De l’importance de croiser les sources en gĂ©nĂ©alogie

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Juin 272016
 

L’histoire de Marie Rose est ordinaire. En cherchant dans d’autres sources d’archives, on lui trouve un passĂ© de prostituĂ©e… qui appartient Ă  son homonyme!

Une vie ordinaire

Marie Rose Lapeyre est née dans un petit village de l’Aveyron. En retraçant sa vie avec les documents d’archives, on obtient une vie bien ordinaire : née le 7 juillet 1825 de Georges et Marie Mazenc, elle perd son père à 4 ans et sa mère à 32 ans. Elle décède célibataire en août 1898. Voilà pour l’état civil.

Naissance

 

Évidemment, quelques dates ne remplissent pas une biographie, il faut donc chercher d’autres sources. Après la déception de quelques lacunes, on obtient les renseignements suivants.

  • Elle hĂ©rite de Catherine Mercadier de terres Ă  Compolibat en 1841, qu’elle Ă©change en 1876.
  • Elle habite Ă  Compolibat au dĂ©cès de sa maman en 1857.
  • Elle habite avec sa fratie dans la mĂŞme commune entre 1876 et la fin de sa vie.
  • Elle voit mourir son frère et sa sĹ“ur respectivement en 1886 et 1890.
  • Elle fait un testament alors qu’elle est alitĂ©e chez elle quelques mois avant de mourir et lègue (Ă  son beau frère, au boulanger et Ă  l’horloger).

Testament

Une condamnation Ă©tonnante

En faisant une recherche plus Ă©largie, on trouve une condamnation de Marie Rose dite « la Meyssonnière » au tribunal de Rodez en 1866. Elle est accusĂ©e de prostitution !

Jugement

Surprenant, mais pas incohérent. Son domicile à Compobilat est ciblé en 1857 et en 1876. Entre ces deux dates, elle a tout à fait le temps d’aller exercer sa profession à Rodez.

Frise

Cette autre vie

S’enchaine alors une enquête sur sa vie à Rodez. Dans le jugement est donnée son adresse et précisé qu’elle est propriétaire de son logement.

Un petit tour par le cadastre et l’on obtient les dates d’entrée et sorties du bien. La chambre du second étage du 23 rue de l’Embergue est achetée en juillet 1857, c’est quelques temps avant le décès de sa mère, tout à fait plausible.

Embergue

Mais c’est la vente qui pose problème : le bien est vendu en 1880 (elle habite Compolibat depuis 1876) mais dans l’acte de vente elle est mariée ! Décédée célibataire à Compolibat ou mariée demeurant à Rodez cela ressemble à deux personnes.

Vente

L’homonyme qui vit Ă  Rodez

Il est temps de découvrir cette nouvelle Marie Rose ou Rosalie Lapeyre.

Son mariage a lieu en 1866 à Rodez, ce qui nous donne des éléments d’état civil : elle est née Compolibat comme son homonyme mais en 1818 de Georges et de Rose Viarouge (qui meurt en 1828). Rosalie Lapeyre est déjà à Rodez en 1855 puisqu’elle est condamnée cette année là par le tribunal de simple police.

En 1857, alors que son propriétaire est sommé de l’expulser de chez elle dans les 24 heures qui suivent un procès avec le voisin du 1er étage, elle décide de racheter la chambre qu’elle occupe.

Rachat

L’acte de vente a lieu le 28 juillet 1857 devant maitre Lunet.

Vente-1857-2

1866 est l’année:

  • d’une dizaine de procès de simple police et d’un procès avec le voisin du 1er Ă©tage qui a Ă©tĂ© obligĂ© lui aussi, « et Ă  son grand regret » de louer son appartement Ă  des prostituĂ©es ;
  • du jugement Ă  3 jours de prison pour rĂ©cidive qui est fait injustement au nom de l’autre Rosalie ;
  • de son mariage avec Pierre Delbès, maçon Ă  Rodez de 21 ans son cadet.

 

En 1870, le couple rachète le 31 de la rue de l’embergue puis en 1873 une cave au 23 de la rue de l’embergue. Pierre Delbès fait dans la cour de leur nouvelle maison une cave avec une chambre au dessus.

Une vie beaucoup plus agitée

Les amours ne sont pas éternelles. En 1879, le couple se sépare de corps et de biens. Ce n’est pas à cause de l’adultère que Mr Delbès entretient depuis des années avec Julie Passaga car « une adultère quand elle est hors de la maison n’est pas une cause de séparation de corps. »

SĂ©paration

La vraie raison, c’est que Pierre a supprimé l’enfant de sa maitresse et a rapporté le cadavre au domicile conjugal.Il écope de 2 mois de prison pour ce fait en 1875.

Qui dit séparation de corps, dit inventaire. Il a lieu le 7 avril 1879 en présence des mariés et dure 3 heures. Toutes les pièces y passent.

Inventaire

En 1880, ils vendent les biens et Rosalie fait son testament. Elle décède en décembre 1880.

Décès 4E212-50

Une erreur sur un registre

Marie Rose Lapeyre décédée célibataire à Compolibat n’aura probablement jamais su que son identité a été usurpée dans le jugement de son homonyme prostituée et les généalogistes retiendront qu’il faut toujours essayer de croiser les sources d’informations.

 

Sources : 4E62/2-AD12, 4E62/4-AD12, 4E62/6-AD12, 4E212-50-AD12, 3E12510-AD12, 3E19964-AD12, 3E19967-AD12, 3E27206-AD12, 3E29900-AD12, 7U122/2-AD12, 7U123/1-AD12, 7U624-AD12, 7U785-AD12, 7U808-AD12, 58Q209-AD12, 58Q413-AD12, 58Q417-AD12, 65Q1245-AD12, 65Q1257-AD12, 65Q1446-AD12, 65Q1472-AD12, 65Q1668-AD12, 10U30/63-AD12, 10U30/64-AD12, 10U30/72-AD12, 21P11712/1-AD12, 21P11712/2-AD12

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Adoptée à 25 ans

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Mai 272016
 

La petite fille Léonide, abandonnée à Toulouse, est adoptée par sa mère nourricière quand celle-ci se retrouve veuve à plus de 50 ans.

Victorine Joséphine Léonide Hydra est née le 1er juin 1844 au 14 rue St Jacques à Toulouse de père et de mère inconnus. La sage femme, Françoise Lamaure, qui a accouché la mère va déclarer l’enfant à la mairie.

Naissance

La petite fille est rapidement envoyée chez une nourrice. Elle se retrouve à Prévinquières dans l’Aveyron chez Casimir Jean Gabriel Bourdoncle et son épouse Bertrande Jeanne Marie Joséphine Pujol. Le couple n’a pas d’enfants et le père nourricier est plutôt aisé. Il faut dire qu’il est fils de notaire.

En 1865, Casimir Bourdoncle devient maire de la commune. Il exerce cette fonction pendant 2 ans avant de mourir le 2 juin 1867. Probablement malade, il a arrêté de signer les actes d’état civil depuis près d’un mois.

Sa femme Joséphine renonce à la succession.

Renonciation

La petite Léonide a bien grandi et reste avec sa mère nourricière. Cette dernière décide de l’adopter. Elle fait les démarches auprès de la justice de paix en janvier 1869. Il faut cependant attendre le 20 mai pour que la cour impériale de Montpellier accepte cette adoption.

Adoption

Selon l’article 359 du code napoléon, l’adoption doit être enregistrée dans les 3 mois qui suivent l’adoption dans le registre des actes d’état civil. C’est chose faite le 8 juillet dans les registres de Prévinquières où Léonide signe avec son nouveau nom : Pujol.

Article359

 

Un mois plus tard, les bancs de son mariage sont publiés. Léonide va se marier avec Prosper Adolphe Causit, médecin à Montbazens, et de 22 ans son ainé. L’acte de mariage, même s’il précise que la jeune fille est adoptée, n’indique pas le nom de Pujol. Probablement parce que l’adoption est trop récente !

Mariage

 

Le couple n’a pas d’enfant. Mais rapidement ils accueillent dans leur foyer une petite fille de Prévinquières, Louise Rivière née en 1872. Cette dernière a ses deux parents vivants, mais elle est considérée comme leur fille adoptive sur les recensements.

Adoptive

Louise, la fille adoptive, perd sa mère Ă  15 ans et recevra de la part du Dr Causit et de son Ă©pouse la somme de 20 000 francs « pour l’attachement qu’ils lui portent et l’amitiĂ© qu’ils lui tĂ©moignent » lors de son mariage en 1890.

Bertrande Jeanne Marie Joséphine Pujol décède le 17 décembre 1882 à 74 ans chez son gendre. Un mois plus tard, Léonide a fait son testament. Elle le dépose chez Maitre Gleynoze, notaire à Peyrusse.

Elle décède le 17 septembre 1899 à Montbazens à 55 ans laissant son mari comme héritier universel de ses biens.

Décès

Sources : 1E352-AM Toulouse, 4E159-10/AD12, 4E159-11/AD12, 4E200-6/AD12, 6M257-AD12, 6M298-AD12, 58Q446-AD12, 58Q273-AD12, 58Q363-AD12, 63Q289-AD12, 3E26237-AD12, 1158Q266-AD12, code civil des Français

 

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Une invention qui doit se passer du vent

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Mai 122016
 

Jean Baptiste Malzac est né le 17 mai 1818 à Saint Sauveur du Larzac, commune de Nant. Il passe son brevet élémentaire en septembre 1841 et est nommé instituteur à Revens dans le Gard le 15 décembre 1842.

Il épouse à la rentrée suivante Marie Grailhe à Nant.

Il reste à Revens presque 5 ans avant d’être nommé le 16 octobre 1847 à la Liquisse, hameau de Nant dans l’Aveyron. Il y passera toute sa carrière professionnelle et y décèdera en février 1895.

HĂ©lice

Monsieur Malzac a des idées, et il compte les partager ! Il invente une machine dont il souhaite déposer le brevet d’invention. Sa machine est un appareil de locomotion basé sur le vent.

Il est voit plusieurs usages possibles :

  • Pour la marine marchande. L’appareil pourrait remplacer la vapeur et mettre en mouvement soit les aubes, soit les hĂ©lices et sa construction serait moins onĂ©reuse que des voilures. En mettant un volant, le bateau pourrait ĂŞtre manĹ“uvrĂ© par un seul homme et tout l’espace serait libĂ©rĂ© pour les passagers ;
  • Pour les moulins Ă  vent oĂą un seul appareil peut mettre en mouvement plusieurs roues ;
  • Pour le dessèchement des marĂ©cages dans l’agriculture pour Ă©lever les eaux au-dessus de leur niveau ordinaire et permettre l’arrosage des terrains secs.

Invention

Il doit continuer ses expérimentations et il en est convaincu, son invention pourra remplacer la vapeur sur les chemins de fer et les voitures de la poste, sur les routes ordinaires et rendrait de grands services dans le transport des dépêches….. s’il arrive à parvenir à se passer du vent !

Car voilà, il sait que s’il n’y a pas de vent, son invention ne fonctionne pas. Il se résigne dans son document de présentation:

C’est un inconvénient mais dans les choses humaines il y a toujours un côté défectueux.

Il espère donc, s’il a les fonds nécessaires, trouver les moyens de se passer du vent.

 

L’ingénieur des mines sera beaucoup moins enthousiaste que l’instituteur et indiquera que l’appareil n’offre rien de remarquable au point de vue de la science mécanique.

L’idée d’utiliser le vent comme force motrice est loin d’être neuve et a reçu de nombreuses applications depuis un temps immémorial. L’invention ne mérite aucun encouragement.

Le brevet ne sera pas déposé.

 

Sources : 9M21/AD12, 5T4-16/AD12, 4E179-13/AD12, 4E179-25/AD12

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Une erreur d’impression: 1873 je dis 1874

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Avr 082016
 

Le Décret du 20 septembre 1792 attribue aux Municipalités le soin de recevoir et de conserver les actes destinés à constater les naissances, les mariages et les décès. C’est la naissance de l’état civil.

Loi 20091792

Les imprimĂ©s pour les actes d’Ă©tat civil

Alors que la loi prévoit qui, quand et quoi inscrire dans les actes, on dénote cependant quelques différences dans les formulations d’une commune à une autre. Pendant la période révolutionnaire apparaissent les imprimés qui permettent à l’officier d’état civil de ne rien oublier, quitte à parfois sembler manquer de place.

1 Page

Dans certains registres, ces imprimés sont sur deux pages, quitte à laisser de grands blancs…

2 Pages

 

L’utilisation des imprimés perdurent quelques temps avant de disparaitre pour la plupart des communes de l’Aveyron (vers 1822 ?) Rodez, chef lieu de département, continue d’utiliser des imprimés, les autres rédigent l’intégralité des actes à la main.

 

L’erreur sur des registres de mariage de l’Aveyron

Dès l’année 1872, c’est le retour des imprimés pour toutes les communes de l’arrondissement d’Espalion (supprimé en 1929).

Espalion

Mais en cette fin d’annĂ©e 1873, il y a une erreur d’impression sur les feuillets destinĂ©s Ă  recueillir les mariages : la date est indiquĂ©e « L’an mil huit cent soixante-treize je dis quatorze ».

Une sacrée bévue qu’il a fallu rattraper en faisant réimprimer des documents. Les municipalités semblent avoir d’abord été invitées à utiliser les formulaires avant d’être priées de finir l’année avec les nouveaux imprimés.

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Le mariage est annulé !

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Avr 012016
 

L’Ă©tat civil ne dit pas tout, il faut savoir multiplier les sources d’archives pour complĂ©ter l’histoire familiale.

Jean Falq, propriétaire au moulin de la Bessière à Curières (12) doit épouser Françoise Remise qui habite avec son père à Saint Chely d’Aubrac. Un contrat de mariage « avant célébration » est enregistré chez le notaire le 18 octobre 1842 et le futur beau père en profite pour faire donation de tous ses biens moyennant la charge pour sa fille de le « nourrir, loger, entretenir et soigner tant en santé qu’en maladie durant sa vie et lui donner une somme de 6 francs annuellement. »

Jean Falq n’a plus ses parents; sa mère vient de mourir quelques mois plus tôt.

Que se passe-t-il dans la famille Remise ? Le prétendant n’est-il pas un aussi bon parti qu’espéré ? Le père et la fille se rétractent et le mariage n’aura pas lieu.

Cependant Françoise Remise se marie un mois plus tard le 23 novembre 1842 …. avec Jean Ampoulier!

Mais Jean Falq avait déjà préparé la noce : il avait payé le contrat de mariage, il avait déboursé 118 francs pour habits de noce pour sa future (qui en a profité), et 33 francs de bijoux qu’elle a reçus, plus une bague qui vaut 10 francs. Mr Falq réclame justice !

Ce sera chose faite en aout 1843 : Mr Remise est condamné à rembourser 900 francs à Mr Falq et il est condamné solidairement avec sa fille à payer 199 francs 50 centimes au même Mr Falq. Les frais sont également à la charge de la famille Remise.

Mariage

Jean Falq se marie le 12 juin 1845 à Saint Chély d’Aubrac avec Marie Anne Bonnal.

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Avez-vous des nouvelles de mon Ă©pouse?

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Mar 182016
 

Avez-vous des nouvelles de mon épouse ? C’est probablement la question que fait adresser Ferdinand Gonzalez à l’ambassade d’Espagne à Paris. Sa femme, née Isabelle Schmidt l’inquiète car sa dernière lettre date du 22 octobre 1860. Elle y dit qu’elle est à Bayonne et qu’elle compte partir pour Toulouse, mais depuis plus d’un mois il n’a plus d’information. A-t ’elle pu rejoindre la ville rose ? A-t ’elle été dans sa ville natale de Rodez ? Bref, il aimerait savoir où elle est.

Retour

Perdue entre Bayonne et Rodez

 

Isabelle Schmidt est née à Rodez en avril 1811 d’un père horloger. La brune d’un mètre soixante aux yeux de chats épouse dans la cité ruthénoise en 1843 Ferdinand Gonzalez, organiste, réfugié espagnol originaire d’Alfaro dans la province Logroño.

Mme Gonzalez est à Bourganeuf dans la Creuse en novembre 1859 quand elle part à Corella, ville proche du lieu de naissance de son mari. Son passeport précise qu’elle passe par Pampelune.

Passeport

 

Elle y reste un an avant de quitter son mari pour raison de santé. Le couple a probablement changé de région car elle écrit sa dernière lettre de Bayonne.

La police fait une enquête :Mme Gonzalez en arrivant à Rodez « s’est rendu chez ses parents qui sont dans une belle position de fortune mais ceux-ci lui refusent assistance ». Elle a été obligée de se faire admettre à l’hospice comme malade indigente.

Ses parents sont morts avant son mariage (son père était originaire d’Autriche et sa mère de Rodez) mais même si la plupart de ses frères et sœurs ont quitté la ville pour Bar sur Aube ou Paris, il lui reste au moins sur place sa sœur Catherine dite Nina et sa tante maternelle propriétaire de belles maisons place du bourg et place de l’Olmet.

Tour-1854

Mme Gonzalez écrit une lettre en Espagne pour donner de ses nouvelles et demande un nouveau passeport avec secours de route car elle est dépourvue de toute ressouce. Elle part début 1861 pour Bayonne où son mari est chargé de la récupérer à la frontière.

Frontière

Le couple est enfin rĂ©uni. Il n’est pas mentionnĂ© dans les successions des femmes de la famille restĂ©es Ă  Rodez dans les annĂ©es suivantes.

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Séquestrée par sa famille pendant 2 mois

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Mar 032016
 

Séquestrée par ses frères et sœurs

Le 10 mars 1879 Marie Jeanne et Jean Antoine Aldebert de Graissac en nord Aveyron sont condamnés à un an de prison chacun pour avoir séquestré leur sœur Marie.

Journal

Deux mois dans un cachot

Du 6 avril au 28 juin 1878, Marie Aldebert a été enfermée par son frère et sa sœur dans un cachot de 2m sur 1 au milieu d’une écurie occupée d’un côté par des cochons se vautrant dans un fumier immonde et de l’autre des vaches et des brebis, le tout parfumé d’émanations putrides et dans l’obscurité (puisque la lucarne a été bouchée avec de la paille).

Odeur

La cage est entièrement fermée du sol au plafond avec de vieilles planches, de piquets et d’échelles de char. Quelques interstices entre les planches solidement cloutées qui la compose permettent cependant le passage d’un bras pour donner de la nourriture.

A l’intérieur a été posé un grabat avec un peu de paille et à l’extérieur une chaine de fer retient la porte.

Cachot

Interdite de communication…

Marie Aldebert, enfermée dans sa cage, hurle. Les voisins alertés viennent voir mais ils sont menacés par le frère et la sœur et vont très vite arrêter de se mêler à cette affaire.

D’ailleurs, c’est facile à comprendre : Marie est atteinte d’aliénation mentale et pour sa sécurité et celle des autres elle ne doit parler à personne. Pourquoi est-elle enfermée ici ? C’est par ordre de la justice !

L’écurie n’est sĂ©parĂ©e que de quelques mètres de la maison d’habitation et la visite de celle-ci par le juge d’instruction indiquera qu’un galetas aurait pu ĂŞtre installĂ© près des 3 autres lits.

Plan

Quelques personnes viennent dans la basse-cour et Marie les interpellent pour leur demander de l’aider Ă  sortir. Mais la famille veille et la sĹ“ur rĂ©pond mĂŞme « qu’avec le vent du midi elle est encore plus folle » et en profite pour menacer la voisine.

Voisins

… et de sortie

Marie ne peut pas parler, elle ne pas non plus sortir si ce n’est 4 ou 5 fois en deux mois. Certains témoigneront cependant avoir mangé avec elle à la table familiale, comme Augustin Lagriffoul, père d’Henri, 13 ans, berger embauché par la famille Aldebert qui affirme avoir partagé un aligot avec elle.

Aligot

Pierre Antoine, le frère ainé, indique qu’un jour où il était venu voir sa mère, sa sœur Marie était partie courir dans les prés…

Courir

La liberté

Le 28 juin 1878, Marie parvient à se hisser le long de la cage et à faire tomber une planche. Elle passe sa tête à travers le trou puis son corps avant de se laisser tomber par terre la tête la première. Ayant quitté ses vêtements pour l’opération, elle se retrouve dénudée, meurtrie et allongée dans le fumier.

Elle quitte la ferme familiale mais n’a plus de logement, de provisions et d’argent. Elle est obligée de demander la charité mais ne souhaite pas porter plainte contre sa famille.

Comment en est-on arrivé là ?

Marie Aldebert est née en 1831 à la Borie commune de Graissac dans l’Aveyron. Elle a deux frères et une sœur :

  • Pierre Jean, nĂ© en 1829, mariĂ© deux enfants,
  • Jean Antoine nĂ© en 1836, cĂ©libataire
  • Marie Jeanne nĂ©e en 1833, cĂ©libataire.

En 1845, le père, Régis Aldebert, meurt à l’âge de 45 ans.

Marie accouche comme fille mère en 1853 chez son frère ainé d’un enfant, Marie Polonie, qui décède 20 jours plus tard.

Les quatre enfants restent finalement célibataires jusqu’en 1869 où l’ainé épouse Marie Jeanne Millau qui a 13 ans de moins que lui.

Le besoin de se soigner

Marie Aldebert travaille comme servante chez plusieurs maîtres pendant plus de 18 ans. Son camarade de première communion, conseiller municipal, indiquera même qu’elle « s’est sous louée » depuis l’âge de 15 ans. Elle est embauchée pour des saisons de juin à octobre, de pâques à pâques ou d’hiver en hiver « comme à la mode du pays. »

Elle tombe malade Ă  47 ans et doit se reposer.

Elle prend en sous location le 15 octobre 1877 un appartement au hameau Rouchaudy dans la commune de Graissac. La locataire est Mme Martin épouse Goutal qui est partie vivre dans un autre hameau et a bien précisé que le bail se termine en avril de l’année suivante.

Graissac

Comme elle connaît les mauvais penchants de ses frères et sœurs qui vivent avec leur mère, âgée et malade, Marie Aldebert a préféré cette option à celle de retourner vivre dans la maison familiale au Batut. D’ailleurs, elle peut se le permettre avec ses 1700 francs d’économies rudement gagnées.

Ses frères et sœurs ne l’abandonnent pas pendant sa maladie. Marie Jeanne lui apporte tous les jours des provisions qu’elle est obligée de laisser soit sur la fenêtre (si Marie n’ouvre pas la porte), soit sur le seuil de la porte (si Marie lui ouvre et la menace avec une hache.) Car Marie ne souhaite plus voir ses frères et sœurs qui la supplient de venir à la maison et elle a décidé de fermer la porte à clé.

Un jour où la sœur cadette a pu entrer, elle témoigne que des vêtements en lambeaux et des objets ont été brûlés. Marie répond à cette remarque, selon sa sœur, que le diable et les témoins l’ont tourmenté et qu’elle continuera de brûler d’autres objets tous les jours.

Marie Jeanne donne l’ordre au voisin de ne pas lui donner du feu et la prive d’allumettes, pour sa sécurité.

Diable

Le bail n’est pas renouvelé

Le bail de location de l’appartement arrive Ă  sa fin mais Marie ne veut pas quitter les lieux. Il faut l’intervention du conseiller municipal et du garde champĂŞtre pour faire Ă©vacuer Marie. On est en mars 1878 et ses 3 frères et sĹ“urs sont sollicitĂ©s pour qu’elle rejoigne la ferme familiale. Elle y reste une quinzaine de jours oĂą elle mange avec eux au mĂŞme pot et repart dans son appartement.

Le 6 avril 1878, le juge de paix intervient. Il faut quitter les lieux. Les 3 frères et sĹ“urs sont venus l’aider Ă  dĂ©mĂ©nager pour retourner dans la ferme familiale mais la porte est close et il faut utiliser un enfant et lui faire escalader la fenĂŞtre pour aller ouvrir la porte fermĂ©e de l’intĂ©rieur.

Marie est à nouveau dans la ferme familiale et après le repas du soir, elle part dormir avec sa mère. Une demi-heure plus tard, son frère et sa sœur viennent la sortir du lit, l’un en l’attrapant par les pieds, l’autre par la tête et l’emmènent de force dans l’écurie sous les yeux d’Henri Lagriffoul le jeune berger. Les accusés et le jeune homme affirmeront qu’elle y a été de bonne grâce et sur ses deux jambes.

Pourquoi l’enfermer ?

Malade, ayant quelques économies, le plan machiavélique des deux cadets de Marie était de continuer de l’affaiblir pour lui prendre son argent. Son frère ainé ira d’ailleurs en son nom chercher sa malle mise en dépôt chez un de ses anciens maîtres et ils piocheront largement dans les avoirs de la victime (argent, billets de change, bijou en or mais aussi les provisions de nourriture).

152 francs seront utilisés pour frais « d’entretien et de nourriture de Marie. »

Argent

La justice sollicitée

Marie ne veut pas porter plainte pour séquestration, mais l’absence d’argent va la mener à aller voir le juge de paix. L’argent restant et quelques provisions (sauf les pommes de terre qu’ils n’ont plus à cette époque) sont restitués à Marie sous les yeux du maire et du garde champêtre.

En fin d’année, le 29 décembre, Marie est vue chasser, hache à la main, sa sœur Marie Jeanne qui lui jetait des pierres. C’est peut être le déclenchement de l’accusation de séquestration et vol.

Le 30 janvier 1879, les 3 frères et sœurs de Marie sont arrêtés par les gendarmes à pied de Ste Geneviève Joseph Ligier et Eugène Brunel. Ils sont emmenés au dépôt de la gendarmerie avant d’être transférés à la prison d’Espalion.

Pierre Jean est relâché, les deux autres sont transférés le 28 février 1879 à la prison de Rodez et jugés le 10 mars. Ils prennent 1 an de prison et reviennent finir leur vie à Graissac.

Et la mère ?

La mère ne peut pas avoir ignoré ce qui s’est passé. Bien que malade et âgée (plus de 80 ans), elle était dans le même lit que sa fille quand cette dernière a été jetée dans le cachot de l’écurie.

InterrogĂ©e, elle semble avoir perdu ses esprits (« elle est retombĂ©e en enfance ») mais juge ses enfants de coquins.

Mère

Elle décède le 18 septembre 1879 à Vitrac à l’âge de 86 ans.

Sources: 4E98-6/AD12, 4E98-7-AD12, 2U499-AD12, Journal de l’Aveyron

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Un jeune homme ne dort pas avec ma fille

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Jan 222016
 

Henri Martin se marie à Rose Sophie Lescure en mars 1883 à Marnhagues et Latour. Trois mois plus tard, nait leur fille Joséphine. Le couple aura ensuite 6 autres enfants, 3 garçons et deux filles.
En 1898, alors que Joséphine n’a que 15 ans, son père la place comme domestique chez un boucher de Roquefort, Mr Louis Singla. Le contrat stipule que les gages de la jeune fille s’élèvent à 14 francs par mois. Affaire conclue, le louage de Joséphine débute le 17 mai.

Quelques temps plus tard, la jeune fille de retour en visite chez ses parents leur explique qu’elle dort dans la même chambre que le frère de Mr Singla, or ce jeune homme n’a que 30 ans.
Mr Martin n’est pas d’accord avec ces conditions, il ne souhaite pas que sa fille retourne à Roquefort. Cependant, il faut honorer le contrat. Joséphine repart faire la domestique et Mr Martin avertit qu’il récupèrera sa fille dans 8 jours et que le boucher peut de procurer une autre domestique.

Le 17 juillet 1898, Mr Martin vient chercher sa fille, ses affaires et réclame les gages dus. Le boucher n’est pas d’accord, il ne paye rien et refuse même de rendre la malle de linges et vêtements.
L’affaire est traduite en justice quelques jours plus tard.

Le boucher confirme les conditions de logement et proteste : il a fait cela avec l’accord de la domestique qui, consultée, avait consenti à dormir dans la même chambre que le jeune homme. Elle est d’ailleurs satisfaite en tous points de ses maitres et l’a même dit dans le magasin en présence de plusieurs personnes. Et puis ses maitres s’épargnaient chaque jour le travail ordinaire d’une chambre à préparer…. De plus, Mr Martin est soupçonné d’avoir profité de la visite de sa fille pour la faire employer aux moissons, travail qui rapporte plus que d’être domestique.

Mr Martin gagne le procès. Le fait de faire dormir un jeune homme de 30 ans avec la domestique de 15 ans étant jugé dangereux, aucune charge n’est retenue contre le père de famille qui a pourtant rompu un contrat avant la fin de celui-ci.
Mr Singla est condamné à payer les gages de la jeune fille (24 francs 25), les dépens (10 francs 92)… et surtout à rendre la malle de linge !

Sources : 4E151/7-AD12, 4E151/8-AD12, 10U8-84/AD12

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De Rodez Ă  Paray, les soeurs franciscaines

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Jan 152016
 

Les fondateurs Ă  Mur de Barrez

La congrégation des sœurs de St François d’Assise de Rodez a été fondée en 1862 à Mur de Barrez au nord du département de l’Aveyron par l’abbé Jalbert et la sœur Jeanne Marie Varès. Ces franciscaines garde-malades sont parfois appelées les sœurs de la « bonne mort .»

 

Victorin Jalbert, prĂŞtre dans une famille de religieux

Victorin Jalbert est né en 1823 à St Amans de Cots (Aveyron) d’une famille remplie d’hommes de foi. Son père, Benjamin, a commencé sa théologie avant d’être enrôlé dans les armées. Il quitta son poste de capitaine pour étudier la médecine et vint s’installer à St Amans de Cots.

Deux de ses oncles, Jean Pierre et Pierre Jean étaient prêtres avant la révolution et durent s’enfuir en Espagne avant de revenir à la fin du 18ème siècle.

Un troisième oncle, Jean, était diacre.Il devient prêtre sous les mains de Mgr d’Aviau archevêque de Vienne.

Enfin le 4ème oncle, Pierre, était vicaire d’Alcorn à Laguiole et syndic du séminaire de cette ville quand il mourut foudroyé dans un confessionnal, en compagnie de Pierre Mas, vicaire de Laguiole. Les deux hommes, chacun dans leur confessionnal, œuvraient à leur tâche en cette veille de Pâques 1788.

confesseur et confessée

Confesseurs et une confessée foudroyés

Victorin Jalbert étudie au petit séminaire St Pierre puis au grand séminaire de Rodez. Il devient professeur au petit séminaire St Pierre pendant 5 ans avant de partir à Paris à l’école des Carmes pour compléter ses études.

Il devient vicaire à Mur de Barrez en 1854. Son ancien collègue vicaire, Joseph Gavalda, devenu prêtre à Mur de Barrez décède en juillet 1870, quelques jours avant le début de la guerre. Victorin Jalbert est agréé en septembre 1870 et devient curé de la commune. Il occupera ce poste jusqu’en 1874 dont il démissionne « pour raison de santé. » En fait, il compte se dévouer à la congrégation qu’il vient de créer.

DĂ©mission

Le 3 décembre 1879, il devient membre de la société des lettres sciences et arts de l’Aveyron. En 1885, il est chanoine honoraire du diocèse de Rodez et en janvier 1886, il est nommé chanoine prébendé.

Jeanne Varès ne veut se marier qu’à la religion

Marie Jeanne Varès est née en 1828 à Sinhalac, commune rattachée l’année suivante à Mur de Barrez. Elle est la fille de fermiers de grands domaines.

Très jeune, elle se sent attirée par la vie religieuse mais ses parents en ont décidé autrement et souhaitent qu’elle se marie. Elle part alors à Paris où ses frères sont établis pour échapper à ce destin si commun. Son retour est très attendu pour sceller son alliance, mais la jeune fille préfère se placer chez des maitres très chrétiens. Elle est admise au noviciat du tiers ordre le 4 octobre 1860 et à la profession le 12 octobre 1861. Ne trouvant aucune communauté qui l’attire, elle revient chez ses parents et soigne les malades en compagnie de sa mère, qui gémissait souvent devant elle du dénuement des malades dans les campagnes.

Sa route croise celle du père Jalbert, vicaire du Mur de Barrez et il la dirige vers le couvent de St François d’Assise au Puy en Velay pour faire son noviciat comme sœur garde malade. Elle reçoit l’habit le 3 juillet 1862. Elle fonde la congrégation des sœurs à 34 ans et y consacrera toute sa vie. Dès septembre 1863 elle est rejointe par d’autres filles au Mur de Barrez et elle devient mère st François le 15 avril 1864.

De Mur de Barrez Ă  Rodez

Les sœurs garde-malade de St François d’Assise à Mur de Barrez naissent de l’idée d’un prêtre, fils de médecin, et d’une future promise qui soignait les pauvres avec sa mère.

En 1870, la petite vérole éclate dans la région et fait de grands ravages à Mur de Barrez, permettant à l’œuvre des sœurs d’éclater au grand jour. 1870, c’est aussi l’année de la guerre et la nomination comme curé de Victorin Jalbert, vicaire de la paroisse depuis 16 ans.

Le père Jalbert décide de créer un établissement à Rodez. Mère St François devient supérieure assistante et est remplacée par Mère Véronique.

L’évêque autorise l’installation du noviciat à Rodez et la communauté achète une maison aux quinze arbres en dessous du pensionnant des frères de St Joseph. En 1872, quelques sœurs sont envoyées provisoirement à Rodez pour diriger les réparations, et la translation est effective en 1874 et le prêtre démissionne pour devenir aumônier de la communauté.

En novembre 1875, un incendie éclate en pleine nuit et détruit le couvent (qui n’est pas assuré). Les 18 sœurs sont logées provisoirement près du palais de justice.

Incendie

Les pompes à incendie sont déroulées trop tard, le couvent est détruit

En 1876 après 6 mois de bataille pour convaincre les 6 ou 7 propriétaires des parcelles morcelées, les sœurs achètent une maison et de vastes jardins au Lucadou près du couvent de la providence et de l’ancien amphithéâtre. Les réparations ne sont pas faites et les sœurs doivent souvent offrir un parapluie au-dessus de leur lit pour dormir au sec. Les sœurs sont dorénavant rue Peyrot.

Peyrot

En février 1900, le père Jalbert meurt d’une longue maladie. En avril de la même année, et quelques jours après avoir assisté à une prise d’habit présidée par le nouvel évêque, la mère St François meurt à son tour. La communauté est orpheline mais elle s’est bien agrandie depuis sa création : les sœurs garde-malades sont présentes sur une dizaine de communes du département (Entraygues, Laissac, St André de Vézines, St Yzaire, Vabres, Cransac, Le Monastère….)

 

Deux sœurs à Paray le Monial

C’est en janvier 1900, quelques mois avant le décès des fondateurs de la congrégation, que deux sœurs aveyronnaises, tertiaires de St François d’Assise, achètent à Melle Amélie Leclerc une propriété à Paray le Monial, route de Charolles.

L’ensemble comprend trois éléments :

  • une petite maison avec 2 pièces au rez-de-chaussĂ©e avec un grenier, une cave et une petite remise,
  • un logement avec cave, cuisine, hangar, cabinets au rez-de-chaussĂ©e et 3 petites pièces au rez –de-chaussĂ©e,
  • une parcelle de jardin.

Un viager de courte durée

Les deux sœurs qui signent l’acte de vente sont originaires de l’Aveyron mais « exercent » à Paris. Il s’agit de

  • Julie Majouphet, sĹ“ur St Victime de JĂ©sus, nĂ©e en 1866 Ă  Decazeville
  • CĂ©sarine Montarnal, sĹ“ur Ste Philomène, nĂ©e en 1869 Ă  Espayrac.

Le contrat est signé devant Maitre Roland, notaire de Paray et la vente est conclue moyennant 3000 francs et une rente viagère annuelle de 250 francs pour compenser la valeur vénale de la maison et du terrain (6000 francs).

Le viager ne dure pas car la vendeuse décède le 3 janvier 1902 à Paray le Monial à 82 ans.

De trois à six sœurs souvent aveyronnaises

La communauté est composée rapidement de 3 religieuses outre les 2 fondatrices.

En 1901, sont présentes Marie Veyrac née vers 1881, Nathalie Campergne née vers 1880, Clotilde Falissard née vers 1889.

En 1906, 4 religieuses accompagnent les fondatrices Marie Cluzel née 1868 à Rieupeyroux, Emilie Prat née en 1868 à Ste Geneviève, Irma Combelle née en 1870 à Lacroix Barrez et l’héraultaise Colombe Gros née en 1869 à Cabrerolles.

En 1911, seule Emilie Prat (sœur St Joseph) reste avec les sœurs.

Au 31 juillet 1914, la communauté est composée des 3 sœurs de 1911 mais aussi de Marie Cantalouve (sœur St François) née en 1888 à la Capelle de Brasc et la bretonne Anne Prie (sœur Bernadette) née en 1890 à La Chapelle Saint Mélaine.

Au retour de la guerre, le recensement de 1921 fait accompagner les sœurs fondatrices de Marie Fabre née en 1895 à Lunel St Félix et de Marthe Segond née en 1900 au Sauzet.

 

Une agrégation tardive

La communauté démarre son activité de soins de malade à domicile en 1900. En juillet 1901, une nouvelle loi est promulguée, interdisant toute formation de congrégation sans autorisation préalable.

Loi1901

La mère St Victime de Jésus s’exécute et retourne au maire de Paray le Monial les documents demandés. Le conseil municipal de la ville émet d’ailleurs un avis défavorable à l’autorisation de la congrégation dans sa délibération du 08 décembre 1901.

Avis-défavorable

Le dossier traine un peu, le rapport est transmis au préfet en avril 1902 qui l’expédie au ministre de l’intérieur quelques jours plus tard avec lui aussi un avis défavorable. Faire disparaître les sœurs garde-malades, c’est s’exposer à un grand embarras pour les familles qui ont recours à leurs soins car aucun service laïc n’est disponible en nombre suffisant pour pallier à leur disparition.

En mars 1908, le préfet relance le dossier. Le sous préfet n’a pas changé d’avis mais en attendant, la congrégation continue son activité.

Avis-1908

En février 1911, un nouveau rapport est demandé. Le nouveau préfet, François Ramonet, s’appuie sur les avis précédents pour confirmer son désaccord d’autoriser la congrégation.

En avril 1914, le ministre sollicite à nouveau le préfet (qui a changé, il s’agit alors de Joseph Chaleil) pour statuer sur l’autorisation des sœurs de St François d’Assise. Un nouveau dossier est constitué et en mai, le sous préfet de Charolles estime que la situation des sœurs doit être maintenue du fait des services qu’elles rendent. Le 20 juillet, une lettre de relance est envoyée au préfet. Le rapport ne peut pas être envoyé au ministre sans la liste des religieuses. La mère supérieure la fournit le 31 juillet, quelques jours avant le début de la première guerre mondiale.

Liste-1914

L’affaire est relancée en 1942, alors que les sœurs souhaitent bénéficier d’un leg particulier de 5000 francs. Ne trouvant pas l’institution dans le « répertoire des congrégations » de P Sauret édité en 1939, et les sœurs répondant qu’elles n’ont pas d’archives et qu’elles dépendent de Rodez, le préfet Hontebeyrie sollicite son collègue de l’Aveyron pour connaître la date d’autorisation. Ce dernier répondra qu’elle n’est pas encore reconnue….

Info-1943

Sources: 5E342/33-AD71, 4E114/2-AD12, 4E85-5-AD12, 4E217/6-AD12, 4E175/11-AD12, 4E77/7-AD12, 4E85/8-AD12, V299-AD71, 6MI169-AD71, 6M Paray-AD71, 6V74-AD12, 1V6-AD12, 1158W364-AD12, 6M175-AD12, 6M183-AD12, Gallica: journal officiel

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Il s’est dĂ©shabillĂ© et a dĂ©sertĂ© – Mexique 1866

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Nov 142015
 

Martial Goudier est le 7ème enfant de François Goudier et de Marie Rebichon. Trois autres enfants naitront après lui.

François Goudier est drapier au moment de son mariage en 1819 à Toulon sur Arroux (dont il est originaire), puis la famille habite sur la route de Bourbon à Gueugnon après la naissance de leur premier enfant. François Goudier devient marguillier, puis parfois marguillier-matelassier (en 1837 et 1841) avant de devenir facteur aux postes ou facteur rural de Gueugnon (avant 1844).

Il décède en février 1855 à Gueugnon et laisse 4 enfants mineurs dont Martial qui a 20 ans quelques mois plus tard.

Décès Goudier

 

Martial Goudier exerce la profession de cisailleur quand il est recensé pour l’armée. Le garçon d’1,62m sait lire et écrire. Bon pour le service, il est affecté au 102ème de ligne et porte le numéro 2363 sur la liste du contingent classe 1855. Il part comme appelé le 5 avril 1856 et arrive au corps 22 jours plus tard.

Matricule

Extrait du recrutement militaire de Martial Goudier

On ne trouve aucun autre renseignement sur le registre de recrutement et c’est un peu par hasard qu’on retrouve sa trace tout d’abord à Lyon rue Magenod en 1863 puis dans les archives des déserteurs.

Recherche-Rhone

Recherche d’un dĂ©serteur

L’avis de recherche date du 12 juillet 1870. Martial Goudier est officiellement libérable le 17 juillet de la même année, quelques jours avant le début de la guerre de 70.

On y découvre ses états de service depuis l’incorporation de 1856.

Etat-de-service

Du 102ème de ligne, Martial Goudier est affecté un mois après son arrivée au 83ème de ligne comme fusilier. Le régiment ne participe ni à la guerre de Crimée, ni à celle d’Italie.

Il devient voltigeur le 9 juillet 1858 et est renvoyé par anticipation dans ses foyers le 6 avril 1862 avec un certificat de bonne conduite avant d’être définitivement libéré en fin d’année.

7 ans de passés dans les rangs, mais la vie civile ne semble pas convenir à Martial Goudier car il se rend le 17 juillet 1863 à la mairie du 3ème arrondissement de Lyon pour se réengager pour 7 ans.

Il est alors affecté au 62ème de ligne et part faire la guerre au Mexique.

guerre du Mexique

Il reçoit d’ailleurs la médaille du Mexique.

Médaille_de_l'expédition_au_Mexique

 

La recherche par les gendarmes de Lyon reste infructueuse en ce mois de juillet et Martial Goudier est déserteur à l’étranger depuis le 18 janvier 1868 sans autre précision qu’il a emporté un caleçon et une chemise.

Rapport

La disparition étant datée de 1868, il est probable qu’un premier avis de recherche ait été lancé à cette époque. Les archives du Rhône n’ont pas ce document, alors il faut tenter du côté de celles de Saône et Loire.

Circonstances

On retrouve daté du 12 juillet 1870, la même demande de recherche auprès du préfet de Saône et Loire, à un détail près : la date de désertion.

Recherche-Saone-et-Loire

L’avis de dĂ©serteur envoyĂ© en SaĂ´ne et Loire avec la bonne annĂ©e

Ce n’est pas en 1868 que Martial Goudier a déserté mais en 1866. Une nouvelle recherche s’engage à cette nouvelle date et on l’on peut consulter le premier avis envoyé aux préfets.

 

Recherche-origine

Le premier avis de désertion

Deux nouveaux détails y apparaissent : la présence au Mexique du déserteur en 1863-1864-1865 et 1866 et surtout les circonstances de sa disparation :

« Descendait de garde, est allé sur la place, y a déposé ses effets est parti en caleçon & chemise. A été aperçu par un habitant qui en a rendu compte. »

Circonstances-desertion

De retour sur l’exemplaire des archives du prĂ©fet du RhĂ´ne, on apprend mĂŞme le lieu: Castillo.

Castillo

Il s’est déshabillé, et a déserté…. Il avait 31 ans.

Sources: 5E342/17-AD71, 5E230/3-AD71, 5E230/4-AD71, 5E230/5-AD71, 5E230/6-AD71, 5E542/3-AD71, 1R LC 1855-AD71, 6M recensements population Gueugnon-AD71, R771-AD69, R772-AD69 R773-AD69, 2R12-AD71, illustration Gallica

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