) ou sur le toit d’un petit hangar (selon la presse) et atteint le faîte du mur. De là, elle appelle un passant qui s’empresse d’aller chercher une échelle et facilite ainsi son évasion.

Son ballot de linge est lourd, alors elle demande à Mme Fabre la voisine de l’aider à porter le paquet à la gare. Les deux femmes partent du faubourg Guiraudet en face de l’abattoir, prennent le chemin de la rive, le pont neuf et arrivent à la gare. Sœur Marie Louise n’a plus qu’à attendre le train de 9H qui l’emmènera à Decazeville … Mais une fois Mme Fabre partie, la sœur, au lieu de rester à la gare, prend la direction de la place de la république puis se dirige sur la route de Rieupeyroux.

A la recherche de la fugitive

C’est à la fin de la messe, vers 8H que les sœurs converses s’aperçoivent de son absence. Elles partent à sa recherche avec la sœur tourière, sœur Epiphanie. C’est cette dernière qui retrouve sœur Marie Louise au tournant de la Roque, sur la route de Rieupeyroux, vers le lavoir de Cadrès précise la presse.

Elle la saisit par le bras et demande à un homme de l’aider à arrêter la fugitive. Ce dernier ne la touche pas mais lui promet de la recevoir si elle consent à entrer librement dans sa maison. Sœur Marie Louise est finalement introduite de force dans cet endroit par sœur Ephipanie et est gardée par 2 personnes le temps de prévenir le couvent.

Retour au couvent

Toutes ses larmes et ses supplications pour aller rejoindre son frère resteront vaines. Ce sont deux religieuses qui l’encadrent dans la voiture qui la ramène au couvent. Pour la convaincre, on lui a fait croire qu’on l’emmenait pour qu’elle puisse récupérer son lit.

Il faut rassurer la population. La sœur tourière explique aux personnes qui ont aidé à la « capture » de la fugitive que celle-ci n’avait « pas sa raison par suite du retour d’âge. » Ah les hormones…..

A midi, toutes les sœurs ont enfin regagné le couvent Ste Claire.

Cette pauvre femme est saine d’esprit

Le commissaire de police de Villefranche se rend au couvent et demande à voir, seul, la sœur fugitive. Elle est convoquée dans un parloir et se confie à voix basse de peur d’être entendue par les autres religieuses.

On la persécute, on lui fait la guerre, elle ne comprend pas pourquoi on lui en veut. D’ailleurs avec son air craintif et ses yeux rougis, elle a même fait de la peine au brigadier et au commissaire lui-même.

La presse se défoule

Les différents journaux de l’époque relateront cet « incident ». La presse républicaine dans son article « froc aux orties » s’étonnera de « l’empressement mis par les bonnes sœurs à poursuivre et reprendre une des leurs ». Le journal catholique répondra d’une part que sœur Marie Louise avait eu l’opportunité d’aller non pas chez ses parents, qui ne peuvent l’accueillir, mais dans le couvent de leur ville et d’autre part que si on n’avait pas tardé à rapatrier la sœur c’est pour ne pas abandonner « une pauvre malade, sans ressources, sans moyens suffisants pour s’en procurer, sans asile. »

Elle est folle mais pas dangereuse

Le procureur de la république donne l’ordre de faire une enquête et c’est le rapport du Dr Cavalié qui va donner une autre version de l’état mental de sœur Marie Louise.

Cette femme ne jouit pas de toutes ses facultés mentales : la nuit, elle suppose qu’on lui pique les jambes, qu’on la brûle avec un fer rouge, qu’on lui fait absorber un liquide ayant un gout de phénol. Par contre, le jour, elle raisonne avec sens. D’ailleurs elle étudie même actuellement l’espagnol.

Il confirmera que c’est bien son âge critique qui l’a met en proie à des troubles nerveux…..

 

Source : le narrateur, 8J142-AD12, 4E89/9-AD12, PER563-AD12, PER1441-AD12. Image d’illustration (sĹ“ur Marie Thomas Ă  l’âge de sĹ“ur Marie Louise)

© 2017 Généalanille

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Le circuit du printemps

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Mar 202017
 

Le circuit du printemps, c’est le nom choisi par le vélo club de Villefranche de Rouergue pour sa course cycliste d’avril 1934.

Printemps

70 km à vélo

On est en avril 1934 à Villefranche de Rouergue et le vélo club a décidé d’organiser une course cycliste. Elle s’appellera le circuit du printemps. Avenue du quercy, Martiel, Villeneuve, Villefranche, les quais, promenade Guiraudet, boulevard de la Douve. Deux fois ce parcours, cela fait environ 70 km.

Le départ prévu initialement à 15H place nationale est finalement retardé d’une demi-heure pour laisser l’opportunité aux coureurs de participer à un autre événement. L’arrivée est donc prévue vers 17H40 place Jean Jaurès.

Les indépendants du coin

La course est réservée à tout coureur indépendant des départements de l’Aveyron, du Lot, du Tarn et Garonne, Haute Garonne, Cantal et Tarn.

Le 1er villefranchois aura une prime de 25 francs, le 2ème de 15 francs et le 3ème de 10 francs offertes par un sportif.

Le dernier villefranchois aura aussi une prime de 10 francs mais offerte par Mr Fabry. Finalement, il faut espérer qu’il n’y aura pas plus de 4 coureurs de la ville pour éviter que l’un d’eux soit défavorisé !

Une organisation Ă  anticiper

Proposer une course cycliste, c’est toute une organisation.

La déclaration à la préfecture est faite le 11 avril 1934. Mr Pourcel, le président de l’association, s’engage à payer tous les frais de surveillance ou autres occasionnés par la course. Le préfet donne son accord une semaine plus tard.

Il faut prévoir la remise des brassards (le jour même à 14H au siège social). Il faut interdire aux voitures non officielles de dépasser la voiture portant le fanion de la croix rouge.

Bref, un dernier briefing a lieu la veille de la course Ă  20H30 pour finaliser le rĂ´le de chacun.

Une association du 19ème siècle

L’association a été créée en 1893, c’est ce qu’indiquent ses lettres à entête mais le vélo club semble exister depuis le 15 octobre 1892. D’ailleurs un punch a été servi au 26 sociétaires le 29 octobre 1892 au café des globes en présence d’Emile Assié, président et d’Emile Alibert vice-président.

Conviviale et dynamique, une première course est organisée dès le lendemain sur Martiel. Les associations sportives se sont d’ailleurs multiplié à cette époque…

25 concurrents dans une course folle

Ils sont 25 concurrents à participer. Le départ est donné par Mr Vidal chef conseil de l’association.

L’avenue de quercy est gravie à 30 km à l’heure. En tête, on retrouve les coureurs Roques, Davet et Bedel, les villefranchois, qui foncent à fond de train à 40, 45 km heure selon le compteur de la voiture qui les suit.

Malheureusement le jeune Davet est victime de crampes et il abandonne dans la cote de Savignac.

Un peu plus loin, Bedel est entrainé dans la chute de Singla. Le temps de remonter en selle et d’arranger son guidon faussé, le peloton de tête a déjà pris un kilomètre d’avance.

Il n’y a plus que 6 hommes en tête et seulement un « local », le villefranchois Roques qui fait l’admiration de tous les suiveurs grâce à son allure souple et coulée. Premier tour bouclé de 35 km en 58mn et Roques gagne la prime du 1er villefranchois.

Au deuxième tour, pas de changement. Après 2H03 de course, c’est le figeacois Desson sur vélo Helyet, pneu Huchinson qui monte sur la 1ère marche. Sur la deuxième, l’aveyronnais Bouthemont de Viviez et sur la 3ème Roques avec son vélo Griffon et ses pneu Dunlop.

Bedel, le deuxième Villefranchois ne finira que 11ème avec son vélo Alcyon.

Qu’est-ce qu’on gagne ?

Les prix sont offerts par la société, complétés d’une somme offerte par les commerçants de la place Jean Jaurès.

  • 1er prix 120 + 30 soit 150 francs
  • 2ème prix 80 + 20 soit 100 francs
  • 3ème prix 40 + 35 soit 75 francs
  • 4ème prix 35 +15 soit 50 francs
  • 5ème prix 25 + 10 soit 35 francs
  • 6ème prix 10 + 10 soit 20 francs.

Pour les vainqueurs, cela rembourse donc largement les 3 francs d’inscription.

FĂ©licitations et reproches

Alors que le comité remercie les bénévoles, il rappelle cependant aux conducteurs de voitures qui suivent la course d’être dorénavant plus prudents. En effet, messieurs C et E ont failli causer une chute générale du peloton de tête du fait de leur imprudence…

La soirée se finira par un bal prévu le soir au casino. En attendant la prochaine course !

Cet article a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© dans le cadre du challenge UproG de mars 2017 sur le thème imposĂ© « le printemps ».

Sources: 4M290-AD12, 4M262-AD12, Le Narrateur-AD12

© 2017 Généalanille

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Gaston ne sera jamais gadzart

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FĂ©v 172017
 

Gaston prĂ©sente 4 fois le concours pour entrer Ă  l’école des arts et mĂ©tiers d’Aix en Provence. MalgrĂ© sa persĂ©vĂ©rance, il ne sera deviendra jamais gadzart.

Né en février

Gaston est né le 10 février 1907 dans l’Aveyron. Élève au lycée Monteil de Rodez, il remplit son dossier de candidature pour le concours d’admission aux écoles nationales d’arts et métiers en 1923.

Il a bien 16 ans, mais le règlement stipule qu’il doit avoir « 16 ans au moins au 1er janvier de l’année du concours. » Or Gaston est né en février… Son dossier est renvoyé au sous préfet.

DĂ©jĂ  Ă  Aix

Refusé au concours, Gaston ne doit pas perdre de temps. Il rejoint l’école primaire supérieure professionnelle à Aix en Provence. Son père touche une bourse de 100 francs par an de son employeur (la compagnie des chemins de fer du Midi) pour l’aider à financer ces études.

Gaston refait un nouveau dossier pour 1924 :

  • acte de naissance,
  • certificat mĂ©dical, de revaccination, de bonnes vie et mĹ“urs, de nationalitĂ©,
  • engagement des parents pour le paiement de la pension et du trousseau,
  • relevĂ© des notes de travail et de conduite sur les 2 dernières annĂ©es,
  • et diplĂ´me ou certificat parmi la liste prĂ©vue par le règlement.

Le dossier est complété par

  • l’avis personnel et motivĂ© du sous prĂ©fet,
  • de la dĂ©libĂ©ration du conseil municipal,
  • de la feuille d’impĂ´t des parents
  • et d’un tableau de renseignement.

Gaston doit aussi faire une lettre manuscrite pour sa demande d’inscription. Elle permettra de légaliser sa signature. Il précise dans celle-ci l’option qu’il a choisi et même l’ordre de préférence des écoles.

Gaston ne passe pas l’étape de l’examen probatoire.

Nouvel essai

1925. le postulant est toujours à l’école primaire supérieure professionnelle à Aix en Provence. Il constitue à nouveau un dossier avec les mêmes éléments, refait une demande de bourse. Il faut dire que les frais sont un peu élevés.

Gaston demande Ă  nouveau Ă  passer l’examen Ă  Marseille. DictĂ©e, composition, page d’écriture, dessin, gĂ©omĂ©trie, algèbre et trigonomĂ©trie et dessin industriel. Cette annĂ©e, il porte sur le boitard. Mais Gaston est recalĂ©…

Dernière chance

1926. Gaston refait un dossier. Mais les règles du jeu ont changé. Régi par le décret du 14 aout 1909, le concours se voit modifié par le décret du 22 janvier et l’arrêté du 24 février 1926. L’examen probatoire réalisé en même temps dans chaque préfecture de département est supprimé.

Dorénavant, il faudra passer les épreuves écrites et graphiques dans des centres spéciaux (pour l’Aveyron à Toulouse).

centre gadzart

Puis, s’il est admissible, l’élève devra se rendre au siège de l’école nationale des arts et métiers de la circonscription pour subir les épreuves orales et une épreuve de travail manuel.

Gaston réussit les épreuves écrites. Direction Aix pour les épreuves orales. Il échoue une dernière fois et n’est pas parmi la liste des 100 admis par école.Le premier (et seul) aveyronnais est classé 82ème.

Comme le futur ingĂ©nieur n’avait le droit de se prĂ©senter qu’Ă  3 concours, il ne sera donc jamais gadzart.

 

Sources: 12T3/29-AD12, journaux officiels numérisés par gallica

© 2017 Généalanille

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Deux boites de conserve de champignons

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DĂ©c 022016
 

Arrêtés puis fouillés, les futurs condamnés portent souvent des objets personnels qui sont confisqués. Certains d’entre eux ne sont jamais réclamés et sont vendus aux enchères pour libérer de l’espace dans les tribunaux.

conserve

271 objets au greffe du tribunal

Le 22 novembre 1926, le greffier du tribunal civil de Villefranche dresse un inventaire de 271 articles. Il s’agit de la liste des objets non confisqués déposés au greffe à l’occasion de procès. Or ceux-ci n’ont pas été réclamés depuis que les jugements sont devenus définitifs.

Que contient la liste ? Des fusils bien sĂ»r, des armes, des vĂŞtements… Mais l’inventaire et beaucoup plus large et hĂ©tĂ©roclite. En 1905, il contenait mĂŞme un coffre fort dĂ©moli ! Pour cette annĂ©e 1926, on trouve des draps, des bijoux, une bicyclette, un livre de Chateaubriand, des casses-tĂŞte, une paire de pantoufles et 2 boites de conserves de champignons.

Ces deux boites seront vendues aux enchères le 23 décembre 1926 dans la salle du palais de Justice. Peut-on retracer leur histoire ?

Un polonais SDF

On est la veille de Noël 1924. Stefan Reyclick, polonais de 36 ans est sorti de prison depuis 15 jours après avoir été arrêté pour vagabondage à Decazeville. Arrivé de Pologne au mois de mai, il a laissé sa femme et ses deux enfants au pays pour rejoindre son frère en région parisienne. Quelques semaines plus tard, il est embauché quelques jours comme manœuvre au chemin de fer de Viviez mais il dort dans la rue et n’a pas récupéré sa pièce d’identité laissée à Paris.

Au café de l’étoile

Le 24 décembre il part de Rodez et prend le train de 5H30 pour Aubin. Vers 18H, alors qu’il est, seulement les témoins, ivre, il s’installe dans la salle du café de l’étoile près de la gare et demande dans un mauvais français un café. La tenancière, Mme Solignac, lui sert sa boisson et lui verse un petit verre de marc. Cependant il refuse cet alcool et demande un rhum. La tenancière de café est seule, elle retourne vaquer à ses occupations, et quand elle l’aperçoit de la cuisine changer de place, elle demande à son fils René âgé de 7 ans de le surveiller.

Après quelques instants, le petit se met à crier « maman, maman, il prend une bouteille! » Stefan Reyclick vient en effet de glisser une bouteille de « Vermouth Frontignan »  d’une valeur de 15 francs sous sa veste.  Aux cris de l’enfant, il repose la bouteille et tente de s’enfuir par la cuisine mais Mme Solignac l’en empêche avec son balai. Le polonais repart vers la porte de sortie alors que la tenancière crie « au secours, Mr Bousquet ! » Ledit voisin, sortant de son magasin, a eu le temps de traverser la rue et d’arriver en même temps que les gendarmes qui étaient de passage dans l’avenue.

La fouille du coupable

Mme Solignac dépose plainte. Elle a eu peur et son fils est en larmes. Les voisins témoignent que l’individu  a tenté de voler une bouteille de liqueur.

Mr Reyclik est fouillé. Il est porteur

  • D’une boite de conserve champignons cèpes
  • Une boite de conserve de champignons de paris
  • Une boite mĂ©tallique avec 14,60 francs
  • Un demi paquet de tabac, des feuilles de cigarettes, des allumettes
  • Un morceau de savon
  • Un certificat de travail de la Loubière
  • Un certificat de mise en libertĂ© de la prison
  • Des papiers divers.

Jugement à Noël

Le jour de Noël, il comparait devant le juge du tribunal de Villefranche assisté de Pierre Kozub, interprète de la société des aciéries de France. Il reconnait les faits et retrace ses différents travaux et employeurs dans l’Aveyron. Il écope d’un mois de prison.

Les boites de conserve

La question lui est posée sur les deux boites de conserves de champignon. D’où viennent-elles ? Il avoue les avoir volées à Rodez mais ne sait pas le nom de l’épicerie. Il est entré dans le magasin, a pris deux boites sur le comptoir et est ressorti. Personne ne semble l’avoir vu.

Le commerce est situé à côté d’une place à 500 mètres environ de la gare à droite en allant au centre de ville et sur la place il y a un jet d’eau….. Il ne reste plus qu’à rechercher cette épicerie !

Les deux boites de conserve sont donc restées 2 ans dans les locaux du tribunal.

Sources: 9U1415-AD12, 9U1824-A12, 9U1825-AD12, 9U1826-AD12

© 2016 Généalanille

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De la vigne aux plantations de tabac

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Nov 182016
 

L’usage croissant de la nicotine comme insecticide pour les vignes a donnĂ© idĂ©e aux aveyronnais de planter du tabac.

 

La nicotine comme insecticide

Un article est diffusĂ© dans la revue « le cultivateur aveyronnais » de 1894. Mr Lapoire, prĂ©sident du comitĂ© antiphyloxĂ©rique de Roanne (42) semble avoir trouvĂ© un insecticide contre la cochylis qui dĂ©truit les vignes. Le traitement est composĂ© d’alcool Ă  brĂ»ler, de savon noir et de nicotine et donne de bons rĂ©sultats. En effet, après 24 heures, 70% des larves de l’insecte sont tuĂ©es.

nicotine

Les formules du traitement seront modifiées au fil du temps pour n’utiliser que de l’eau et du savon noir avec la nicotine.

 

Livraison réglementée

Exploiter du tabac ou en extraire la nicotine sont des activités réglementées. Mr Paulin Vergnes, forgeron à Lédergues (12) se voit dresser un PV en 1906 pour infraction à la culture du tabac.

En mars 1909, un décret autorise les syndicats agricoles à se procurer de la nicotine litrée auprès des manufactures d’état pour 1 franc le litre, il passe à 2,70f en 1911. Et si on n’est pas syndiqué ? Il faut alors rédiger une demande formalisée à faire viser par le maire.

demande

De nombreux vœux

Pourquoi ne pas cultiver dans l’Aveyron du tabac ? Le conseil général du département émet le vœu « que la culture du tabac soit autorisée dans les régions du département dites de rivière » dès 1907.

Le conseil d’arrondissement de Villefranche fait de mĂŞme en octobre 1908. Les deux organismes renouvelleront rĂ©gulièrement la demande que la « culture du tabac soit autorisĂ©e sur la rive gauche du Lot comme elle l’est sur la rive droite« . Car le dĂ©partement voisin est lui autorisĂ© Ă  produire du tabac!

La réponse du directeur général de la manufacture de l’état est négative: pas assez de personnel et pas de crédit pour créer de nouveaux emplois.

carte

Un besoin de nicotine croissant

On est en 1911. Le ministre des finances avertit les prĂ©fets les quantitĂ©s d’alcaloĂŻde Ă  livrer Ă  l’agriculture cette annĂ©e seront 10 fois supĂ©rieures Ă  celles de l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente.

MalgrĂ© les efforts de production et les achats importants Ă  l’Ă©tranger, il est probable que les agriculteurs n’auront pas les quantitĂ©s dont ils ont besoin. D’ailleurs, le prĂ©sident du syndicat agricole de la commune de Villeneuve (12) qui sollicite 54kg 600 de nicotine pour ses 7 hectares de vignes n’obtient que 7 grammes !

 

L’injustice pour les communes

Les communes de l’arrondissement de Villefranche émettent à leur tour le vœu de pouvoir cultiver du tabac. C’est le cas de Saujac (12) dans la délibération du conseil municipal de novembre 1911.

Les arguments sont les suivants :

1) beaucoup de terres situées sur la commune sont aptes à la culture de tabac,

2) la culture du chanvre qui était la principale récolte doit être supprimée à cause d’un parasite, le tabac pourrait la remplacer,

3) pour que les agriculteurs gagnent de l’argent pour payer les impĂ´ts,

4) parce que la commune est limitrophe avec le département du Lot où la culture est autorisée,

5) si la nicotine se gĂ©nĂ©ralise pour soigner la vigne, l’Ă©tat va avoir besoin de plus de cultures de tabac,

6) le conseil d’arrondissement a Ă©mis plusieurs fois le vĹ“u que la culture soit autorisĂ©e.

 

Après la guerre

Les vĹ“ux continuent de se multiplier et la grande guerre survient. Il faut attendre la dĂ©cision du 12 septembre 1922 pour que le ministre des finances autorise la culture de tabac dès 1923 dans l’arrondissement de Villefranche de Rouergue.

culture

La variĂ©tĂ© sera le Paraguay Bas Rhin d’une compacitĂ© de 35 000 Ă  40 000 plantes Ă  l’hectare. Les rĂ©coltes seront livrĂ©es au frais des planteurs au magasin de Cahors (Lot).

Sources: 7M123-AD12, le cultivateur aveyronnais

© 2016 Généalanille

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Ne pas se laisser insulter

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Nov 132016
 

Des invectives en fin de bal

Le dimanche 9 décembre 1923, un bal est donné à Grury. Vers 23H, la fête est terminée. Mr G., 24 ans, fermier à Proboeuf, croise Melle T., 25 ans, couturière célibataire. Il se met à l’insulter gravement et publiquement. Il la traite notamment de « pouffiasse. »

insulter

Melle T. ne se laisse pas faire. La veille de Noël 1923, l’huissier d’Issy l’Evêque avertit M. G qu’il est cité à comparaitre devant le tribunal de paix.

Un verdict clément

L’audience a lieu le 12 janvier 1924 à Issy l’Evêque sous la présidence de Charles Viturat, juge de paix, assisté de Léon Guyard, greffier. Mr G. risque 300 francs de dommages et intérêts, mais il reconnaît les faits et le tribunal le condamne à 50 francs de dommages et intérêts et à payer les frais de justice.

amende

Deux personnes respectables

Mr G. devient père de famille pour la première fois en 1924, il frĂ©quente probablement les fĂŞtes locales mais n’est plus jamais condamnĂ© pour insultes!

Quant Ă  elle, Melle T. a continuĂ© son activitĂ© professionnelle. Fluette et Ă©lĂ©gante, elle n’avait rien des insultes qui lui Ă©taient attribuĂ©es.

© 2016 Généalanille

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Profession: représentant(e) de commerce

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Oct 212016
 

L’instauration de la carte professionnelle de représentant de commerce en 1919 permet de connaitre les produits vendus par nos ancêtres VRP mais aussi les entreprises qui les embauchent. Elle permet surtout de retrouver leur photo.

laissac

La carte professionnelle

C’est la loi du 8 octobre 1919 qui instaure une carte professionnelle pour les employés ou représentants de commerce.

loi

Celle-ci nécessite de fournir 2 photos d’identités, une somme de 10 francs et des justificatifs des employeurs. Elle est valable un an et renouvelable.

Quels intérêts ?

Le premier est évident la photographie. A part dans nos greniers ou tiroirs, c’est une belle opportunité de revoir la tête de notre ancêtre… surtout si celui-ci a changé de photo au fil des ans.

evolution

Le deuxième est celui des caractéristiques physiques. Bien sûr à cette époque vous pouvez trouver l’information par ailleurs sauf dans deux cas :

  • Quand l’homme a Ă©tĂ© exemptĂ©. C’est le cas du reprĂ©sentant dont la carte est disponible au dĂ©but de cet article qui a une claudication de la jambe gauche.

exempte

  • Quand c’est une femme. Car le mĂ©tier n’est pas rĂ©servĂ© aux hommes !

femme

 

Le troisième est de pouvoir suivre l’évolution des entreprises pour lesquelles votre ancĂŞtre travaille (et par la mĂŞme occasion dĂ©couvrir parfois de magnifiques papiers Ă  entĂŞte) et mĂŞme de dĂ©couvrir s’ils sont vendeurs exclusifs sur un dĂ©partement. Par ailleurs, vous en profiterez pour connaitre la liste des produits qu’ils devaient vendre. Huiles, pâtes, tissus, vins, la liste est hĂ©tĂ©roclite!

vrp

Le quatrième intérêt de la carte ou du dossier d’accompagnement et de souvent connaitre le numéro et le lieu d’inscription de l’entreprise au tribunal de commerce. Information qui peut faire rebondir sur d’autres recherches….

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Malheureusement, ces cartes n’ont pas Ă©tĂ© conservĂ©es par tous les dĂ©partements. Si elles sont prĂ©sentes dans vos fonds d’archives dĂ©partementales, cherchez dans la sĂ©rie M.

 

© 2016 Généalanille

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