Le dernier gisant de la cathédrale

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Sep 172017
 

Le gisant très réaliste de Monseigneur Francqueville a été inauguré en 1912 dans la cathédrale de Rodez.

L’évêque originaire de la Somme

Louis Eugène Francqueville est né le 12 février 1845 à Aizecourt-le-Haut dans la Somme. Fils d’instituteur, et après une enfance passé à Cagny, il entre au petit séminaire de Saint Riquier. Il rejoint le séminaire de Saint Sulpice à Paris en 1865.

Mr Francqueville est ordonnĂ© prĂŞtre le 6 juin 1868 et enseigne l’histoire dans le petit sĂ©minaire de ses Ă©tudes. Il devient vicaire Ă  Saint Vulfran (Abbeville). Il part Ă  Rome en 1877 et devient docteur en thĂ©ologie et en droit canonique. En 1880, il est de retour dans la Somme, oĂą il est vicaire Ă  Amiens, puis professeur, aumĂ´nier, vicaire gĂ©nĂ©ral…

Il est nommé évêque de Rodez et de Vabres le 7 décembre 1899. Son sacre a lieu le 11 mars 1900 à Amiens.

Il décède le 9 décembre 1905 dans le palais épiscopal de Rodez d’une longue maladie.

Il est enterré le 14 décembre 1905 dans la chapelle Saint Joseph de la cathédrale de Rodez où se trouve le chanoine Bérenger d’Arpajon (décédé vers 1300 et probable premier ecclésiastique enterré dans une des chapelles de la cathédrale).

Son cercueil fait le tour du quartier avant de rejoindre la cathédrale. Les cordons du poêle sont tenus par le préfet (en civil), le sénateur, le 1er adjoint au maire et le procureur de la république. Le journal précise également que les honneurs militaires n’ont pas été rendus.

Le sculpteur aveyronnais

C’est Louis Bertrand qui est chargé de réalisé le gisant de Mgr Francqueville. Né en 1866 à Rodez, il est le fils du sculpteur marbrier Antoine Bertrand, apparenté à François Mahoux.

Louis Bertrand est Ă©lève de l’école des beaux Arts. En mars 1889, il manque les examens et le conseil gĂ©nĂ©ral lui adresse un « avertissement très sĂ©rieux en vue d’obtenir de meilleurs notes Ă  l’avenir »… et de ne pas se voir supprimer sa subvention. Il rĂ©ussit le concours en fin d’annĂ©e et ses professeurs signaleront ses aptitudes et efforts. Louis Bertrand part faire son service militaire en 1890 et reprend les cours Ă  son retour.

Il obtient la 3ème médaille dans un concours d’esquisse de bas relief le 28 juin 1892. Le sculpteur perfectionne son art et obtient deux médailles en 1900 et 1904 au salon des artistes.

Il réalisera plus tard le monument aux morts de Pont de Salars (12).

C’est en 1911 qu’il obtient la 1ère médaille (avec 3 autres sculpteurs) au salon pour sa maquette de Mgr Francqueville. La statue sera réalisée, quant à elle en 1912.

Le gisant

C’est Mr Pouget, sculpteur à Rodez, qui a réalisé le soubassement en pierre de grès. Les 4 angles sont ornés de pilastres décorés. En face avant, les armes épiscopales sont soutenues par deux amours portant une banderolle.

C’est sur cette pierre qu’est dépose le gisant en pierre tendre de Lavoux (86) réalisé par Louis Bertrand. La pierre est blanche mais légèrement granitée de noir. Le monument est de taille réelle mais semble être plus grand. Mr Bertrand ne connaissait pas l’évêque mais semble l’avoir très bien réussi, même sans posséder aucune moulure de plâtre. Cette prouesse a été possible grâce aux photographies qui ont été transmises au sculpteur.

L’évêque est représenté souriant et serein. Sa main droite repose sur sa poitrine et l’on distingue clairement la gemme de l’anneau pastoral. Sa main gauche allongée repose sur le livre des évangiles et sur la crosse dont la partie supérieure est appuyée sur le coussin qui supporte la tête. Les pieds sont en partie recouverts par la traîne de la cappa.

L’inauguration a lieu le 27 aout 1912 avec un programme dĂ©taillĂ© de 15 points. Le glas sonne Ă  9H. Le cortège entre le palais Ă©piscopal et la cathĂ©drale est infini. C’est l’occasion pour Mr Lamiche, organiste, de reprendre possession de ses orgues nouvellement restaurĂ©es par la maison Puget de Toulouse. Les chants grĂ©goriens rĂ©sonnent dans l’Ă©difice.

Le gisant est dĂ©barrassĂ© du voile qui le cache avant d’ĂŞtre bĂ©ni par les Ă©vĂŞques prĂ©sents.

 

C’est le dernier gisant installé dans la cathédrale de Rodez.

gisant

Sources : Revue du monde catholique, Le petit journal, catalogue illustré du salon, numérisés par gallica.bnf.fr ; base arcade culture.gouv.fr, Le Narrateur, le journal de l’Aveyron, 12T8/1-AD12, 12T8/2-AD12, 16T26/9-AD12, 2O195/2-AD12, PER182-AD12, F/21/1877-ADN

Quatre années de fêtes aériennes

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Sep 022017
 

1911-1912-1913-1914 Quatre annĂ©es de fĂŞtes aĂ©riennes Ă  Villefranche de Rouergue avant la grande guerre avec quelques incidents et alĂ©as d’organisation….

La journée d’aviation de 1911

C’est dans le cadre de la fête de la St Jean que Villefranche de Rouergue accueille sa première journée d’aviation. Le terrain est choisi. L’organisation logistique se met en place. Les arrêtés communaux et préfectoraux sont pris.

Il faut veiller à bien canaliser la foule notamment pour le stationnement. Et il faut surtout s’assurer que les pilotes ont leur brevet car le public par son enthousiasme peut amener à mettre en marche les moteurs des avions et faire exécuter des vols par des pilotes non expérimentés.

Pour cette première année, sont attendus:

  • Pierre Divetain, aviateur ayant participĂ© Ă  la course Paris Madrid sur biplan Goupy moteur GnĂ´me,
  • Mr Visseaux aviateur sur biplan Sommer,
  • et Mr Mauthier, chef pilote de l’école bressanne sur monoplan Morane.

Leurs brevets sont vérifiés le 14 juin 1911 mais il semble qu’ils ne viendront pas en Aveyron car deux autres noms apparaissent dans le compte rendu de la manifestation.

Quelques incidents

Plus de 4000 personnes arrivent par le train, plus ceux venus Ă  pied, Ă  bicyclette, en voiture… La foule se presse vers l’aĂ©rodrome pour visiter le monoplan BlĂ©riot de Lusetti et le biplan Sommer de ChaussĂ©e qui sont sous les hangars. Un premier incident entache la fĂŞte le dimanche, avec une hĂ©lice du monoplan qui blesse un mĂ©cano (voir le compte rendu sur le site de l’aĂ©roclub du Rouergue).

Le biplan est sorti. Après un premier vol de 8mn, il faut laisser reposer la machine et le pilote. Il repart 3 quarts d’heures plus tard pour un vol de 20mn. L’atterrissage est un peu brusque et casse un patin. Heureusement sans blessé. Il est déjà 19H30 et la foule doit se disperser.

Le lundi, un nouvel vol est prévu. L’hélice du monoplan n’est pas arrivée, il restera au hangar. Le biplan est démarré mais un éclat blesse le pilote. II est soigné par le docteur et deux religieuses. Il finit par s’envoler un peu avant 18H30 pour un vol de 8mn. L’atterrissage est fait face au public des places payantes.

A 18H48, le biplan repart. On le voit s’éloigner mais jamais revenir. Après 25mn, il n’est toujours pas là ! On apprend qu’il a chuté à 2km de la ville. Le pilote n’a rien. Ouf ! Des automobilistes partent le chercher et on voit le pilote arriver à pied. Il a cherché à atterrir, voyant que l’avion avait des difficultés matérielles. Il a finit par tomber d’aplomb de 5 mètres de haut. L’hélice est brisée, l’avion est très endommagé mais le pilote n’a rien.

1912 une fête ratée

Une belle réussite en 1911 engage les organisateurs à renouveler la fête de l’aviation en 1912. C’est le pilot Brindejonc des Moulinais qui est prévu pour la fête mais il se désiste au dernier moment. Et pire, il ne répond pas dans la semaine qui précède la manifestation.

Le bruit s’évente, le public ne se déplacera pas en masse comme l’année précédente.

Le pilote finit par se justifier. Son avion est trop rapide pour un terrain aussi petit. Et les autres appareils d’exhibitions sont cassĂ©s. Un par Bedel le 1er jour, l’autre par Bedel le 2ème jour. Bielovucci qui devait le remplacer s’est cassĂ© la rotule et Caudron le 2ème remplaçant trouvait que ça lui faisait trop de frais de venir. Mais si un jour il passe près de Villefranche, il s’engage Ă  survoler la ville gratuitement pour dĂ©dommager…

1913 le retour de l’avion

Clovis Marius Amans propriétaire à Castelnau le Lez (34) s’engage à organiser les journées d’aviation de 1913 avec le concours de son fils Charles muni de son brevet de pilote N°845 et de sa licence N°910. Il a une assurance pour couvrir les risques et il prend en charge les frais liés aux mesures d’ordre prescrites et les indemnités des gendarmes et agents de la force publique qui auraient un accident en participant à l’événement.

Le terrain d’aviation choisi est toujours le même. Son emplacement est au centre d’un amphithéâtre naturel qui permet aux petits malins de s’installer en hauteur sans payer de droit d’entrée.

La fête se passera presque sans incident. Après un premier vol, le moteur est remis en route. Le ciel est clair. Mais le pilote est obligé d’atterrir rapidement car le moteur fuit et lui projette de l’essence sur le visage, ce qui l’aveugle. Les vols du lendemain seront exécutés sans problème.

1914 Plus d’avion

Dans la réunion du mois de mai 1914, le comité des fêtes hésite : une fête de gymnastique ou une fête de l’aviation ? L’aviation est un spectacle déjà passé de mode mais la gymnastique n’est pas un clou et il faut attirer des visiteurs. Donc on se résigne pour une fête de l’aviation avec une fête de gymnastique !

Qui fit fête aérienne, ne dit pas forcément avion. C’est donc une montgolfière qui est choisie pour les fêtes de 1914.

Gonflement, vol captif avec distribution de jouets. Ce gros ballon a du en impressionner plus d’un.

A 16h, le hardi pilote grimpe dans la nacelle de l’aérostat « la ville de Villefranche » et s’élève dans les airs. C’est un vent d’ouest qui le pousse. Le ballon reste à la vue des spectateurs une vingtaine de minutes avant de disparaitre. Il atterrira près de la baraque de Pachins, sur la commune de La Bastide l’Evêque.

Une mode dépassée

L’aviation est un spectacle déjà dépassé en 1914. Quelques mois plus tard, la 1ère guerre mondiale éclate et les avions survoleront régulièrement les tranchées.

Après 4 ans de guerre, ce sont quelques manèges et balançoires qui viendront animer la fête de la St Jean 1919.

 

Sources: 4M294-AD12, Journal de l’Aveyron-AD12, le Narrateur-AD12

© 2017 Généalanille

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La carte d’identitĂ© de nos ancĂŞtres Ă©trangers

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Août 242017
 

Comment obtenir une carte d’identité pour un étranger ? Voici quelques documents dans nos archives pour les demandes traitées à partir du décret d’octobre 1924.

Des décrets qui changent souvent

1917 : les travailleurs étrangers doivent avoir une carte d’identité qui leur tient lieu de sauf conduit. Elle est gratuite, chamoise (pour l’agriculture) ou verte (pour l’industrie) et délivrée par le commissaire de police du poste frontière ou le bureau des travailleurs étrangers.

1920 : les cartes deviennent blanches avec un tampon portant la mention « travailleur agricole ou travailleur industriel ». Toujours gratuite, elle est délivrée par les mêmes instances.

1922 : pour dĂ©sengorger les commissariats de police des postes frontières, il n’est Ă©mis qu’un sauf conduit aux Ă©trangers. La carte d’identitĂ© est envoyĂ©e Ă  la prĂ©fecture de destination oĂą l’ouvrier doit la rĂ©cupĂ©rer dans les 8 jours après son arrivĂ©e. La carte est devenue payante…

 

« Réglementation relative au séjour des étrangers en France »

Tel est le nom du décret du 25 octobre 1924. Celui ci modifie les moyens d’obtentions d’une carte d’identité. Ce sont dorénavant les mairies qui sont chargées d’enregistrer les demandes.
Cette dĂ©centralisation apporte des complications pour les Ă©trangers. Alors qu’ils trouvaient plus ou moins facilement quelqu’un parlant leur langue au commissariat du poste frontière, il n’en ai pas de mĂŞme dans les mairies des petites communes. Difficile alors de remplir correctement les demandes….

 

Un sauf conduit

Quand le travailleur étranger arrive en France, il se présente au commissaire de police du poste frontière qui lui établit un sauf conduit. Celui ci lui permet de se rendre dans la commune où l’attend son employeur.

 

Un dossier de demande

Dans les 48 heures qui suivent son arrivée dans sa commune, l’étranger doit faire une demande de carte d’identité à la mairie ou au commissariat de police local. Le dossier doit être accompagné de 4 photos et de la justification de son identité (passeport), de son contrat de travail et bien sûr d’un mandat.

La demande est reportée sur une fiche blanche destinée au dossier central et sur une fiche jaune destinée à la préfecture.

Un numéro de carte est affecté et reporté sur cette fiche.

La carte d’identité

Sur le recto de la carte d’identité, on retrouve le timbre dont le montant correspond au mandat payé par l’étranger. A l’intérieur, outre les informations présentes sur la demande, on peut voir le N° de la carte et les différents visas en cas de changement de domicile.

Le renouvellement tous les deux ans.

Le décret de 1924 prévoit un renouvellement tous les 3 ans (avec changement de photo), mais le décret du 9 septembre 1925 réduit ce délai à 2 ans. Sachant que toute année commencée compte pour une année entière.

Les demandes sont faites au plus tard dans le premier trimestre qui suit l’expiration de la carte. L’ouvrier étranger rend sa carte et reçoit en attendant un récépissé confirmant sa demande.

Une nouvelle carte

L’ouvrier Ă©change son rĂ©cĂ©pissĂ© et reçoit sa nouvelle carte valable 2 ans. Elle porte un nouveau numĂ©ro. Elle ne sera changĂ©e qu’à son expiration oĂą s’il change de profession selon le dĂ©cret du 30 novembre 1926….

 

Dans nos archives

Les documents concernant les Ă©trangers sont Ă  chercher en sĂ©rie 4M pour la pĂ©riode avant 1940. Les pièces justificatives des demandes de cartes d’identitĂ© sont loin d’être les seuls Ă  disposition. On trouve parfois des passeports, des fiches cartonnĂ©es très dĂ©taillĂ©es, des doubles de contrats d’embauche, des lettres manuscrites, des registres de contrĂ´le… Et parfois deux ou trois photos de nos ancĂŞtres.

 

Source: 4M789-AD12

© 2017 Généalanille

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La carte postale de vacances

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Juil 212017
 

Souvenir d’un endroit, pensĂ©e pour la famille ou les amis, devoir obligatoire pendant les vacances… La carte postale fait toujours plaisir Ă  recevoir et permet de complĂ©ter l’histoire de la famille.

Il y en a de toutes les sortes !

Regardez les cartes postales que vous avez reçues. Il y en a de toutes les sortes. Des «jolies »,  des moins jolies, des historiques, des géographiques, des culinaires, des « avec des chats, des chiens, des nounours », des « qu’on ne peut pas deviner d’où elles ont été envoyées ».

Et c’est le geste qui compte plus que le texte !

Qu’est ce qu’on écrit ?

L’inspiration est souvent dĂ©faillante en pĂ©riode de vacances. « PensĂ©e Ă  ceux qui travaillent». « Affectueux souvenirs». « Il fait beau, tout va bien ». « De passage Ă  … » Rien de très utile pour notre gĂ©nĂ©alogie…

Quelques mots seulement!  Cela nous renvoie à l’arrêté ministériel du 18 novembre 1903 (modifié en 1904) qui prévoyait un tarif d’affranchissement en fonction de l’usage de la carte illustrée.

A l’époque, le timbre pour une carte postale était 10 centimes. Pour un imprimé, c’était 5 centimes si au verso on écrivait une expression, ne dépassant pas les cinq mots parmi une liste:

Et puis de toutes façons, on est bien les seuls à lire nos cartes postales. Car même les agents de postes n’en prennent pas connaissance.

Une utilité pour l’histoire de notre famille ?

Il semble Ă©vident que les cartes postales anciennes sont intĂ©ressantes pour notre gĂ©nĂ©alogie. Celles Ă©crites au dĂ©but du siècle (pendant la guerre ou après), nous renseignent souvent sur la vie quotidienne de nos ancĂŞtres. Elles illustrent parfois Ă©galement leurs lieux de vie, leur commerce, leur village. Elles sont des photographies d’un instant t qu’on peut dater.

Mais les cartes de vacances ? Plus récentes, elles peuvent nous permettre de connaitre ceux de nos ancêtres qui ont voyagé et de savoir où ils ont été.

Carte postale

Cependant, il faut garder Ă  l’esprit que la carte qu’on a envoyĂ©e n’est pas dans les boites Ă  chaussures de nos placards ou greniers. Elle est chez le destinataire ! Chez vos grands-parents, chez leurs cousins, leurs amis… VoilĂ  une bonne occasion d’aller les rencontrer pendant vos vacances et de leur dire « dis-donc, t’as pas des cartes postales? »

© 2017 Généalanille

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Cet article a été réalisé dans le cadre du challenge UproG de juillet 2017 sur le thème imposé « les vacances ».

 

L’origine de cette photo de famille

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Juil 142017
 

La photo a été prise pendant la seconde guerre mondiale. Mais qui se souvient que c’était avec un appareil volé ?

C’est la guerre…

Mr G., huissier du tribunal, demeurant une petite ville de l’Aveyron, est mobilisé au mois d’août 1939. Il laisse son « appareil photographique contenu dans une gaine en cuir ainsi qu’un opuscule qui indique son fonctionnement » sur le rebord d’une fenêtre d’un garage qu’il loue à un hôtelier. Puis il rejoint son centre mobilisateur dans le sud de la France.

Quand il revient en avril 1940 comme réformé N°2, l’appareil photo a disparu. Après avoir cru à une blague d’un ami, Mr G. se résigne à porter plainte contre X. Le garage était fermé à clé mais la fenêtre était en partie brisée et clôturée par une planchette de bois ! C’est sûrement par ce biais que le larcin a eu lieu.

Les gendarmes enquĂŞtent

L’appareil photo a une valeur de 375 francs. C’est un Kodak Senior 6 16 muni d’un dispositif qui permet de se photographier soi-même. Il a été acheté à Mme G. née L., photographe de la même ville en 1936. C’est elle que les gendarmes vont interroger.

La photographe se souvient avoir vendu l’appareil à l’huissier. Elle conforme les caractéristiques et le prix. Et elle se souvient même avoir vu un appareil photo identique dans les mains d’un jeune domestique de ferme. Quand ? En début 1940. Comment s’appelle-t-il ? C’est Simon B. Il a même précisé que c’était son oncle de Paris qui lui avait offert.

Le domestique de 16 ans

Les gendarmes se rendent sur le domaine où travaille Simon, 16 ans, qui se met à pâlir quand il voit les deux képis arriver. Après quelques instants, il avoue son vol et explique qu’il a effectivement passé la main par la fenêtre brisée pour se munir de l’appareil. Caché dans sa malle, il a compulsé le mode d’emploi et a utilisé l’appareil photo pour prendre des clichés de ses sœurs. Sa mère est au courant, mais elle pense que c’est un oncle qui a fait ce cadeau.

Comme il n’y a pas de flagrant délit, le jeune est laissé en liberté et l’appareil change de mains.

Qui est responsable ?

Le gamin n’a que 16 ans. Il est loin de sa majorité (21 ans). L’employeur est reconnu responsable mais comme il a été, lui aussi, mobilisé et n’a eu que deux permissions depuis le début de la guerre, il réfute la responsabilité du jeune homme. En plus le vol n’a pas été commis sur le lieu de travail, mais pendant ses heures de pause, et puis le père a promis de tout payer !!

Le père est bien civilement responsable de son fils, mais il conteste cependant cette responsabilité puisque Simon n’était pas sous sa surveillance depuis qu’il travaillait. Père de 7 enfants, il est prêt à tout payer et demande qu’on ne lui retire pas son autorité paternelle.

On en arrĂŞte (presque) lĂ 

L’huissier a retirĂ© sa plainte, pensant que le jeune homme a agi sans discernement. Il faut dire que le père de l’huissier s’est remariĂ© avec la sĹ“ur de père de Simon. On est presque en famille….

Cependant la justice suit son cours et Simon est cité à comparaitre devant le tribunal pour enfants et adolescents de l’arrondissement. Et c’est Mr G., le volé, en tant qu’huissier, qui va se rendre auprès de la famille de Simon pour leur signifier leur citation.

Le jugement sera clément. Simon est acquitté et son père doit payer les 141 francs de frais. Nul doute que le salaire du jeune homme aura été mis à contribution. Les réprimandes du père de famille ont certainement été beaucoup moins agréables à entendre !

Une pellicule de photos

Simon avouera avoir fait une pellicule de photos de famille. Il dit avoir pris ses sĹ“urs en photo. Cette photo existe toujours. Avec les diffĂ©rents dĂ©cès et dĂ©mĂ©nagements, elle est pour le moment introuvable. Les plus jeunes toujours en vie se souviennent de cet appareil photo qui Ă©tait lĂ , sorti dont on ne sait oĂą…

En ayant trouvĂ© cette histoire dans les archives, la mĂ©moire va ĂŞtre rĂ©activĂ©e et nos ancĂŞtres interrogĂ©s. Et peut-ĂŞtre que quelqu’un se souviendra de cette « raclĂ©e mĂ©morable » que Simon avait reçu pendant la guerre….

Sources: dossiers de procĂ©dure et jugements issus des tribunaux des archives de l’Aveyron. Le petit parisien. Photo d’illustration issue d’archives personnelles.

© 2017 Généalanille

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Le tour de France s’arrête (enfin) à Rodez

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Juin 292017
 

Il faut attendre 1984 pour que Rodez devienne ville-étape du Tour de France pour la 1ère fois.

Bourran 2017

Un presque aveyronnais dans le Tour 1905

Le Tour de France parcourt le pays depuis 1903. En 1905, Louis Trousselier remporte 5 étapes sur les 11 du circuit dont celle « des clous ». Ce champion n’est pas rouerguat (il est né à Paris) mais fils d’un aveyronnais de Vimenet monté à Paris tenter sa chance. Les journaux ne manqueront pas de rappeler son bon souvenir quand la course fera de Rodez une de ses villes étapes en 1984.

 

Millau plusieurs fois ville-Ă©tape

La sous préfecture aveyronnaise de Millau a accueilli le tour de France lors de son premier passage dans le département de l’Aveyron (en 1954).

Elle est même ville-étape à plusieurs reprises :

  • Le 22 juillet 1954, la course venant de Toulouse et partant pour le Puy en Velay ;
  • Le 19 juillet 1955, venant d’Avignon et se dirigeant pour Albi ;
  • Le 8 juillet 1960, arrivant de Toulouse et repartant pour Avignon ;
  • Le 16 juillet 1987, venant de Blagnac et repartant pour Avignon ;
  • Le 15 juillet 1990, arrivant du Puy en Velay et se dirigeant sur Revel.

Roquefort, la citĂ© du fromage Ă©ponyme, est ville Ă©tape en 1983, quant Ă  Rodez….

 

Un passage en 1959

Il faut attendre le 8 juillet 1959 pour que la course cycliste traverse la cité Ruthénoise en remontant le boulevard Victor Hugo, faisant face à la cathédrale en pierres roses. Le moment est immortalisé pour les caméras de la télévision française et le local de l’étape, Emmanuel Busto, de Cransac, va terminer 15ème à l’arrivée à Aurillac.

 

Le tour traversera l’Aveyron en 1963 (Villefranche De Rouergue), 1968 (Decazeville), 1975 (St Jean Delnous, Pont de Salars, Gabriac, St Côme, Aubrac) avant de s’arrêter à Rodez.

Une sacrée organisation

Plusieurs mois de prĂ©paration et trois semaines de travail intense ont Ă©tĂ© nĂ©cessaires. Tous les agents des services techniques de Rodez ont Ă©tĂ© rĂ©quisitionnĂ©s, mais aussi ceux des espaces verts, ceux des fĂŞtes, de la voirie, le menuisier… Soit une soixantaine de personnes pour cet Ă©tĂ© 1984. Car le Tour est Ă  Rodez!

Il faut mettre en place des dĂ©viations, du flĂ©chage, attacher 350 bottes de paille, prĂ©parer les parkings, des tribunes… D’ailleurs une cinquantaine de panneaux de dĂ©viation ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©s Ă  la main par les agents ruthĂ©nois car « ceux qu’on trouve sur le marchĂ© n’ont pas la flèche dans le bon sens »…

L’avenue de Bordeaux aurait due être refaite à neuf mais un incident a retardé les travaux. Les ilots dangereux de l’avenue Lacombe ont été supprimés. Les grilles d’égouts ont été changées (elles étaient composées de barreaux longitudinaux où les boyaux de bicyclette pouvaient se glisser).

900 barrières métalliques ont été empruntées dans les communes du département. Entre l’arrivée du Tour et son départ, « les barrières seront déplacées dans la nuit et le circuit sera balayé ».  Mais attention, la course repart le 12 juillet. Il faudra vite tout démonter pour rendre les barrières aux communes avant la fête nationale du 14 juillet.

Le foirail est envahi

Des parkings de dissuasion ont été instaurés aux entrées de la ville : au Lachet et aux Moutiers, sur la rocade, à la Mouline, sur l’ancien parking du bimillénaire.

Le stationnement sur le parcours est interdit pendant 3 jours et des navettes de bus sont mises en place. Qui n’est jamais venu Ă  Rodez ne sait peut ĂŞtre pas… C’est un piton ! Et garĂ© aux Mouthiers ou Ă  la Mouline demande un peu ( !) d’effort pour atteindre le foirail. Depuis le parking prĂ©vu au SacrĂ© CĹ“ur, c’est beaucoup plus facile…

La circulation aussi est réduite. 14 véhicules radios sont installés aux points stratégiques et le circuit est neutralisé dès que les coureurs arrivent « au Pas ».  Pas de circulation, mais c’est cependant plus de 600 véhicules qui sont attendus sur le foirail : 300 de la caravane, 150 des officiels et 210 de la presse.

La salle de presse est installĂ©e sous les halles Charles, les officiels dans la salle des fĂŞtes. Et sur l’avenue Victor Hugo, la tribune officielle, le camion Ă©lĂ©vateur de la tĂ©lĂ©…

 

Et la course ?

Pierre Henri Mentheour est vainqueur à Rodez en ce 11 juillet 1984 avec une moyenne de 36,407km/h  sur les 220,5 km de l’étape. Sur le podium, il est rejoint par Dominique Garde et le danois Kim Andersen. Au général, les trois premiers sont Vincent Barteau (maillot jaune), Maurice le Guilloux et Laurent Fignon.

Mentheour a démarré dans la côte de Rodez. Rejoint par ses deux compagnons qui finiront sur le podium, il s’est imposé facilement au sprint.

Le lendemain les cyclistes arrivent sur la place d’armes où l’accordéon club ruthénois joue, debout sur un podium placé devant la trésorerie. La foule est toujours aussi nombreuse que la veille.

A 10h, le départ fictif de l’étape est donné. Boulevard d’Estournel, rue St Cyrice, avenue Tarayre, avenue Durand de Gros, avenue de Paris, le pont des quatre saisons et l’avenue des rosiers d’où le départ réel est donné.

A la Roquette, les 147 cyclistes passent en trombe. Les spectateurs d’Agen ont Ă  peine le temps de les voir… A Aujols, on ralentit un peu dans la cĂ´te avant d’arriver Ă  Arques et de remonter sur SĂ©gur. Un passage devant le château de Vezins oĂą les vacanciers se sont regroupĂ©s et puis Recoules avant d’atteindre SĂ©verac. La grimpette vers le château permet au peloton de rattraper son retard sur les Ă©chappĂ©s. Et puis on attend la Lozère… le tour est passé !

Rendez vous en 2010, 2015, 2017…

Le Tour de France continuera de passer régulièrement sur les routes aveyronnaises. Mais il faut attendre 2010 puis 2015 pour que Rodez soit à nouveau ville étape. La cité Ruthénoise accueille pour la 4ème fois le Tour de France en cet été 2017.

Tour

Sources: PER386-AD12, images de l’INA, le dicodutour.com

© 2017 Généalanille

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Ambulants, nomades et forains

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Juin 232017
 

La loi du 16 juillet 1912 règlemente les professions ambulantes et la circulation des nomades. Quels documents sont conservés aux archives et qu’est ce qu’on y trouve?

 

Article 1 les ambulants : avec domicile fixe

Les ambulants sont des français ou Ă©trangers ayant un domicile fixe et qui exercent profession, commerce ou industrie soumise ou non Ă  la patente. Parmi ces personnes, on trouve des chiffonniers, des vanniers mais aussi des marchands de volailles, pâtissiers, photographes, raccommodeur de parapluie…

Certains précisent même qu’ils n’exercent pas à plus de 20kms de leur résidence.

Pour répondre à l’obligation prévue par l’article 1 de la loi, ils doivent

  • Justifier de leur identitĂ©,
  • Justifier de leur domicile
  • Fournir un extrait de patente s’il y a lieu.

Moyennant ces documents et après avoir rempli une déclaration de marchand ambulant, ils devront porter en permanence le récépissé qui leur sera fourni.

Qu’est ce qu’on trouve dans les archives ? Les doubles des rĂ©cĂ©pissĂ©s (en sĂ©rie 4M) avec un intĂ©rĂŞt pour la description physique, notamment pour les femmes. Et puis ? Si par bonheur, les pièces justificatives ont Ă©tĂ© conservĂ©es, des lettres manuscrites, des patentes, des lettres Ă  entĂŞte, parfois le dĂ©tail du commerce…

 

Article 2 les forains : français sans domicile fixe

Les forains sont des individus français n’ayant en France ni domicile ni rĂ©sidence fixe. Ils exercent la profession de commerçants ou industriels forains.

Moyennant un justificatif d’identité, de la nationalité française et d’une épreuve photographique, ils peuvent obtenir un carnet d’identité de forains qu’ils porteront en permanence sur eux.

Une notice individuelle est Ă©tablie pour chaque forain.

Au niveau des archives, ce sont les notices individuelles qu’il faut rechercher (toujours en sĂ©rie 4M) qui comportent des renseignements d’état civil, de signalement, de renseignements sur la situation militaire… et surtout une photo ! Certains carnets de forains ont Ă©tĂ© conservĂ©s (car non remis, ou dupliquĂ©s) mais ils n’apportent pas beaucoup d’informations complĂ©mentaires.

 

Article 3 les nomades : tout individu SDF circulant en France

Tous les individus circulant en France, quelle que soit leur nationalitĂ©, sans rĂ©sidence ou domicile fixe et ne rentrant pas dans les catĂ©gories ci dessus (mĂŞme s’ils ont des ressources ou exerçant une profession) sont considĂ©rĂ©s comme nomades.

Leur obligation est de faire une demande pour obtenir un carnet anthropométrique en justifiant de leur identité certaine.

L’Administration n’est pas obligée de leur délivrer un carnet. Cependant, quand elle le fait, elle renseigne des fiches individuelles pour chaque individu (à partir de l’âge de 5 ans).

Dans nos archives, quelques carnets sont parfois conservés. Quand tel est le cas, on peut retracer le parcours géographique de la famille.

Les notices individuelles sont beaucoup moins fréquentes en série M. Elles sont plus souvent conservées à partir de 1940, donc en série W. L’intérêt est d’y retrouver des informations personnelles, un signalement, une photo et les empreintes digitales.

 

Article 4 Carnet collectif et plaques de contrôle spécial

Le carnet anthropométrique des nomades est individuel. Le chef de famille doit en place demander un carnet collectif qui comprendra l’état civil et le signalement de toutes les personnes qui voyagent avec lui. Les liens de parenté y sont précisés, et les actes de mariages, divorces, naissances et décès de chacun des membres de la famille aussi.

Une plaque de contrĂ´le spĂ©cial est Ă©galement imposĂ©e aux nomades pour identifier les vĂ©hicules de toute nature qu’ils utilisent. En 1925, la sous prĂ©fecture d’Espalion en Aveyron, interrogĂ©e sur le nombre de plaques restant dans ses tiroirs en compte 19, « qui ne seront vraisemblablement jamais utilisĂ©es pas plus qu’elles ne l’ont Ă©tĂ© depuis 1913 ».

 

Une exception parmi les nomades et les ambulants

Les individus salariĂ©s de toutes catĂ©gories qui travaillent d’habitude dans les entreprises industrielles, commerciales ou agricoles, ateliers publics ou privĂ©s mais qui suivant le besoin du moment se transportent d’un atelier Ă  un autre ou d’une rĂ©gion de culture Ă  une autre, ne sont pas assujettis Ă  possĂ©der soit un carnet anthropomĂ©trique, soit une dĂ©claration d’ambulant.

© 2017 Généalanille

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Cocher les 6 bons numéros

 Aveyron, Challenge UProG, XXème Siècle  Commentaires fermĂ©s sur Cocher les 6 bons numĂ©ros
Juin 042017
 

« Mon mari ne boit pas, ne fume pas, ne joue pas. Mais le Loto®, ce n’est pas pareil». Le déploiement du jeu aux six numéros gagnants dans l’Aveyron.

La réforme du Loto®

Les quines, les lotos, c’est bien connu en Aveyron… Et on y joue toujours ! Mais en juillet 1975, le dĂ©cret signĂ© de Jacques Chirac ne concerne pas le jeu qu’on pratique le dimanche dans les salles des fĂŞtes mais la rĂ©forme de la loterie nationale pour crĂ©er le loto®.

Qu’est ce qui change ? Avant on tirait au sort un numéro de série parmi ceux des billets vendus, il y avait donc forcément un gagnant. Dorénavant, les clients doivent cocher 6 numéros sur une grille qui en comporte 49. Il est alors peu probable d’avoir un joueur avec la combinaison gagnante.

Paris et la province

Le 1er tirage a lieu le 19 mai 1976 au théâtre de l’Empire, avenue de Wagram à Paris. Il est animé par Jean Sas, l’animateur qui officie sur la radio et la télé depuis déjà plus de 15 ans.

Mais si Paris et les grosses villes sont plutôt bien placées pour participer à ce nouveau jeu, il n’en est pas de même pour les petites villes de province qui ne seront globalement équipées qu’à l’été 1977.

Vous ne pouvez valider qu’Ă  Millau

Pour l’Aveyron, le premier bureau permettant la validation de sa grille est à Millau. Mr Leduc au dépôt de Presse 1 Rue Ferrer à Millau est équipé depuis, au moins,  le 4 mars 1977. Une publicité récurrente lui est faite dans les journaux avec son collègue de Mende.

Mais certains ne rechignent déjà pas à faire des kilomètres : les acharnés de Rodez ou d’ailleurs vont à Millau et à Carmaux (81) pour tenter de devenir millionnaire avec seulement 2 francs.

La généralisation dans l’Aveyron

Il faut attendre le 8 juin 1977 pour que d’autres villes de l’Aveyron permettent aux joueurs de s’adonner à cette nouvelle loterie :

  • Ă  Rodez au PMU place d’armes et au tabac presse avenue Victor Hugo.
  • dans la ville de Villefranche de Rouergue aux messageries Pascal.
  • Ă  Decazeville Maison de la presse Rue Cayrade.

D’autres suivront rapidement.

Un gagnant Ă  Rodez!

Pas de grands articles dans la presse, mais on retrouve cependant la trace du (probablement) premier gagnant à Rodez. Il a validé son bulletin au tabac Asmaker 1 boulevard d’Estournel et gagne plus de 6 000 francs au tirage du 20 juillet 1977.

Son identité est préservée mais on sait cependant que c’est un carreleur portugais habitant Rodez et qu’il a gagné exactement 631 000 anciens francs (les nouveaux francs sont entrés en vigueur en 1960 !)

Comment choisit-il ses numéros? La technique est simple : il jette 49 petits carrés de papier numérotés dans une boite et fait procéder par ses 2 enfants à un tirage. Il ne lui reste qu’à cocher les cases de la grille et à patienter le tirage. Nul doute que les enfants auront profité de cette jolie somme.

Les numéros gagnants sont le 11, le 7, le 32, le 12, le 30, le 1 et comme numéro complémentaire le 17.

numéros

Des statistiques pour les bons numéros

Il suffit de 3 numĂ©ros sur une grille pour gagner un gain… et tout le monde n’a pas deux enfants pour faire un tirage au sort « maison ». Les journaux vont publier des statistiques pour aider les joueurs.

Un exemple début août 1977 avec

  • en S, la sortie, comprenez le nombre de fois oĂą le numĂ©ro est sorti depuis le premier tirage du jeu;
  • pour la lettre E, l’Ă©cart, c’est Ă  dire le nombre de tirages consĂ©cutifs oĂą le numĂ©ro n’est pas sorti;
  • enfin avec le F, la forme, le nombre de sorties au court des 10 derniers tirages.

Tous les numĂ©ros sont dĂ©jĂ  sortis. Le 1, le 26 et 28 ont Ă©tĂ© gagnants 12 fois depuis le dĂ©marrage du jeu. Le numĂ©ro 5 n’est pas sorti depuis 25 tirages. Les numĂ©ros  2 et 21 sont sortis 4 fois au cours des 10 derniers tirages…. Une aide prĂ©cieuse?

Premier tirage public Ă  Decazeville

Il faut démocratiser le loto et pour se faire, les tirages sont décentralisés en province. Une occasion de faire découvrir le jeu.

Le 14 septembre 1977 à 19H c’est dans la salle polyvalente de Decazeville que va avoir lieu le tirage. Les aveyronnais le regarde dans le plus grand silence et avec le bagou habituel de Jean Sas qui anime la soirée.

Les numéros gagnants sont  9, le 18, le 17, le 3, le 44, le 15 et pour numéro complémentaire le 16.

C’est ensuite l’heure du tirage des numĂ©ros gagnants des signes du zodiaque. Après un entracte de 15mn, l’animateur invite les spectateurs Ă  participer Ă  d’autres jeux et Ă  suivre un spectacle de variĂ©tĂ©s (NoĂ«lle Cordier, Guy Mardel accompagnĂ© de Charly Oleg….)

Une mécanique bien huilée

Fin juin 1977, les journalistes du département ont été invités à visite les locaux de la société du Loto® pour en vanter les performances et l’impartialité.

Pendant la nuit du mardi au mercredi, les bulletins de toute la France sont envoyés à Moussy. Dès le mercredi matin, les bulletins sont microfilmés. Les films sont classés par courtiers et par détaillants. Une copie des films est déposée dans un coffre dont une personne a la clé et l’autre la combinaison. Le mercredi soir, une fois le tirage effectué, les lectrices trient les bulletins. Elles mettent sur bande magnétique tous les éléments les concernant. Le nombre de gagnants classés par ordre de gain est alors connu.

Puis les bulletins sont classés en trois parts gagnants, non gagnants et rejets. Bulletin déchiré, raturé, croix mal faites ou trop nombreuses constituent les rejets. Les 0,7% de ceux-ci sont traités manuellement. Ils sont ensuite réintégrés avant le jeudi soir où le montant des gains est dorénavant connu.

La première diffusion télévisée

Il faut finalement attendre le 11 janvier 1978 pour que le tirage soit rediffusĂ© sur la première chaine Ă  la tĂ©lĂ©vision. De plus, cela restera un non Ă©vĂ©nement dans la presse locale aveyronnaise… Par consĂ©quent, rien dans le programme TV dudit jour! Le tirage du Loto® Ă  19H55 sur la « tĂ©lĂ©vision française 1 » ne sera annoncĂ© que la semaine suivante.

Dans le paysage

Les lecteurs des journaux ont eu parfois un avis très tranché sur le jeu, critiquant le peu de chance de gagner, se cachant parfois pour aller valider leur grille. Il semble que, 40 ans plus tard, le Loto® est dorénavant bien ancré dans le paysage des français.

Cet article a été réalisé dans le cadre du challenge UproG de juin 2017 sur le thème imposé « le chiffre 6 ».

Sources: PER386-AD12, PER563-AD12, PER962-AD12

© 2017 Généalanille

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RĂ©fugiĂ© deux ans dans l’Aveyron

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Mai 282017
 

André Lebrun, né en théorie à Reims, pupille de l’assistance publique dans l’Aisne, va passer 2 ans dans l’Aveyron comme réfugié de la 1ère guerre mondiale.

Un enfant assisté

André Lebrun est né le 30 décembre 1907 en théorie à Reims, plus probablement dans l’Aisne. Enfant abandonné, orphelin ou trouvé, il est classé parmi les enfants assistés du département et on peut tracer brièvement sa vie à partir de l’âge de 10 ans grâce à son dossier aveyronnais.

Il est mis en garde chez Mme Veuve Boucher Daussin le 1er avril 1917 à Ugny le Gay (02). Une carte d’identité lui est remise et nous apprend qu’il arrive de Flavy le Martel (02) au sud de St Quentin.

Sa « gardienne » touche l’allocation de l’état aux réfugiés pour la période de novembre 1917 à avril 1918. Cependant il lui est dû le montant mensuel de la pension qu’elle a demandé trop tard à la perception locale.

 

Les évacués de l’Aisne

Fin mars 1918, on annonce l’arrivée à Rodez d’un train spécial de 1150 évacués « des pays où se déroulent les opérations militaires actuelles ».

Mme veuve Boucher-Daussin arrive à Rodez le 3 avril avec sa famille et son pupille de l’assistance publique. Mais elle doit être hospitalisée dès son arrivée. Cette pauvre femme âgée de 78 ans est devenue subitement gâteuse et il y a peu d’espoir qu’elle ne ressorte de l’hospice et donc qu’elle s’occupe du petit. Ce dernier a été mis au dépôt en attendant d’être placé. La famille de la gardienne a remis la vêture donnée à cet enfant. On note que ce dernier est atteint d’incontinence d’urine fort prononcée.

Un premier placement

Le 11 mai 1918, André est placé chez les époux Turq à Druelle. Il est de retour à l’hospice de Rodez le 25 mai 1918, ramené par ses gardiens qui disent qu’il est « atteint d’incontinence d’urine et d’une intelligence bornée ». Même si les propos sont vrais, il faut trouver un autre placement.

Un deuxième placement

Il est confié le 17 juin 1918 à Mr Mme Cuq à Centrès qui devront « l’élever et le nourrir convenablement ». Comment se comporte-t-il ? L’inspecteur pose la question à son « gardien » qui fait savoir « qu’il est à peu près satisfait de l’enfant et qu’il le gardera peut être ».

« Le pupille que vous mas vait confiait je panse qu’il ferat par se que il est trais au béysant mes encore il est pas au courant. Mes il me contant à ses bien pour le momen »

Mr et Mme Cuq ont 25 ans environ. Ils habitent à 200 mètres d’une école et à 100 mètres d’une route. Ils sont propriétaires cultivateurs et possèdent 2 vaches. Parents d’un petit garçon de 10 mois, ils sont tous les deux valides, bien portants et de bonnes mœurs. Ils ont sollicité l’inspecteur le 1er avril 1918 pour se voir confier un enfant « de préférence un garçon de l’âge de 5 à 6 ans. »

Mr Cuq est réformé depuis juillet 1916. Il s’est marié en janvier 1917.

Se faire rembourser

Le 19 septembre 1918 Mme Boucher Daussin va recevoir incessamment la somme de 450 francs pour l’exercice 1917. Il faut dire qu’elle vient tous les deux jours dans le bureau de l’inspecteur pour réclamer son dû. Le 8 octobre 1918, l’AP de L’Aveyron demande à son homologue de l’Aisne (délocalisé à Chartres) si les 30 francs par mois comprennent la vêture. La réponse est non.

Pour les vêtements qu’elle a payé (60 francs), Mme Boucher-Daussin doit donc faire un mémoire en triple exemplaire pour être remboursée.

Les boches ont tout détruit

L’armistice est signé. Mais les hommes ne sont pas encore rentrés et les réfugiés ne sont pas tous rapatriés.

Le 18 décembre 1918, André est vu en classe et dans son placement. « Bien portant, mais très en retard pour la classe. Est peu intelligent. Il se montre désobéissant et entêté. Il est incontinent d’urine. »

Le 6 janvier 1919, le voisin se plaint du pupille « le petit […] nous coupe des petits arbres ». Comme le gardien ne fait rien, le maire a Ă©tĂ© averti…

Le 9 avril, la famille de placement explique qu’AndrĂ© doit faire sa première communion le 27 avril. Il lui faut son extrait de baptĂŞme. L’Assistance publique transmet la demande dans l’Aisne. La rĂ©ponse ne tarde pas : « tous les dossiers des pupilles de mon service ont Ă©tĂ© complètement dĂ©truits par les boches »… alors le certificat de baptĂŞme, il faudra s’en passer.

Retour à l’hospice

Le 23 avril 1919, André retourne à l’hospice de Rodez. Sa fiche de placement évoque un abcès. Fait-il finalement sa première communion ?

Le certificat médical donne un avis favorable à son placement le 10 mai 1919.

Un troisième placement

André est confié le 17 mai 1919 à Mr Labit à Lédergues.

Le 19 octobre 1919, il est vu par le service de placement, et c’est plutôt sa famille d’accueil qui est jugée. « Assez bien portant, mais peu intelligent. Bons soins, excellent placement. »

Il a maintenant bientôt 12 ans et le 6 décembre 1919, il a besoin d’une vêture. L’inspecteur de l’AP de l’Aveyron contacte son homologue de l’Aisne. Ce dernier envoie directement le paquet à la nourrice.

Rapatrié après deux ans

Le 28 février 1920 il revient à l’hospice de Rodez, son rapatriement dans l’Aisne à lieu dès le lendemain. Il continuera probablement d’être placé jusqu’à sa majorité.

Source 1R958-AD12, 4E57/7-AD12, Etat civil mairie de Reims, 3X126-AD12, le journal de l’Aveyron.

© 2017 Généalanille

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Le retour d’âge de sœur Marie Louise

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Mai 122017
 

Âgée de 46 ans, sœur Marie Louise tente de s’évader du couvent où elle habite depuis 29 ans. C’est son retour d’âge qui semble avoir provoqué cette impulsion.

soeur

Rentrée au couvent à 18 ans

Elle s’appelle Léonie Cantaloube. Elle est née le 25 janvier 1858 à Flagnac. A l’âge de 18 ans elle entre dans les ordres parmi la congrégation de la Sainte Famille, tout d’abord à Montlaur puis au couvent de Ste Claire à Villefranche de Rouergue. Elle travaille aux travaux de la maison. Elle fait la classe et gagne 600 francs par an qui sont versés au couvent de Ste Claire. De quoi payer sa dot de 4000 francs.

Elle est veut partir

A 45 ans, elle souhaite partir. Quitter le couvent. Son frère Henri, épicier à Decazeville, est venu la voir. Elle lui demande de l’accueillir, mais il ne veut pas la recevoir chez lui. Un an plus tard, elle demande à aller le voir, lui et sa belle mère qui est malade, mais on lui refuse cette sortie.

Elle n’ose pas démissionner car elle a peur qu’on ne lui rende pas sa dot et qu’elle se retrouve mendiante !!

Alors elle s’évade.

C’est devenu une idée fixe, et c’est le 10 octobre 1905 que sœur Marie Louise tente sa chance. Elle prend avec elle un baluchon de son linge, preuve de la préméditation de son geste !

Le mur du couvent fait 3,50m. Qu’importe, elle grimpe après un sureau (selon la police) ou sur le toit d’un petit hangar (selon la presse) et atteint le faîte du mur. De là, elle appelle un passant qui s’empresse d’aller chercher une échelle et facilite ainsi son évasion.

Son ballot de linge est lourd, alors elle demande à Mme Fabre la voisine de l’aider à porter le paquet à la gare. Les deux femmes partent du faubourg Guiraudet en face de l’abattoir, prennent le chemin de la rive, le pont neuf et arrivent à la gare. Sœur Marie Louise n’a plus qu’à attendre le train de 9H qui l’emmènera à Decazeville … Mais une fois Mme Fabre partie, la sœur, au lieu de rester à la gare, prend la direction de la place de la république puis se dirige sur la route de Rieupeyroux.

A la recherche de la fugitive

C’est à la fin de la messe, vers 8H que les sœurs converses s’aperçoivent de son absence. Elles partent à sa recherche avec la sœur tourière, sœur Epiphanie. C’est cette dernière qui retrouve sœur Marie Louise au tournant de la Roque, sur la route de Rieupeyroux, vers le lavoir de Cadrès précise la presse.

Elle la saisit par le bras et demande à un homme de l’aider à arrêter la fugitive. Ce dernier ne la touche pas mais lui promet de la recevoir si elle consent à entrer librement dans sa maison. Sœur Marie Louise est finalement introduite de force dans cet endroit par sœur Ephipanie et est gardée par 2 personnes le temps de prévenir le couvent.

Retour au couvent

Toutes ses larmes et ses supplications pour aller rejoindre son frère resteront vaines. Ce sont deux religieuses qui l’encadrent dans la voiture qui la ramène au couvent. Pour la convaincre, on lui a fait croire qu’on l’emmenait pour qu’elle puisse récupérer son lit.

Il faut rassurer la population. La sœur tourière explique aux personnes qui ont aidé à la « capture » de la fugitive que celle-ci n’avait « pas sa raison par suite du retour d’âge. » Ah les hormones…..

A midi, toutes les sœurs ont enfin regagné le couvent Ste Claire.

Cette pauvre femme est saine d’esprit

Le commissaire de police de Villefranche se rend au couvent et demande à voir, seul, la sœur fugitive. Elle est convoquée dans un parloir et se confie à voix basse de peur d’être entendue par les autres religieuses.

On la persécute, on lui fait la guerre, elle ne comprend pas pourquoi on lui en veut. D’ailleurs avec son air craintif et ses yeux rougis, elle a même fait de la peine au brigadier et au commissaire lui-même.

La presse se défoule

Les différents journaux de l’époque relateront cet « incident ». La presse républicaine dans son article « froc aux orties » s’étonnera de « l’empressement mis par les bonnes sœurs à poursuivre et reprendre une des leurs ». Le journal catholique répondra d’une part que sœur Marie Louise avait eu l’opportunité d’aller non pas chez ses parents, qui ne peuvent l’accueillir, mais dans le couvent de leur ville et d’autre part que si on n’avait pas tardé à rapatrier la sœur c’est pour ne pas abandonner « une pauvre malade, sans ressources, sans moyens suffisants pour s’en procurer, sans asile. »

Elle est folle mais pas dangereuse

Le procureur de la république donne l’ordre de faire une enquête et c’est le rapport du Dr Cavalié qui va donner une autre version de l’état mental de sœur Marie Louise.

Cette femme ne jouit pas de toutes ses facultés mentales : la nuit, elle suppose qu’on lui pique les jambes, qu’on la brûle avec un fer rouge, qu’on lui fait absorber un liquide ayant un gout de phénol. Par contre, le jour, elle raisonne avec sens. D’ailleurs elle étudie même actuellement l’espagnol.

Il confirmera que c’est bien son âge critique qui l’a met en proie à des troubles nerveux…..

 

Source : le narrateur, 8J142-AD12, 4E89/9-AD12, PER563-AD12, PER1441-AD12. Image d’illustration (sĹ“ur Marie Thomas Ă  l’âge de sĹ“ur Marie Louise)

© 2017 Généalanille

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