Tué par erreur ?

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Juil 292016
 

Une plaque dans l’église de Florentin rappelle la mémoire du prêtre réfractaire François Castanié. Tué par erreur ou mis à mort pour la foi, une seule version est présente aux archives départementales.

Prêter serment sous la révolution

François Castanié est né le 2 juillet 1762 à St Félix de Lunel. Après des études ecclésiastiques, il est nommé vicaire de cette paroisse au moment de la révolution française et signe ses premiers actes paroissiaux début 1790.

Par décret du 27 novembre 1790, les prêtres sont soumis à l’obligation de prêter serment pour la « Constitution civile du clergé. » François Castanié refuse de prêter serment comme les trois quarts des prêtres aveyronnais.

Decret27111790

500 prêtres aveyronnais seront arrêtés et déportés. François Castanié se cache pour ne pas subir le même sort.

 

Déguisés en chasseur pour arrêter le prêtre

Le 10 pluviose an VI, François Laurans et Jean Baptiste Bourguignon, brigadier et gendarme à la résidence d’Entraigues apprennent que Gaspard Puech va épouser Anne Dounet. Ils présument que la messe va être dite par un prêtre réfractaire et décident d’aller voir, déguisés en chasseur pour n’être pas aperçus ni reconnus de personne. Arrivés dans la maison des Dounet, ils entrent par une fausse porte (la porte d’entrée est fermée) et trouvent François Castanié, prêtre réfractaire de la liste des émigrés, vicaire à St Félix, à table, dinant avec les Donnet, sa femme et les futurs époux. Le prêtre est arrêté ainsi que Dounnet qui lui a donné asile.

Le prêtre est fouillé. Il porte sur lui, deux petites clochettes, une relique dans une tabatière et les annonces (déchirées) des bancs des futurs époux. Les deux hommes sont emmenés en prison.

Clochette

Il a simplement demandé asile

Le jour même, un interrogatoire est mené par Jean Antoine Rigal agent municipal d’Entraigues exerçant les fonctions de commissaire de police.

François Castanié nie entre autre avoir voulu marier Gaston Puech et Anne Dounet et prétend n’avoir voulu que chercher un asile chez les Dounet. La demande de publication de bancs est déchirée ? C’est que le papier s’est coupé de lui-même !

Guillaume Dounet ne savait pas que François Castanié était prêtre, il l’a recueilli comme un simple demandeur d’asile…

 

Direction la prison

Le lendemain, les hommes doivent être emmenés à Rodez mais en passant par Espalion. Les deux détenus sont attachés entre eux, chacun portant une chaine en fer autour du cou.

Pour les accompagner, il y a les deux gendarmes mais aussi les citoyens Augustin Monnaton et Antoine Nayrolles.

Le brigadier s’attend à une attaque car vers 6H, un homme est venu devant la porte des écuries des chevaux de la gendarmerie et a demandé si les hommes qui devaient conduire les prisonniers étaient partis, par quelle route et combien vont encadrer l’escorte.

Espion

A 8H, le convoi démarre. Il prend le petit chemin appelé de Boutigou et arrive sur l’ancien chemin tendant d’Entraygues à Laguiole. En arrivant près du village de Bès à Florentin, le commandant Ladoux, un des gendarmes, se détache et part « à la découverte » pour voir le convoi doit craindre de croiser un attroupement. Il va chez le nommé Acher dit Barber, aubergiste du village de Bès, qui lui dit avoir chez lui dans son auberge 6 à 7 étrangers armés de fusils. Le commandant Ladoux retourne fait son rapport.

La menace d’un attroupement

Une attaque se prépare. Le brigadier Laurans décide d’abord de retourner sur leurs pas. François Castanié demande « avec instance de suivre un autre chemin pour éviter la rencontre. » Mais après réflexion, ils sont 5, ils peuvent bien se défendre contre 6 ou 7 ! Alors ils reprennent leur marche.

Les deux prisonniers, attachés ensemble par une chaine de fer passée au col sont mis en avant du cortège avec le brigadier Laurans à leur côté. Les 2 réquisitionnaires sont derrière, suivis par les 2 gendarmes qui ferment la marche.

Après 10 à 12 pas, ce ne sont pas 6 étrangers mais 15 à 20 personnes armées de fusils à 2 coups qui se montrent à environ 15 pas devant eux. Le brigadier ne les avait pas vu avant car il « y avait un brouillard très épais. »

Un coup de mousquet

Les gendarmes crient « qui êtes vous ? Au nom de la loi retirez-vous ! » Les hommes ne partent pas.

Le brigadier tire un coup de mousquet et l’attroupement répond par une décharge considérable sur l’escorte des détenus.

Les habits du brigadier sont percés en plusieurs endroits. Les chevaux sont touchés, le prêtre reçoit une balle au front, tombe à terre à la renverse. Il est blessé et son état de santé est critique.

Guillaume Dounet est blessé mais il peut marcher. Il a reçu 7 coups de feu à plomb sur les mains, un coup sur le coté gauche et un autre sur les sourcils. Cependant il est retenu par la chaine à l’autre prisonnier…

Coup de feu

Battre en retraite

Les gendarmes battent en retraite avec un des réquisitionnaire. L’autre reste seul « n’ayant pas eu le temps ou l’esprit assez présent pour faire comme les autres. » Les attroupés lui laisse la vie sauve et lui propose une hache pour couper la chaine des prisonniers.

Il repart alors avec le prisonnier Dounet, un fusil et deux manteaux abandonnés par les gendarmes. Il craint à tout instant de se faire tirer dans le dos. Il rejoint finalement son collègue qui l’attendait un peu plus loin et Guillaume Dounet est soigné à Entraigues.

 

Une blessure mortelle

L’attroupement s’est dispersé, reste sur le chemin le corps d’un homme ensanglanté au visage, les cheveux teints de sang, qui porte une chaine de fer au col. Il est ramassé par les voisins et emmené chez Raynaldi où il meurt le soir vers 20 heures. Il a perdu la parole et personne ne le connait. Son âge est évalué à 40-45 ans, sa taille à 5 pieds 3 ou 4 pouces. Il faudra attendre la rumeur publique pour que son identité soit dévoilée.

Décès

 

Un traquenard organisé

A postériori, les gendarmes apprendront que ce n’est pas moins de 100 hommes qui étaient mobilisés et divisés en divers groupes pour récupérer le prêtre lors de son transfert vers la prison. Parmi eux, Jean Baptiste Castanié, aubergiste à Golinhac chez qui les hommes se seraient rassemblés.

Le prêtre est enterré, sa succession est réglée le 4 thermidor an VI.

Ce coup de feu mortel Ă©tait un accident, François CastaniĂ© a Ă©tĂ© tuĂ© par erreur … par les hommes attroupĂ©s. D’ailleurs la dĂ©position du brigadier un peu plus haut prĂ©cise bien que le « coup de feu qu’il tira n’a pu en aucune manière atteindre CastaniĂ© prĂŞtre. »

 

Une autre version ?

C’est en voyant la plaque en mémoire de François Castanié dans l’église de Florentin la Capelle qu’on peut imaginer que l’histoire qu’on lit dans le dossier de justice n’est pas forcément la réalité.

Plaque

Pourquoi « mis à mort pour la foi » alors qu’il semble que le coup de feu soit un accident ?

Dans le dossier aux archives, seul le témoignage de François David, officier de santé de 32 ans, donne une autre piste.

« Le 10 pluviôse an soir, rentrant à Entraygues il apprend l’arrestation de Castanié. Mangeant la soupe avec 3 gendarmes et 5 gardes nationaux, le brigadier Laurans déclare qu’il sait qu’il y a un attroupement qui se prépare pour enlever le prêtre Castanié et qu’au moindre attroupement qu’il verra, il commencera par brûler la cervelle au prêtre.

Le prêtre répond qu’il ne sait pas si un attroupement est prévu mais que s’il y en a un, il faut au moins suspendre son transfert pendant 3 ou 4 jours, ce que le brigadier refuse. »

C’est le brigadier Laurans qui aurait tiré à bout portant sur le prêtre selon les récits sur les martyrs de la foi pendant la Révolution.

Le couple Puech Dounet

Terminons sur une note positive. Le mariage de Gaspard Puech et Anne Dounet n’a pas été béni par le vicaire Castanié mais il a bien eu lieu. Leur premier enfant nait le 25 nivôse an VII.

Sources: 4E91/1-AD12, 52Q227-AD12, 71L143-AD12, Les Martyrs de la foi pendant la RĂ©volution française ou Martyrologe des pontifes, prĂŞtres, religieux, religieuses, laĂŻcs de l’un et l’autre sexe qui pĂ©rirent alors pour la foi

Cet article a été rédigé avant les événements de juillet 2016.

© 2016 Généalanille

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Juin 302016
 

L’édit d’Henri II

FĂ©vrier 1556, l’Ă©dit du roi Henri II est intransigeant face Ă  l’infanticide.

Henry_II

 

C’est qui Henri II ? Deuxième fils de François 1er, sacré roi de France en 1547 et mort accidentellement à 40 ans après avoir reçu des éclats de lance dans un œil. Son papa avait enchanté les généalogistes avec l’édit de Villers-Cotterêts, lui signe un édit cinglant en février 1556.

« Toute femme qui se trouvera dûment atteinte et convaincue d’avoir scellé, couvert et occulté, tant sa grossesse que son enfantement (sans avoir déclaré l’un ou l’autre) […] et qu’après l’enfant avoir été privé, tant du saint sacrement de baptême, que sépulture publique et accoutumée, soit telle femme tenue et réputée d’avoir homicidé son enfant. Et pour réparation, punie de mort et dernier supplice et de telle rigueur que la qualité particulière du cas le méritera.»

Nul n’est censé ignoré la loi, celle-ci est publiée à son de trompe et cri public par les carrefours et lieux publics mais aussi lue et publiée aux prônes des messes paroissiales par les curés et vicaire et ce de 3 mois en 3 mois.

Edit-1556

Une piqure de rappel

La publication est renouvelée par l’ordonnance d’Henri III en 1586 « afin que nulle servante et chambrière ou autre ne puisse prétendre cause d’ignorance de l’ordonnance ci-dessus, enjoignons à tous curés de publier et dénoncer au peuple le contenu de ladite ordonnance à leurs prônes des messes paroissiales de trois mois en trois mois.»

Ordonnance-1586

Un abandon de la publication pendant la messe

Par l’édit du mois d’avril 1695, et notamment sont article 32, les curés ne sont plus obligés de publier aux prônes ni pendant l’office Divin « les actes de justice et autres qui regardent l’intérêt particulier » des sujets du royaume. La lecture de l’édit d’Henri II est donc abandonnée par certains curés.

Article32

Un arrêt de la cour de parlement du 19 mai 1698 puis la déclaration du roi du 16 décembre 1698 vont préciser que les publications ne se feront plus au prône mais seulement à l’issue de la messe paroissiale par les officiers qui en sont chargés.

1698

Louis XIV durcit le ton

Louis XIV déclare le 25 février 1708:

« Toutes les femmes qui auraient scellé leur grossesse et leur accouchement, et dont les enfants seraient morts sans avoir reçu le saint Sacrement de Baptême, seraient présumées coupables de la mort de leurs enfants, et condamnées au dernier supplice. »

Il rétablit la publication de l’édit d’Henri II pendant les prônes des messes paroissiales de 3 mois en mois. Il ordonne qu’un certificat de publication, signé par le curé, soit envoyé aux procureurs des bailliages et sénéchaussées où leurs paroisses sont situées.

 

L’exécution de la loi

La littérature évoque plusieurs arrêts dans le code de Louis XV.

Le 21 mars 1712, les chirurgiens doivent déclarer aux chirurgiens lors de leur rapport et visite des cadavres d’enfants nouveaux nés, s’ils étaient à terme et s’ils avaient des ongles et des cheveux. La consigne est rappelée dans l’arrêt du 16 mars 1731.

Dans les arrêts de 1717, 1718 et 1730, les lieutenants criminels doivent joindre lors du procès un certificat contenant la dernière publication qui a été faite de l’ordonnance d’Henri II. Que de surprise quand on constate dans le jugement de février 1731 que 3 certificats ont été envoyés dans une juridiction (dont 2 avec 14 ans d’écarts). En avril 1735, un juge de la prévôté précise qu’il n’a reçu aucun certificat en 36 ans d’exercice.

Les femmes jugées sont selon les périodes fouettées ou pendues.

Roche-1731

Dans les archives

La publication de l’édit d’Henri II perdure. Vous la croiserez peut être dans les registres paroissiaux comme cet exemple en 1787.

Lanty-1787

La déclaration de grossesse est souvent dans la série B et parfois surprenante de détails sur la conception de l’enfant.

Condrieu

Avec la révolution française, le code civil met fin à l’obligation de déclaration de grossesse. Cependant certaines femmes continuent de faire cette déclaration devant le juge de paix. L’infanticide reste un crime puni par la loi.

Certains curés continuent de publier l’édit d’Henri II pendant la révolution, peut être par rébellion.

4E232-1

 

Sources : Recueil de jurisprudence canonique, Déclaration Henri II, code matrimonial, 2B211-AD69, 4E232/1-AD12, 4E139-art2/AD58

© 2016 Généalanille

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