L’architecte virĂ© pour avoir pris des congĂ©s

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Juin 162017
 

C’est l’histoire d’un l’architecte dĂ©partemental qui est virĂ© par le prĂ©fet après 35 ans de services pour avoir pris des congĂ©s sans prĂ©venir.

Un marmot nommé architecte

Etienne Joseph Boissonnade est né le 27 décembre 1796 (7 nivôse an V) à Saint Geniez d’Olt d’un père entrepreneur de travaux publics. Sa naissance est déclarée dix jours plus tard à la salle commune.

Il est nommĂ© architecte dĂ©partemental de l’Aveyron le 9 novembre 1820 par dĂ©libĂ©ration du conseil gĂ©nĂ©ral. C’est le premier architecte du dĂ©partement. Cette fonction Ă©tait assurĂ©e par les ingĂ©nieurs des ponts et chaussĂ©es qui doivent dorĂ©navant se concentrer sur les routes.

Il entre en fonction le 1er janvier 1921 avec un salaire de 1500 francs. Mais en raison des voyages qu’il est obligĂ© de faire, son allocation passe Ă  2500 francs la mĂŞme annĂ©e et est reconduite jusqu’en 1825 avec ce montant.

Des travaux divers et nombreux

Etienne Joseph Boissonnade va faire restaurer tous les Ă©difices publics de l’Aveyron. Il va aussi ĂŞtre l’acteur majeur de toutes les constructions publiques du dĂ©partement.

Parmi ses nombreux travaux, on notera sa participation Ă  la restauration de la cathĂ©drale de Rodez (toujours en restauration), celle de la prĂ©fecture, de l’école normale primaire, de l’église de Conques…

On lui doit les constructions des prisons de Millau, Villefranche et St Affrique d’après l’ancien système. Mais aussi la construction de la maison d’arrêt d’Espalion. Commencée dès 1837, cette dernière est la 1ère maison d’arrêt de France élaborée selon le système cellulaire dont le gouvernement ait autorisé l’exécution.

Il est l’architecte du palais de justice de Rodez (adjugé au printemps 1833). Il a également établi les plans de l’asile d’aliénés de Rodez qui était considéré comme un modèle.

Sans compter ses travaux pour des Ă©glises, presbytères, ou mĂŞme l’abattoir de Saint Geniez…

L’architecte est révoqué

Par arrĂŞtĂ© prĂ©fectoral du 29 octobre 1855, Mr Isidore Loirette, ancien Ă©lève de l’Ă©cole des Beaux Arts est nommĂ© architecte dĂ©partemental Ă  la place de Mr Boissonnade, rĂ©voquĂ©. Cette fonction est provisoire en attendant le concours officiel de remplacement.

Mr Boissonnade est révoqué pour avoir quitté Rodez une douzaine de jours pour se rendre à la campagne sans avoir donné avis au Préfet.

Toujours dire où l’on est

Le 12 mars 1855, l’architecte dĂ©partemental demande un congĂ© d’un mois Ă  compter du 17 pour affaires particulières l’appelant Ă  Paris. Le congĂ© lui est accordĂ© par arrĂŞtĂ© du 15 mars avec retenue du traitement.

Le 28 juillet 1855, l’architecte demande des instructions pour aller à Villefranche. Il doit aussi aller à Villeneuve mais il ne compte pas être absent plus de 8 jours.

Mais fin octobre, il oublie de prĂ©venir….

La faute Ă  la poste

Mr Boissonnade est parti le dimanche 14 octobre 1855 « pour venir faire procĂ©der, non Ă  mes vendanges car la grĂŞle m’a enlevĂ© les raisins, mais Ă  la rĂ©paration de nombreux dĂ©gâts que m’ont causĂ© les orages de toutes espèces du mois de juillet dernier. »

Il est convoquĂ© Ă  la commission des bâtiments civils qui a eu lieu le 18 octobre Ă  l’hĂ´tel de prĂ©fecture…. Mais la convocation ne lui arrive que le 18 octobre Ă  15h, soit Ă  l’heure mĂŞme de la rĂ©union ! S’il l’avait reçue la veille il serait venu….

Le prĂ©fet est en colère. Il prend un arrĂŞtĂ© le 25 octobre 1855 pour exercer une retenue de moitiĂ© du traitement de l’architecte Ă  compter de son dĂ©part et pendant tout le temps que durera son absence. Il estime qu’il nĂ©glige les affaires courantes et la surveillance du palais de justice

Mr Boissonnade rĂ©pond le 27 octobre Ă  ce prĂ©fet (prĂ©sent seulement depuis 2 ans) qu’il ne nĂ©glige pas la surveillance des travaux. Il a d’ailleurs laissĂ© un agent qui le supplĂ©e pour le faire et pour rĂ©expĂ©dier les dĂ©pĂŞches de son domicile. Hors de Rodez, il continue de travailler.

En effet, il a réalisé

  • le classement des dossiers de demande de secours pour Ă©glises et presbytères,
  • le dessin et le devis estimatif des banquettes en fer Ă  placer aux croisĂ©es de l’asile des aliĂ©nĂ©s de Rodez.

Tout cela, ainsi que le préfet lui a demandé le 16 octobre. Par conséquent, le préfet ne se serait pas rendu compte de son absence si cette dépêche était arrivée en temps et heures.

Le torchon brûle

Les échanges entre les deux hommes sont virulents. Mais le préfet est le plus fort et révoque l’architecte de 59 ans. Il lui demande de faire un inventaire en double exemplaire de ses affaires en cours et des documents professionnels qu’il détient.

Les pièces officielles sont restées à la préfecture. Mr Boissonnade transmettra 3 documents :

  • Le devis et le dĂ©tail estimatif du palais de justice de Millau. Ce document Ă©tait dans les papiers d’un de ses employĂ©s qui est mort et auquel le chef de bureau, qui est mort aussi, les avait confiĂ©s pour en faire des copies pour l’entrepreneur.
  • Le projet complet du palais de justice de St Affrique.
  • Le projet du palais de justice de Villefranche.

Quant aux avants projets pour la construction des prisons de Rodez, il refuse de les communiquer s’il n’est pas payé proportionnellement à son travail.

L’arrêté de nomination de son successeur est diffusé dans la presse début novembre 1855.

Quelques années avant sa mort

Il décède le 22 avril 1862 dans la maison Albouy au N°7 de la rue de la paix à Rodez atteint d’une apoplexie foudroyante à la fin d’un repas pris avec son frère. Il était veuf de Caroline Foulquier décédée le 10 mars 1847.

Etienne Joseph Boissonnade était Chevalier de la légion d’honneur depuis 1840, architecte diocésain depuis 1823, membre de la société des lettres.

 

Sources 4E234/3-AD12, 4E213/35-AD12, 4E213/43-AD12, 4N147-AD12, annuaire biographique des artistes français, le journal de l’Aveyron, LH/270/70-base Léonore

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RĂ©fugiĂ© deux ans dans l’Aveyron

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Mai 282017
 

André Lebrun, né en théorie à Reims, pupille de l’assistance publique dans l’Aisne, va passer 2 ans dans l’Aveyron comme réfugié de la 1ère guerre mondiale.

Un enfant assisté

André Lebrun est né le 30 décembre 1907 en théorie à Reims, plus probablement dans l’Aisne. Enfant abandonné, orphelin ou trouvé, il est classé parmi les enfants assistés du département et on peut tracer brièvement sa vie à partir de l’âge de 10 ans grâce à son dossier aveyronnais.

Il est mis en garde chez Mme Veuve Boucher Daussin le 1er avril 1917 à Ugny le Gay (02). Une carte d’identité lui est remise et nous apprend qu’il arrive de Flavy le Martel (02) au sud de St Quentin.

Sa « gardienne » touche l’allocation de l’état aux réfugiés pour la période de novembre 1917 à avril 1918. Cependant il lui est dû le montant mensuel de la pension qu’elle a demandé trop tard à la perception locale.

 

Les évacués de l’Aisne

Fin mars 1918, on annonce l’arrivée à Rodez d’un train spécial de 1150 évacués « des pays où se déroulent les opérations militaires actuelles ».

Mme veuve Boucher-Daussin arrive à Rodez le 3 avril avec sa famille et son pupille de l’assistance publique. Mais elle doit être hospitalisée dès son arrivée. Cette pauvre femme âgée de 78 ans est devenue subitement gâteuse et il y a peu d’espoir qu’elle ne ressorte de l’hospice et donc qu’elle s’occupe du petit. Ce dernier a été mis au dépôt en attendant d’être placé. La famille de la gardienne a remis la vêture donnée à cet enfant. On note que ce dernier est atteint d’incontinence d’urine fort prononcée.

Un premier placement

Le 11 mai 1918, André est placé chez les époux Turq à Druelle. Il est de retour à l’hospice de Rodez le 25 mai 1918, ramené par ses gardiens qui disent qu’il est « atteint d’incontinence d’urine et d’une intelligence bornée ». Même si les propos sont vrais, il faut trouver un autre placement.

Un deuxième placement

Il est confié le 17 juin 1918 à Mr Mme Cuq à Centrès qui devront « l’élever et le nourrir convenablement ». Comment se comporte-t-il ? L’inspecteur pose la question à son « gardien » qui fait savoir « qu’il est à peu près satisfait de l’enfant et qu’il le gardera peut être ».

« Le pupille que vous mas vait confiait je panse qu’il ferat par se que il est trais au béysant mes encore il est pas au courant. Mes il me contant à ses bien pour le momen »

Mr et Mme Cuq ont 25 ans environ. Ils habitent à 200 mètres d’une école et à 100 mètres d’une route. Ils sont propriétaires cultivateurs et possèdent 2 vaches. Parents d’un petit garçon de 10 mois, ils sont tous les deux valides, bien portants et de bonnes mœurs. Ils ont sollicité l’inspecteur le 1er avril 1918 pour se voir confier un enfant « de préférence un garçon de l’âge de 5 à 6 ans. »

Mr Cuq est réformé depuis juillet 1916. Il s’est marié en janvier 1917.

Se faire rembourser

Le 19 septembre 1918 Mme Boucher Daussin va recevoir incessamment la somme de 450 francs pour l’exercice 1917. Il faut dire qu’elle vient tous les deux jours dans le bureau de l’inspecteur pour réclamer son dû. Le 8 octobre 1918, l’AP de L’Aveyron demande à son homologue de l’Aisne (délocalisé à Chartres) si les 30 francs par mois comprennent la vêture. La réponse est non.

Pour les vêtements qu’elle a payé (60 francs), Mme Boucher-Daussin doit donc faire un mémoire en triple exemplaire pour être remboursée.

Les boches ont tout détruit

L’armistice est signé. Mais les hommes ne sont pas encore rentrés et les réfugiés ne sont pas tous rapatriés.

Le 18 décembre 1918, André est vu en classe et dans son placement. « Bien portant, mais très en retard pour la classe. Est peu intelligent. Il se montre désobéissant et entêté. Il est incontinent d’urine. »

Le 6 janvier 1919, le voisin se plaint du pupille « le petit […] nous coupe des petits arbres ». Comme le gardien ne fait rien, le maire a Ă©tĂ© averti…

Le 9 avril, la famille de placement explique qu’AndrĂ© doit faire sa première communion le 27 avril. Il lui faut son extrait de baptĂŞme. L’Assistance publique transmet la demande dans l’Aisne. La rĂ©ponse ne tarde pas : « tous les dossiers des pupilles de mon service ont Ă©tĂ© complètement dĂ©truits par les boches »… alors le certificat de baptĂŞme, il faudra s’en passer.

Retour à l’hospice

Le 23 avril 1919, André retourne à l’hospice de Rodez. Sa fiche de placement évoque un abcès. Fait-il finalement sa première communion ?

Le certificat médical donne un avis favorable à son placement le 10 mai 1919.

Un troisième placement

André est confié le 17 mai 1919 à Mr Labit à Lédergues.

Le 19 octobre 1919, il est vu par le service de placement, et c’est plutôt sa famille d’accueil qui est jugée. « Assez bien portant, mais peu intelligent. Bons soins, excellent placement. »

Il a maintenant bientôt 12 ans et le 6 décembre 1919, il a besoin d’une vêture. L’inspecteur de l’AP de l’Aveyron contacte son homologue de l’Aisne. Ce dernier envoie directement le paquet à la nourrice.

Rapatrié après deux ans

Le 28 février 1920 il revient à l’hospice de Rodez, son rapatriement dans l’Aisne à lieu dès le lendemain. Il continuera probablement d’être placé jusqu’à sa majorité.

Source 1R958-AD12, 4E57/7-AD12, Etat civil mairie de Reims, 3X126-AD12, le journal de l’Aveyron.

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Pompon est réquisitionné

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Mai 212017
 

Les animaux ont aussi été réquisitionnés lors de la seconde guerre mondiale, faisant perdre un outil de travail et un compagnon à leurs propriétaires.

Pompon

Des chevaux recensés

Pompon est un cheval né en 1929. Depuis ses 5 ans, il est annuellement recensé à la mairie de St Affrique comme « susceptible d’être requis par le service des armées en cas de mobilisation ». C’est la loi du 3 juillet 1877 qui a instauré cette déclaration obligatoire.

Et c’est le maire qui est chargé d’établir la liste dans un registre avec le nom du propriétaire, le nom de l’animal, sa robe, son sexe, sa taille, son numéro d’ordre au registre de recensement et le classement de l’année précédente s’il y a lieu.

Quelques animaux échappent à cette liste : les juments reproductrices, les animaux de halages ou d’exploitations houillères et les animaux réformés de part leur fonction (appartenant au chef de l’état, à l’administration des postes…)

Pour la commune de Saint Affrique, la présentation des chevaux a lieu sur la place de l’hospice, généralement en mai, lors d’une tournée d’une commission départementale. 147 animaux en 1938, rien que pour cette commune !

Une taxe

Pompon est le seul cheval d’Henri Boudes à Saint-Affrique. Il a 2 chiens, mais un seul cheval. Il paie des taxes pour ses animaux. 12 francs par an pour Pompon depuis que la taxe de l’état a été supprimée (en juillet 1934) et que le conseil municipal a fixé ce nouveau tarif. 13 francs pour les deux chiens.

Pompon est réquisitionné

La seconde guerre mondiale se dĂ©clenche. Mobilisation gĂ©nĂ©rale pour les hommes et pour les « animaux, voitures, moyens d’attelage, aĂ©ronefs, vĂ©hicules automobiles, navires, embarcations…. » Pompon est rĂ©quisitionnĂ© et Henri Boudes doit l’emmener le 3 septembre 1939. OĂą va-t-il aller ? Au front, Ă  l’arrière ? Impossible de savoir. L’homme doit se sĂ©parer de son outil de travail et probablement d’un compagnon.

Une compensation financière

Un barème est Ă©tabli pour les voitures et pour les animaux afin de compenser la perte financière des moyens rĂ©quisitionnĂ©s. Mais l’argent ne remplace pas tout. Et Henri Boudes n’est pas satisfait d’une part de ne plus avoir Pompon et d’autre part de ne toucher que 5 800 francs pour ce cheval de 3ème catĂ©gorie. Le 25 janvier 1940, il en rĂ©clame 7 800 francs. C’est bien plus que les 25% gĂ©nĂ©ralement proposĂ©s par l’administration en cas de contestation. Par jugement du 6 mars 1940, il obtiendra gain de cause et la somme qu’il souhaitait.

De tous les propriétaires du canton de St Affrique qui ont envoyé une réclamation pour des compensations financières face à la réquisition de leurs chevaux, seuls deux d’entre eux ont précisé comment ils appelaient leurs animaux.

La suite de l’histoire de Pompon n’est pas prĂ©cisĂ©e dans les documents d’archives…

Sources: 10U8/190-AD12, 16P8/19-AD12, 15P1/216-AD12, 20R71-AD12 et la photo de Bayard.

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Le retour d’âge de sœur Marie Louise

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Mai 122017
 

Âgée de 46 ans, sœur Marie Louise tente de s’évader du couvent où elle habite depuis 29 ans. C’est son retour d’âge qui semble avoir provoqué cette impulsion.

soeur

Rentrée au couvent à 18 ans

Elle s’appelle Léonie Cantaloube. Elle est née le 25 janvier 1858 à Flagnac. A l’âge de 18 ans elle entre dans les ordres parmi la congrégation de la Sainte Famille, tout d’abord à Montlaur puis au couvent de Ste Claire à Villefranche de Rouergue. Elle travaille aux travaux de la maison. Elle fait la classe et gagne 600 francs par an qui sont versés au couvent de Ste Claire. De quoi payer sa dot de 4000 francs.

Elle est veut partir

A 45 ans, elle souhaite partir. Quitter le couvent. Son frère Henri, épicier à Decazeville, est venu la voir. Elle lui demande de l’accueillir, mais il ne veut pas la recevoir chez lui. Un an plus tard, elle demande à aller le voir, lui et sa belle mère qui est malade, mais on lui refuse cette sortie.

Elle n’ose pas démissionner car elle a peur qu’on ne lui rende pas sa dot et qu’elle se retrouve mendiante !!

Alors elle s’évade.

C’est devenu une idée fixe, et c’est le 10 octobre 1905 que sœur Marie Louise tente sa chance. Elle prend avec elle un baluchon de son linge, preuve de la préméditation de son geste !

Le mur du couvent fait 3,50m. Qu’importe, elle grimpe après un sureau (selon la police) ou sur le toit d’un petit hangar (selon la presse) et atteint le faîte du mur. De là, elle appelle un passant qui s’empresse d’aller chercher une échelle et facilite ainsi son évasion.

Son ballot de linge est lourd, alors elle demande à Mme Fabre la voisine de l’aider à porter le paquet à la gare. Les deux femmes partent du faubourg Guiraudet en face de l’abattoir, prennent le chemin de la rive, le pont neuf et arrivent à la gare. Sœur Marie Louise n’a plus qu’à attendre le train de 9H qui l’emmènera à Decazeville … Mais une fois Mme Fabre partie, la sœur, au lieu de rester à la gare, prend la direction de la place de la république puis se dirige sur la route de Rieupeyroux.

A la recherche de la fugitive

C’est à la fin de la messe, vers 8H que les sœurs converses s’aperçoivent de son absence. Elles partent à sa recherche avec la sœur tourière, sœur Epiphanie. C’est cette dernière qui retrouve sœur Marie Louise au tournant de la Roque, sur la route de Rieupeyroux, vers le lavoir de Cadrès précise la presse.

Elle la saisit par le bras et demande à un homme de l’aider à arrêter la fugitive. Ce dernier ne la touche pas mais lui promet de la recevoir si elle consent à entrer librement dans sa maison. Sœur Marie Louise est finalement introduite de force dans cet endroit par sœur Ephipanie et est gardée par 2 personnes le temps de prévenir le couvent.

Retour au couvent

Toutes ses larmes et ses supplications pour aller rejoindre son frère resteront vaines. Ce sont deux religieuses qui l’encadrent dans la voiture qui la ramène au couvent. Pour la convaincre, on lui a fait croire qu’on l’emmenait pour qu’elle puisse récupérer son lit.

Il faut rassurer la population. La sœur tourière explique aux personnes qui ont aidé à la « capture » de la fugitive que celle-ci n’avait « pas sa raison par suite du retour d’âge. » Ah les hormones…..

A midi, toutes les sœurs ont enfin regagné le couvent Ste Claire.

Cette pauvre femme est saine d’esprit

Le commissaire de police de Villefranche se rend au couvent et demande à voir, seul, la sœur fugitive. Elle est convoquée dans un parloir et se confie à voix basse de peur d’être entendue par les autres religieuses.

On la persécute, on lui fait la guerre, elle ne comprend pas pourquoi on lui en veut. D’ailleurs avec son air craintif et ses yeux rougis, elle a même fait de la peine au brigadier et au commissaire lui-même.

La presse se défoule

Les différents journaux de l’époque relateront cet « incident ». La presse républicaine dans son article « froc aux orties » s’étonnera de « l’empressement mis par les bonnes sœurs à poursuivre et reprendre une des leurs ». Le journal catholique répondra d’une part que sœur Marie Louise avait eu l’opportunité d’aller non pas chez ses parents, qui ne peuvent l’accueillir, mais dans le couvent de leur ville et d’autre part que si on n’avait pas tardé à rapatrier la sœur c’est pour ne pas abandonner « une pauvre malade, sans ressources, sans moyens suffisants pour s’en procurer, sans asile. »

Elle est folle mais pas dangereuse

Le procureur de la république donne l’ordre de faire une enquête et c’est le rapport du Dr Cavalié qui va donner une autre version de l’état mental de sœur Marie Louise.

Cette femme ne jouit pas de toutes ses facultés mentales : la nuit, elle suppose qu’on lui pique les jambes, qu’on la brûle avec un fer rouge, qu’on lui fait absorber un liquide ayant un gout de phénol. Par contre, le jour, elle raisonne avec sens. D’ailleurs elle étudie même actuellement l’espagnol.

Il confirmera que c’est bien son âge critique qui l’a met en proie à des troubles nerveux…..

 

Source : le narrateur, 8J142-AD12, 4E89/9-AD12, PER563-AD12, PER1441-AD12. Image d’illustration (sĹ“ur Marie Thomas Ă  l’âge de sĹ“ur Marie Louise)

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Il s’appelait Paul Muguet

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Mai 012017
 

DotĂ© d’un patronyme peu commun, Paul Muguet, chanoine et curĂ© archiprĂŞtre de Sully le Château (71) a Ă©tĂ© un passionnĂ© d’histoire locale.

Muguet

Un patronyme peu commun

Paul Muguet est né le 2 avril 1839 à La Clayette (71). Ses parents se sont mariés l’année précédente dans la même commune. En remontant l’arbre généalogique, les originaires de la famille Muguet nous guident vers la Loire (Belmont) et le Rhône (St Vincent de Reins et Mardore).

Le patronyme est assez peu fréquent et semble tenir son origine de l’essence de la fleur qui était utilisée par certains élégants.

 

Une vie de prĂŞtre

Après des études au petit séminaire de Semur en Brionnais, Paul Muguet rejoint le grand séminaire. Il hésite à devenir prêtre, deux fois. Il est finalement ordonné le 21 mai 1864. Il devient vicaire de la cathédrale d’Autun. Un an plus tard, il est nommé vicaire à Louhans où il reste 4 ans.

Le 18 juin 1869, il quitte la Bresse pour le Morvan pour devenir curé de Reclesne. En 1875, il est nommé curé dans le Charolais à Beaubery. Et c’est enfin le 16 décembre 1889 qu’il devient curé archiprêtre de Sully le Château. Il restera dans cette commune 34 ans jusqu’à sa mort le 10 septembre 1923 à l’âge de 84 ans.

Nommé chanoine honoraire de la cathédrale en 1895, il refusera le titre de chanoine titulaire et théologal du chapitre. En effet, il ne voulait pas quitter Sully pour déménager à Autun comme l’imposait sa nomination.

Chanoine

 

Un historien passionné

Outre sa vie de pasteur, Paul Muguet s’est intéressé à l’histoire locale. Et il y a consacré tout son temps libre, veillant parfois jusqu’à l’aurore !

Ses recherches ne sont pas restĂ©es secrètes. On compte parmi ses publications un tome consacrĂ© Ă  la persĂ©cution religieuse pendant la rĂ©volution dans les arrondissements de Charolles et d’Autun. Mais aussi plusieurs ouvrages sur la vie de Marguerite-Marie Alacoque de Verosvres (71) qui a inspirĂ© le culte du SacrĂ© CĹ“ur ou encore sur la montagne de Dun, le Val St Benoit…

C’est probablement grâce à ces travaux qu’il devient membre de la société éduenne d’Autun en février 1890. Il est régulièrement présent aux séances de cette société savante et y fait part de ses découvertes.

Des discours mémorables

Outre ses conférences sur ses travaux, c’est surtout sur la fin de sa vie que Paul Muguet se distingue avec des discours.

On peut notamment citer la bénédiction du monument aux morts de la commune inauguré le 25 septembre 1921 où il prononça un discours patriotique très apprécié.

Deux ans plus tard, et quelques mois avant sa mort, la marquise de Mac Mahon, Marthe Marie Thérèse de Vogüé décède à Paris le 9 juin 1923 suite à une courte maladie. Elle est très célèbre dans la société parisienne et très impliquée dans des œuvres de bienfaisance. Elle a droit à de grandioses obsèques à l’église St Pierre du Gros Caillou avant que son cercueil ne rejoigne Sully. Il faut dire que les Mac Mahon sont les propriétaires du château du village.

Un nouveau service funéraire pour la marquise a lieu à Sully 10 jours plus tard. Et c’est Paul Muguet qui y prononce une allocation mémorable.

Jusqu’au bout

Malgré ses problèmes de surdité, le chanoine Muguet a assuré les cours de catéchisme jusqu’au bout. Ses infirmités l’accablant, il avait demandé l’autorisation de se retirer. Mais c’est bien comme curé de Sully qu’il mourut, fidèle à son poste.

Ses funĂ©railles ont eu lieu en prĂ©sence de 30 prĂŞtres, de plusieurs chanoines et de toute la population de Sully… Sauf « quelques hommes retenus par les travaux du battage. »

Il a été remplacé par Claude Joseph Broyer, curé de Bonnay au poste de curé archiprêtre.

Cet article a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© dans le cadre du challenge UproG de mai 2017 sur le thème imposĂ© « le muguet ».

Sources : REV192/36-AD71, V37-AD71, V39-AD71, 1T285-A71, 5E133/5-AD71, 1Miec015X03-AD42, 4E4715-AD69, 4E4714-AD69, Le Gaulois numérisé par Gallica.bnf.fr

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Comment lister les meuniers?

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Avr 072017
 

Quand un arrĂŞtĂ© prĂ©fectoral permet de lister plusieurs personnes exerçant le mĂŞme mĂ©tier… Un exemple avec les meuniers.

meuniers

Un recensement difficile

Comment trouver tous les meuniers exerçant dans un dĂ©partement Ă  un moment donné ? Renouvelez la question avec tous les charrons, tous les horlogers, tous les tailleurs d’habits…

Bien sûr, si on vous demande tous les prêtres, tous les instituteurs ou tous les notaires, la tâche sera plus facile ! Mais pour les artisans, il n’y a pas beaucoup d’autres solutions qu’un balayage massif, méthodique et systématique d’un maximum de ressources.

Cela passe par l’état civil et les recensements de population, mais aussi les actes notariés (ou les répertoires de notaires), la justice, l’enregistrement (TSA, ACP, SSP et j’en passe), les patentes, les annuaires départementaux, la presse spécialisée et comme on parle de meuniers, la série S !

Et pourquoi pas la série K ?

La plupart des professions est régie par des lois, des décrets, des arrêtés. Il suffit parfois de faire une recherche dans ces documents pour découvrir un article lié à l’activité recherchée.

C’est le cas des meuniers avec un arrêté du préfet de l’Aveyron du 14 juillet 1854 qui impose que

« la balance, avec assortiment complet de poids, […] sera Ă©tablie dans toute usine du dĂ©partement destinĂ©e Ă  la mouture des grains. »

Le préfet joint une lettre à tous les maires de l’Aveyron et précise que certains meuniers prélèvent de manière frauduleuse une quantité de blé sur celle convenue entre les propriétaires et les meuniers. Et c’est particulièrement le cas sur le canton de Cassagnes où certains habitants se sont plaints.

Une conséquence visible en série U

Un arrêté c’est bien, mais cela ne nous donne pas de noms ! Il faut plonger dans les fonds de justice de paix pour trouver les coupables. Coup de chance, les minutes de simple police sont disponibles pour ledit canton de Cassagnes.

Ce n’est finalement pas moins de 16 meuniers qui sont condamnés à partir de novembre 1854 pour défaut de balance. Certains se défendent : ils l’ont commandé, mais il n’y en avait plus à Rodez, ou bien le vendeur doit aller en chercher à Toulouse. D’autres ont leur mari malade, donc plus de minoterie et pas besoin de balance. Un autre enfin n’est que « fermier » du moulin, c’est donc au propriétaire de faire la démarche.

Et si l’on renouvelle l’expĂ©rience sur d’autres cantons, la rĂ©colte de noms de meuniers pour la mĂŞme pĂ©riode est dans la mĂŞme proportion… Une idĂ©e simple et efficace pour la base de donnĂ©es !

 

Sources : PER1181-AD12, 10U16/25-AD12, 10U26/20-AD12

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Entrer dans le cercle

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Mar 242017
 

Bien avant l’apparition de la loi 1901, des cercles s’établissent dans nos communes. Le 5 mars 1878, certains habitants de Viviez (Aveyron) décident de créer le cercle de l’Union.

Cercle

Un cercle non Ă©litiste

Contrairement Ă  d’autres sociĂ©tĂ©s existantes, le but du cercle de l’Union ne se dĂ©finit pas comme Ă©litiste.

Il propose en effet

1°) le rapprochement par le contact journalier des diverses catégories de citoyens (agriculteurs, travailleurs de l’outil du magasin ou du bureau). Car jusqu’à ce jour leurs occupations différentes ou des habitudes anciennes tenaient trop éloignées les uns des autres.

2°) l’éducation naturelle par l’échange constante des idées.

3°) la fondation de salons de lecture, d’une bibliothèque populaire circulante, de lectures avec commentaires, de conférences ou causeries familières sur les sujets les plus variés, science, littérature, art, économie publique ou privée.

15 membres adhérents

L’objectif est de mélanger les populations. L’examen des membres composant le cercle montre 15 personnes de 27 à 50 ans. Aucun âge minimum n’est précisé. Il est souvent de 21 ans.

5 propriétaires, un docteur, un marchand, un brasseur, des ouvriers du bâtiment (peintre, zingueur, cimenteur, maçon, menuisier), un ajusteur et un chauffeur. Pas d’agriculteur comme le prévoyait les statuts !

Les conditions suivantes sont classiques : pas de jeux de hasard, pas de discussion politique ou religieuse. Les locaux ne doivent pas être une maison où se trouverait un café ou tout autre débit de boisson qu’à la condition que les locaux soient complètement séparés.

Comment entrer dans le cercle ?

Toute personne qui souhaite entrer doit être présentée par deux membres. On affiche le nom du candidat et des 2 présentateurs pendant 10 jours, puis le vote à l’unanimité permettra d’accepter ou de rejeter la demande.

Pas de nombre maximum de membres prévu pour ce cercle, certains le limitent à 120 ou 150.

Une cotisation « Ă  la tĂŞte » de l’adhĂ©rent mais très souple

Comme le cercle ne se veut pas élitiste, il provient une cotisation en fonction du membre qui souhaite adhérer. Elle ne peut pas être inférieure à 50 centimes ni supérieure à 2 f par mois. Payable d’avance bien sûr.

Si le membre ne paye pas, il aura un premier avertissement, puis un second avant d’être rayé de la liste…. Sauf s’il demande un sursis supplémentaire au bureau !

Si l’adhérent part en voyage de plus de 3 mois, il peut choisir de ne payer ses cotisations qu’à son retour.

Aucun droit d’entrĂ©e, mais les dons de bienvenue (en argent ou en livres) sont acceptĂ©s ! D’ailleurs la bibliothèque et le salon de lecture seront confiĂ©s Ă  la garde et Ă  la surveillance d’un ou de plusieurs bibliothĂ©caires choisis par le bureau.

Un cercle parmi tant d’autres…

La société est autorisée par le préfet le 12 mars 1878 (selon la loi du 10 avril 1832 et le décret du 25 mars 1852).

Ce n’est pas le premier cercle dans la commune. En effet, en janvier 1865 a Ă©tĂ© crĂ©Ă© le Cercle de la Concorde dont Michel Stieber, membre actuel du cercle de l’union, faisait dĂ©jĂ  partie.

Et finalement, 5 ans plus tard, le cercle de la fraternité est créé à dans la même commune car le cercle de l’union est trop loin de leur quartier, soit environ 1 km!

 

Source:  4M262-AD12

© 2017 Généalanille

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Le circuit du printemps

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Mar 202017
 

Le circuit du printemps, c’est le nom choisi par le vélo club de Villefranche de Rouergue pour sa course cycliste d’avril 1934.

Printemps

70 km à vélo

On est en avril 1934 à Villefranche de Rouergue et le vélo club a décidé d’organiser une course cycliste. Elle s’appellera le circuit du printemps. Avenue du quercy, Martiel, Villeneuve, Villefranche, les quais, promenade Guiraudet, boulevard de la Douve. Deux fois ce parcours, cela fait environ 70 km.

Le départ prévu initialement à 15H place nationale est finalement retardé d’une demi-heure pour laisser l’opportunité aux coureurs de participer à un autre événement. L’arrivée est donc prévue vers 17H40 place Jean Jaurès.

Les indépendants du coin

La course est réservée à tout coureur indépendant des départements de l’Aveyron, du Lot, du Tarn et Garonne, Haute Garonne, Cantal et Tarn.

Le 1er villefranchois aura une prime de 25 francs, le 2ème de 15 francs et le 3ème de 10 francs offertes par un sportif.

Le dernier villefranchois aura aussi une prime de 10 francs mais offerte par Mr Fabry. Finalement, il faut espérer qu’il n’y aura pas plus de 4 coureurs de la ville pour éviter que l’un d’eux soit défavorisé !

Une organisation Ă  anticiper

Proposer une course cycliste, c’est toute une organisation.

La déclaration à la préfecture est faite le 11 avril 1934. Mr Pourcel, le président de l’association, s’engage à payer tous les frais de surveillance ou autres occasionnés par la course. Le préfet donne son accord une semaine plus tard.

Il faut prévoir la remise des brassards (le jour même à 14H au siège social). Il faut interdire aux voitures non officielles de dépasser la voiture portant le fanion de la croix rouge.

Bref, un dernier briefing a lieu la veille de la course Ă  20H30 pour finaliser le rĂ´le de chacun.

Une association du 19ème siècle

L’association a été créée en 1893, c’est ce qu’indiquent ses lettres à entête mais le vélo club semble exister depuis le 15 octobre 1892. D’ailleurs un punch a été servi au 26 sociétaires le 29 octobre 1892 au café des globes en présence d’Emile Assié, président et d’Emile Alibert vice-président.

Conviviale et dynamique, une première course est organisée dès le lendemain sur Martiel. Les associations sportives se sont d’ailleurs multiplié à cette époque…

25 concurrents dans une course folle

Ils sont 25 concurrents à participer. Le départ est donné par Mr Vidal chef conseil de l’association.

L’avenue de quercy est gravie à 30 km à l’heure. En tête, on retrouve les coureurs Roques, Davet et Bedel, les villefranchois, qui foncent à fond de train à 40, 45 km heure selon le compteur de la voiture qui les suit.

Malheureusement le jeune Davet est victime de crampes et il abandonne dans la cote de Savignac.

Un peu plus loin, Bedel est entrainé dans la chute de Singla. Le temps de remonter en selle et d’arranger son guidon faussé, le peloton de tête a déjà pris un kilomètre d’avance.

Il n’y a plus que 6 hommes en tête et seulement un « local », le villefranchois Roques qui fait l’admiration de tous les suiveurs grâce à son allure souple et coulée. Premier tour bouclé de 35 km en 58mn et Roques gagne la prime du 1er villefranchois.

Au deuxième tour, pas de changement. Après 2H03 de course, c’est le figeacois Desson sur vélo Helyet, pneu Huchinson qui monte sur la 1ère marche. Sur la deuxième, l’aveyronnais Bouthemont de Viviez et sur la 3ème Roques avec son vélo Griffon et ses pneu Dunlop.

Bedel, le deuxième Villefranchois ne finira que 11ème avec son vélo Alcyon.

Qu’est-ce qu’on gagne ?

Les prix sont offerts par la société, complétés d’une somme offerte par les commerçants de la place Jean Jaurès.

  • 1er prix 120 + 30 soit 150 francs
  • 2ème prix 80 + 20 soit 100 francs
  • 3ème prix 40 + 35 soit 75 francs
  • 4ème prix 35 +15 soit 50 francs
  • 5ème prix 25 + 10 soit 35 francs
  • 6ème prix 10 + 10 soit 20 francs.

Pour les vainqueurs, cela rembourse donc largement les 3 francs d’inscription.

FĂ©licitations et reproches

Alors que le comité remercie les bénévoles, il rappelle cependant aux conducteurs de voitures qui suivent la course d’être dorénavant plus prudents. En effet, messieurs C et E ont failli causer une chute générale du peloton de tête du fait de leur imprudence…

La soirée se finira par un bal prévu le soir au casino. En attendant la prochaine course !

Cet article a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© dans le cadre du challenge UproG de mars 2017 sur le thème imposĂ© « le printemps ».

Sources: 4M290-AD12, 4M262-AD12, Le Narrateur-AD12

© 2017 Généalanille

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Un suffrage universel et direct

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FĂ©v 102017
 

30 juillet 1848, les habitants de Pomayrols dans l’Aveyron sont appelĂ©s pour la première fois Ă  Ă©lire leurs conseillers municipaux au suffrage universel et direct.

Un mois pour renouveler tous les conseils municipaux

Article 1 du décret du 3 juillet 1848

Il sera procédé au renouvellement intégral des conseils municipaux de toutes les communes de la république. […] Les élections municipales auront lieu avant le 1er aout prochain.

DĂ©cret-03071848

Convoqués dans la maison Badoc

A Pomayrols (Aveyron), c’est le 30 juillet 1848 que sont convoqués les électeurs pour procéder à l’élection de 12 conseillers municipaux. Le lieu de rendez-vous n’est pas à la mairie ou à l’école communale comme dans d’autres communes. C’est la maison de Simon Badoc qui a été choisie, et il faut trouver une place dans l’endroit le plus apparent de la salle pour afficher un exemplaire de la liste des électeurs de la commune.

Premier suffrage direct et universel

La liste des électeurs est composée de près de 200 noms sur les 1055 habitants recensés en 1846. La nouveauté, c’est que ceux-ci ne sont plus choisis.

En effet la loi du 21 mars 1831 indiquait: « les conseillers municipaux sont Ă©lus par l’assemblĂ©e des Ă©lecteurs communaux. » « Sont appelĂ©s Ă  cette assemblĂ©e les citoyens les plus imposĂ©s aux rĂ´les des contributions directes de la commune âgĂ©s de 21 ans accomplis. »

Mais en 1848 la loi du 21 mars 1831 est partiellement abrogée. Et l’article 1 paragraphe 6 du décret du 5 mars 1848 précise que ce sont les citoyens ayant leur domicile réel depuis 6 mois qui sont appelés à voter. C’est un suffrage universel, enfin presque. Évidemment, seuls les hommes votent, et ils doivent être majeurs, soit 21 ans.

DĂ©cret-05031848

Installer le lieu de vote

Joseph Gaillard, maire de la commune fait placer dans la salle une table entièrement séparée du bureau où siègent le président, les scrutateurs et le secrétaire pour que les électeurs puissent y écrire leur vote à mesure qu’ils seront appelés. Le bureau est disposé de telle sorte que messieurs les électeurs puissent circulent à l’entour pendant le dépouillement du scrutin.

Ces opérations faites, il prend place au bureau. Après s’être assuré qu’il n’y avait dans la salle d’autres citoyens que ceux qui sont inscrits de la commune, il annonce que conformément à l’article 44 et 45 de la loi du 21 mars 1831, il est appelé à présider l’assemblée des électeurs de la commune et aussitôt il déclare la séance ouverte.

Il faut savoir lire et Ă©crire

Les membres du bureau sont désignés selon la loi du 21 mars 1831

Le maire donne lecture des articles 9, 10, 13, 20, 43 des paragraphes 3.3 de l’article 44, des articles 45, 46, 48, 49, 50, 51 et 52 de la loi du 21 mars 1831 puis il appelle au bureau pour faire les fonctions de scrutateurs les 2 plus âgés et les 2 plus jeunes des électeurs présents sachant lire et écrire.

Les 2 plus âgés sont Mrs Deltour, 53 ans, et Badoc, 58 ans. Les 2 plus jeunes sont Antoine Vidal 46 ans et Auguste Majorel 37 ans.

C’est ainsi que les uns et les autres prennent place au bureau et tous dĂ©signent de concert Joseph Gaillard, instituteur et ancien maire pour remplir les fonctions de secrĂ©taire.

Encore quelques textes de loi

Le bureau continue d’égrainer les règles de l’élection tant sur la majorité absolue, le nombre de personnes à élire que sur l’âge requis pour être élu (25 ans).

Un appel nominatif

Le premier scrutin est ouvert à 9H. Le président fait l’appel des électeurs au moyen de la feuille d’inscription des votants. Chaque électeur vient successivement et remet son bulletin écrit et fermé au président qui le dépose dans la boite placée sur le bureau destinée à cet usage.

A mesure que chaque électeur dépose son bulletin, un des scrutateurs ou le secrétaire constatent ce vote en inscrivant son propre nom ou son paraphe en regard du nom du votant sur la feuille d’inscription.

Ensuite, l’appel terminé, il est fait un ré-appel des électeurs qui n’ont pas voté. Ceux qui n’ont pas répondu à l’appel et au ré-appel peuvent ensuite se présenter pour voter jusqu’à la clôture du scrutin. Celle-ci a lieu à 14H. Le scrutin est resté ouvert 5 heures et 3 membres au moins du bureau sont restés en présent pendant toute sa durée.

Le dépouillement

Le nombre de votants est de 179. Le nombre de bulletins trouvés est le même. Ouf ! Le dépouillement peut commencer. Chaque bulletin est déplié, remis au président qui en fait lecture à haute voix et le passe à un autre scrutateur. Deux des scrutateurs et le secrétaire tiennent rôle du dépouillement sous la dictée du président.

  • Bouscary Pierre obtient 130 voix
  • Grousset Pierre 126
  • Alibert Pierre de Bonance 123
  • Poujol Pierre 119
  • Verlaguet Pierre 118
  • Caysac Antoine 116
  • Majorel J Pierre 112
  • Deltour Pierre de la Bessière 107
  • Badoc Ă  Lafage 106
  • Bouscary Victor de Lespinasse 102
  • Bouscary François 102

Les bulletins sont immédiatement détruits

Ayant obtenu la majorité des voix, les 11 citoyens sont élus membres du conseil municipal. Aussitôt les bulletins sont brûlés en présence de l’assemblée.

Le président prévient l’assemblée que selon l’article 32 de la loi du 21 mars les membres qui croient arguer les opérations de nullité peuvent faire actuellement leurs réclamations et d’ailleurs ils ont 5 jours francs, celui-ci non compris, pour les déposer à la mairie.

Toutes les opérations terminées, le procès- verbal est clos, le président en donne lecture et il déclare l’assemblée dissoute et lève la séance.

Un deuxième tour moins fréquenté

Mais l’élection doit avoir lieu avant le 1er aout, donc le deuxième tour de scrutin a lieu dès le lendemain, 31 juillet. Même lieu de rendez-vous. Les électeurs absents de la salle sont avertis.

Le 2ème scrutin est ouvert à 11 H. Appel, réappel, à 15 heures le vote est terminé.

Finalement, au dépouillement, on décomptera seulement 48 votants. Simon Badoc de Bruyairols est élu avec 38 voix. Son nom vient compléter la liste du conseil municipal.

 

Sources: 3M69-AD12, 1K286-AD12

© 2017 Généalanille

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Le pourboire de l’amitiĂ©

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Jan 202017
 

« Les étrennes sont le pourboire de l’amitié. » C’est l’expression utilisée par Gabrielle Cavellier dans le journal de cette veille de Noël 1904.

Avant de rajouter que l’auteur de cette définition avait oublié de mettre ses lunettes ! Et pour cause, les amis sont bien les derniers à bénéficier de nos étrennes !

etrennes

 

Trois sortes d’étrennes

Dans ce billet, la chroniqueuse détermine trois sortes d’étrennes : celles qu’on donne par plaisir, celles qu’on donne par devoir et celles qu’on donne par bêtise.

Dans les deux premières catégories, sont rangés les cadeaux faits entre parents et enfants, entre mari et femme ou entre oncle et neveux et nièces. Si elle fait la distinction entre les deux, il faut bien cependant envisager que parfois même si on offre par plaisir, on offre aussi un peu par devoir !

Pour les enfants, des bonbons, des sucreries ou des jouets « font l’affaire. » Pour les adultes, parfum, manteau, c’est souvent la femme qui est gâtée…

 

Des étrennes utiles ou des soldes ?

Les grands magasins savent très bien que les étrennes sont une bonne occasion de faire des affaires. Elles proposent donc des étrennes utiles : tissus, lainages, accessoires… A destination des femmes bien sûr, mais pas seulement.

Etrennes

Cette opération de charme ressemble cependant bien à nos actuelles soldes. D’ailleurs, selon le dictionnaire de la langue verte de Delvau, un solde est « un restant d’étoffe ; coupon, dans l’argot des marchands. »

Les publicités se multiplient et tout est fait pour attirer le client : auditions musicales, tombolas, pochettes avec calendrier, etc.

concurrence

Beaucoup de demandeurs

Raymond Bouchard dans son article de 1901 semble être excédé par le nombre de sollicitations de demandeurs d’étrennes.

« Attends toi à voir ébranler ta porte à coups de marteau, ou bien à ce que le cordon de ta sonnette soit un peu distendu à force d’avoir été mis à contribution. »

Il indique un tarif décroissant au fil de la journée ou de l’importance des demandeurs.

« Le facteur… une pièce blanche. Le ramasseur de bourrier 5 sous et un verre de vin. L’allumeur de réverbères 50 centimes en échange d’une image. Le fontainier, 20 sous. »

Celles qu’on donne par bêtise

Gabrielle Cavellier place dans la catégorie des « étrennes données par bêtise » celles dont on se sent obligés de donner. Et elle ajoute « Il y a abus. Tout le monde en convient mais qui réagira ? »

La liste croisée avec celle du chroniqueur Albert Jouon nous précise les catégories socio-professionnelles qui tendent la main pour obtenir une obole :

  • Les postiers avec le « classique calendrier au dos duquel se prĂ©lassent l’immuable carte dĂ©partementale et la nomenclature aussi invariable qu’erronĂ©e des foires et assemblĂ©es de la rĂ©gion. »
  • La concierge occasionnellement aimable.
  • L’allumeur de rĂ©verbères, le porteur de journaux, le fontainier, le commis Ă©picier, bref toutes ces pièces que nul ne nous oblige Ă  donner et pour qui « On me remerciera Ă  peine d’un bref hochement de tĂŞte, d’un coup de casquette. »

Calendrier

 

« Prenez vos précautions, ils ne rendent pas de monnaie. »

Vous n’aurez pas d’allumeur de réverbères à votre porte en cette année 2017. Mais le facteur, les pompiers, les éboueurs vous ont déjà probablement sollicités.

Ne cherchez pas non plus les sommes obtenues par vos ancêtres concierges ou fontainiers dans les archives. Ces revenus sont toujours restés très discrets.

Par contre, fouillez vos archives personnelles. Vous y trouverez peut être (pour les quarantenaires) le montant versé annuellement sur les livrets en début de chaque année par les bénéficiaires d’étrennes.

 

Et n’oubliez pas, « la manière de donner vaut mieux que ce qu’on donne. »

 

Cet article a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© dans le cadre du challenge UproG de janvier 2017 sur le thème imposĂ© « les Ă©trennes ».

Sources; Le Narrateur AD12, le dictionnaire de la langue verte numérisé par Gallica

© 2017 Généalanille

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