Les réfugiés de 14-18 en Saône et Loire

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Sep 072015
 

La guerre de 14-18 a mis sur la route de nombreuses personnes (hommes, femmes et enfants) qui ont dĂ» quitter leur lieu de vie pour un ailleurs inconnu. Une partie d’entre eux sont arrivĂ©s en SaĂ´ne et Loire dont certains Ă©taient originaires de Longlaville en Lorraine.

Longlaville avant la guerre

Longlaville est une commune de Meurthe et Moselle, à la frontière du Luxembourg et à proximité de la Belgique. Son recensement en 1911 dénombre 2858 personnes issues de 484 ménages et réparties dans 222 maisons.

Recensement-1911

Sa population est jeune et la commune a vu la naissance de 84 enfants lors des deux années précédentes.

pyramide

Pyramide des âges de Longlaville (54) en 1911

La guerre et la violence de l’envahisseur

Quand la guerre vient une nouvelle fois frapper ses terres, les allemands ne tardent pas à envahir la ville de Longlaville et à la détruire. En fin de l’année 1914, les journaux se veulent rassurants : quelques maisons ont souffert, les violences des allemands se sont traduites par des incendies mais peu d’habitants ont été molestés.

Rassurer

En décembre 1914, les nouvelles sont plus radicales : Mr Georges qui tenait le café du midi a été fusillé avec sa femme par les allemands qui ont brûlé leur maison.

Fusillé

Il faut parfois attendre plusieurs mois pour que les journaux distillent d’autres atrocités.

Histoire

Pour se venger, les allemands brûlent les maisons et tuent les civils.

Ceux qui ne sont pas mobilisés doivent choisir entre partir ou rester.

L’exemple de la famille Hocquard

Ils sont deux frères à travailler comme lamineurs aux aciéries.

Charles Hocquard est né en 1883 à St Dizier (52). Marié avec Justine Prêcheur née en 1889 à Longlaville (54), il habite la rue Basse à Longlaville avec sa femme et sa belle-mère. Mobilisé dès le 2 aout 1914, il est noté disparu le 26 août. Il faut attendre 2 ans pour trouver son nom sur la liste des prisonniers.

Prisonnier

Charles Hocquard dont le nom apparait après 2 ans de disparition

Pierre Hocquard est né en 1884 à St Dizier (52). Marié avec Lydie Prêcheur née en 1886 à Longlaville, il habite aussi la rue Basse à Longlaville avec leur fille Simone née en 1909. Mobilisé le 1 août, il rejoint le lendemain la commission de réquisition de chevaux et voitures. Il est renvoyé dans ses foyers le 4 aout et « est resté en pays envahi pendant la durée des hostilités. »

renvoyé

Un peu plus loin dans la rue vivent leurs parents, Charles Hocquard et Marie Antoinette Schetzel avec deux de leurs sœurs Yvonne et Justine.

Les deux filles sont respectivement nées en 1895 et 1897 à Maxéville (54) et Champigneulles (54). Yvone quitte la région avec Elisa Hocquart (probablement sa belle-soeur). Accompagnées de 4 enfants, elles migrent vers la Saône et Loire où elles sont signalées à Toulon sur Arroux.

Toulon

Extrait du cahier des rĂ©fugiĂ©s de l’arrondissement de Charolles

Elles rejoignent ensuite Le Creusot en avril 1915.

Creusot

Extrait du cahier des rĂ©fugiĂ©s de l’arrondissement d’Autun avec la famille Hocquard

La famille Cristiny sur la route

La famille Cristiny habite rue Ste Barbe à Longlaville en 1911. Les parents, nés en actuelle Moselle et n’ayant pas opté, sont considérés comme étrangers. Ils vivent avec leur fille Joséphine née en 1898 à Villerupt.

Leur fils Julien s’est marié avec Jeanne Loubeau et le couple a déjà 3 enfants : Mathilde née en 1910, Adolphe né en 1911 et Léone née en mars 1914.

Quand survient la guerre, la mère part avec sa fille, sa belle-fille et ses petits-enfants vers le sud. Ils sont recensés à St Aubin à Charollais (71) où Jeanne Loubeau épouse Christiny accouche quelques jours avant l’armistice de son 5ème enfant prénommé Léon Louis Eugène.

La famille repart Ă  Longlaville en avril 1919.

Christiny

Les réfugiés de Longlaville en Saône et Loire

En Saône et Loire, on dénombre presque 100 personnes issues de Longlaville sur les cahiers qui servent à l’enregistrement des arrivées et départs des refugiés. (Ce document n’a pas été conservé pour l’arrondissement de Louhans.) Les populations déplacées se rassemblent dans le département à proximité des grandes villes ou autour des lieux de travail (les aciéries du Creusot par exemple).

Longlaville

Les réfugiés de Longlaville (71) recensés en Saône et Loire entre 1914 et 1919

 

Les réfugiés Longlavillois originaires de Saône et Loire retournent dans leur famille c’est le cas de Claude Quincy originaire du Creusot qui revient dans sa ville natale avant de partir pour Paris en 1917, mais aussi de Mme Deslorières née Pelletier au Creusot qui émigre à St Symphorien de Marmagne, et également de Philibert Genevois né au Creusot qui s’installe à St Aubin en Charollais avec 5 de ses enfants. Cette famille habitait la rue Ste Barbe et une Jeanne Genevois de Longlaville est recherchée par Mr Genevois présent à l’hôpital de Chagny (71) en mars 1915.

Personne-recherchée

Dès mars 1915, une autre catégorie de personne est déplacée : les rapatriés. Ce sont des civils indigents ou volontaires qui acceptent d’être évacués vers la France non occupée. Dans le convoi du 14 mai 1915 au soir se trouve Jeanne Quency née Charleux qui rentre dans sa famille au Creusot.

Rapatrié

En mars 1918, Mme Gossert HĂ©vert qui est souffrante attend le train pour quitter Longlaville.

Rapatrié-2

 

Et dans le reste de la France

Les réfugiés et rapatriés de Longlaville n’ont pas choisi que la Saône et Loire, on retrouve leur trace dans d’autres villes de France : Paris, Pierrefitte, Cherbourg (50), St Cyprien (24), Cahors (46), La Rochelle Palice (17), Pourcheroux (03), Nancy (54), Aubervilliers (93), Nantes (44), Villeneuve St Georges (94), Bordeaux (33), Thonon les Bains (74), St Rambert en Bugey (01), Vitré (35), Grand Croix (42), Privas (07), Alençon (72), Alfortville (94), Colombes (92), Sucy en Brie (94), Firminy (42), St Rémy en Rollat (03).

Cette liste n’est pas exhaustive.

Des nouvelles et la vie qui continue

Avec l’Ă©loignement, l’absence de moyens de communications modernes et la guerre, avoir des nouvelles de ceux qui sont partis et de ceux qui sont restĂ©s est difficile. Les nouvelles arrivent parfois par le biais de journaux.

Ceux qui sont restĂ©s indiquent qu’ils sont en bonne santĂ©, ou que certains dĂ©cès sont survenus.

rester

D’autres cherchent des nouvelles

nouvelles

.. mĂŞme quand ils sont militaires

Militaires

… ou quand ils sont prisonniers

Otage

Les naissances et décès loin de leur patrie d’origine sont également annoncés par les journaux.

Vie

A voir aussi

Les archives départementales offrent parfois de réels trésors en série R. Les AD de Mâcon présentent sur leur site internet quelques-uns de ces documents liés aux réfugiés de 14-18.

http://www.archives71.fr/article.php?laref=166&titre=b-les-deracines-refugies-et-interne-civils

Sources:

6M33-AD54 , 1R175-AD08, 1R181-AD08, 2R249-AD57, 10R143-AD71, 10R144-AD71, Le journal de la Meurthe et le Bulletin de la Meurthe et Moselle numérisés par le kiosque-lorrain.fr

© 2015 Généalanille

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Réfugiée et spoliée

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Mai 042015
 

Le 22 juin 1940, le marĂ©chal PĂ©tain signe l’armistice face Ă  l’Allemagne. La France est coupĂ©e en deux: au nord la France occupĂ©e, au sud la France libre.

La réquisition des bois privés

Par une circulaire du 11 septembre 1940, le conservateur des forêts invite les maires du département de Meurthe et Moselle à prendre toutes dispositions pour assurer le ravitaillement en bois de chauffage de la population civile et en leur prescrivant d’envisager l’exploitation des bois particuliers situés sur le territoire de leur commune, et ce, quelle que soit leur contenance.

Le conseil municipal de Saint-Ail (54) se rĂ©unit le 23 septembre 1940 et dĂ©cide de lister les bois particuliers susceptibles de fournir en appoint en bois de chauffage. Il exclue les cultivateurs et les propriĂ©taires de bois domiciliĂ©s sur la communes, estimant que ceux ci vont devoir utiliser cette ressource pour l’hiver Ă  venir.

Restent comme bois exploitables à titre de réquisition:

  • Les biens appartenant Ă  la sociĂ©tĂ© anonyme Union des consommateurs de produits mĂ©tallurgiques Ă  Hagondange composĂ©s de 6 parcelles en section C pour une contenance globale de 1 hectare 10 ares.
  • Les biens de Mme veuve Guiot demeurant 54 rue Nationale  à Longeville Les Metz (57) composĂ©s de deux parcelles en section D pour une contenance de 53 ares.

La commune « a pressenti » ces deux propriĂ©taires et la sociĂ©tĂ© anonyme donne son accord le 21 octobre 1940. Mme Guiot, elle, ne rĂ©pond pas.

Réfugiée en France libre

Mme veuve Guiot, demeurant Ă  Longeville les Metz ou Rue de Pont Ă  Mousson Ă  Montigny les Metz (57) (selon les documents) n’a probablement jamais reçu la requĂŞte de la commune de St Ail.

Mme Guiot habite en zone annexĂ©e et fait partir des rĂ©fugiĂ©s mosellans expulsĂ©s de leur domicile pour ĂŞtre expĂ©diĂ©s en zone libre. D’après son beau-frère, Albert Boehm, instituteur Ă  Joeuf (54), elle part dĂ©but octobre 1940 avec 2000 francs et 30 kgs de bagages. C’est d’ailleurs ce dernier qui devient mandataire de l’expulsĂ©e et cherche Ă  prĂ©server ses biens.

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Les bois sont exploités

A l’automne 1940, la commune procède en accord avec le conservateur des forĂŞts du dĂ©partement Ă  la reconnaissance des deux biens listĂ©s et dĂ©clare que ceux de la sociĂ©tĂ© anonyme n’ont pas une ressource suffisante car les arbres sont trop jeunes et les parcelles n’ont pas un rendement suffisant. Seules les deux parcelles de Mme Guiot seront exploitĂ©es par la commune de St Ail.

Un balivage est effectuĂ© dans les mois suivants. 23 chĂŞnes, 13 frĂŞnes et 95 arbres divers soit 131 arbres sont considĂ©rĂ©s comme baliveaux et donc conservĂ©s. Cette rĂ©serve reprĂ©sente 247 baliveaux à l’hectare, ce qui est supĂ©rieur Ă  celle maintenue dans les coupes soumises au rĂ©gime forestier. Le reste de la propriĂ©té est abattu et produit 99m3 de bois.

Un procès verbal est établi le 18 janvier 1941 pour évaluer le prix de la coupe.

Le dénombrement donne les chiffres suivants:

  • 46 stères de rondin et charbonnette en mĂ©lange Ă  13f= 598f
  • 53 stères de petite charbonnette Ă  8f=424f

Soit un total de 1022 francs Ă  transmettre Ă  Mme Guiot dès qu’elle se manifestera. Elle ne signe bien Ă©videmment pas le PV qui est enregistrĂ© 10 jours plus tard.

Le bois est rasé

Le 30 janvier 1941, Mr Boehm, beaufrère de Mme Guiot, apprend l’exploitation du bois. Il Ă©crit au prĂ©fet pour connaitre la loi qui permet aux communes de se rendre acquĂ©reur de biens Ă  l’insu des propriĂ©taires et prĂ©cise que le bois n’est nullement abandonnĂ© car le paiement des impĂ´ts est Ă  jour.

Ne recevant aucune rĂ©ponse, il Ă©crit Ă  nouveau au prĂ©fet son mĂ©contentement le 24 fĂ©vrier 1941, estimant que le maire a littĂ©ralement rasĂ© le bois alors que la rĂ©glementation donne le droit de faire une coupe dans les bois de 10 ha et au dessus et que, sur la commune, les aciĂ©ries de Rombas possèdent des bois d’une taille supĂ©rieure Ă  ces 10 ha et que « eux » n’ont pas Ă©tĂ© exploitĂ©s. Par ailleurs, il prĂ©cise que chaque propriĂ©taire de la commune, le maire y compris, possède un bois particulier et que ces biens n’ont pas subi de rĂ©quisition. Il menace alors de porter plainte au parquet.

53 ares (vert) contrairement à 10 hectares (totalité)

53 ares (vert) contrairement à 10 hectares (totalité)

Une enquĂŞte est dĂ©jĂ  en cours auprès du conservateur, du maire. Le conservateur rencontre l’instituteur le 14 mars 1941. Il en ressort que le plaignant comptait acheter le bois particulier en cause et « y asseoir annuellement une petite coupe de bois » lorsqu’il jouirait de sa retraite Ă  Batilly village voisin de St Ail. « En tant qu’amateur du bois et mandataire », il maintient sa plainte du 24 fĂ©vrier 1941.

La rĂ©ponse formelle du prĂ©fet Ă  l’instituteur date du 22 avril 1941. Il y expose les raisons du choix des parcelles de Mme Guiot, le tarif exprimĂ© dans le procès verbal, la prĂ©sence de 30 foyers nĂ©cessiteux (37 selon le maire) qui ont bĂ©nĂ©ficiĂ© de ces 99 stères de bois et exprime le fait que, comme les intĂ©rĂŞts de Mme Guiot ont Ă©té prĂ©servĂ©s, l’affaire soit classĂ©e et que Mr Boehm retire sa plainte.

La guerre ne donne pas tous les droits

Mr Boehm ne faiblit pas. Dans sa lettre du 18 mai 1941 au préfet, il reproche au maire d’avoir pensé que l’affaire serait oubliée après la guerre. De plus, Mme Guiot, si elle rentre, n’aura pas de quoi se chauffer.

Il conteste également les chiffres des bénéficiaires. Evaluant à 70 ménages domiciliés à Saint Ail dont au plus 15 ménages nécessiteux « si on peut dire ». 99 stères pour 15 familles est une quantité exagérée!

Quant Ă  reprocher Ă  Mme Guiot de ne pas avoir rĂ©pondu, il estime que « le maire aurait du s’adresser Ă  un propriĂ©taire local », ainsi il aurait eu une rĂ©ponse.

Enfin il exige pour rĂ©paration une parcelle de mĂŞme contenance et mĂŞme valeur. Le prĂ©fet tente de nĂ©gocier en ce sens mais en septembre 1941 Mr Boehm saisit le parquet de Verdun d’une plainte contre le maire de St Ail pour vol de bois. Le prĂ©fet lui rĂ©pond le 18 septembre 1941 que dès lors il ne peut plus rien faire et qu’il faut attendre la rĂ©ponse de la justice.

Une affaire qui se poursuit après la guerre

Deux ans après la fin de la guerre, le 11 juillet 1947, c’est Mr Berg percepteur à Ars sur Moselle qui se plaint de la taille du bois de St Ail.

Mr Guiot son beau père est mort en novembre 1938, et sa fille, épouse du percepteur, est décédée en aout 1939. Il agit donc au nom de ses enfants héritiers de ces deux personnes.

A nouveau il critique le fait que la forêt de Mme Guiot n’était pas la seule disponible à l’époque des faits et que les 1022 francs proposés sont probablement en dessous de la somme que la commune en a tiré car Mr Berg doute que le bois ait été offert et non vendu aux habitants. Il réclame 3500f d’indemnité.

Le conservateur des eaux et forĂŞts se livrera Ă  un calcul du tarif rĂ©el des bois coupĂ©s en fonction de leur qualitĂ©, du prix au bulletin officiel du 25 novembre 1941 et de l’arrĂŞtĂ© interministĂ©riel du 4 aout 1942. Une fois dĂ©duits la main d’Ĺ“uvre, les frais de dĂ©bardage, de transport et les diverses taxes, il obtiendra un prix de 9,40f la stère de charbonnette, soit près de 28% de bĂ©nĂ©fice pour les Guiot.

Le dossier ne précise pas qui a finalement encaissé les 1022 francs stipulés dans le procès verbal.

 

© 2015 Généalanille

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