Entrer dans le cercle

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Mar 242017
 

Bien avant l’apparition de la loi 1901, des cercles s’établissent dans nos communes. Le 5 mars 1878, certains habitants de Viviez (Aveyron) décident de créer le cercle de l’Union.

Cercle

Un cercle non Ă©litiste

Contrairement Ă  d’autres sociĂ©tĂ©s existantes, le but du cercle de l’Union ne se dĂ©finit pas comme Ă©litiste.

Il propose en effet

1°) le rapprochement par le contact journalier des diverses catégories de citoyens (agriculteurs, travailleurs de l’outil du magasin ou du bureau). Car jusqu’à ce jour leurs occupations différentes ou des habitudes anciennes tenaient trop éloignées les uns des autres.

2°) l’éducation naturelle par l’échange constante des idées.

3°) la fondation de salons de lecture, d’une bibliothèque populaire circulante, de lectures avec commentaires, de conférences ou causeries familières sur les sujets les plus variés, science, littérature, art, économie publique ou privée.

15 membres adhérents

L’objectif est de mélanger les populations. L’examen des membres composant le cercle montre 15 personnes de 27 à 50 ans. Aucun âge minimum n’est précisé. Il est souvent de 21 ans.

5 propriétaires, un docteur, un marchand, un brasseur, des ouvriers du bâtiment (peintre, zingueur, cimenteur, maçon, menuisier), un ajusteur et un chauffeur. Pas d’agriculteur comme le prévoyait les statuts !

Les conditions suivantes sont classiques : pas de jeux de hasard, pas de discussion politique ou religieuse. Les locaux ne doivent pas être une maison où se trouverait un café ou tout autre débit de boisson qu’à la condition que les locaux soient complètement séparés.

Comment entrer dans le cercle ?

Toute personne qui souhaite entrer doit être présentée par deux membres. On affiche le nom du candidat et des 2 présentateurs pendant 10 jours, puis le vote à l’unanimité permettra d’accepter ou de rejeter la demande.

Pas de nombre maximum de membres prévu pour ce cercle, certains le limitent à 120 ou 150.

Une cotisation « Ă  la tĂŞte » de l’adhĂ©rent mais très souple

Comme le cercle ne se veut pas élitiste, il provient une cotisation en fonction du membre qui souhaite adhérer. Elle ne peut pas être inférieure à 50 centimes ni supérieure à 2 f par mois. Payable d’avance bien sûr.

Si le membre ne paye pas, il aura un premier avertissement, puis un second avant d’être rayé de la liste…. Sauf s’il demande un sursis supplémentaire au bureau !

Si l’adhérent part en voyage de plus de 3 mois, il peut choisir de ne payer ses cotisations qu’à son retour.

Aucun droit d’entrĂ©e, mais les dons de bienvenue (en argent ou en livres) sont acceptĂ©s ! D’ailleurs la bibliothèque et le salon de lecture seront confiĂ©s Ă  la garde et Ă  la surveillance d’un ou de plusieurs bibliothĂ©caires choisis par le bureau.

Un cercle parmi tant d’autres…

La société est autorisée par le préfet le 12 mars 1878 (selon la loi du 10 avril 1832 et le décret du 25 mars 1852).

Ce n’est pas le premier cercle dans la commune. En effet, en janvier 1865 a Ă©tĂ© crĂ©Ă© le Cercle de la Concorde dont Michel Stieber, membre actuel du cercle de l’union, faisait dĂ©jĂ  partie.

Et finalement, 5 ans plus tard, le cercle de la fraternité est créé à dans la même commune car le cercle de l’union est trop loin de leur quartier, soit environ 1 km!

 

Source:  4M262-AD12

© 2017 Généalanille

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Le vitriol du désespoir

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FĂ©v 242017
 

Elle s’est assise sur une chaise près de la table dans sa chambre. Elle a pris le chapeau de son défunt mari, l’a fixé sur ses genoux avec une épingle et a bu du vitriol.

Une veuve de 40 ans

Justine Garric habite Villefranche de Rouergue. Alors qu’elle vient d’avoir 40 ans, son mari Jean Baptiste Galan meurt. Il ne lui reste que deux enfants. Un garçon âgé de 5 ans et une fille de 3 ans. Deux autres sont déjà morts. Une fille après 4 mois et un garçon de 10 mois et demi en ce début d’année.

8 jours de désespoir

Vivre seule, élever ses enfants seule, cela semble insurmontable pour Justine. C’est probablement pour cette raison que les voisins remarqueront qu’elle a de « fréquents accès d’aliénation mentale. »

Sans ressources et obligée de recourir à la charité publique, elle manifeste son intention de se suicider et « les douces paroles et rassurantes promesses » prononcées par les voisins ne parviennent pas à l’arracher de ses idées noires.

Deux ou trois jours après le décès de Jean Baptiste, elle emprunte pour un sou de vitriol à Catherine Bories veuve Costes. Elle prétend qu’elle veut frotter son cuivre. Il faut bien tromper son chagrin et occuper son esprit.

Un suicide regretté

On est le 19 juillet 1887. Il est 17H. Elle s’installe avec le chapeau de son mari sur les genoux et elle boit le vitriol. Mais le poison n’est pas aussi facile à avaler qu’un bon verre de vin. Peut-être la brûle-t-elle ?

Mme Dumoulin, la voisine, entend des cris de désespoir. Elle prévient Mr Galan, le beau père de Justine qui accourt et la trouve inconsciente. Il la frictionne avec de l’eau de vie et fait appeler le docteur qui lui donne un vomitif.

Justine peut prononcer quelques mots. Elle explique s’être empoisonnée avec le vitriol « mais qu’à présent elle regrettait de l’avoir fait. »

Justine ne mourra que le lendemain matin dans son lit…

Sources: 4M132-AD12, Le Narrateur

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Un suffrage universel et direct

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FĂ©v 102017
 

30 juillet 1848, les habitants de Pomayrols dans l’Aveyron sont appelĂ©s pour la première fois Ă  Ă©lire leurs conseillers municipaux au suffrage universel et direct.

Un mois pour renouveler tous les conseils municipaux

Article 1 du décret du 3 juillet 1848

Il sera procédé au renouvellement intégral des conseils municipaux de toutes les communes de la république. […] Les élections municipales auront lieu avant le 1er aout prochain.

DĂ©cret-03071848

Convoqués dans la maison Badoc

A Pomayrols (Aveyron), c’est le 30 juillet 1848 que sont convoqués les électeurs pour procéder à l’élection de 12 conseillers municipaux. Le lieu de rendez-vous n’est pas à la mairie ou à l’école communale comme dans d’autres communes. C’est la maison de Simon Badoc qui a été choisie, et il faut trouver une place dans l’endroit le plus apparent de la salle pour afficher un exemplaire de la liste des électeurs de la commune.

Premier suffrage direct et universel

La liste des électeurs est composée de près de 200 noms sur les 1055 habitants recensés en 1846. La nouveauté, c’est que ceux-ci ne sont plus choisis.

En effet la loi du 21 mars 1831 indiquait: « les conseillers municipaux sont Ă©lus par l’assemblĂ©e des Ă©lecteurs communaux. » « Sont appelĂ©s Ă  cette assemblĂ©e les citoyens les plus imposĂ©s aux rĂ´les des contributions directes de la commune âgĂ©s de 21 ans accomplis. »

Mais en 1848 la loi du 21 mars 1831 est partiellement abrogée. Et l’article 1 paragraphe 6 du décret du 5 mars 1848 précise que ce sont les citoyens ayant leur domicile réel depuis 6 mois qui sont appelés à voter. C’est un suffrage universel, enfin presque. Évidemment, seuls les hommes votent, et ils doivent être majeurs, soit 21 ans.

DĂ©cret-05031848

Installer le lieu de vote

Joseph Gaillard, maire de la commune fait placer dans la salle une table entièrement séparée du bureau où siègent le président, les scrutateurs et le secrétaire pour que les électeurs puissent y écrire leur vote à mesure qu’ils seront appelés. Le bureau est disposé de telle sorte que messieurs les électeurs puissent circulent à l’entour pendant le dépouillement du scrutin.

Ces opérations faites, il prend place au bureau. Après s’être assuré qu’il n’y avait dans la salle d’autres citoyens que ceux qui sont inscrits de la commune, il annonce que conformément à l’article 44 et 45 de la loi du 21 mars 1831, il est appelé à présider l’assemblée des électeurs de la commune et aussitôt il déclare la séance ouverte.

Il faut savoir lire et Ă©crire

Les membres du bureau sont désignés selon la loi du 21 mars 1831

Le maire donne lecture des articles 9, 10, 13, 20, 43 des paragraphes 3.3 de l’article 44, des articles 45, 46, 48, 49, 50, 51 et 52 de la loi du 21 mars 1831 puis il appelle au bureau pour faire les fonctions de scrutateurs les 2 plus âgés et les 2 plus jeunes des électeurs présents sachant lire et écrire.

Les 2 plus âgés sont Mrs Deltour, 53 ans, et Badoc, 58 ans. Les 2 plus jeunes sont Antoine Vidal 46 ans et Auguste Majorel 37 ans.

C’est ainsi que les uns et les autres prennent place au bureau et tous dĂ©signent de concert Joseph Gaillard, instituteur et ancien maire pour remplir les fonctions de secrĂ©taire.

Encore quelques textes de loi

Le bureau continue d’égrainer les règles de l’élection tant sur la majorité absolue, le nombre de personnes à élire que sur l’âge requis pour être élu (25 ans).

Un appel nominatif

Le premier scrutin est ouvert à 9H. Le président fait l’appel des électeurs au moyen de la feuille d’inscription des votants. Chaque électeur vient successivement et remet son bulletin écrit et fermé au président qui le dépose dans la boite placée sur le bureau destinée à cet usage.

A mesure que chaque électeur dépose son bulletin, un des scrutateurs ou le secrétaire constatent ce vote en inscrivant son propre nom ou son paraphe en regard du nom du votant sur la feuille d’inscription.

Ensuite, l’appel terminé, il est fait un ré-appel des électeurs qui n’ont pas voté. Ceux qui n’ont pas répondu à l’appel et au ré-appel peuvent ensuite se présenter pour voter jusqu’à la clôture du scrutin. Celle-ci a lieu à 14H. Le scrutin est resté ouvert 5 heures et 3 membres au moins du bureau sont restés en présent pendant toute sa durée.

Le dépouillement

Le nombre de votants est de 179. Le nombre de bulletins trouvés est le même. Ouf ! Le dépouillement peut commencer. Chaque bulletin est déplié, remis au président qui en fait lecture à haute voix et le passe à un autre scrutateur. Deux des scrutateurs et le secrétaire tiennent rôle du dépouillement sous la dictée du président.

  • Bouscary Pierre obtient 130 voix
  • Grousset Pierre 126
  • Alibert Pierre de Bonance 123
  • Poujol Pierre 119
  • Verlaguet Pierre 118
  • Caysac Antoine 116
  • Majorel J Pierre 112
  • Deltour Pierre de la Bessière 107
  • Badoc Ă  Lafage 106
  • Bouscary Victor de Lespinasse 102
  • Bouscary François 102

Les bulletins sont immédiatement détruits

Ayant obtenu la majorité des voix, les 11 citoyens sont élus membres du conseil municipal. Aussitôt les bulletins sont brûlés en présence de l’assemblée.

Le président prévient l’assemblée que selon l’article 32 de la loi du 21 mars les membres qui croient arguer les opérations de nullité peuvent faire actuellement leurs réclamations et d’ailleurs ils ont 5 jours francs, celui-ci non compris, pour les déposer à la mairie.

Toutes les opérations terminées, le procès- verbal est clos, le président en donne lecture et il déclare l’assemblée dissoute et lève la séance.

Un deuxième tour moins fréquenté

Mais l’élection doit avoir lieu avant le 1er aout, donc le deuxième tour de scrutin a lieu dès le lendemain, 31 juillet. Même lieu de rendez-vous. Les électeurs absents de la salle sont avertis.

Le 2ème scrutin est ouvert à 11 H. Appel, réappel, à 15 heures le vote est terminé.

Finalement, au dépouillement, on décomptera seulement 48 votants. Simon Badoc de Bruyairols est élu avec 38 voix. Son nom vient compléter la liste du conseil municipal.

 

Sources: 3M69-AD12, 1K286-AD12

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La guerre, c’est loin

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FĂ©v 012017
 

La garde nationale mobilisée sera habillée, armée et payée par les départements et les communes. Tel est le décret du 22 octobre 1870. Et vu de l’Aveyron, la guerre c’est loin….

decret

La guerre de 1870

19 juillet 1870, la France déclare la guerre à la Prusse. Les batailles se succèdent dans l’Est de la France et les défaites aussi. Napoléon III doit capituler le 2 septembre 1870 à Sedan. Mais la guerre continue.

En face des prussiens, on trouve l’armée active française, mais aussi la garde mobile appelée à l’activité dès le 12 juillet 1870. Parmi elle, des hommes peu équipés et non entrainés.

 

La mobilisation de la garde sédentaire

Le décret est signé le 29 septembre 1870. « Il sera dressé immédiatement dans chaque commune, par les soins des Maires, une liste de tous les Français valides âgés de 21 à 40 ans qui ne sont ni mariés, ni veuf avec enfants et qui ne sont incorporés ni dans l’armée activie ni dans la garde mobile. » La garde mobile sédentaire est à son tour mobilisée !

La liste des soldats s’élargit avec le décret du 2 novembre 1870. « Tous les hommes valides de 21 à 40 ans, mariés ou veufs avec enfants sont mobilisés. »

 

Une dépense à prendre en compte

Faire la guerre coûte cher. Il faut équiper les hommes, les nourrir… Et par décret du 22 octobre 1870, cette dépense est à la charge des départements et des communes.

« L’armement sera fourni par l’État. Toutefois, les communes contribueront aux frais d’achat ou de transformation d’armes effectuées par les commission d’armement dans la proportion de la moitié. »

Le contingent à payer par le département est de :

  • 60 francs par homme pour l’habillement et l’équipement ;
  • 3 mois de solde, calculĂ©s Ă  raison de 1fr50 par jour et par homme.

Payable au trésor public le 30 novembre pour l’habillement et l’équipement et les 15 et 30 décembre par termes égaux pour la solde.

calendrier

Préfets, vous avez 3 jours pour calculer le total à payer de votre département et pour prévenir les communes de leur quote part !

 

 3 millions de francs à trouver

12 000 hommes. C’est le nombre évalué du contingent de gardes mobiles pour le département de l’Aveyron. Avec l’équipement et la solde, cela porte à 2 580 000 francs de dépenses… Car le coût est de 215 francs par garde national mobile célibataire!

total

Mais un nouveau décret est tombé le 3 novembre. Il impose à chaque département de mettre sur pied « autant de batterie de campagne que sa population renferme de fois cent mille âmes. » Et ces quatre batteries aveyronnaises doivent être montées et équipées ! Montant prévisionnel 634 000 francs !

Total de la facture 3 214 000 francs

 

Trouver les ressources

3 millions ce n’est pas rien ! Le conseil général dans sa session du 3 octobre décide de voter un emprunt exceptionnel de 1 millions de francs remboursables en 8 annuités de 125 000 francs payables à compter de 1875.

Restent 2 213 439, 93 centimes qui est le montant du principal des 4 contributions directes (foncières, personnelles, patentes, portes et fenêtres) et qui sera réparti entre les communes.

reste-a-payerQuelques exemples de villages:

  • Valzergues, 507 habitants, 1 927,25 francs Ă  payer.
  • Aubin, 8863 habitants, 38 682,83 francs Ă  payer.
Montants

Montant de la participation des communes aux dépenses de la garde mobile

Mais nos politiques expliquent que ce n’est que 55% d’impôt annuel qui est demandé aux habitants…

 

Emprunt, imposition ou virement de fonds ?

Pour les communes, l’heure de réunir les conseils municipaux est arrivée. Trois choix (cumulables) s’offrent à nos élus :

  • l’emprunt. Les plus imposĂ©s de la commune, les conseillers ou la population qui en a les moyens peut proposer de prĂŞter de l’argent Ă  la municipalitĂ©. Il faut signer pour s’engager, mais vu le peu de volontaires, les dĂ©sistements sont finalement nombreux.
  • l’imposition. La guerre n’y est pour rien, mais la pĂ©riode est dĂ©jĂ  bien difficile pour nos aveyronnais. A Castelmary, « il y a une pĂ©nurie d’argent telle que de mĂ©moire d’homme on n’en a vue la pareille. EloignĂ©e de tout centre important, toutes les denrĂ©es du pays sont consommĂ©es sur place pour les bestiaux. Cette annĂ©e, cause de la sĂ©cheresse, l’espèce bovine et l’espèce ovine n’ont rien donnĂ©. La branche qui donnerait dĂ©jĂ  le plus Ă©tant le cochon gras, une Ă©pizootie terrible a dĂ©peuplĂ© les Âľ des porcheries » … de sorte qu’il est impossible de payer !
  • le virement de fonds. Mais prendre sur les budgets dĂ©jĂ  allouĂ©s pour la vicinalitĂ© n’est pas la bonne solution. A Plaisance, « vu le mauvais Ă©tat des routes et des chemins vicinaux dans des pays très accidentĂ©s, il est prĂ©fĂ©rable de garder ces fonds comme de première nĂ©cessité »

5 légions, 10 bataillons et 73 compagnies

Dans son arrêté du 17 novembre 1870, Louis Oustry, préfet de l’Aveyron, demande la création de 5 légions réparties en 10 bataillons et 73 compagnies.

Et c’est un nombre d’hommes mobilisables qui est Ă©valuĂ© Ă  13 074!  Cependant, ce chiffre pouvait ĂŞtre revu Ă  la hausse ou Ă  la baisse. La facture s’annonce encore plus salĂ©e.

Mobiles-Aveyron

La rĂ©partition des 5 lĂ©gions et 10 bataillons des gardes mobiles de l’Aveyron.

La guerre, c’est loin

C’est le sous préfet de Millau qui l’affirme:

« Quand Ă  la garde mobilisĂ©e, vous pouvez tenir pour certain que rien de sĂ©rieux et d’utile ne se fera dans les communes, il faudrait rĂ©unir dans un camp tout le contingent de l’arrondissement et le soumettre Ă  la discipline militaire. […] Quelque triste qu’elle paraisse, la vĂ©ritĂ© est que tous ces gens lĂ  ne se rĂ©signeront Ă  un sacrifice quelconque que quand l’ennemi sera dans le pays et alors mĂŞme ils diront qu’il est trop tard et ils capituleront tout qu’on voudra. »

Loin de penser que les aveyronnais n’ont pas été, eux aussi, touchés par les événements de 1870-1871, le sentiment qui ressort des délibérations des conseils municipaux est que l’effort financier à fournir était beaucoup trop important.

Les aveyronnais n’ont pas été en reste pour donner des vêtements, de l’argent, ou de l’énergie pour soutenir ces soldats, moblots et légionnaires. Ils ont, eux aussi, eu leur lot de morts, blessés et amputés. Mais il n’empêche que d’ici, la guerre c’est loin et c’est cher!

 

Sources: Rapports et délibérations du conseil général de l’Aveyron, Bulletin des lois, Le journal de Villefranche, 24R39-AD12, 1M552-AD12, PER1181-AD12, 1K374-AD12, 1K377-AD12

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Le pourboire de l’amitiĂ©

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Jan 202017
 

« Les étrennes sont le pourboire de l’amitié. » C’est l’expression utilisée par Gabrielle Cavellier dans le journal de cette veille de Noël 1904.

Avant de rajouter que l’auteur de cette définition avait oublié de mettre ses lunettes ! Et pour cause, les amis sont bien les derniers à bénéficier de nos étrennes !

etrennes

 

Trois sortes d’étrennes

Dans ce billet, la chroniqueuse détermine trois sortes d’étrennes : celles qu’on donne par plaisir, celles qu’on donne par devoir et celles qu’on donne par bêtise.

Dans les deux premières catégories, sont rangés les cadeaux faits entre parents et enfants, entre mari et femme ou entre oncle et neveux et nièces. Si elle fait la distinction entre les deux, il faut bien cependant envisager que parfois même si on offre par plaisir, on offre aussi un peu par devoir !

Pour les enfants, des bonbons, des sucreries ou des jouets « font l’affaire. » Pour les adultes, parfum, manteau, c’est souvent la femme qui est gâtée…

 

Des étrennes utiles ou des soldes ?

Les grands magasins savent très bien que les étrennes sont une bonne occasion de faire des affaires. Elles proposent donc des étrennes utiles : tissus, lainages, accessoires… A destination des femmes bien sûr, mais pas seulement.

Etrennes

Cette opération de charme ressemble cependant bien à nos actuelles soldes. D’ailleurs, selon le dictionnaire de la langue verte de Delvau, un solde est « un restant d’étoffe ; coupon, dans l’argot des marchands. »

Les publicités se multiplient et tout est fait pour attirer le client : auditions musicales, tombolas, pochettes avec calendrier, etc.

concurrence

Beaucoup de demandeurs

Raymond Bouchard dans son article de 1901 semble être excédé par le nombre de sollicitations de demandeurs d’étrennes.

« Attends toi à voir ébranler ta porte à coups de marteau, ou bien à ce que le cordon de ta sonnette soit un peu distendu à force d’avoir été mis à contribution. »

Il indique un tarif décroissant au fil de la journée ou de l’importance des demandeurs.

« Le facteur… une pièce blanche. Le ramasseur de bourrier 5 sous et un verre de vin. L’allumeur de réverbères 50 centimes en échange d’une image. Le fontainier, 20 sous. »

Celles qu’on donne par bêtise

Gabrielle Cavellier place dans la catégorie des « étrennes données par bêtise » celles dont on se sent obligés de donner. Et elle ajoute « Il y a abus. Tout le monde en convient mais qui réagira ? »

La liste croisée avec celle du chroniqueur Albert Jouon nous précise les catégories socio-professionnelles qui tendent la main pour obtenir une obole :

  • Les postiers avec le « classique calendrier au dos duquel se prĂ©lassent l’immuable carte dĂ©partementale et la nomenclature aussi invariable qu’erronĂ©e des foires et assemblĂ©es de la rĂ©gion. »
  • La concierge occasionnellement aimable.
  • L’allumeur de rĂ©verbères, le porteur de journaux, le fontainier, le commis Ă©picier, bref toutes ces pièces que nul ne nous oblige Ă  donner et pour qui « On me remerciera Ă  peine d’un bref hochement de tĂŞte, d’un coup de casquette. »

Calendrier

 

« Prenez vos précautions, ils ne rendent pas de monnaie. »

Vous n’aurez pas d’allumeur de réverbères à votre porte en cette année 2017. Mais le facteur, les pompiers, les éboueurs vous ont déjà probablement sollicités.

Ne cherchez pas non plus les sommes obtenues par vos ancêtres concierges ou fontainiers dans les archives. Ces revenus sont toujours restés très discrets.

Par contre, fouillez vos archives personnelles. Vous y trouverez peut être (pour les quarantenaires) le montant versé annuellement sur les livrets en début de chaque année par les bénéficiaires d’étrennes.

 

Et n’oubliez pas, « la manière de donner vaut mieux que ce qu’on donne. »

 

 

Sources; Le Narrateur AD12, le dictionnaire de la langue verte numérisé par Gallica

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Pour ne pas envoyer une carte de vœux

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Jan 042017
 

Soit vous envoyez une carte de vœux, soit vous donnez 3 francs pour les pauvres ! Ce système mis en place à Villefranche de Rouergue a fonctionné pendant de nombreuses années.

bonne-annee

Des vœux sous de multiples formes

Un tweet, un SMS, un coup de fil, une carte de vœux, une longue lettre, une visite… Tout est possible pour échanger ses vœux, selon l’époque et les habitudes de chacun.

En 1896, Claire Leriche dans le journal local aveyronnais précise l’usage de la carte de visite, alors utilisée comme carte de vœux.

La carte qu’on envoie

« La carte de visite s’envoie aux amis et connaissances avec qui on n’a pas de rapports de tous les jours. On peut y annoter ses bons souhaits suivant le degré des relations, l’envoyer sous enveloppe ou sous bande. La carte doit contenir vœux, souhaits, compliments de condoléances, félicitations, remerciements ou autres formules de politesse, exprimées en termes impersonnels et n’excédant pas 5 mots. »

5 mots ! « Meilleurs vœux pour cette nouvelle année. » c’est donc déjà trop !

Pour les plus intimes, on utilise la lettre.

La lettre sur feuille double

« Si l’on est obligé de leur écrire, on emploie une enveloppe carrée blanche. Le papier à vignettes et les petits cachets ornés de fleurs sont de très mauvais goûts. Il ne faut jamais se servir d’abréviations qui ne sont bonnes que pour les notes prises sur un cahier ou dans les rapports entre commerçants.

D’autre part, écrire sur une feuille simple est toujours de mauvais ton même chez une femme riche, qui ne peut certes pas invoquer l’économie ; la plus petite lettre exige une feuille double. »

Finalement, une carte, c’est plus rapide.

La carte qu’on emporte cornée !

L’idĂ©e de prĂ©senter ses vĹ“ux, c’est surtout l’occasion de rendre visite Ă  des amis ou de la famille qu’on ne voit que rarement. Alors imaginez la situation oĂą vous prĂ©sentez vos vĹ“ux, carte Ă  la main (version 1896.)

« La carte tient lieu, parfois, d’une visite. En ce cas, il faut la porter soi même et en corner un des angles du côté droit. »

Si vous trouvez une carte de visite cornĂ©e, vous serez qu’elle a Ă©tĂ© transmise Ă  la main!

Une idée issue de la guerre de 1870

A Villefranche de Rouergue, c’est le comité de secours aux familles qui ont perdu ou qui ont leurs soutiens à l’armée qui en a l’idée. Au lieu de faire des frais pour envoyer des cartes de visite comme cartes de vœux, pourquoi ne pas donner un montant (libre) à cette œuvre pour l’aider dans ses actions.

Le don moyen est de 3 francs et tous les noms des donataires sont imprimés dans le journal.

Avocats, notaires, juges, curés, médecins, pharmaciens, professeurs… La liste est plutôt élitiste mais les appels aux dons ne manquent pas dans les communes pendant ces jours de guerre.

Transformer l’essai

Décembre 1871, la guerre est terminée mais les donateurs semblent avoir aimé cette idée de se débarrasser de la corvée de vœux. Le journal propose donc de gérer à nouveaux la diffusion des listes des « dispensés d’envoi de carte »

Le montant n’est pas précisé mais il semble qu’il soit d’ores et déjà fixé à 3 francs. Les recettes sont données aux religieuses de l’hôtel Dieu de la ville pour être redistribuées aux pauvres.

Une idée qui dure

10 ans après son lancement, l’appel aux dons continue d’être fidèlement relayé par le journal. Il est destiné à ceux qui préféreront « consacrer la journée du 1er janvier à leur famille, que de s’astreindre à des formalités surannées, qui dégénèrent en véritable corvée. »

1905 semble être la dernière année où les donataires ont pu être exemptés de cartes de vœux. L’action aura perduré 35 ans !

Sources: le narrateur, le journal de Villefranche – AD12

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Quand deux hommes honorables font un faux témoignage

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Nov 252016
 

Ils s’appellent Jean Antoine Roucayrol et Joseph Privat. Ils ont tous les deux 44 ans. L’un est maçon, l’autre cultivateur. L’un est père de trois enfants, l’autre célibataire. Les deux vont faire un faux témoignage.

cheval

PrĂŞte moi ton cheval 4 ou 5 jours

Le 18 juillet 1869, Jean Antoine Roucayrol rentre de Saint Affrique vers 21H. Il s’entretient brièvement avec la femme Chiffre puis il rentre et se couche sans souper. Sa femme vient le trouver et lui demande d’aller au mas de Lavagne pour faire transporter des matériaux. Il se relève, s’habille et part. Il arrive sur place entre 22 et 23 heures. Depuis la cuisine de la maison, il entend une discussion entre les sieurs Niel et Canac qui a lieu dans la cour ou dans l’écurie. Niel demande à Canac de lui laisser un cheval à l’essai pendant 4 ou 5 jours. Canac lui répond « Si tu le veux, emmène le, sinon laisse le. »

Dans la même soirée, Joseph Privat boit et mange avec plusieurs individus à l’auberge de Broussette. Il part ensuite au Mas de Lavagne pour traiter un marché de deux béliers avec Canac, marché commencé quelques jours plus tôt. Arrivé audit lieu, il entend lui aussi une discussion entre les sieurs Niel et Canac. Niel demande un cheval à l’essai pendant 4 ou 5 jours, Canac lui répond « c’est à prendre ou à laisser. »

Jean Antoine Roucayrol et Joseph Privat affirment ne pas s’être vus.

Tu ne m’as pas payé le cheval

Fin juillet 1869, Jean Canac intente une action devant la justice de paix contre Maurice Niel. Il réclame le prix de 52 francs pour la vente d’un cheval. Maurice Niel rétorque qu’il ne va pas payer car la vente était « conditionnelle et subordonnée à l’essai préalable du cheval. »

Deux personnes viennent au procès témoigner sous serment : Jean Antoine Roucayrol et Joseph Privat. Les deux hommes répètent leurs propos et Maurice Niel est condamné à payer le prix du cheval et les frais de justice.

Faux témoins

Mais après enquête, les dépositions des témoins sont contredites. Jean Antoine Rouquayrol a été vu dans les rues de son village par plusieurs témoins et sa propre femme a déclaré qu’il n’était parti que vers 22H. Le chemin entre sa maison et le mas de Lavagne étant d’environ 1H30 de marche, il est impossible qu’il soit arrivé avant 23H30.

Pour Joseph Privat, ce sont les occupants de l’auberge ou des champs environnants qui contredisent le témoin. Il a été vu vers 22H15 à l’auberge par Alinat qui était charger d’arroser les champs cette nuit là. Impossible de parcourir les 2 heures qui séparent ce lieu du mas de Lavagne et de s’y trouver avant 22 heures, heure où le marché du cheval a été conclu.

Par ailleurs, les deux hommes ne se sont pas vu, ils l’affirment ! Cependant le Sieur Gravier les a vu ce soir là repartir de Lavagne ensemble. Difficile de ne pas se voir…

Des arguments démontés

Les juges sont sceptiques. « Illuminé par une inspiration soudaine », Rouquayrol se serait relevé dans la nuit pour aller urgemment demander à Canac de lui faire un transport de pierres. C’est donc qu’il avait une journée de travail très chargée le lendemain… qu’il a passé dans l’oisiveté et à la pêche.

Privat, lui, a été vu couché dans les champs sur un tas de paille avec le sieur Pujol à ses côtés, il faut dire que la soirée avait été arrosée et le repas copieux. Alors que son collègue dort, il se réveille en sursaut et par « un souvenir subit » il quitte les lieux et court au Mas de Lavagne pour traiter en urgence d’un contrat de 2 béliers, quitte à réveiller Canac.

Bref les deux hommes ont une envie soudaine « d’interrompre leur sommeil et de voyager. Ils arrivent au Mas de Lavagne Ă  la mĂŞme heure, se cachent tous les deux pour entendre un marchĂ©, ne se voient pas et repartent chacun de leur cĂ´tĂ© dans la mĂŞme direction ».

Une condamnation pour faux témoignage

Il est reconnu que les deux hommes ont fait un faux témoignage mais n’ont pas touché d’argent pour le faire. Ils sont condamnés tous les deux à 6 mois de prison, 50 francs d’amende chacun et aux frais de justice pour 151,15 francs.

 

Source : 8U461-AD12

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Qui va Ă  la chasse… doit en avoir le droit!

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Oct 072016
 

Qui va Ă  la chasse doit en avoir le droit. C’est-Ă -dire, respecter les dates d’ouvertures de chasse, ne pas chasser sur les terrains sans le consentement des propriĂ©taires et avoir un permis de chasse.

Une nouvelle loi

C’est la loi du 3 mai 1844 parue dans le bulletin des lois N°1094 qui va modifier la réglementation de la chasse en France en remplaçant les permis de port d’armes par les permis de chasse. Elle abroge le décret du 4 mai 1812 et la loi du 30 avril 1790.

Chaque nouvelle loi apporte son lot de mécontents. Les ports d’armes délivrés avant cette modification sont-ils toujours valables ? Après discussion entre les « départements » de la justice et l’intérieur, il est décidé de ne pas poursuivre les possesseurs de l’ancien permis jusqu’à leur expiration.

nouvelle-loi

Les ouvertures de la chasse

La chasse est réglementée dans chaque département par le préfet qui indique par arrêté les dates d’ouvertures et de fermetures de la chasse.

ouverture

En dehors de ces périodes, il n’est pas permis de chasser, « de vendre, d’acheter, de transporter et de colporter du gibier. » En cas d’infraction, le gibier est saisi et livré à l’établissement de bienfaisance le plus proche. Une fouille à domicile peut être faite mais uniquement chez les professionnels (aubergistes, marchandes de comestibles et lieux publics).

Des arrêtés peuvent également être diffusés pour des chasses exceptionnelles.

chasse-exceptionnelle

Un nouveau permis de chasse

Le permis de chasse de 1844 coute 25 francs. 15 francs sont destinés au trésor public et 10 francs au profit de la commune où réside le chasseur.

quittance

Cette demande est soumise à l’avis du maire, du sous préfet, et du préfet. Quand celle-ci est acceptée et que la quittance est acquittée, le chasseur se voit attribuer un permis au format A4, valable un an, avec son signalement et son lieu de résidence.

permis-1846

 

Ayant constaté que certains se permettaient d’aller chasser dès qu’ils avaient payé la quittance ou après réception de l’avis de réception du permis, les modalités administratives changeront plusieurs fois avec notamment une délégation de signature aux sous préfets en 1860.

Quand le permis est refusé

Les moins de 16 ans et les interdits ne sont pas autorisés à avoir un permis de chasse mais d’autres catégories sont également concernées.

C’est l’article 6 de la loi donne la facultĂ© de refuser le permis Ă  certaines personnes alors que l’article 8 indique les catĂ©gories d’individus qui doivent ĂŞtre refusĂ©s. Parmi les premiers, on trouve des condamnĂ©s pour violence, rĂ©bellion, abus de confiance mais aussi mendicitĂ© ou vagabondage. Ce refus cesse 5 ans après l’expiration de la peine.

Les refus catégoriques sont exprimés entre autres aux condamnés placés sous la surveillance de haute police.

article-8

 

Le cas des femmes et des Ă©trangers

Les femmes qui demandent un permis? Aucun problème pour leur délivrer!

Pour les Ă©trangers, le cas diffère. Ceux rĂ©sidant en France n’ont pas de raison de se voir refuser le permis. Pour les voisins de la frontière, qui n’ont pas de domicile fixe et connus en France, il est demandĂ© de ne pas leur accorder de permis de chasse.

femmes

 

J’ai perdu mon permis

« J’ai perdu mon permis ! » Vous pensez bien que les moyens de contrôle de la véracité de ces propos n’étaient pas aussi performants qu’aujourd’hui. La loi prévoit donc que toute perte de permis nécessite une nouvelle demande et donc de s’acquitter une deuxième fois du prix…. Sauf si le certificat s’est perdu dans les bureaux de l’administration!

perte

Une interdiction exceptionnelle

Juillet 1870, la France est en guerre contre la Prusse. Arrive la période d’ouverture de la chasse. Un décret national parait le 13 septembre pour interdire la chasse dans toute la France dans l’intérêt de la défense nationale. L’arrêté du préfet de l’Aveyron interdit la chasse dans le département à compter du jeudi 22 septembre.

1870

La guerre est loin, alors les chasseurs aveyronnais sont mécontents. Le préfet donne la consigne au choix de la personne:

  • restituer le prix des permis dĂ©jĂ  dĂ©livrĂ©;
  • reporter le temps non utilisĂ©s;
  • pour ceux qui n’avaient que le certificat de paiement de l’utiliser pour la prochaine pĂ©riode.

Le non respect de la loi

La loi est faite pour être respectée et les gendarmes veillent à son application. Parfois ils arrivent trop tard et ne font que saisir les fusils abandonnés.

fusils

Quand le contrevenant est saisi sur le fait, il est convoqué devant le tribunal correctionnel de sa circonscription. Il paiera une amende d’au moins 16 francs….

Sources: 4M239-AD12, 4M220-AD12, 4M240-AD12, 6U428-AD12

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Ces ancêtres endettés

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Août 122016
 

Multiplier les sources généalogiques (et surtout les exploiter) réserve parfois des surprises, bonnes ou mauvaises, pour nos ancêtres.

Un mariage aisé

Jean Joseph Terral, 39 ans, se marie avec Marie Claire Bessière, 24 ans en 1830. Le futur couple passe en contrat de mariage chez Maitre Bec, notaire à Broquiès, qui se déplace au domicile de la famille Bessière. C’est un régime dotal qui est choisi, histoire de protéger les biens de chacun.

Du côté du futur époux, sa mère lui donne 1/3 de tous ses biens par préciput et son frère lui revend sa part de droits successoraux paternels. Cela évite un partage entre les deux frères.

Du côté de la future épouse, les sommes sont plus importantes. Melle Bessière s’est constitué 1 500 francs de dot et son père lui donne 13 500 francs dont 12 000 francs payables avant sa mort. 3 000 francs sont même acquittés de suite.

Contrat-Mariage

Une vie ordinaire

Le couple a plusieurs enfants dont certains ne survivent pas. Au décès de Jean Joseph Terral en 1867, 3 enfants sont cités, un garçon, Philibert, et deux filles Christine et Rosalie, qui habitent tous au village.

Quand Marie Claire Bessière décède en 1878, une troisième fille est listée, sœur en religion à Clairvaux.

Côté patrimoine, un peu de mobilier pour 138 francs et un domaine dans le village pour la 1ère succession.

Succession

Pour la succession de Madame, on ne retrouve que la reprise de sa dot.

 

Rien de particulier ?

Les recherches se poursuivent sur le patrimoine. A la vue des dates de décès, ce sont les hypothèques qui semblent pouvoir apporter plus rapidement des informations.

La case de Jean Joseph Terral nous informe de quelques mutations (deux achats avant le mariage, trois ventes en mai 1859 et une expropriation).

Hypothèques

C’est l’expropriation qui a notre préférence. Elle a lieu en 1862 et est finalement initiée au profit de la commune pour redresser un chemin.

Côté ventes, l’une concerne du terrain vendu à un prêtre, la deuxième un terrain vendu sous seing privé. La troisième concerne des arrangements entre les deux frères Terral. En effet dans le contrat de mariage, et pour éviter le partage, Jean Joseph devait payer à son frère sa part de droits successoraux, ce qui n’a pas été fait. Jean Joseph avait promis à son frère de lui faire construire une maison, ce qui n’a pas été fait. Bref, l’acte formalise les dettes fraternelles.

Entre-frères

Oui, mais…

Si vous avez lu le titre de ce billet, vous vous doutez bien que l’histoire n’est pas si ordinaire.

Ce qui est frappant, c’est un document consulté précédent : la case du répertoire de formalités d’hypothèques. Alors que la partie gauche est assez banale, celle de droite liste un grand nombre de créances pour de fortes sommes et toutes à la même période : mai 1859.

Créances

La circulaire de 2009 n’ayant pas fait éliminer les registres d’inscriptions de créances avant 1865, ce sont 5 volumes qui vont permettre de découvrir un nouveau pan de la vie de Jean Joseph Terral.

En faillite suite Ă  une mauvaise gestion

Jean Joseph Terral fait des affaires, beaucoup et finalement pas que des bonnes ! En 1859, c’est un coup d’arrêt qui lui est assigné : il est déclaré en faillite par le tribunal de commerce de Millau.  Les scellés sont apposés le 1er juin sur son domicile, ses meubles, ses livres de comptes, etc.

Faillite

La nouvelle est évidemment annoncée dans la presse.

Son actif est évalué à 50 000 francs mais ses dettes sont proches de 200 000 francs.

Parmi ses créanciers, des agents de change, des banquiers, des propriétaires, le boulanger, une domestique pour arriérés de salaires, mais aussi la mère supérieure du couvent de Clairvaux qui attend les 2 000 francs de dot promis à l’entrée en religion de Marie Terral.

Jean Joseph Terral conteste dès le 7 juin être commerçant. Cet argument est rapidement rejeté par le tribunal. Il est jeté en prison pour contrainte par corps pour dettes.

Créanciers

 

Protéger les biens de Madame

4 jours plus tard, Marie Claire Terral va au tribunal, elle expose son cas et demande à protéger sa dot en faisant une séparation de biens avec son mari. Cette demande lui est accordée et, par exploit d’huissier du 10 juin, son mari est averti de sa démarche. Il faut attendre le 12 aout 1859 pour que le jugement de séparation soit prononcé. La lecture de celui-ci est faite 10 jours plus tard au tribunal de commerce.

Se séparer ne signifie pas divorcer. Cette démarche a surtout pour but de préserver les biens de Mme Terral et de lui permettre de continuer d’entretenir et prendre soin de ses enfants et de son mari.

Demande-sépartion

La faillite et après ?

Le dossier de faillite est en lacune dans les archives, mais quelques jugements permettent d’obtenir des informations sur la suite de l’affaire.

Un syndic provisoire, puis définitif, est nommé pour suivre la faillite de Mr Terral. Les créanciers ont indiqué les sommes qui leur sont dues et doivent justifier de la véracité de celle-ci.

Près d’un an après l’annonce de la faillite, la situation va s’éclaircir et un concordat va être signé avec les créanciers. Le frère de Jean Joseph Terral s’engagera à payer 20 000 francs au syndic (plus les intérêts, et les frais divers).

L’état de faillite est levé avant l’été 1860.

Fin-Faillite

Deux ans plus tard, c’est l’expropriation pour redresser la route puis le décès de Jean Joseph, mais ça, vous le saviez déjà…

 

Sources 4E299-3/AD12, 4E299-4/AD12, 4E138-10/AD12, 3E18436-AD12, 3E27399-AD12, 70Q236-AD12, 70Q147-AD12, 70QBIS28-AD12, 70QBIS35-AD12, 70Q200-AD12, 4Q1661-AD12, 4Q1905-AD12, 4Q2015-AD12, 4Q2016-AD12, 4Q2037-AD12, 79Q57-AD12, 79Q172-AD12, 79Q173-AD12, 79Q174-AD12, 6U 170-AD12, 6U532-AD12, 1059W50-AD12, 1059W51-AD12, Y115-AD12, PER605-AD12

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Boire ou conduire…

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Juil 222016
 

Sur la route de Rodez

Le 6 février 1889, François, domestique chez Mr Moly, voiturier à Naucelle conduit vers Rodez une voiture dans laquelle se trouve Mr Broussy, directeur de l’école laïque de Naucelle.

Il est 18H30, la nuit est tombée et le temps est glacial. Arrivés au trois quart de la côte de la mouline à Rodez (actuelle avenue de Toulouse), au niveau de l’école normale, Mr Broussy dit au chauffeur :

« Allez voir ce qui se trouve sur le bord de la route car quelque chose vient de remuer lĂ . »

Avec l’obscuritĂ©, François ne perçoit qu’une masse noire gisant dans la neige. Il descend du vĂ©hicule et crie « C’est un homme! »

AussitĂ´t Mr Broussy descend et les 2 hommes relèvent Mr Bousquet, entrepreneur des omnibus Ă  Rodez, ensanglantĂ© et presque inanimĂ©. Il ne peut pas expliquer ce qu’il fait lĂ  mais comme ses sauveurs voient sa voiture arrĂŞtĂ©e un peu plus loin, ils comprennent qu’il s’est laissĂ© tomber de son siège.

Homme

Pris de vin, saisi par le froid, Ă©tourdi par la chute et trempĂ© par la pluie fine qui se congèle au fur et Ă  mesure qu’elle tombe, l’homme est chanceux d’avoir Ă©tĂ© retrouvĂ©.

Après l’avoir assis sur le siège de sa voiture, Mr Broussy se place Ă  ses cĂ´tĂ© et prend les guides pour ramener Mr Bousquet chez lui. Il comprend que le cheval faisait des efforts car le frein Ă©tait serrĂ©, ce qui explique que la voiture n’est pas partie plus loin après la chute du conducteur.

Le conducteur ne cède pas les rênes

Mr Bousquet reprend ses sens et machinalement il s’accroche aux guides. Il se met Ă  pousser des cris incohĂ©rents que le cheval ne comprend pas. L’animal, perdu par ces ordres, se dĂ©place de gauche Ă  droite sur la route, frĂ´lant les fossĂ©s.

Les conditions météo sont mauvaises. La route est verglacée, le cheval tombe 2 fois et se relève, puis se met à courir de plus en plus vite.

Mr Broussy,le directeur d’Ă©cole, ne peut plus descendre du vĂ©hicule et il ne parvient pas Ă  arrĂŞter Mr Bousquet, il doit par ailleurs le retenir car le chauffeur ivre menace de tomber Ă  chaque instant. François n’arrive pas Ă  suivre cet Ă©quipage et prĂ©fère mener son Ă©quipage Ă  son rythme pour rentrer entier.

Plan

Une chute Ă  l’arrivĂ©e

ArrivĂ© vers l’enclos de l’asile des aliĂ©nĂ©s près du foirail, le cheval tombe Ă  nouveau. Mr Bousquet, pas encore dĂ©grisĂ©, veut descendre. Comme un ressort qui se dĂ©tend il se lève et tombe dans les roues du vĂ©hicule, les jambes engagĂ©es entre les rais.

Mr Broussy le saisit brusquement Ă  bras le corps et le replace sur le siège. Il court tenir la tĂŞte du cheval pour que l’animal ne bouge pas et qu’il ne broie pas les jambes de l’entrepreneur. Mr Broussy crie au secours et une voisine sort de la maison des militaires. D’autres personnes finissent par arriver.

Mr Bousquet est descendu du siège par les témoins et le cheval est descellé. Mr Broussy court appeler Mme Bousquet. Colère, humiliation, résignation, on ne sait pas comment elle a réagi.

Pour se remettre de ses Ă©motions, Mr Broussy va se rĂ©fugier chez son homonyme (mais non parent) au cafĂ© Broussy qui l’entoure de ses soins les plus empressĂ©s. Quant Ă  François, l’histoire ne dit pas oĂą il a fini la soirĂ©e.

Broussy

Sources 1M698-AD12

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