Baudin Jean, mort pour la France

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Mai 022016
 

Jean Baudin est né le 23 février 1873 à La Chapelle au Mans au lieu-dit Pailloux. Ses parents, Gabriel Baudin et Charlotte Muet, après avoir longtemps habité le hameau de Montpalais à Grury, y exercent la profession de journaliers. Ils décèdent en 1881 et 1883. Jean Baudin part alors travailler comme cultivateur à Cressy sur Somme.

L’armée avant le mariage

A 20 ans, c’est l’heure de la conscription. Jean Baudin est affecté au 19ème bataillon de chasseurs à pied pour faire sa période militaire. Après 3 ans sous les drapeaux, il revient à Cressy le 19 septembre 1897.

Deux mois plus tard, il épouse Jeanne Goudier à Tazilly (58) et leur fille Jeanne nait en aout 1898 au lieudit Crevant à Grury. La famille déménage à Chizeuil, commune de Cressy sur Somme au début du 20ème siècle avant d’habiter la Croisette à Grury en 1914.

Grury

Un territorial aux GVC

Quand arrive l’heure de la mobilisation générale, Jean Baudin a 41 ans. Il est dans la réserve de l’armée territoriale mais il n’est pas libéré de ses obligations militaires. Il part donc rejoindre le 63 RIT le 2 septembre 1914 à Autun. Le gros du régiment est parti les 9 et 10 aout pour Besançon.

Jean Baudin est affecté au service des gardes des voies de communication du 17 septembre au 26 octobre 1914. Surveiller des voies ferrées, des canaux, des réseaux téléphoniques stratégiques, c’est la fonction assignée aux GVC.

Retour chez les chasseurs Ă  pied

Le 6 novembre 1914, il est affecté au 4ème bataillon de chasseurs à pied. A cette épode, ce régiment s’apprête à être transporté à Saint Pol sur Ternoise pour participer à la bataille des Flandres.

Les troupes sont positionnées à proximité de Saint Eloi (Belgique) dans les jours suivants.

St-Eloi

Les journĂ©es du 11 au 14 novembre 1914 sont particulièrement meurtrières. Quand le 4ème BCP est enfin relevĂ©, il ne peut se reformer qu’avec 4 compagnies par bataillons au lieu de 6.

Les hommes repartent au front à Langemarck deux jours plus tard et tentent de s’organiser dans les tranchées.

Le 14 décembre, une attaque est prévue en collaboration avec l’armée britannique. Les terrains sont détrempés et les tranchées remplies d’eau. La 2ème compagnie parvient à faire 40 mètres mais ne peut pas aller plus en avant sous le tir ajusté des allemands. De nouvelles attaques sont tentées les jours suivants, tout autant meurtrières que les précédentes.

Début janvier, alors que l’ennemi ne tente aucun mouvement, les hommes sont occupés à l’assèchement des tranchées et à la construction de boyaux de communication.

Retour chez les territoriaux

A compter du 26 février 1915, la 11ème division ne doit plus disposer de bataillon territorial. Jean Baudin est alors affecté au 28ème régiment d’infanterie territoriale. Ce régiment est à Arras en ce début d’année 1915 et son régiment est chargé de garder les tranchées, mais aussi de travailler sur la création de boyaux de communication. Le journal de marche égrène le nom des blessés ou des morts par éclats d’obus.

A partir du 25 avril 1915, l’ensemble du régiment est affecté aux travaux dans les boyaux de jour comme de nuit sauf les hommes nécessaires à la garde des issues qui sont prélevés dans le 3ème bataillon. Cette organisation perdure jusqu’au 6 mai 1915 où une attaque générale se prépare.

La tâche des territoriaux est détaillée le 17 mai : alors que certains vont clairement en première ligne, d’autres sont affectés au service de place, à la disposition du colonel, au transport de matériel et de munition, à la garde des dépôts de vivres ou de munitions, à l’inhumation des morts, la garde des prisonniers ou du piquet et comme évoqué précédemment aux travaux de construction ou restauration des boyaux.

Les hommes continuent quotidiennement le ravitaillement des premières lignes en munitions notamment pendant les combats de Carency. Cette « corvée » génère des pertes humaines régulières.

Départ pour l’Argonne

Le 7 juillet 1915, la 84ème division est dissoute. Le 28ème RIT est affecté au 10ème corps d’Armée et devient réserve d’infanterie.

Le dimanche 25 juillet, les 3 bataillons sont embarqués en automobiles à destination de leur cantonnement de repos au sud ouest d’Amiens. Ils quittent les lieux le 31 juillet à destination de la Meuse (Nettancourt). Une semaine plus tard, c’est le départ pour l’Argonne : Florent en Argonne, La Harazée et Vienne le Château.

Baudin-Argonne

D’Arras Ă  Amiens avant d’ĂŞtre transportĂ©s Ă  Nettancourt pour rejoindre Vienne le Chateau…

Les hommes recommencent leurs travaux dans les boyaux ou de défense des lignes. Les pertes par éclats d’obus sont quasi quotidiennes. Le 5 septembre, le sergent Fuchet tire sur un avion ennemi et abat le caporal Boulay qui sortait à ce moment précis de l’abri N°4 de la citadelle de Vienne le Château.

Commis et Ouvriers d’Administration

Jean Baudin est affectĂ© Ă  la 12ème section de COA le 28 novembre 1915. Ces commis et ouvriers d’administration sont gĂ©nĂ©ralement appelĂ©s Ă  des tâches liĂ©es Ă  l’intendance.

Le temps continue de s’Ă©grener avec son lot de pertes humaines, parfois dans des circonstances accidentelles comme ce 25 janvier 1916 oĂą les exercices de lancement de grenade finissent mal.

Baudin-Grenade

Un énième obus

Jean Baudin est tuĂ© par des Ă©clats d’obus Ă  Vienne le Chateau le 2 mai 1916 comme plusieurs soldats de son rĂ©giment. Il avait 43 ans.

Baudin-Tué

Il est enterré à la nécropole nationale de Florent sur Argonne dans la tombe N°621 et est inscrit au tableau spécial de la médaille militaire.

Baudin

Sources: 5E88/9-AD71, 6M Recensements Grury, Cressy, La Chapelle-AD71, 1R-RM Autun-AD71, 26N817/1-sga, 26N817-2-sga, 26N779/9-sga, 26N779/10-sga, Le miroir-Gallica

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Durand Jean Marie, mort pour la France

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Avr 122016
 

Jean Marie Durand est né le 3 février 1889 à Grury. Il est le fils unique de Louis Durand et de Marie Gogneau, tous les deux cultivateurs au hameau de Brion.

Le 1er octobre 1910, il part faire son service militaire au 60ème régiment d’infanterie et rentre à Grury 2 ans plus tard. Quand sonne l’heure de la mobilisation générale, Jean Marie Durand rejoint son régiment et arrive à Besançon le 3 aout 1914.

L’Alsace redevient française

Les hommes sont transportés par train jusqu’à Belfort avant de se placer à la frontière allemande à Foussemagne. Un premier homme est blessé le 6 aout, plusieurs hommes (dont un capitaine et un lieutenant) meurent le 7 aout, mais Altkirch est pris.

« On fête dans les cafés la résurrection de l’Alsace désormais française. »

Durand-Aout 1914

La reprise « facile » de l’Alsace en aout 1914

Pendant ce temps là, les allemands se montrent brutaux à Mulhouse et font des perquisitions à la recherche d’éventuels soldats cachés par les habitants.

Le 18 aout, le régiment doit faire une entrée triomphante dans Mulhouse. C’est chose faite dans la journée. La guerre semble presque trop facile jusqu’à l’ordre d’évacuation de la ville le 24 aout.

 

En renfort dans la Somme

Le régiment est embarqué à Belfort le 26 aout 1914 au matin et sort des trains le lendemain soir à Villers-Bretonneux. La chaleur est accablante en Picardie et c’est sans discontinuer que les soldats voient avec étonnement et tristesse ces « files de gens qui fuient l’invasion » emportant avec eux leurs maigres affaires.

Le 29 aout 1914, un combat acharné a lieu dans le secteur de Proyart. Le terme de « pertes sensibles » fait comprendre que les 60 morts inhumés par le curé de Framerville sont très en dessous du nombre réel de décès ce jour là.

D’ailleurs, c’est l’heure de la retraite. Les hommes évacuent la Somme pour se réfugier en arrière, marchant sous un soleil de plomb et faisant sauter les ponts derrière eux. Ils s’approchent de Paris et aperçoivent à l’horizon les tours du Sacré Cœur de Montmartre et la Tour Eiffel.

Le régiment va s’établir à Plailly le 4 septembre 1914. Un mois seulement de guerre et déjà tant de kilomètres.

Durand-Sept 1914

La retraite de la Somme Ă  l’Oise – Septembre 1914

 

La bataille de l’Ourcq

Dès le 5 septembre 1914, le 60ème régiment d’infanterie doit repartir au combat direction Bouillancy et la vallée de l’Ourcq. Deux jours plus tard, il est dirigé vers la ferme Nogeon à Réez-Fosse Martin qui est détruite, ainsi que la distillerie attenante lors de 3 jours de bombardements acharnés par les allemands.

Nogeon

La ferme Nogeon détruite

Le régiment ne compte plus que 12 officiers et 926 hommes.

 

L’avancée dans l’Aisne

Après une journée pour se réorganiser, les hommes doivent reprendre la route le 11 septembre. Ils passent l’Aisne le 12 au soir et vont s’installer dans les tranchées vers Autrèches pendant de longs mois.

Durand-Sept - oct 1914

La remontée vers Autrèches

Le 12 novembre 1914, l’ordre est donné d’attaquer le plateau de Nouvron. A 13h, après 5 heures de combat, le verdict est sans appel : l’attaque a complètement échoué. On propose au général de remonter une opération dans l’après midi mais avec l’aide de l’artillerie. L’action se termine avec la tombée de la nuit sur un échec des troupes françaises.

Echanges sympathiques avec les allemands

Le journal de marche du 19 novembre 1914 qualifie l’incident de « très bizarre. » Des allemands sortent des tranchées et demandent à parlementer. L’officier allemand prétend que les allemands et les français avaient tort de se faire la guerre et que seuls les anglais étaient nos ennemis communs.

Durand-Allemands

Des journaux allemands sont remis aux français et l’officier indique qu’il reviendra le lendemain à 9 heures mais le général français, averti de l’incident, ordonne de ne plus engager de conversation avec les allemands. L’allemand tient parole et rapporte les papiers du lieutenant Mettetal comme il l’avait promis la veille, les français, eux, obéissent à l’ordre du général.

Repos, vaccination et Noël

Dans la nuit du 13 au 14 décembre 1914, le 60ème RI est relevé par le 170ème RI. Les hommes prennent du repos, sont vaccinés, nettoient leurs armes et leurs affaires, font des exercices. Le 22 décembre, de nombreux paquets de Noël arrivent et sont distribués aux soldats. Le 25 décembre, la musique passe dans l’après midi sur la place de la mairie.

Le surlendemain, une visite est faite par les mĂ©decins pour classer les hommes en 3 catĂ©gories : les « incapables Ă  pouvoir continuer la campagne » donc Ă  renvoyer au dĂ©pĂ´t, les « à mĂ©nager » qui doivent ĂŞtre portĂ©s en rĂ©serve et les « solides » qui continuent les combats. Cette opĂ©ration vise a diminuer sensiblement le nombre de soldats de la compagnie Ă  un chiffre de 200-220 hommes.

Alors que les vœux de la nouvelle année sont transmis de grade en grade, l’ordre de départ est fixé au 2 janvier. Les nouveaux cantonnements sont fixés autour de Nampteuil, au sud est de Soissons.

Retour dans les tranchées

Le 11 janvier 1915, les hommes du 60ème RI relèvent ceux du 231ème RI dans les tranchées allemandes (conquises la veille) de la côte 132 au sud de Soisson. Un combat va s’engager pendant 3 jours et causer la perte de 25 officiers et 1800 hommes de troupe.

Le 19 janvier après plusieurs contre-ordres, le régiment retourne en cantonnement après une étape très dure dans une « nuit des plus noires avec de la neige. »

 

Mariage pendant une permission

Jean Marie Durand se marie probablement lors d’une permission. Il épouse Louise Briet à Dracy Saint Loup le 13 mars 1915 et 9 mois plus tard nait leur fille prénommée Yvonne.

La loi du 4 avril 1915 (JO du 10 avril) autorisera les soldats français sous les drapeaux à se marier par procuration.

Loi04041915

Les allers et retours avec le 160ème RI

Le 31 mai 1915, Jean Marie Durand est affectĂ© au 160ème rĂ©giment d’infanterie. Il y retrouve un autre Grurycois, Charles ClĂ©ment.

Le 160ème RI est affecté en Artois et se bat vers Neuville Saint Vaast le 16 juin 1915, puis est rassemblé le 14 juillet au sud d’Abbeville(80) avant d’être transporté au sud de Nancy.

Jean Marie Durand est nommé caporal le 3 juillet 1915.

Le 26 aout 1915, nouveau départ en train pour la Champagne à l’est de Somme Bionne. Le 160ème RI participe à l’attaque du 25 septembre au 6 octobre 1915.

Jean Marie Durand est cité à l’ordre du régiment et obtient la croix de guerre avec étoile de bronze.

« sous officier très brave et très énergique. Est sorti le premier de la tranchée et s’est porté en avant en rassemblant les hommes épars pour les conduire à l’assaut. »

Il est nommé sergent le 12 octobre 1915.

Le 160ème RI repart pour Vézelise (54) le 28 décembre 1915 pour faire des travaux de défense.

Verdun

Après deux mois en Lorraine, le régiment de Jean Marie Durand est dirigé sur Verdun le 21 février 1916 alors qu’une longue et grande bataille vient d’y commencer. Débarqués vers Bar le Duc, les hommes vont rejoindre l’ouest de la ville à pied puis en autobus.

Charles Clément meurt le 27 février 1916, Jean Marie Durand est blessé par un éclat d’obus à la tête le 9 avril 1916 probablement pendant le bombardement particulièrement violent entre 8H et 11H.

Durand-Blessé

Il meurt de la suite de ses blessures le 12 avril 1916 à Salvange (commune de Rarécourt). Il avait 27 ans.

Son corps est rapatrié à Grury le 1er mai 1922 où il est enterré dans le carré militaire.

Durand-tombe

Son épouse se remarie quelques mois plus tard. Sa fille, devenue pupille de la nation, apprendra le métier de couturière.

Durand-contrat

 

 

Sources : 5E227/12-AD71, 2Miec276-AD58, 3R308-AD71, 1R RM Autun 1909, 6M Recensements Grury-AD71, M1713-AD71, historique du 60ème RI, 26N652/1bis-sga, 26N701/7-sga

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Les trois soeurs Luard et autres cachotteries

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Mar 252016
 

Voici les 3 sœurs Luard prises en photo en 1935. Parmi elles, mon arrière-grand mère morte avant ma naissance.

Luard
Mon arrière grand mère a fini sa vie dans la maison familiale, ressassant ses histoires que plus personne n’Ă©coutait. Et dans ses phrases favorites il y avait « nous Ă©tions trois soeurs. » Tous les descendants Ă©tant connus, l’arbre gĂ©nĂ©alogique de cette partie de la famille Ă©tait facile Ă  faire.
Et puis un jour, quelqu’un est arrivĂ© et a dit « je suis cousine du cĂ´tĂ© Luard, mais je ne sais pas bien comment. » Il a donc fallu chercher, Ă  une Ă©poque oĂą internet n’existait pas et oĂą pour voir l’Ă©tat civil, il Ă©tait nĂ©cessaire de se dĂ©placer.
La vĂ©ritĂ© est apparue: il y avait une 4ème sĹ“ur. Pas un enfant que mon arrière grand mère n’aurait pas connu, une « vraie » sĹ“ur qui est prĂ©sente sur les recensements avec les 3 autres filles. Une soeur qui se marie, qui a 3 enfants (qui ne survivent certes pas) et qui meurt après le dĂ©cès de son dernier fils. Mon arrière grand-mère s’en souvenait forcĂ©ment, puisqu’elle avait 20 ans quand sa sĹ“ur est morte. Pourquoi l’avoir occultĂ©e? On ne saura jamais car jusqu’Ă  ce jour, aucun indice n’explique cet « oubli. »

Les secrets de famille ne sont pas rares. Condamnations, morts violentes, chantages ou autres appropriations de terrains ou de biens meubles font partie des Ă©vĂ©nements qu’on se transmet sans trop en parler. Et puis il y a les enfants illĂ©gitimes. N’avons-nous pas tous dans nos arbre gĂ©nĂ©alogiques des enfants qui ne sont pas ceux du père Ă©crit sur le livret de famille ou l’acte d’Ă©tat civil?
Le grand père de ma grand mère a reconnu « son » enfant quand il a commencĂ© d’aller Ă  Ă©cole. Probablement pour Ă©viter que le gamin n’aie un autre patronyme que son père Ă  l’appel nominatif.

J’ai connu cette information il y a 25 ans environ et pas moyen d’en savoir plus auprès de mes grands-parents. Entre les « je ne sais pas » et « c’est de la vieille histoire », difficile de comprendre qu’une gamine s’intĂ©resse autant Ă  ce point de dĂ©tail. Alors j’ai arrĂŞtĂ© d’en parler Ă  ma grand mère et j’en ai parlĂ© Ă  des voisins (qui Ă©taient aussi des cousins…) et lĂ , l’un d’entre eux m’a dit qu’après tout cela n’avait plus d’importance et m’a donnĂ© le nom du vrai père. Ce voisin est mort quelques temps plus tard.
A partir de ce moment, j’en ai parlĂ© Ă  d’autres cousins qui m’ont tous dit « mais tu ne le savais pas? Nous on le savait…. » D’abord surprise, j’Ă©tais au moins sĂ»re que le nom du père biologique qu’on m’avait donnĂ© Ă©tait potentiellement le bon.
Que faire de l’arbre gĂ©nĂ©alogique? Je supprime le faux père et je fais la gĂ©nĂ©alogie du vrai? Finalement, j’ai gardĂ© la gĂ©nĂ©alogie de l’Ă©tat civil.
Pendant 25 ans, je me suis demandĂ©e si je devais dire Ă  ma grand mère le nom de son vrai grand père et je ne l’ai pas fait pour ne pas la bouleverser. Elle vient de mourir et on l’enterre aujourd’hui, emportant avec elle ses histoires et ses secrets.
Remuer le passĂ© n’est pas toujours bon. Elle savait peut ĂŞtre mais moi au moins je sais.

A la mĂ©moire de mes grands-parents aujourd’hui tous dĂ©cĂ©dĂ©s.

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Fontaine Jean Marie, mort pour la France -Double couronne Ă  St Denis

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Mar 042016
 

Jean Marie Fontaine est né le 25 février 1875 à Grury (71) au Champ du Moulin de Louis Fontaine, propriétaire et de Jeanne Lafontaine.

Jean Marie Fontaine perd son père alors qu’il n’a qu’un an et son frère Léonard, de 20 ans son ainé, se marie peu de temps après le décès. Les deux garçons vivent avec leur mère et Jean Marie s’élève avec ses cousines germaines qui ont à peu près le même âge que lui.

Jean Marie Fontaine est qualifié de domestique sur sa fiche matricule mais les recensements le qualifient tous de menuisier charpentier.

Il fait son service militaire entre 1896 et 1899 au 69ème régiment d’infanterie et suit même des cours de télégraphie électrique pendant 2 ans. Il fait trois séries d’exercices militaires en 1902, 1906 et 1911, toujours dans les bataillons de télégraphes (notamment au Mont Valérien).

En 1904, il se marie Ă  Grury avec Henriette Julien. Le couple habite Ă  Grury.

Quand sonne l’heure de la mobilisation générale, Jean Marie Fontaine rejoint le 8ème régiment du génie et se retrouve sapeur télégraphiste. Il a 39 ans.

Va-t-il au front ? Est-il affecté directement au fort de la double couronne à St Denis ? Difficile de le dire.

Son décès a lieu dans des conditions exceptionnelles.

Le 4 mars 1916 vers 9H25 la courtine Est de l’ouvrage de la double Couronne Ă  St Denis explose. C’est une dĂ©pendance du fort situĂ©e Ă  l’extrĂ©mitĂ© de la rue de Paris qui sert de dĂ©pĂ´t de grenades et d’obus qui est le lieu d’origine de l’accident.

Faisait d’abord de petites explosions, c’est ensuite la catastrophe : les pierres du fort sont projetĂ©es Ă  100 mètres de haut et elles retombent jusqu’Ă  500 mètres Ă  la ronde sur des militaires et des civils qui passent Ă  proximitĂ©. Un kiosque Ă  journaux est renversĂ© et sa marchande est tuĂ©e sur le coup. Une voiture de livraison d’un grand magasin est renversĂ©e et toute la partie avant est rĂ©duite en miettes. Les devantures sont brisĂ©es, toutes les vitres des maisons sont endommagĂ©es, les arbres arrachĂ©s et certains chevaux sont tuĂ©s. On retrouve Ă©galement des morts dans leurs maisons, dans les commerces ou dans la rue.

Dégâts-Rue

La déflagration est telle qu’elle a été ressentie à Argenteuil, à Vincennes, à Fontenay sous-Bois, à St Ouen et même à Paris située à 7 ou 8 km. Le fort est largement endommagé.

Explosion

 

Toutes les munitions n’ont pas explosé et les pompiers se chargent de les arroser pour ne pas aggraver la situation. Fort heureusement, les obus qui se trouvaient dans le fort ont été acheminés quelques jours plus tôt vers le front. Mais le bilan est déjà lourd : 21 morts retrouvés : 14 reconnus, 5 décédés à l’hôpital St Denis, et le soldat Sauret décédé à l’hôpital St Martin. D’ailleurs 7 soldats manquent à l’appel ainsi que plusieurs habitants du quartier.

Le soir même les travaux de déblaiement sont stoppés en raison de l’obscurité, de la neige et des risques d’explosions.

Dès le lendemain matin, 200 hommes d’une batterie d’artillerie dĂ©blaient les lieux. Ils font ce travail Ă  la main, prĂ©cautionneusement pour tenter de retrouver des survivants et Ă©viter toute nouvelle explosion. Certains Ă©lĂ©ments comme le kiosque ou la voiture sont laissĂ©s dans la rue pour permettre l’enquĂŞte.

Les pierres rassemblées sur la route de Pierrefitte sont en cours d’enlèvement grâce à l’établissement d’un petit chemin de fer Decauville. Le déblaiement va durer plusieurs jours et le 24 mars quelques débris humains retrouvés dans les pierres sont évacués vers la morgue.

Dès le lendemain du drame, quatre cadavres sont retrouvés. Deux hommes de la 22ème section de COA sont retrouvés morts près d’un lit comme surpris par le repos. Un troisième corps est extrait, méconnaissable. Enfin un cadavre en décomposition est retiré dans l’après-midi. Tous les objets qu’ils portent sont recueillis pour être transmis aux familles.

Quelques jours plus tard, les corps inconnus sont formellement identifiés. Parmi eux se trouve Jean Marie Fontaine de Grury.

Fontaine-Reconnu

 

Les statistiques des pompiers de Paris estiment Ă  350 000 le nombre de grenades ayant explosĂ© et Ă  40 le nombre de blessĂ©s. Certains de ces derniers vont sortir rapidement, d’autres succomberont Ă  leur arrivĂ©e Ă  l’hĂ´pital et au moins un sera amputĂ© d’un bras.

Fontaine Stat

L’enterrement des victimes a lieu le 8 mars 1916 au cimetière communal devant une foule nombreuse. 27 victimes sont à déplorer. 8 soldats et 12 civils sont inhumés à Saint Denis. 5 sont acheminés vers d’autres nécropoles (Eaubonne, Stains et Pierrefitte).

Les familles des soldats Jean Marie Fontaine et Jules Adam ont réclamés les corps de leurs défunts.

Corps-Réclamés

Ils sont inhumés dans leur commune de résidence. Jean Marie Fontaine est enterré à Grury.

« Ici repose Jean Marie Fontaine dĂ©cĂ©dĂ© le 4 mars 1916 Ă  St Denis (Seine) Ă  l’âge de 41 ans. RegrettĂ© de sa famille. De Profundis. »

Jean Marie Fontaine est mort pour la France le 4 mars 1916 à 41 ans. L’acte de décès a été transcrit le 9 mars sur le registre de la commune. Le journal local évoque l’information quelques jours plus tard.

Fontaine-Local

 

Liste des soldats morts lors de l’explosion

 

Sources 5E227/12-AD71, 1R RM Autun-AD71, M1713-AD71, 6M Grury-AD71, Gallica le petit Parisien, le Temps, le Radical, Ouest Eclair, statistiques des pompiers de Paris

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Loreau Lazare, mort pour la France

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FĂ©v 282016
 

Lazare Loreau est né le 15 mai 1890 au lieu-dit le Vernay à Grury. Fils de Claude, propriétaire, et de Louise Paruzot, il est le 4ème des 5 enfants de la famille.  La famille s’installe à la Pierre aux Raux et les enfants travaillent avec leurs parents.

Lazare Loreau fait son service militaire entre 1911 et 1912 puisqu’il est réformé temporairement pour « bronchite imminente de tuberculose pulmonaire. »

Loreau-RĂ©forme

Quand sonne l’heure de la mobilisation générale, le conseil de révision le désigne bon pour le service armé et il est affecté au 21ème Régiment d’infanterie qu’il rejoint le 26 septembre (selon sa fiche matricule) ou le 12 décembre à Langres (selon son état signalétique de services). Il ne croise pas Eugène Prévost, autre grurycois, qui est déjà décédé le 28 novembre 1914.

S’il rejoint le front en décembre, c’est entre Béthune et Arras qu’il commence sa campagne. Peut-être participe-t-il à l’attaque sur Notre Dame de Noulettes ?

Le 174ème RI dans la Marne

Le 16 février 1915, Lazare Loreau est transféré au 174ème régiment d’infanterie nouvellement créé.

Loreau-174

Le régiment se forme à Rétheuil (02) qu’il quitte pour embarquer à la Ferté Milon. Les hommes sont débarqués à Epernay le 25 février 1915. Le régiment atteint Récy le 10 mars pour être transporté par convois automobiles à Somme Tourbe. La fin du voyage jusqu’à Mesnil les Hurlus se termine à pied et le 12 mars 1915, les bataillons occupent les tranchées.

Loreau-Mesnil

 

L’attaque a lieu le jour même. Elle va durer à peine 2 heures et faire de nombreuses pertes. Le lendemain, une nouvelle attaque est prévue mais le télégramme arrive trop tard.

Le journal de marche continue d’égrener sa liste de victimes et ses consignes d’attaques.

L’organisation se précise, des consignes sont données dans les bataillons pour enterrer les morts après leur avoir retiré leurs objets personnels et leur plaque.

Loreau Morts

En face, les allemands tentent de ruser mais les français les démasquent et n’hésitent pas à « massacrer tout ce qui leur offrait la moindre résistance. »

Loreau-Ruse

Après 11 jours en première ligne, le 174ème RI est relevé par le 53ème RI.

 

DĂ©part pour Verdun

Quelques renforts arrivent du 21ème RI de Langres et le 26 avril 1915, le régiment reçoit l’ordre de quitter Somme Vesle où il cantonne depuis le 4 avril pour la région de Verdun. Des camions emmènent les hommes jusqu’à Lemmes puis ils rejoignent à pied les Eparges dont ils occupent les tranchées le 3 mai.

Loreau-Verdun

Notre Dame de Lorette

Le 14 mai, après quelques jours de cantonnement, les hommes sont embarqués par train direction le Pas de Calais. Ils vont cantonner à Barlin, Hersin et Gavion.

Loreau-Arras

Le 18 mai 1915, le 174ème RI participe à la bataille sur le secteur de Notre Dame de Lorette où il faut tenir coûte que coûte et sous un bombardement violent et continu. Il est relevé le 26 mai par un bataillon du 282ème RI.

Entre le 6 et le 12 juin, ce sont plus de 1200 hommes qui arrivent en renfort. Lazare Loreau est promu caporal le 8 juin 1915.

Quelques jours plus tard, le régiment se bat à Angres à côté de Lens.

 

Dans l’Oise

Le 6 juillet 1915 sonne à nouveau l’heure du départ. Les hommes reprennent le train à St Pol et débarquent à Longpont. Ils prennent un peu de repos avant de repartir pour Vingré où ils combattent jusqu’au 16 septembre.

Loreau Oise

Le 5 septembre 1915, Lazare Loreau est cité à l’ordre de la brigade pour le motif suivant : « sous un feu violent d’artillerie, a déterré plusieurs de ses camarades ensevelis. Patrouilleur volontaire dans des circonstances très difficiles»

Loreau citation

La butte de Souain

Le27 septembre 1915, nouvel embarquement en train de Rethonde à St Hilaire au Temple. La suite du voyage a lieu en automobile jusqu’à Suippes avant d’attaquer des travaux de tranchées et boyaux de communication entre la 1ère ligne française et Souain le 1er octobre.

Loreau Souain

Le 174ème RI reste sur le secteur jusqu’au début décembre.

Les soldats musiciens

Le journal de marche évoque à la date du 15 décembre 1915 la création d’une musique grâce à 17 gros instruments prêtés par un lieutenant et complétée par les musiciens qui possèdent leur propre instrument. C’est le soldat Varanne élève au conservatoire de Paris qui est désigné comme chef de musique.

Loreau-Musique

Retour Ă  Verdun

Du 1er au 16 février 1916, le régiment est occupé à des travaux d’organisation de la 2ème position en Argonne. Après avoir été transporté à Longchamps sur Aire le 17 février, il remonte à Ippécourt le 22 puis arrive au fort de la Chaume (à l’ouest de Verdun) le 25 février. La Bataille de Verdun fait rage depuis 4 jours. Le 26 février, le 174ème RI est au fort de Souville et le 27 février il doit occuper une position retranchée (à cheval sur la route Verdun-Etain) depuis la batterie du mardi gras jusqu’à la batterie d’Eix. Le nouveau front doit être défendu le cas échéant avec la plus grande énergie.

Le 28 février au matin, la liaison entre les 2ème et 3ème bataillons n’est faite qu’à 2H. Plusieurs sections attaquent la station d’Eix soutenues par 2 sections de la 10ème compagnie. C’est un échec, et il est demandé aux hommes de reculer pour permettre à l’artillerie de pilonner les maisons qui n’ont pas pu être prises. Au petit matin, une contre-attaque allemande décime la 12ème compagnie. La 10ème se met en position de défense et subit de lourdes pertes.

Parmi elles, on dénombre Lazare Loreau, porté disparu.

Loreau-disparu

Le jugement du tribunal d’Autun du 10 septembre 1921 fixe sa mort au 28 février 1916. Mort pour la France, il avait 26 ans. Il obtient la croix de guerre.

Loreau-croix

Son frère Pierre, affecté à l’ambulance 8/8 du 8ème SIM le 18 novembre 1916 rentrera de la guerre.

 

Sources: 5E227/12-AD71, 1R RM Autun 1910-AD71, 3U300-AD71, sga mémoire des hommes 26N710/3

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Clément Charles, mort pour la France

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FĂ©v 272016
 

Charles Jean Clément est né le 28 janvier 1894 au lieu dit la Malvelle à Grury. Il est le premier enfant d’Antoine Clément, cultivateur et d’Antoinette Diot.

Dès qu’il grandit, il est placé comme domestique de ferme à Cressy sur Somme chez Benoit Theveniaud au lieu dit Chez Moreau. Sa sœur Marie est bonne d’enfant dans le même village (au bourg, chez l’épicier Antoine Coulon) et ses parents restent à Grury avec le petit dernier et un petit enfant assisté de Paris. Ils déménagent avant la guerre à Savigny Poil Fol dans la Nièvre.

 

Classe 1914 en forêt d’Apremont

De la classe 1914, Charles ClĂ©ment est incorporĂ© le 1er septembre 1914 au 12ème rĂ©giment de hussards. Le 29 septembre, il passe au 13ème rĂ©giment d’infanterie qu’il rejoint le 11 octobre 1914. Il est probable qu’il arrive au front après 2 mois d’exercice, c’est-Ă -dire vers novembre 1914.

160RI Appel

Son régiment est installé en forêt d’Apremont dans la Meuse depuis septembre 1914.

A défaut de journal de marche, il faut se reporter à l’historique du régiment pour connaître partiellement le parcours de ces hommes.

Fin novembre 1914, le 13ème RI va défendre coûte que coûte la redoute du Bois Brûlé et y perdre plus de 2200 hommes. Le régiment part ensuite en réserve d’armée à Cousances aux Bois avant de revenir au front fin décembre. Pendant un mois, il travaille à organiser le terrain avant de reparti à Cousances.

160RI Apremont

De Grury Ă  Apremont la ForĂŞt et la rĂ©serve d’armĂ©e Ă  Cousances aux Bois

A partir de fin janvier 1915, le 13ème RI va défendre différents secteurs de la forêt d’Apremont : tête à vache, bois d’Ailly, La Redoute….

Les offensives en Artois

Le 2 juin 1915, Charles Clément est muté au 160ème régiment d’infanterie. Il quitte la Meuse pour rejoindre l’Artois où son nouveau régiment est en pleine réorganisation suite à la perte de 800 hommes et à l’arrivée de renforts.

Le 10 juin c’est le départ pour Izel les Hameaux mais les hommes ne combattent pas.

160RI Artois

De la Meuse Ă  l’Artois

Le 16 juin, le 160ème RI est dans les anciennes tranchées de 1ère ligne de la 11ème division à l’ouest de la route de Béthune vers Neuville Saint Vaast. Ce jour là, l’attaque ne va pas progresser et les bataillons restent au niveau du 4ème parallèle, deux jours plus tard, ils sont dans le parallèle N°5

160RI Neuville

Une corvée de 700 hommes est requise le 21 juin pour assainir les boyaux et tranchées du secteur. De nouvelles tranchées sont créées pour faciliter les mouvements des combattants.

La Lorraine

Après quelques jours à l’arrière, le 160ème RI est emmené en autobus le 14 juillet vers la zone de rassemblement de la 39ème division. Ils cantonnent à Longpré les Corps Saints à quelques kilomètres d’Abbeville. De là ils embarquent par train pour Bayon au sud de Nancy. Pendant plusieurs jours, les chefs font la reconnaissance de la forêt de Parroy.

160RI-retour

Après un regroupement dans la Somme, retour en Lorraine

Le 19 aout, les bataillons sont envoyés vers Baccarat et doivent interdire à l’ennemi de passer la vallée de la Meurthe. Pendant plusieurs jours, ils sont occupés à de nombreux travaux de défense.

La Champagne

Le 26 aout 1915, les troupes embarquent Ă  nouveau en train. Les hommes arrivent Ă  Vitry la Ville au sud de Chalon en Champagne et cantonnent Ă  Bassu.

160RI Champagne

De la Lorraine Ă  la Champagne

Le 4 septembre 1915, ils sont dans les baraques entre Somme Bionne et Han. 200 travailleurs sont chargés de faire des abris à 1500m à l’est de Somme Bionne par roulement d’équipes pendant 8 heures jour et nuit.

Quelques jours plus tard, le 160ème RI relève le 156ème aux premières lignes de bataille. Les bombardements sont violents et les sorties fréquentes de l’ennemi en première ligne retardent les travaux de nuit pour créer de nouveaux parallèles.

160-travaux

Le 25 septembre 1915, c’est l’attaque. Les survivants de la 1ère vague qui ont réussi à passer la 1ère ligne allemande continuent leur progression pendant que d’autres vagues de poilus les suivent. Les français, arrêtés un instant à la 3ème ligne allemande, parviennent à s’emparer de la partie Est du fortin, faisant au passage de nombreux prisonniers. Les troupes avancent encore selon les ordres mais une partie de l’effectif est cernée par les allemands qui sortent de leur abri. Dix des 12 commandants de compagnie sont tués ou blessés et la situation devient décousue et très confuse.

Le 5ème hussards se lance à la charge et créée une diversion qui permet aux français de se sortir de l’impasse où ils se trouvaient auparavant.

Le sous lieutenant Boissonade s’avance dans les boyaux révolver au point précédé d’un prisonnier ennemi à qui il a promis la vie sauve. Il réussit à faire sortir des abris 350 allemands qui se rendent à un groupe de 30 français.

160RI Boissonnade

A 14H30, l’attaque est terminée et il faut rassembler les hommes épars.

La bataille va durer jusqu’au 6 octobre et le journal de marche égrène les pertes de plus de 1400 hommes.

Les bataillons sont réorganisés avec l’arrivée de renfort et Charles Clément est nommé caporal le 3 novembre 1915. Il passe avec son régiment la fin d’année en Champagne.

 

Retour en Lorraine

Le 28 décembre 1915, l’ordre général qui tombe fait repartir le 160ème RI dans les trains direction Vézelise (54). Il passe deux mois à faire des travaux de défense avant de devoir repartir pour une nouvelle direction.

160RI-Retour en Lorraine

De Champagne en Lorraine

Direction Verdun

Le 21 février 1916, alors que la bataille de Verdun vient de débuter, le régiment embarque par trains à Charmes et débarque à Revigny à l’ouest de Bar le Duc. Il rejoint à pied Fleury sur Aire avant de monter dans des autobus pour en descendre 3 heures plus tard et s’installer dans le fort de la Chaume à quelques kilomètres à l’ouest de Verdun.

160RI Verdun

En route pour Verdun

Le 25 février 1916, ils vont sur la ligne générale de Bras en progressant difficilement à travers les réseaux de fil de fer et les bois qu’ils doivent traverser. Le régiment est placé entre le ravin de Louvremont et la gauche de la 153ème division. Les bombardements empêchent les travaux de jour et la position du régiment est menacée à plusieurs reprises par les attaques allemandes.

Le 27 février 1916, le bombardement plus violent a cependant fait moins de pertes.

160RI pertes

Mais parmi celles-ci se trouve Charles Clément, mort pour la France à 22 ans.

160RI Clement

Son dĂ©cès est transcrit sur les registres d’Ă©tat civil de Savigny Poil Fol oĂą ses parents rĂ©sident. Son nom est inscrit sur le monument aux morts de cette commune et sur celui de Grury, son lieu d’origine.

Sources: 5E227-13-AD71, 1R412-AD58, 6M Grury-AD71, 6M Cressy-AD71, historique du 13ème RI, sga mémoire des hommes 26N701/6 26N701/7

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Thevenet Louis, mort pour la France

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FĂ©v 212016
 

Louis Thevenet est né le 27 avril 1887 à Curdin. Il est le cadet des 8 enfants de Jean Thevenet, cultivateur, et de Claudine Pluchot. La famille, après avoir vécu à Chassy, Vendenesse sur Arroux, Curdin et Uxeau, s’installe à Grury au début du 20ème siècle au lieu dit la Goutte de Villaire.

Louis Thevenet a été à l’école primaire et est ouvrier agricole chez ses parents quand sonne l’heure du service militaire. En 1908, après avoir vu ses deux derniers frères se marier, il part rejoindre le 95ème régiment d’infanterie où il va passer deux ans sous les drapeaux. A son retour à la vie civile, il revient à Grury chez ses parents puis s’installe au lieu-dit Montpalais.

Aout 1914 : la Lorraine

Le 4 aout 1914, mobilisé, il rejoint la caserne du 10ème régiment d’infanterie auquel il a été affecté au moment de son passage dans la réserve de l’armée active. Dès le lendemain, le régiment quitte la gare d’Auxonne pour Charmes dans les Vosges.

Le régiment passe très vite en région Lorraine pour rejoindre le front. Le 8 aout 1914, une partie des bataillons fournit les avant-postes d’Essey en liaison avec le 27ème RI de Dijon et le 134ème RI de Mâcon.

Le lendemain vers 23H15, l’ensemble du régiment avance de nuit vers la Meurthe suite à une attaque de la 6ème division de cavalerie à Ogeviller pour assurer l’avant-garde de la 30ème brigade. Les hommes sont en formation à la sortie sud du bois de la Taxonnière en milieu de matinée avant de retourner à leur cantonnement en fin de journée.

Les nuits sont courtes, le régiment est debout à 2 heures du matin le 12 aout pour relever le 27ème RI, donnant l’occasion d’échanger les premiers coups de fusils avec la cavalerie bavaroise.

Le 15 aout, le départ est à 4 heures du matin. Le régiment avance vers Foulcrey et passe à 15H45 la frontière aux cris de « Vive la France.»

10RI-Vive la France

Le 16 aout, la 5ème compagnie est accueillie par un feu violent d’artillerie ennemie. Pour franchir la crête entre Ibiguy et St Georges, les sections passent en colonne par 4 au pas de course par bonds de 50 mètres et se couchent. Aucune perte n’est à déplorer.

10RI-CrĂŞte

Les bombardements continuent toute la journée et dans la nuit le premier mort du régiment est Charles Frasson de Romanèche Thorins (71).

Le 18 aout, le 10ème RI doit rentrer à Gondrexange mais la marche est très pénible car les routes sont encombrées, notamment la grande route qui mène à Sarrebourg.

La bataille de Haut Clocher

Le 19 aout 1914, le départ est donné à 4H au régiment pour participer à la bataille de Haut Clocher. La bataille va avoir lieu sous la surveillance d’un ballon captif allemand qui observera les mouvements des français. Les pertes sont conséquentes : 5 morts, 87 blessés et 218 disparus parmi les militaires et 5 tués parmi les chevaux du 10ème RI.

10RI Aout-1914

Le repli puis la marche en avant.

Le régiment reçoit l’ordre de se replier et retourne après plusieurs étapes jusqu’à Moriville à quelques kilomètres de Charmes où il est arrivé à peine 20 jours plus tôt.

Dès le 24 aout 1914, le 10ème RI reprend la route en direction d’Essey la Côte et tient Vallois le 26 aout jusqu’à recevoir l’ordre d’évacuer le village le 5 septembre.

10RI-evacuation

Alors que l’ennemi recule en faisant sauter les ponts sur la Meurthe, le régiment reprend sa marche en avant et arrive jusqu’à St Clément le 12 septembre 1914.

10RI-allemands-reculent

DĂ©part pour la Meuse et 80 km de marche Ă  pied

Le 14 septembre 1914, le rĂ©giment embarque dans 3 trains Ă  Charmes direction St Mihiel au sud de Verdun puis est dirigĂ© le 20 septembre vers Ste MĂ©nehould (Ă  l’ouest de Verdun).

10RI Meuse

Le temps de rejoindre ses cantonnements à Valmy, les troupes sont rappelées vers St Mihiel suite à une offensive allemande sur cette ville. Pas question de prendre le train, les hommes font une marche de 52 kilomètres puis 26 km le lendemain avec 2 heures seulement de repos.

10RI Marche

Dans les jours qui suivent, le régiment continue de progresser là où le besoin se fait le plus pressant et finit par être fixé au bois Bouchot le 2 octobre 1914.

10RIBouchot

Il reste dans le secteur jusqu’à la mi janvier 1915.

Le Bois d’Ailly

Le 14 janvier 1915, le 10ème RI doit remplacer le 171ème RI qui occupe une partie du bois de la Vaux Ferry au nord de Marbotte. Le lendemain avant 16H, la relève est terminée pour 2 bataillons et le troisième bataillon est en place dans la tranchée du bois Mulot à 19H.

Le 16 janvier, le capitaine Kühnmünch est blessé d’un coup de feu à la main gauche et évacué, le 18 janvier c’est Louis Thevenet qui est blessé à la main gauche. Il subit une ablation traumatique de l’extrémité de la phalangette auriculaire gauche et souffre d’une plaie superficielle sur ce qu’il reste de ce doigt.

Cette blessure est indiquée à la date du 9 janvier 1914 sur sa fiche matricule.

10RI Blessure

Les pertes sont quotidiennes

Le régiment va subir de nombreuses attaques et contre-attaques à partir du 5 avril 1915.

Le journal de marche fait l’état des lieux depuis cette date au 17 mai et dénombre 1500 hommes tués, blessés ou disparus. Il précise même que l’état de fatigue de la troupe est considérable.

10RI-Pertes

Parmi eux, on décompte Louis Thevenet qui est à nouveau blessé. Cette fois ci, il est atteint d’une balle à l’avant-bras gauche à proximité du poignet alors qu’il est dans les tranchées du bois de la Louvière.

Le 10ème RI reste sur place jusqu’au 26 septembre 1915 où il est relevé par le 29ème RI d’Autun.

DĂ©part pour la Champagne.

Les hommes embarquent en train à Void et arrivent à Sainte Menehould où ils rejoignent par autobus Somme Tourbe à l’ouest.

10RI Champagne

Dès le 30 septembre, ils sont au front et perdent 36 hommes (1 tué et 35 blessés) cette première journée. Le compteur des pertes ne cessera d’augmenter chaque jour qui suivra.

Le 14 octobre, le 10ème RI relève le 56ème RI de Châlon sur Saône en première ligne. Les bombardements continuent.

Le 30 octobre, les allemands attaquent la butte de Tahure vers 15H45 après un fort bombardement (30 obus à la minute). Canonnades et fusillades se poursuivent toute la nuit. Le lendemain, les français ripostent alors que les infirmeries sont pleines de soldats intoxiqués par des gaz lacrymogènes.

Les mois de novembre et décembre 1915 se passent dans des conditions climatiques difficiles (pluie persistante, boues…) et les hommes sont probablement ravis d’assurer leur dernière relève le 9 décembre à 1h du matin.

Retour dans la forêt d’Apremont.

Le 10ème RI embarquent à Vitry la ville le 12 décembre au matin. Les 3 trains les amènent à Dorcy.

Ils prennent enfin un peu de repos et sont même conduits au cinéma Music Hall militaire de Commercy le 16 décembre 1915.

10RI cinema

Le retour pour les tranchées ne tarde pas. Quelques travaux de piquetages sont effectués mais les journées sont plutôt réservées au repos et à l’exercice militaire.

Le 14 janvier 1916, les troupes reprennent la direction de la forêt d’Apremont et vont s’installer en première ligne à tête à vache le 20 janvier.

Le journal de marche de février annonce des journées calmes, mais avec des pertes quotidiennes !

Le 21 février vers 14H, un violent bombardement est fait par l’artillerie ennemie, les bataillons sont en alertes. Pendant la nuit, l’adversaire est nerveux et effectue plusieurs tirs d’artillerie et plusieurs tirs fauchant de mitrailleurs. Un de ces tirs atteint Louis Thevenet qui décède sur le champ d’honneur. Il avait 29 ans.

Louis Thevenet est enterré à la nécropole nationale Marbotte à Apremont la Forêt dans la tombe N°42. Son décès est transcrit en avril 1916 sur les registres d’état civil de Grury.

Thevenet Louis

Que sont devenus ses frères?

Son frère ainé Claude (classe 1889), réformé mais rappelé à l’activité est déclaré insoumis et arrêté par les gendarmes à Moulins (03). Sa réforme est confirmée et il ne part pas au front.

Son frère Alexandre (classe 1897), réformé pour tuberculose en 1907, est maintenu réformé par les différentes lois-réformes de 1914 et 1917.

Son frère Alexis (classe 1901) par au front et est fait prisonnier de guerre en Allemagne en novembre 1914. Il est rapatrié en France à la veille de Noël 1918.

Son frère Claude (classe 1903), mobilisé au 8ème régiment d’artillerie à pied est évacué le 24 avril 1915 de la zone des armées comme malade. Il est affecté par la commission de réforme d’Epinal aux gardes de voies de communication avant d’être finalement classé au service auxiliaire. Il finit la guerre l’atelier de construction de Montluçon avant de rentrer dans ses foyers.

Sources: 5E161/10-AD71, 1R RM Autun-AD71, 6M Grury-AD71, sga mémoire des hommes 26 N 584/1, 26N584/2, 26N584/3, 26N584/4, 26N584/5

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Larmerot Jacques, non mort pour la France

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FĂ©v 182016
 

Jacques Larmerot est né le 9 janvier 1890 aux Solins à Grury. Il est le fils de Marie Larmerot, cultivatrice, qui accouche de l’enfant chez son frère Claude, sabotier.

L’enfant est élevé par son oncle jusqu’à ce que Marie Larmerot se marie en 1899 avec Pierre Moulois. Elle a 37 ans, lui a 51 ans et est veuf avec plusieurs enfants en bas âge.

Quand arrive l’âge de partir faire son service militaire, Jacques Larmerot est ajourné et ne part finalement que le 1er octobre 1912. Il est affecté au 134ème régiment d’infanterie en casernement à Mâcon et part avec François Perraudin, et François Perraudin, deux autre Gurycois qui vont mourir pour la France.

C’est sous les drapeaux que ces hommes vivent la mobilisation générale d’août 1914.

Le régiment quitte Mâcon le 5 août en train et arrivent à Chatel Nomexy.

Les hommes repartent de nuit le 10 août 1914 pour se diriger vers la Meurthe. Ils vont dans les jours qui suivent appuyer les actions du 56ème Régiment d’Infanterie de Chalon sur Saône.

Le 25 août, le 134ème RI prend le village de Rozelieures avant de subir de violents bombardements et les pertes humaines qui vont avec (242 morts, 448 blessés, 124 disparus).

Deux jours plus tard, il avance à travers les bois vers Vallois, précédé par un guide.

La marche continue vers Magnières et le 29 août les différents bataillons sont massés autour de la ville en attendant l’ordre d’attaque.

Larmerot-134

Et puis, Ă  partir de cet instant, Jacques Larmerot ne rĂ©pond plus Ă  l’appel. Disparu ? Mort ? Il faut probablement quelques jours avant de savoir qu’il est dĂ©tenu prisonnier par les allemands.

C’est dans les archives du comité international de la Croix Rouge qu’on retrouve la trace du soldat.

Atteint de Rhumatismes, il est au Lazaret de Darmstadt en Allemagne.

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Cependant une incohérence apparaît entre le lieu de disparition et le N° du régiment.

Le 134ème RI est vers Mattexey (sud de la Meurthe et Moselle) le 29 aout 1914 mais la fiche indique une disparition au combat d’Anozel, soit environ 40 km plus bas.

Larmerot-carte

Par ailleurs, plusieurs fiches de la croix rouge indiquent que Jacques Larmerot appartient au 334ème RI alors qu’aucune mention de ce genre n’est visible sur le registre matricule ou sur la fiche sga.

Larmerot-Croix Rouge

Il est rapatrié au début de décembre 2015 et passe 2 mois à l’hôpital militaire de Bourges (18). Il est réformé le 4 février 1916 pour bronchite chronique et obtient une pension de 5ème classe.

bourges

Reparti à Grury, il décède chez sa mère et son beau père le 18 février 1916. Il avait 26 ans.

Il repose au cimetière de Grury.

Larmerot-cimetière

 

Sources 5E227/12-AD71, 5E227/13-AD12, 6M Grury-AD71, 1R RM 1910-AD71, 26N 689-1/sga mémoire des hommes, archives CICR

 

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De Rodez Ă  Paray, les soeurs franciscaines

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Jan 152016
 

Les fondateurs Ă  Mur de Barrez

La congrégation des sœurs de St François d’Assise de Rodez a été fondée en 1862 à Mur de Barrez au nord du département de l’Aveyron par l’abbé Jalbert et la sœur Jeanne Marie Varès. Ces franciscaines garde-malades sont parfois appelées les sœurs de la « bonne mort .»

 

Victorin Jalbert, prĂŞtre dans une famille de religieux

Victorin Jalbert est né en 1823 à St Amans de Cots (Aveyron) d’une famille remplie d’hommes de foi. Son père, Benjamin, a commencé sa théologie avant d’être enrôlé dans les armées. Il quitta son poste de capitaine pour étudier la médecine et vint s’installer à St Amans de Cots.

Deux de ses oncles, Jean Pierre et Pierre Jean étaient prêtres avant la révolution et durent s’enfuir en Espagne avant de revenir à la fin du 18ème siècle.

Un troisième oncle, Jean, était diacre.Il devient prêtre sous les mains de Mgr d’Aviau archevêque de Vienne.

Enfin le 4ème oncle, Pierre, était vicaire d’Alcorn à Laguiole et syndic du séminaire de cette ville quand il mourut foudroyé dans un confessionnal, en compagnie de Pierre Mas, vicaire de Laguiole. Les deux hommes, chacun dans leur confessionnal, œuvraient à leur tâche en cette veille de Pâques 1788.

confesseur et confessée

Confesseurs et une confessée foudroyés

Victorin Jalbert étudie au petit séminaire St Pierre puis au grand séminaire de Rodez. Il devient professeur au petit séminaire St Pierre pendant 5 ans avant de partir à Paris à l’école des Carmes pour compléter ses études.

Il devient vicaire à Mur de Barrez en 1854. Son ancien collègue vicaire, Joseph Gavalda, devenu prêtre à Mur de Barrez décède en juillet 1870, quelques jours avant le début de la guerre. Victorin Jalbert est agréé en septembre 1870 et devient curé de la commune. Il occupera ce poste jusqu’en 1874 dont il démissionne « pour raison de santé. » En fait, il compte se dévouer à la congrégation qu’il vient de créer.

DĂ©mission

Le 3 décembre 1879, il devient membre de la société des lettres sciences et arts de l’Aveyron. En 1885, il est chanoine honoraire du diocèse de Rodez et en janvier 1886, il est nommé chanoine prébendé.

Jeanne Varès ne veut se marier qu’à la religion

Marie Jeanne Varès est née en 1828 à Sinhalac, commune rattachée l’année suivante à Mur de Barrez. Elle est la fille de fermiers de grands domaines.

Très jeune, elle se sent attirée par la vie religieuse mais ses parents en ont décidé autrement et souhaitent qu’elle se marie. Elle part alors à Paris où ses frères sont établis pour échapper à ce destin si commun. Son retour est très attendu pour sceller son alliance, mais la jeune fille préfère se placer chez des maitres très chrétiens. Elle est admise au noviciat du tiers ordre le 4 octobre 1860 et à la profession le 12 octobre 1861. Ne trouvant aucune communauté qui l’attire, elle revient chez ses parents et soigne les malades en compagnie de sa mère, qui gémissait souvent devant elle du dénuement des malades dans les campagnes.

Sa route croise celle du père Jalbert, vicaire du Mur de Barrez et il la dirige vers le couvent de St François d’Assise au Puy en Velay pour faire son noviciat comme sœur garde malade. Elle reçoit l’habit le 3 juillet 1862. Elle fonde la congrégation des sœurs à 34 ans et y consacrera toute sa vie. Dès septembre 1863 elle est rejointe par d’autres filles au Mur de Barrez et elle devient mère st François le 15 avril 1864.

De Mur de Barrez Ă  Rodez

Les sœurs garde-malade de St François d’Assise à Mur de Barrez naissent de l’idée d’un prêtre, fils de médecin, et d’une future promise qui soignait les pauvres avec sa mère.

En 1870, la petite vérole éclate dans la région et fait de grands ravages à Mur de Barrez, permettant à l’œuvre des sœurs d’éclater au grand jour. 1870, c’est aussi l’année de la guerre et la nomination comme curé de Victorin Jalbert, vicaire de la paroisse depuis 16 ans.

Le père Jalbert décide de créer un établissement à Rodez. Mère St François devient supérieure assistante et est remplacée par Mère Véronique.

L’évêque autorise l’installation du noviciat à Rodez et la communauté achète une maison aux quinze arbres en dessous du pensionnant des frères de St Joseph. En 1872, quelques sœurs sont envoyées provisoirement à Rodez pour diriger les réparations, et la translation est effective en 1874 et le prêtre démissionne pour devenir aumônier de la communauté.

En novembre 1875, un incendie éclate en pleine nuit et détruit le couvent (qui n’est pas assuré). Les 18 sœurs sont logées provisoirement près du palais de justice.

Incendie

Les pompes à incendie sont déroulées trop tard, le couvent est détruit

En 1876 après 6 mois de bataille pour convaincre les 6 ou 7 propriétaires des parcelles morcelées, les sœurs achètent une maison et de vastes jardins au Lucadou près du couvent de la providence et de l’ancien amphithéâtre. Les réparations ne sont pas faites et les sœurs doivent souvent offrir un parapluie au-dessus de leur lit pour dormir au sec. Les sœurs sont dorénavant rue Peyrot.

Peyrot

En février 1900, le père Jalbert meurt d’une longue maladie. En avril de la même année, et quelques jours après avoir assisté à une prise d’habit présidée par le nouvel évêque, la mère St François meurt à son tour. La communauté est orpheline mais elle s’est bien agrandie depuis sa création : les sœurs garde-malades sont présentes sur une dizaine de communes du département (Entraygues, Laissac, St André de Vézines, St Yzaire, Vabres, Cransac, Le Monastère….)

 

Deux sœurs à Paray le Monial

C’est en janvier 1900, quelques mois avant le décès des fondateurs de la congrégation, que deux sœurs aveyronnaises, tertiaires de St François d’Assise, achètent à Melle Amélie Leclerc une propriété à Paray le Monial, route de Charolles.

L’ensemble comprend trois éléments :

  • une petite maison avec 2 pièces au rez-de-chaussĂ©e avec un grenier, une cave et une petite remise,
  • un logement avec cave, cuisine, hangar, cabinets au rez-de-chaussĂ©e et 3 petites pièces au rez –de-chaussĂ©e,
  • une parcelle de jardin.

Un viager de courte durée

Les deux sœurs qui signent l’acte de vente sont originaires de l’Aveyron mais « exercent » à Paris. Il s’agit de

  • Julie Majouphet, sĹ“ur St Victime de JĂ©sus, nĂ©e en 1866 Ă  Decazeville
  • CĂ©sarine Montarnal, sĹ“ur Ste Philomène, nĂ©e en 1869 Ă  Espayrac.

Le contrat est signé devant Maitre Roland, notaire de Paray et la vente est conclue moyennant 3000 francs et une rente viagère annuelle de 250 francs pour compenser la valeur vénale de la maison et du terrain (6000 francs).

Le viager ne dure pas car la vendeuse décède le 3 janvier 1902 à Paray le Monial à 82 ans.

De trois à six sœurs souvent aveyronnaises

La communauté est composée rapidement de 3 religieuses outre les 2 fondatrices.

En 1901, sont présentes Marie Veyrac née vers 1881, Nathalie Campergne née vers 1880, Clotilde Falissard née vers 1889.

En 1906, 4 religieuses accompagnent les fondatrices Marie Cluzel née 1868 à Rieupeyroux, Emilie Prat née en 1868 à Ste Geneviève, Irma Combelle née en 1870 à Lacroix Barrez et l’héraultaise Colombe Gros née en 1869 à Cabrerolles.

En 1911, seule Emilie Prat (sœur St Joseph) reste avec les sœurs.

Au 31 juillet 1914, la communauté est composée des 3 sœurs de 1911 mais aussi de Marie Cantalouve (sœur St François) née en 1888 à la Capelle de Brasc et la bretonne Anne Prie (sœur Bernadette) née en 1890 à La Chapelle Saint Mélaine.

Au retour de la guerre, le recensement de 1921 fait accompagner les sœurs fondatrices de Marie Fabre née en 1895 à Lunel St Félix et de Marthe Segond née en 1900 au Sauzet.

 

Une agrégation tardive

La communauté démarre son activité de soins de malade à domicile en 1900. En juillet 1901, une nouvelle loi est promulguée, interdisant toute formation de congrégation sans autorisation préalable.

Loi1901

La mère St Victime de Jésus s’exécute et retourne au maire de Paray le Monial les documents demandés. Le conseil municipal de la ville émet d’ailleurs un avis défavorable à l’autorisation de la congrégation dans sa délibération du 08 décembre 1901.

Avis-défavorable

Le dossier traine un peu, le rapport est transmis au préfet en avril 1902 qui l’expédie au ministre de l’intérieur quelques jours plus tard avec lui aussi un avis défavorable. Faire disparaître les sœurs garde-malades, c’est s’exposer à un grand embarras pour les familles qui ont recours à leurs soins car aucun service laïc n’est disponible en nombre suffisant pour pallier à leur disparition.

En mars 1908, le préfet relance le dossier. Le sous préfet n’a pas changé d’avis mais en attendant, la congrégation continue son activité.

Avis-1908

En février 1911, un nouveau rapport est demandé. Le nouveau préfet, François Ramonet, s’appuie sur les avis précédents pour confirmer son désaccord d’autoriser la congrégation.

En avril 1914, le ministre sollicite à nouveau le préfet (qui a changé, il s’agit alors de Joseph Chaleil) pour statuer sur l’autorisation des sœurs de St François d’Assise. Un nouveau dossier est constitué et en mai, le sous préfet de Charolles estime que la situation des sœurs doit être maintenue du fait des services qu’elles rendent. Le 20 juillet, une lettre de relance est envoyée au préfet. Le rapport ne peut pas être envoyé au ministre sans la liste des religieuses. La mère supérieure la fournit le 31 juillet, quelques jours avant le début de la première guerre mondiale.

Liste-1914

L’affaire est relancée en 1942, alors que les sœurs souhaitent bénéficier d’un leg particulier de 5000 francs. Ne trouvant pas l’institution dans le « répertoire des congrégations » de P Sauret édité en 1939, et les sœurs répondant qu’elles n’ont pas d’archives et qu’elles dépendent de Rodez, le préfet Hontebeyrie sollicite son collègue de l’Aveyron pour connaître la date d’autorisation. Ce dernier répondra qu’elle n’est pas encore reconnue….

Info-1943

Sources: 5E342/33-AD71, 4E114/2-AD12, 4E85-5-AD12, 4E217/6-AD12, 4E175/11-AD12, 4E77/7-AD12, 4E85/8-AD12, V299-AD71, 6MI169-AD71, 6M Paray-AD71, 6V74-AD12, 1V6-AD12, 1158W364-AD12, 6M175-AD12, 6M183-AD12, Gallica: journal officiel

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Gauthey Philippe, mort pour la France

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Jan 102016
 

Engagé volontaire

Philippe Gauthey est né le 30 mai 1890 au hameau des Reinots à Grury. Il est le premier enfant de Pierre Gauthey, journalier et de Pierrette Perruzot. La famille s’installe au bourg du village et le père devient aubergiste. A la fin du 19ème siècle, le père est nommé cantonnier communal et la famille retourne aux Reinots.

Philippe Gauthey s’engage volontairement à 18 ans pour 3 ans à la mairie d’Autun et est affecté au 29ème régiment d’infanterie. Après son service militaire, il revient chez ses parents à Grury et exerce la profession de tailleurs d’habits.

Mobilisation générale

Le 2 aout 1914, c’est la mobilisation générale. Philippe Gauthey est rappelé à l’activité et arrive à Autun dès le lendemain où il est affecté au 229ème RI.

229-depart

Le 11 aout 1914, le régiment quitte Autun par chemin de fer pour Conflans. Les hommes vont progresser dans les Vosges où meurt un autre gruricois, Claude Machuron, dès le 20 aout.

A la fin du mois d’août 1914, le régiment est décimé : 1 chef de bataillon tué ainsi que 7 capitaines (sur 8), la moitié des officiers et les 3 cinquièmes de l’effectif.

Le 3 septembre, après un peu de repos, le régiment se dirige vers Xonrupt et cantonne à Kichomprè. Les troupes sont réparties dans le village et organisent l’accès à l’eau potable, l’infirmerie, etc

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Installation chez les habitants

Le 229ème RI en Alsace

Le 13 septembre 1914, le 229ème RI est dans la région de Munster aux côtés, entre autres, du 334ème RI de Macon. Le 1er octobre, une patrouille arrive à avancer jusqu’à 100 mètres de la cathédrale sans rencontrer d’ennemi, cependant les habitants des maisons situées jusqu’à 2km en avant des lignes françaises sont invités à évacuer ou à se réfugier dans les lignes françaises ou allemandes.

Les allemands ne sont pas loin et le 229ème peut observer un homme monter dans le clocher de Munster avec une lanterne.

Le 30 octobre 1914, c’est un bruit inaccoutumé qui attire l’attention des français : des Houra et des Hoch qui font redoubler de vigilance. Le 229ème RI se bat contre les allemands les jours qui suivent.

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Des Hourra sont entendus

Les français parviennent à reprendre leurs positions. Le 9 décembre, c’est un Drachen Ballon qui est observé au dessus d’Orbey. Ce « cerf volant » en forme « de saucisse » est utilisé pour déterminer l’emplacement des lignes françaises

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Dès le 20 décembre 1914, le 229ème RI est plus au nord dans le secteur du lac Blanc. Le jour de Noël, les allemands attaquent vers 22H30, forçant les français à se battre à la baïonnette pour récupérer les mètres de front perdus. La bataille cesse vers 9H du matin et les pertes sont lourdes des deux côtés.

Une nouvelle bataille a lieu le 1er janvier 1915. Les allemands utilisent des fusées lumineuses qui « éclairent merveilleusement » le champ de bataille, objets que réclament les français à leur état major pour « discerner les intentions de l’ennemi en cas d’attaque de nuit ».

La neige est abondante et fond rapidement ce qui transforme les tranchées en « véritables lacs. » Elle atteint 1 mètre le 13 janvier 1915. Les habitants sont sommés par les allemands d’évacuer leurs maisons à cause de travaux de mines.

Début février, les tranchées sont survolées par les avions. Un « aviatic » est signalé le 1er février, le 4 février un ballon captif allemand est aperçu dans la direction de Cernay puis deux avions. Le 5 février c’est un aéroplane qui survole la tête de Faux. Pendant ce temps, l’école de skieurs est stoppée au lac Noir en raison d’une neige trop molle.

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Ecole de ski

Les tirs sont quotidiens, les travaux dans les tranchées également.

Le 17 février 1915, les fusillades se font plus vives. Des avions (aviatic et biplans) volent à faible altitude et sont accueillis par des tirs français. Dans la nuit qui suit, les allemands occupent les maisons les plus occidentales de Remomont avant d’envoyer 100 à 150 hommes cisailler les fils de fer français. L’attaque est repoussée, faisant côté allemand un mort resté accroché dans le réseau de barbelés et « le nombre de blessés parait d’après les traces de sang sur la neige être notable. »

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Après une matinée calme, c’est près de 400 obus qui bombardent les français, et de nombreuses fermes qui sont incendiées les unes après les autres. La nuit suivante, les allemands tentent à nouveau de cisailler les fils de fer mais sont accueillis par les tirs français. Les attaques et survols vont durer plusieurs jours.

Début mars, la neige est à nouveau très pressante, obligeant de déblayer les tranchées plusieurs fois par jour. Le ravitaillement est lui aussi très pénible. Les traineaux ne peuvent plus être utilisés et les chargements sont placés sur des mulets.

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Le ravitaillement gêné par la neige

Le départ pour Thann

Fin mars 1915, les 5ème et 6ème bataillons du 229ème RI se rendent vers Thann, plus au sud. La période qui suit est qualifiée régulièrement de calme dans les comptes rendus quotidiens, malgré les fusillades et tirs d’obus fréquents.

Le journal de marche du régiment n’existe pas pour la période du 12 aout 1915 au 2 mai 1916. Il est remplacé par un historique succinct de 7 pages.

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Lacune du journal de marche

Jusqu’au 3 novembre 1915, le régiment reste dans le secteur de Thann.

Mort Ă  l’Hartmannswillerkopf

Le 229ème RI est affecté le 5 novembre au Hartmannswillerkopf pour remplacer le 334 ème RI de Mâcon. Sous une neige et un bombardement allemand abondant, les hommes du 229ème RI effectuent de nombreux travaux.

Le 21 décembre 1915, les français attaquent violemment les allemands et font plus de 1500 prisonniers. Le lendemain, il faut tenir le col coute que coute et c’est au 229ème RI que revient cette tâche. Il repousse l’ennemi pendant 3 semaines malgré de nombreuses pertes.

C’est à cet endroit que meurt Philippe Gauthey le 10 janvier 1916. Il avait 26 ans.

Il est inhumĂ© Ă  Wattwiller au petit cimetière C de Reignier au nord ouest de la cote 620 dans la tombe 176. Son corps sera ensuite transportĂ© Ă  la nĂ©cropole nationale ‘Le Vieil-Armand’, tombe N°1010.

Le journal local évoque sa mémoire en février 1916.

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NĂ©crologie de Philippe Gauthey

Honneurs militaires

Philippe Gauthey est inscrit au tableau spécial de la médaille militaire à titre posthume et obtient la croix de guerre avec étoile de bronze. L’avis est publié au journal officiel du 10 juin 1921.

« Brave soldat tué le 10 janvier 1916 à l’Hartmannswillerkopf dans l’accomplissement de son devoir. »

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Sources: 5E227/12-AD71, PER19-9-AD71, M1710-AD71, 6M 153-AD71, 6M 165-AD71, 1R RM Autun 1910-AD71, Sga 26N 722/1, 26N 722/2, 26N 722/3, 26N 722/4, 26N722/5, Gallica: illustration avion et journal officiel

 

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