Qu’est ce qu’on fait du cadavre?

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Avr 202015
 

L’enterrement refusé d’un soldat

Adrien Chandelier est un ancien soldat de la république né le 4 juillet 1769 à Tazilly (58). Ayant perdu une jambe, il prend sa retraite dans sa commune natale et meurt célibataire à 78 ans le 13 janvier 1847 au matin dans sa maison de Grandchamp.

Son enterrement se déroule deux jours plus tard mais au moment où le cortège arrive à l’église, le curé refuse  « les honneurs de la cérémonie religieuse », referme lui mêmes les portes de l’église et ajoute qu’on peut aller dire au maire de faire lui-même l’enterrement.

Après beaucoup d’attente et de discussions, le corps est finalement ramené à son domicile et la foule assemblée patiente toute la journée en attendant l’enterrement. Une dispute éclate même sur la place publique entre le curé et la famille (qui insiste pour que des prières aient lieu) mais le désastre est évité grâce à l’intervention du garde champêtre.

Distance de Grandchamp Ă  l'Ă©glise Ă  vol d'oiseau

Distance de Grandchamp Ă  l’Ă©glise Ă  vol d’oiseau

A la nuit tombante, et après qu’un propriétaire de la commune ait réussi à convaincre le desservant, le cercueil est rapporté dans l’église.

Qu’est-ce qu’on fait du cadavre ?

Le maire, Charles Cortet, élu à ce poste depuis 1831, écrit le soir même au sous-préfet de Château Chinon pour l’informer des événements et lui demander ce qu’il doit faire en pareil cas.

C’est le garde champêtre qui porte la lettre et rapporte la réponse le 16 janvier vers 20H.

Extrait de la carte Levasseur de 1852: une cinquantaine de km à vol d'oiseau entre Tazilly et la sous préfecture

Extrait de la carte Levasseur de 1852: une cinquantaine de km Ă  vol d’oiseau entre Tazilly et la sous prĂ©fecture

Le sous-préfet est formel, selon le décret du 23 prairial an XII, le cadavre doit être transporté décemment de l’église où il se trouve au cimetière et l’inhumation de celui-ci revient aux soins du maire. Il précise également que l’autorité civile n’a pas le pouvoir ou la possibilité de contraindre le prêtre à faire des prières, celui-ci ne devant justifier ses motifs qu’à ses supérieurs. De plus, il avertit que la jurisprudence indique que la famille peut se pourvoir contre l’évêque ou le conseil d’Etat par voie d’appel comme abus.

Extrait du décret du 23 prairial an XII Titre V des pompes funèbres

Article 19 Lorsque le Ministre d’un culte, sous quelque prĂ©texte que ce soit, se permettra de refuser son ministère pour l’inhumation d’un corps, l’autoritĂ© civile, soit d’office, soit sur la rĂ©quisition de la famille, commettra un autre Ministre du mĂŞme culte pour remplir ces fonctions ; dans tous les cas, l’autoritĂ© civile est chargĂ©e de faire porter, prĂ©senter, dĂ©poser et inhumer les corps.

Enfin, il met en garde le maire contre les cris injurieux et les démonstrations des parents, des amis ou de la foule qui pourraient avoir lieu dans l’église. Il lui demande même d’être présent aux cérémonies de l’église et du cimetière et de s’opposer à tout trouble.

Le maire prévient aussitôt les familles, malgré l’heure tardive, que l’enterrement aura lieu dès le lendemain.

Un cercueil éventré et une tombe refermée.

Le dimanche 17 janvier au matin, alors que la foule se rassemble autour de l’église, il est constaté que le curé a fait sortir le cercueil et l’a fait jeter sur le cimetière ouvert de toutes parts et à la merci des animaux. Il a ensuite quitté la paroisse dans la nuit et c’est le vicaire de Luzy qui est chargé de faire la messe dominicale.

Cadavre jeté

Le maire fait relever le cercueil et pour éviter toute polémique, il est placé sous le chapiteau de l’église et non à l’intérieur. Pendant ce temps-là, il faut rouvrir la tombe qui a été comblée la journée précédente « on ne sait pourquoi ». L’opération se passe sous les gémissements, imprécations et indignations de tous. La foule enfle et certains veulent demander des comptes au curé.

Il est finalement décidé de rendre les hommages militaires au défunt mais toute décharge est interdite. C’est donc arme au bras mais déchargée qu’a lieu l’hommage. La cérémonie se fait dans le calme et devant une assemblée recueillie.

Le curé, pas si coupable

L’événement aurait pu s’arrêter là, mais on découvre dans les archives que le curé n’est pas aussi responsable que le raconte le maire. En effet, selon l’article 77 du code civil : «aucune inhumation ne sera faite sans une autorisation sur papier libre et sans frais de l’officier de l’état civil. »

Il faut donc que le maire délivre un certificat au curé pour qu’un enterrement puisse avoir lieu.

Charles Cortet n’ayant pas donné ce papier à l’abbé Arriat, ce dernier n’a pas voulu se mettre en porte-à-faux face à la loi et a refusé de faire l’enterrement. L’entente entre les deux hommes n’a jamais été bonne et le préfet de la Nièvre signalera au ministre quelque mois plus tard que le maire suscitait sans cesse de l’embarras au prêtre sous des prétextes les plus frivoles et ne lui délivrait pas les certificats de célébration civile des mariages ou des décès.

Changer de maire et de curé

Le 5 juillet 1847, l’abbé Arriat quitte la commune précipitamment à la demande de l’évêque et le maire se plaint au sous-préfet de ne pas avoir eu le temps de faire un inventaire du mobilier ni d’avoir récupéré officiellement les clés de l’église et du presbytère. Le sous-préfet rappelle à Charles Cortet qu’il est responsable que du contenu mobilier et est susceptible de faire surveiller l’église et la cure en faisant coucher le garde de la commune à portée.

Le 14 aout 1847, Charles Cortet est suspension de ses fonctions de maire de Tazilly et Jérome Bignon est nommé maire provisoire. Une semaine plus tard, le sous-préfet convoque l’ancien maire à Moulins Engilbert pour qu’il s’explique sur son attitude. Ce dernier apportera les copies de ses lettres pour justifier de sa bonne foi.

Le préfet traitera l’homme de « caractère irascible et tracassier qui nuit essentiellement à l’accomplissement de ses fonctions. »

Evêque et préfet s’étant mis d’accord pour changer chacun de leur côté le curé et le maire, Charles Cortet, 50 ans, ne retrouvera jamais sa fonction de maire mais sera réélu conseiller municipal de 1852 à 1860. Il décède en aout 1870 à Tazilly.

Un curé Arriat est noté comme desservant de Tazilly sur l’almanach agricole de la Nièvre en 1851, un autre curé du même nom exerce à Montigny aux Armognes.

Sources: 1K63-AD69, 2Miec327-AD58, M728-AD58, 4E287art1-AD58, 5Mi11/524-AD58, Carte Levasseur 1852, Gallica.bnf: Almanach agricole de la Nièvre 1851.

© 2015 Généalanille

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Adjoint au maire et cabaretier

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Avr 112015
 

Un Ă©lu ordinaire

Emiland Genty est né le 26 avril 1806 à Tazilly (58). Cabaretier à l’entrée du bourg du village, il se marie en 1841 dans la même commune avec Jeanne Jault.

Le 18 juin 1843, il devient membre du conseil municipal, fonction qu’il occupe jusqu’en 1852. Il est à nouveau élu le 5 février 1854 avec un des plus gros suffrages (146 voix) et est installé comme adjoint le 11 avril.

 Adjoint

 

La famille dans la région

Emiland Genty, aubergiste cabaretier à Tazilly est le frère de Claude Genty, cabaretier à Luzy.

Ce dernier a épousé en 1831 à St Seine (58) Etiennette Voillot et leur fille Léonarde (née en 1832) s’est mariée en 1848 à Luzy avec Didier Jean Laurent, gendarme à Luzy, originaire de Villers le Sec (55).

Descendance

Un cabaret hors la loi

En application des arrêtés préfectoraux de la Nièvre de 1853, il est demandé aux gendarmes Grandveault et Laurent de la brigade de Luzy de faire un contrôle inopiné sur les cabarets ne respectant pas l’horaire légal de fermeture les soirs. Le 9 juillet 1853 au soir, ils se rendent à Tazilly et arrivant au bourg vers le cabaret d’Emiland Genty, adjoint au maire, ils remarquent deux personnes devant la porte de l’établissement qui rentrent en criant « gare, voilà les gendarmes. »

Le temps d’arriver au cabaret, les chandelles ont été soufflées et certains contrevenants cherchent à s’échapper. Ils sont invités et contraints à retourner à l’intérieur et Mme Genty est priée de rallumer une chandelle, objet qu’elle prétexte tout d’abord ne pas avoir.

Les gendarmes découvrent deux pièces : une première salle ou cuisine est utilisée par les consommateurs et une deuxième salle qui sert uniquement pour les joueurs de carte.

Dans la première pièce, les gendarmes constatent une table pleine de verres et de bouteille où il restait du vin, des consommateurs cachés dans tous les coins de la maison : derrière les meubles, dans les lits, dans les embrasures des croisées. Certains profitent de cet instant pour sauter par la fenêtre vers le jardin et l’un d’eux a failli même se noyer dans la mare à la sortie du jardin.

SchémaLes contrevenants

Sept noms sont relevés par les gendarmes Grandveault et Laurent :

Charles dit Alexandre Machuron, Claude dit Vigneron Dubois, Léonard Lagandrée, gendre de Machuron, Poignant dit Cochet meunier à Perrigny, Jean Baptiste Chevretin maitre d’école, Garruchet fermier de Mr Cortet au domaine des roches et Jean Baudelin de Savigny Poil Fol, seul non habitant de la commune.

A ces sept consommateurs ou joueurs, il faut bien Ă©videmment ajouter Emiland Genty et sa femme, tenanciers du cabaret.

Avec sa position d’adjoint, Emiland Genty est l’un des garants de la police sur sa commune et de ce fait doit respecter la loi. Le gendarme Laurent, bien qu’époux de la nièce du cabaretier, ne fait pas de passe-droit à son oncle par alliance, et pour cause, il a déjà verbalisé son propre beau-père pour des faits similaires !

Amende

Au moment du procès, les 7 consommateurs accusés de complicité, donneront le nom des 3 autres personnes présentes ce soir-là parmi lesquelles un nommé Jacques Diot.

 

Un tollé dans la population

L’affaire provoque un émoi dans la population. Il faut dire que par arrêté préfectoral du 22 juillet 1854, le cabaret est fermé et l’adjoint suspendu de ses fonctions. Le maitre d’école écope également d’un mois de suspension.

Dans les jours qui suivent, c’est une pluie de lettres de contestations qui arrivent chez le sous-préfet.

Le curé évoque qu’Emiland Genty « n’a jamais abusé de sa position d’adjoint pour attirer la jeunesse. Sa maison n’est pas une maison de débauche. On n’y a jamais permis de parties carrées. »

Il défie même les gendarmes de prouver ce qu’ils ont écrit dans leur rapport, se plaint auprès des personnes les plus notables dans tout le canton et même jusqu’à Bourbon Lancy. Il arrive à convaincre Mr Coujard de la Planche, Mr Perrin et beaucoup d’autres notables de l’aider à faire rouvrir le cabaret.

Le maréchal des logis rétorque dans son rapport que Mr De Chargère, ancien maire de Tazilly et actuel maire de Flety est quant à lui plus circonspect sur les propos du curé. De plus, il n’hésite pas à relayer le scandale public qui accuse le curé d’avoir des relations avec la femme d’Emiland Genty que ledit curé qualifie de « paisible et inoffensif. » Le maréchal parle d’une calomnie par « noire méchansté » du curé envers les gendarmes.

curé

Le maire, Marc Laureau, conçoit qu’il y a souvent des querelles dans l’un des 3 cabarets de la commune mais il ne se plaint pas d’Emiland Genty en tant qu’homme. Il réclame la nomination d’un nouvel adjoint et se plaint du zèle qu’ont exercé les gendarmes face à cette histoire.

Le maréchal des logis rétorque dans son rapport que la lettre de contestation du maire n’est pas signée de sa main mais de celui qui avait servi de secrétaire.

Maire

Le juge de paix cherche quant à lui à sauver l’image de l’instituteur en donnant une autre version des faits. En effet, ce dernier ne faisait pas partie des buveurs mais était sur le seuil de la porte au moment de l’arrivée des gendarmes. Il avait soupé chez le curé avec le maire et les deux invités sont partis à 21H45. L’instituteur a raccompagné le maire au-delà du village et en revenant il a trouvé la sœur de Mr le Curé à sa porte avec la femme de l’adjoint. Cette dernière l’a prié de la raccompagner chez elle à 200m. A peine entrés, les gendarmes sont arrivés vers 22H15 et ont empêché tout le monde de sortir. L’instituteur a été confondu avec les buveurs qui étaient dans une seconde pièce où il n’est pas entré.

Une lettre de pétitions en faveur du cabaretier est signée par nombreux habitants du village, élus, curés locaux et notables.

contest Contest-suite

Mr D’Amfreville, père, apporte lui aussi sa lettre de rĂ©clamation en expliquant qu’Emiland Genty appartient au conseil municipal depuis 30 ans (en fait 10 ans seulement). Il conteste lui aussi le procès-verbal des gendarmes qui, selon lui, contient une mention que le sieur Genty ne respecte pas les arrĂŞtĂ©s du prĂ©fet, qu’il abuse de son statut d’adjoint pour rester ouvert pendant les messes, qu’il nargue les autres cabarets et que le lieu sert de parties carrĂ©es, c’est-Ă -dire qu’il est en fait une maison de prostitution. Il termine sa lettre par la formule latin « prima gratis secunda debet tertia solvet » visant la clĂ©mence du sous-prĂ©fet envers Emiland Genty.

Amfreville

Amfreville-latin

Le sous-préfet sollicite son supérieur en lui transmettant la lettre un peu vive de ce notable (qu’il traite de vieillard mais dont il respecte la vivacité d’esprit). Il propose la réouverture du cabaret mais la révocation des fonctions d’adjoint, rôle pour lequel il n’a pas trouvé de successeur. Entre adjoint ou commerçant, il a choisi.

 

Le rapport du maréchal des logis

Outre les éléments évoqués ci-devant face aux lettres de réclamation du maire et du curé, le maréchal des logis est amené début août 1854 à faire une enquête complémentaire sur le travail de ses hommes.

Grâce au jugement des 7 complices et à l’interrogatoire des trois fuyards, il explique que la deuxième salle du cabaret servait régulièrement pour des parties de brelan avec de l’argent engagé. Le soir du procès-verbal, Jacques Diot jouait d’ailleurs avec Charles Machuron et Claude Dubois pour la somme de 4 francs. Claude Dubois avait déjà perdu 6 francs dans la journée et trois mois plus tôt il avait même perdu 60 à 70 francs et c’est Mr le Maire lui-même qui lui avait prêté de l’argent sous les yeux d’Emiland Genty, tenant du cabaret. Les deux représentants de la mairie ne pouvaient donc pas ignorer ce qui se passait dans l’établissement.

Par ailleurs, le maréchal des logis rappelle que le gendarme Laurent est intègre car il a verbalisé son propre beau-père (voir plus haut).

 

Rester ferme mais compréhensif

Après l’émotion de la population et la réaction des notables, le préfet décide tout d’abord qu’Emiland Genty est suspendu trois mois de ses fonctions d’adjoint et que son cabaret reste fermé.

Il évite ainsi la révocation et le sous-préfet n’a pas besoin de trouver un remplaçant.

Le 12 septembre 1854, Mr Coujard de la Planche rédige une lettre qui plaide en la faveur du cabaretier et demande la réouverture de l’établissement car c’est le seul gagne-pain de la famille. Cette lettre est donnée à Emiland Genty qui doit la remettre en mains propres au préfet lui-même.

On ne sait pas si l’entrevue a réellement eu lieu entre le Tazillicois et Albin Lerat de Magnitot (préfet nommé dans la Nièvre en novembre 1853).

 

Emiland Genty démissionne de son poste d’adjoint. Le sous-préfet propose pour le remplacer Pierre Perraudin 44 ans, François Tissier 43 ans et Benoit Segaud 59 ans.

Pierre Perraudin est nommé adjoint par arrêté préfectoral du 5 décembre 1854 et prête serment le 24 décembre.

Nouvel-adjoint

Emiland Genty décède le 27 avril 1871 à Tazilly.

Sources :

5Mi11/495-AD58, 5Mi11/523-AD58, 5Mi11/524-AD58, 5Mi11/525-AD58, 5Mi11/595-AD58, 5Mi10/481-AD58, M728-AD58

© 2015 Généalanille

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L’hommage Ă  Bulliot sur le Mont Beuvray

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Août 192014
 

Le Mont Beuvray est une colline du Morvan située sur les communes de St Léger sous Beuvray (71), Glux en Glenne (58) et Larochemilay (58). Il est le lieu présumé de Bibracte, la capitale des Eduens. Ce sont principalement les fouilles archéologiquement initiées à partir de 1860 par Jacques Gabriel Bulliot, un archéologue autunois, qui ont permis de redécouvrir ce site.

La croix du Mont Beuvray

Alors que l’ancienne croix a Ă©tĂ© mise Ă  terre par les vents et les orages plusieurs annĂ©es auparavant, il est proposĂ© en juin 1851 au congrès archĂ©ologique de Nevers d’Ă©riger une nouvelle croix de St Martin sur le Mont Beuvray. Cette demande est faite par Jacques Gabriel Bulliot, dont le mĂ©moire est lu Ă  l’assistance d’Ă©rudits par l’abbĂ© Devoucoux (l’auteur Ă©tant trop fatiguĂ© pour le faire lui mĂŞme).

TerminĂ©e le 4 septembre 1851, la croix est bĂ©nie le 10 septembre 1851  au matin en prĂ©sence de nombreux hommes, femmes et enfant venus « par tous les sentiers qui conduisent au sommet chenu de la montagne » ainsi que du maire de St LĂ©ger sous Beuvray, propriĂ©taire du terrain. C’est Monseigneur Landriot, chanoine de la CathĂ©drale d’Autun et ami de Gabriel Bulliot, qui prononce la bĂ©nĂ©diction en prĂ©sence de nombreux prĂŞtres.

De forme trapue, la croix mesure 1,10m sur les 3,82m du monument. Elle est composĂ©e de 4 pierres et reprĂ©sente St Martin partageant son manteau avec un pauvre. Elle porte plusieurs mentions: une en l’hommage du passage de St Martin en 376, une du congrès archĂ©ologique et une rappelant que la croix est Ă©rigĂ©e sur un oratoire dĂ©diĂ© Ă  St Martin.

Le lieu a été successivement: un temple romain, une chapelle bâtie par St Martin rasée en 1570 par les soldats de Coligny, une autre chapelle écroulée à la révolution, puis une croix remplacée en 1851.

Voir la biographie de Gabriel Bulliot et ses travaux sur St Martin.

croix

 

 La Chapelle du Mont Beuvray

A partir de 1869, Gabriel Bulliot Ă©voque Ă  son ami Mgr Landriot, alors Ă©vĂŞque de Reims, le dĂ©sir de rebâtir la chapelle de 8,20m sur 4m de large situĂ©e quelques mètre derrière la croix et qui est, elle aussi, dĂ©diĂ©e Ă  St Martin. Dans le contexte de la guerre de 1870, le projet est reportĂ©. Le 7 aout 1873, la première pierre est posĂ©e par Mgr Landriot et en 1874, Gabriel Bulliot obtient 100 francs de la sociĂ©tĂ© Nivernaise pour financer la chapelle. Quelques mois plus tard, Mgr Landriot meurt, il ne pourra donc pas tenir sa promesse de bĂ©nir l’ouvrage terminĂ©.

C’est finalement le Cardinal Perraud, nommĂ© Ă  l’Ă©vĂŞchĂ© d’Autun en janvier 1874 qui prononcera le discours de bĂ©nĂ©diction de la chapelle le samedi 9 septembre 1876. Autun reçoit justement le congrès scientifique de France (entre le 4 et le 13 septembre) et c’est l’occasion pour les Ă©rudits de bĂ©nĂ©ficier d’une visite des lieux dirigĂ©e par l’archĂ©ologue Bulliot. Ce dernier, qui a Ă©tĂ© fait chevalier de la lĂ©gion d’honneur quelques mois plus tĂ´t, profite du congrès pour publier un ouvrage sur l’oppidum de Bibracte.

Les journaux relatent peu la bénédiction de la chapelle et lui préfèrent la messe militaire qui a eu lieu le dimanche précédent au Mont Beuvray.

Voir la suite de la biographie de Gabriel Bulliot et ses travaux sur le mont Beuvray


1891 108_Mont_Beuvray_Chapelle_et_calvaire

Le buste et le monument Bulliot

Gabriel Bulliot dĂ©cĂ©de en janvier 1902. Quelques mois plus tard, la sociĂ©tĂ© Eduenne fait construire en sa mĂ©moire, grâce Ă  une souscription publique, un cippe massif quadrangulaire en granit d’Etang (sur Arroux) avec un couronnement pyramidal imbriquĂ© en forme de toiture. Sur les 4 pans du monuments ont Ă©tĂ© installĂ©es des plaques en marbre blanc qui comportent:

Le monument mesure 4,70 mètres et a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© par l’architecte autunois Roidot Houdaille. L’inauguration a lieu le dimanche 20 septembre 1903.

monument

La veille, la sociĂ©tĂ© Eduenne s’est rĂ©unie Ă  14H sous une tente dans la cour de l’hĂ´tel Rolin Ă  Autun en prĂ©sence du Cardinal Perraud (Ă©vĂŞque du diocèse), d’HĂ©ron de Villefosse (illustre archĂ©ologue), du Dr Gillot (qui remplace le prĂ©sident de la sociĂ©tĂ© Eduenne Anatole de Charmasse), du dĂ©putĂ© maire Germain Perier et de Joseph DĂ©chelette, neveu de la femme de Gabriel Bulliot qui assurera la suite des fouilles sur le mont Beuvray.  A 15H, une rĂ©plique en bronze du buste de Gabriel Bulliot, rĂ©alisĂ©e par Pierre Etienne Gabriel Campagne, et offerte par les celtisans et bretons de Paris, est inaugurĂ©e dans le square qui borde l’hĂ´tel Rolin. PosĂ© sur un socle en granit et un piĂ©destal en marbre, l’ensemble restera Ă  cet endroit jusqu’en 1996, date de son transfert dans la cour.

squareBuste

Le dimanche 20 septembre 1903, Ă  partir de 7H du matin, une file de voitures descend l’avenue de la gare Ă  Autun pour prendre le chemin du Mont Beuvray. Elle est rejointe par d’autres autos et des bicyclettes pour parcourir 25 km de route avant d’ĂŞtre obligĂ©s de stopper les machines et de mettre pied Ă  terre. La foule afflue par le poirier au chien, la croix du Rebout (venant de St LĂ©ger sous Beuvray) et de l’Ă©chenaut (venant de Glux en Glenne) et la montagne est prise d’assaut par « ceux arrivĂ©s par les bois frais et les autres par les pentes pleins de sueur. » A 10H45, une messe est donnĂ©e dans la petite chapelle Ă©voquĂ©e plus haut, puis vient l’heure de l’inauguration du monument.

A midi, un banquet est organisĂ© sous une tente ouverte du cĂ´tĂ© du plateau. Il a Ă©tĂ© prĂ©parĂ© par deux maitres d’hĂ´tel de St LĂ©ger sous Beuvray. Après le repas, une visite de l’oppidum est organisĂ©e par Joseph DĂ©chelette, prĂ©cĂ©dĂ© par un mĂ©nĂ©trier et sa vielle. Cette visite emmènera les scientifiques et savants jusqu’au Teureau de la Wivre et Ă  la pierre SalĂ©e avant d’entrer dans la maison oĂą Bulliot rĂ©sidait pendant ses campagnes de fouilles « avec sur les murs des graffitis au charbon de bois. »

La foule a continuĂ© de faire la fĂŞte jusqu’Ă  17H oĂą tous ont repris le chemin du retour. Dans la 3ème sĂ©rie de cartes postales sur St LĂ©ger sous Beuvray, les cartes 8, 9 et 10 retracent cette inauguration.

fete

Voir la fin de la carrière de Gabriel Bulliot

Jacques Gabriel Bulliot et ses travaux sur St Martin

Jacques Gabriel Bulliot est né le 20 janvier 1817, Rue Ste Christophe à Autun. Son père, Jean Marie Buillot est marchand de vins à Autun, marié à Marie Grenot, originaire de Couches. Il est le seul fils et le cadet des enfants du couple, et, selon son propre témoignage, il était très turbulent.

Il entre au collège d’Autun en 1826 oĂą il est très bon Ă©lève et obtient son bac en 1835. Il exerce le mĂŞme mĂ©tier que son père, mais en parallèle des achats, ventes et expĂ©ditions de vin, il devient poète jusqu’en 1845 et ses Ă©crits sont publiĂ©s dans le journal local « l’Eduen. » 32 articles historiques seront publiĂ©s dans le mĂŞme journal entre 1840 et 1843.

En juillet 1841, il est commissaire pour recenser la population de la section du champ de Mars et de la Terrasse. Le 5 aout 1841, il entre à la société Eduenne dont il deviendra président en 1860 après la mort de Joseph de Fontenay et dont il sera membre perpétuel par décision du 6 février 1886.

En 1843, il publie une Notice sur l’abbaye Saint Martin près Autun. Fervent catholique, il est un des probables fondateurs de la ConfĂ©rence de St Vincent de Paul de la ville d’Autun, vouĂ©e Ă  aider les pauvres, puis Ă  mettre en place un asile agricole.  Le nom de Buillot apparait dans les PV de sĂ©ances de la sociĂ©tĂ© dès le 19 avril 1845 (crĂ©Ă©e un mois plus tĂ´t).

En 1846, la sociĂ©tĂ© Française pour la conservation des monuments historiques organise son 13ème congrès Ă  Autun. Gabriel Bulliot participe Ă  celui ci en prĂ©sentant ses travaux sur l’abbaye St Martin et son destin va basculer dans une nouvelle voie.

Il est Ă©lu conseiller municipal d’Autun en juillet 1848. Il restera Ă  ce poste jusqu’Ă  son retrait volontaire en octobre 1860.

DĂ©but 1849, il publie en deux tomes son Essai historique sur l’abbaye St Martin d’Autun.

Gabriel Bulliot se marie en 1849 Ă  Sarry (Brionnais) avec Marie Despierres et aura 5 enfants.

En 1851, quelques mois après la naissance de son premier enfant Jean, il assiste Ă  l’inauguration de la croix commĂ©morant le passage de l’Ă©vĂŞque St Martin sur le Mont Beuvray.

Retour Ă  la croix

Jacques Gabriel Bulliot et ses travaux sur Bibracte

PrĂ©sent Ă  la sociĂ©tĂ© Eduenne depuis 1841, il publie Ă  partir de 1853 plusieurs articles dans ses MĂ©moires. Il continue le commerce du vin qui lui permet d’apprendre Ă  connaitre les moindres recoins du Morvan et note consciencieusement tous les vestiges antiques qu’il croise.

Il participe en 1854 au congrès de Moulins oĂą il Ă©voque le plan gĂ©nĂ©ral du système de dĂ©fense Ă  l’Ă©poque romain.

Deux ans plus tard, en 1856, il publie un essai sur le système de dĂ©fense Ă  l’Ă©poque romain en pays Ă©duen entre la SaĂ´ne et la Loire oĂą il ose affirmer pour la première fois que le Mont Beuvray et Bibracte ne font qu’un. Bibracte Ă©tait la capitale des Eduens, peuple celte de la gaule Romaine qui finit par se rallier Ă  VercingĂ©torix en 52 avant JĂ©sus Christ.

Il n’est pas le premier a avoir constatĂ© l’importance. Il faut noter que le curĂ© de St LĂ©ger sous Beuvray dĂ©crivait dans sa lettre de 1726 la prĂ©sence de richesses Ă  peines enterrĂ©es sur le Mont Beuvrect.

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Gabriel Bulliot multiplie ses articles dans diverses sociĂ©tĂ©s et devient en 1861, après la mort de son prĂ©dĂ©cesseur et un an d’interrègne,  prĂ©sident de la sociĂ©tĂ© Eduenne.  Il devient l’un des fondateurs du musĂ©e lapidaire d’Autun en aout 1861.

En 1863, sa mère dĂ©cède, c’est dans cette pĂ©riode qu’il attaque les fouilles au Mont Beuvray. En juillet 1868, il se retire de son activitĂ© de marchand de vins pour se consacrer exclusivement Ă  l’archĂ©ologie. Il construit de ses mains un ermitage couvert en chaume au sommet du Mont pour l’accueillir lui et les ouvriers travaillant aux fouilles. La guerre de 1870 interrompt pendant 5 ans les travaux. Cependant Gabriel Bulliot continue ses recherches dès 1872. En mai 1876, il reçoit l’insigne de Chevalier de la lĂ©gion d’honneur par les mains du ministre de l’instruction publique, quelques mois plus tard, la chapelle est bĂ©nie.

Retour Ă  la chapelle

Jacques Gabriel Bulliot et sa fin de carrière

En 1877, il aide la sociĂ©tĂ© Eduenne Ă  devenir propriĂ©taire de l’hĂ´tel Rolin après son classement comme monument historique, bâtiment oĂą avait sĂ©journĂ© Nicolas Rolin et qui aurait du disparaitre.

Le 14 juillet 1878, son fils Jean est ordonnĂ© prĂŞtre Ă  Belley (01). Il exercera successivement Ă  Agen et Moulins avant d’arriver Ă  Paris en 1888 dans l’institut catholique.

La femme de Gabriel Bulliot dĂ©cède en 1885 Ă  Autun Ă  57 ans et il devient en fĂ©vrier 1886 membre Ă  perpĂ©tuitĂ© de la sociĂ©tĂ© Eduenne. Les fouilles continuent sur le mont Beuvray et Gabriel Bulliot publiera l’ensemble de ses rapports sur le sujet en 1899 alors qu’il est malade depuis avril 1896.

En mai 1900, lors du 21ème pardon de la sociĂ©tĂ© celtique et de son diner Ă  Paris, il est honorĂ© comme doyen des celtisans et une souscription est organisĂ©e pour faire rĂ©aliser son buste. En dĂ©cembre 1900, il devient correspondant de l’acadĂ©mie.

celte

Sa dernière visite sur le mont Beuvray a lieu le 21 aout 1901, il meurt le 11 janvier 1902 Ă  84 ans.Sa tombe est au cimetière d’Autun.

Son fils, l’abbĂ© Jean, devient membre de la sociĂ©tĂ© Eduenne d’Autun le 27 fĂ©vrier 1902. Un an plus tard, alors que son père est sur le point d’ĂŞtre cĂ©lĂ©brĂ© au Beuvray, il est condamnĂ© Ă  1 mois de prison par le tribunal de la Seine pour avoir brisĂ© les scellĂ©s sur les portes de sa congrĂ©gation. Il est emprisonnĂ© Ă  Fresnes sous le numĂ©ro 107.

Joseph DĂ©chelette, qualifiĂ© de son neveu, alors qu’il est en fait le neveu de la femme de Bulliot, reprendra les travaux de fouilles sur le Mont Beuvray avant de trouver la mort au front le 4 octobre 1914. Le mont Beuvray ne sera plus fouillĂ© avant 1984, date Ă  laquelle le site est  classĂ© aux monuments historiques.

Une table d’orientation a portĂ© les mentions « Touring Club » « Parc National du Morvan  » 1978. Une plaque commĂ©morant la proclamation du lieu comme site national lui a Ă©tĂ© adjointe en 1985, annĂ©e de l’inauguration du site archĂ©ologique.

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Sources:

Le mont Beuvray et la Croix de St Martin numérisé par Google Books, 5E14/70-73-AD71, 5E14/182-AD71, 5E14/188-AD71, 5E14/201-AD71, 5E14/213-AD71, 5E14/215-AD71,5E14/221-AD71, 5E14/254-AD71, 5E14/290-AD71, 5E14/341-AD71, 5E500/6-AD71, documents numérisés par gallica: Congrès Archéologique de France, le magasin pittoresque, Mémoires de la Société éduenne des lettres, sciences et arts, Bulletins et mémoires de la Société des sciences naturelles de Saône-et-Loire, Bulletin de la Société nationale des antiquaires de France, Congrès scientifique de France, Bulletin de la société Nivernaise, journal Le Temps.
projet gutenberg: l’oppidum de Bibracte, LH/392/95-base LĂ©onore, journal de Saone et Loire, base Monumen, sga mĂ©moire des hommes, La semaine religieuse d’Autun (collection personnelle), site petit-patrimoine.com pour les photos des plaques du monument Bulliot, Journaux Le journal de la Nièvre, le Journal du Morvan numĂ©risĂ©s par les AD58
Photo de la Croix et la chapelle par Moreau.henri sous licence Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 via Wikimedia Commons.

© 2014 Généalanille

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