Adoptée à 25 ans

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Mai 272016
 

La petite fille Léonide, abandonnée à Toulouse, est adoptée par sa mère nourricière quand celle-ci se retrouve veuve à plus de 50 ans.

Victorine Joséphine Léonide Hydra est née le 1er juin 1844 au 14 rue St Jacques à Toulouse de père et de mère inconnus. La sage femme, Françoise Lamaure, qui a accouché la mère va déclarer l’enfant à la mairie.

Naissance

La petite fille est rapidement envoyée chez une nourrice. Elle se retrouve à Prévinquières dans l’Aveyron chez Casimir Jean Gabriel Bourdoncle et son épouse Bertrande Jeanne Marie Joséphine Pujol. Le couple n’a pas d’enfants et le père nourricier est plutôt aisé. Il faut dire qu’il est fils de notaire.

En 1865, Casimir Bourdoncle devient maire de la commune. Il exerce cette fonction pendant 2 ans avant de mourir le 2 juin 1867. Probablement malade, il a arrêté de signer les actes d’état civil depuis près d’un mois.

Sa femme Joséphine renonce à la succession.

Renonciation

La petite Léonide a bien grandi et reste avec sa mère nourricière. Cette dernière décide de l’adopter. Elle fait les démarches auprès de la justice de paix en janvier 1869. Il faut cependant attendre le 20 mai pour que la cour impériale de Montpellier accepte cette adoption.

Adoption

Selon l’article 359 du code napoléon, l’adoption doit être enregistrée dans les 3 mois qui suivent l’adoption dans le registre des actes d’état civil. C’est chose faite le 8 juillet dans les registres de Prévinquières où Léonide signe avec son nouveau nom : Pujol.

Article359

 

Un mois plus tard, les bancs de son mariage sont publiés. Léonide va se marier avec Prosper Adolphe Causit, médecin à Montbazens, et de 22 ans son ainé. L’acte de mariage, même s’il précise que la jeune fille est adoptée, n’indique pas le nom de Pujol. Probablement parce que l’adoption est trop récente !

Mariage

 

Le couple n’a pas d’enfant. Mais rapidement ils accueillent dans leur foyer une petite fille de Prévinquières, Louise Rivière née en 1872. Cette dernière a ses deux parents vivants, mais elle est considérée comme leur fille adoptive sur les recensements.

Adoptive

Louise, la fille adoptive, perd sa mère Ă  15 ans et recevra de la part du Dr Causit et de son Ă©pouse la somme de 20 000 francs « pour l’attachement qu’ils lui portent et l’amitiĂ© qu’ils lui tĂ©moignent » lors de son mariage en 1890.

Bertrande Jeanne Marie Joséphine Pujol décède le 17 décembre 1882 à 74 ans chez son gendre. Un mois plus tard, Léonide a fait son testament. Elle le dépose chez Maitre Gleynoze, notaire à Peyrusse.

Elle décède le 17 septembre 1899 à Montbazens à 55 ans laissant son mari comme héritier universel de ses biens.

Décès

Sources : 1E352-AM Toulouse, 4E159-10/AD12, 4E159-11/AD12, 4E200-6/AD12, 6M257-AD12, 6M298-AD12, 58Q446-AD12, 58Q273-AD12, 58Q363-AD12, 63Q289-AD12, 3E26237-AD12, 1158Q266-AD12, code civil des Français

 

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Un problème avec les locataires

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Mai 202016
 

Le café du pont

Louis Brunet achète le cafĂ© du pont Ă  Saint Geniez d’Olt le 20 mai 1875 pour 11000 francs Ă  Antoine Mignonac, camionneur de la gare de Millau qui en a hĂ©ritĂ© de son père. Trois locataires sont prĂ©sents dans l’immeuble au moment de la vente : Mr Boyer limonadier, Mr Chauchard agent voyer et Melle Izouis couturière.

Il exerce sa profession pendant 25 ans avant de céder son fonds de commerce verbalement le 14 Juin 1900. Il faut dire qu’il est seul maintenant : sa femme est morte en 1896 et ses deux filles sont mariées (une en 1894 avec le notaire et maire de Prades, l’autre en 1899 avec un propriétaire de St Geniez).

Les nouveaux commerçants

Alphonse Raust et sa femme Honorine Pagès sont les heureux locataires du café du Pont à Saint Geniez d’Olt. Ils ont signé avec leur propriétaire, Mr Brunet, un bail sous seing privé en mai 1902 et doivent s’acquitter d’un fermage annuel de 550 francs.

Le café est bien placé, près d’une place et à côté du pont qui enjambe le Lot. Au dessus du café se trouvent deux étages et un galetas mansardé. Au dessous du café, un sous sol sert de cave.

pont

La maison est rachetée

Le 25 mai 1906, Mr Brunet vend sa propriété à Emile Crouzet. L’acte est signé sous seing privé pour un montant de 12 500 francs. Le nouveau propriétaire est informé de la présence des cafetiers Raust qui connaissent bien les lieux et n’ont posé aucun souci depuis leur arrivée.

Mr Servan, entrepreneur de travaux publics vient habiter le 2ème étage jusqu’à Noël 1906, puis les Crouzet s’installent à sa place.

Lettre recommandée et action en justice

C’est le 29 avril 1907 qu’est envoyée une première lettre recommandée par les locataires à Mr Crouzet. Les cafetiers se plaignent de mauvaises odeurs dans les toilettes du 1er étage et demandent à ce que des travaux soient engagés. Un mois plus tard, les odeurs persistent et les Raust engagent une procédure en justice.

Mme Raust déclare que Mr Trousselier ancien locataire les avaient prévenus qu’il y avait un problème d’odeur dans les cabinets et que lui et sa famille avaient arrêté de s’en servir. La famille Raust les a utilisé pendant 4 ans comme porte manteaux mais les habits sentaient trop mauvais, ils ont été obligés de les sortir.

Par ailleurs les cafetiers se plaignent de l’état du balcon qui donne sur le Lot et où les clients vont parfois consommer. Les plâtres sont dans un tel état de vétusté qu’ils doivent dorénavant empêcher l’accès à ce balcon.

De plus, ce balcon est surmonté d’un balcon où habitent les propriétaires et les enfants laissent s’écouler de l’eau ou font tomber des objets là où consomment les clients. L’un d’eux a failli être blessé par une planche échappée par la fillette Crouzet.

Geniez

Enfin, lorsqu’il a fait des travaux, le platrier qui plaçait des carreaux a laissé des morceaux de verre sur la terrasse vers 11H. C’est l’heure où le café se remplit de clients et ces derniers ont pu être gênés.

Les cafetiers réclament donc 500 francs de dommages et 2 francs par jour de retard à leur propriétaire.

Le retard de l’expert

Le juge de paix nomme Camille Vincent, négociant à St Geniez, comme expert pour déterminer d’où viennent les odeurs. Celui-ci doit prêter serment et rendre son rapport sous 15 jours. Il refuse ce rôle et Mr Scinpaul de Campagnac est nommé à sa place. Il prête serment le 7 juin 1907 et doit rendre son rapport avant le 22 juin, date de la prochaine audience.

L’expert n’a pas pu rendre son rapport, l’audience est reportée au 20 juillet 1907 puis au 7 septembre 1907 !

Le 17 aout, Mr Scinpaul a enfin accompli sa mission. Son rapport est lu aux deux parties le 24 aout 1907.

 

Conclusions de l’expert

1° il y a une odeur qui rend les cabinets inutilisables. Les anciens propriétaires reconnaissaient un vice de construction et avaient bouché l’orifice avec une planche. L’odeur est apparue depuis que Mr Crouzet est arrivé et qu’il se sert des privés du 2ème étage. A la question des dommages, il est répondu que si le 2ème étage se sert des toilettes, il n’y a pas de raison que le 1er étage s’en prive.

2° l’odeur se répand dans les pièces voisines et malgré le fait d’ouvrir souvent, le linge et le mobilier est imprégné. Le propriétaire affirme que le problème vient de l’entretien puisqu’il n’a pas de souci d’odeur au 2ème étage.

Quelles solutions sont proposées ?

On ne peut pas envisager l’utilisation d’un système avec syphon car ces appareils ne sont utilisables que si le bassin est toujours alimenté alors que Saint Geniez n’a pas de captation d’eau.

WC

Mr Crouzet propose alors un nettoyage complet et la fermeture des toilettes pendant 8 jours. Il avait proposé quelques mois plus tôt de reboucher le trou à ses locataires mais ceux-ci l’en avaient empêché.

L’audience suivante a lieu le 7 septembre 1907 et le juge de paix décide de nommer un contre-expert. C’est Mr Guibal, conducteur de ponts et chaussées à Espalion qui est choisi. Il a 20 jours pour prêter serment et rendre son rapport.

Nouvelle expertise

L’expert est absent d’Espalion, il apprend le 23 septembre qu’il doit rendre son rapport le 27. Il se déplace à St Geniez le 26 septembre pour visiter les lieux et entendre divers témoins.

L’ancien locataire Mr Servan indique qu’il sentait les odeurs quand le vent du midi soufflait un peu fort, mais dans ses cabinets et pas dans le corridor ni dans l’escalier du 1er étage.

Mr Brunet, l’ancien propriétaire précise qu’il n’a pas fait établir de fosse. Le tuyau de descente des toilettes débouche dans une venette et ce sont les eaux de pluie, redirigées dans ce tuyau qui nettoient le tout. De son époque, seuls les cabinets du rez de chaussée étaient utilisés, ce qui était largement suffisant.

Mr Moulin, platrier Ă  St Geniez a fait les travaux en mai 1907. Il a refait les joints des cuvettes et des tuyaux aux deux Ă©tages pour Ă©viter les Ă©manations.

Un test sur les toits

Des tests sont faits, l’eau coule très rapidement dans la venette qui sépare les maisons Crouzet et Cornuejouls, le tuyau qui évacue les eaux usées fonctionne.

On monte sur les toits et on constate que les chenaux rassemblent l’eau de pluie aux points E et F dans des entonnoirs qui nettoient le tuyau des cabinets. Les points E et F sont d’ailleurs sĂ©parĂ©s.

On jette de l’eau dans les chenaux et là catastrophe !

L’eau jetée sur le côté AC tombe dans la venette au lieu de passer par l’entonnoir : l’entonnoir E est obstrué.

L’eau jetée sur le côté CD tombe sur le balcon du côté du lot car les chéneaux BG sont percés donc la partie BF ne reçoit jamais d’eau.

Plan-Cheneaux

Des travaux sont engagés pour réparer les chenaux et déboucher les entonnoirs.

L’humidité à l’intérieur

Le 11 octobre 1907, l’expert visite l’intérieur. A l’ouverture des cabinets du 1er étage, pas « d’odeur de cabinets proprement dite mais une odeur de moisi » Il est constaté une grande humidité dans l’angle de la chambre contiguë aux cabinets (côté droit) et même dans la salle de café. C’est la première fois que Mme Raust voyait l’humidité.

Les tests de tirage de chasse et de chéneaux sont renouvelés tout fonctionne. Cependant si le chéneau a été réparé, l’entonnoir n’a pas été touché.

L’humiditĂ© est visible sur toute la hauteur du mur du premier. Aucune trace n’est prĂ©sente au 2ème Ă©tage.

Sur l’axe des cabinets, face au tuyau le plafond est très humide. Un prélèvement est fait et il est présumé que l’humidité vient de l’extérieur. On file chez le voisin et on constate que le mur extérieur est sain. L’humidité de confine aux cabinets et à une partie de la chambre des Raust et de la salle de café.

Plan-Ă©tages

La chambre N°2 est plus particulièrement impactĂ©e par l’odeur, ce qui n’est pas le cas dans la chambre N° 1 et  dans le corridor et dans les cabinets oĂą l’odeur est plutĂ´t celle du moisi.

Il est demandé de remplacer le carreau cassé de la porte des cabinets et de refermer quelques jours à clé. Mr Crouzet stipule qu’il est facile d’ouvrir la porte même fermée, alors on appelle le commissaire de police pour qu’il pose des scellés. Mr Barieu est chargé du travail.

Des cabinets fermés depuis 2 mois

L’idée est d’attendre qu’il fasse beau avant de revenir faire de nouveaux constats mais la seconde quinzaine d’octobre est très humide.
Mme Raust s’impatiente ; le 29 octobre les cabinets sont enfin ouverts devant le commissaire et ils sentent encore « le renfermé ».

Sur la partie haute le mur est sec sur 40cm, puis légèrement humide sur 30 cm avant d’être humide sur le reste et même moisi dans la chambre N°2. Sur la partie BD l’humidité ne commence qu’à 60cm du plafond.

Plan-Etages-Octobre

La glace de Mme Raust est enlevée avec précaution pour constater l’humidité. La tapisserie de la salle de café est mouillée et la banquette du café est moisie.

L’ouvrier Gleye Louis qui a déplacé la glace de la salle de café a installé les portes manteaux dans la chambre N°1 en mai. Il y avait des odeurs mais pas d’humidité.

D’oĂą viennent les odeurs et l’humiditĂ©?

A cause de la pluie, aucune odeur n’est constatĂ©e et il est impossible de dire ce qui se passe en pĂ©riode de sĂ©cheresse.

Cependant, le tuyau de descente n’a pas Ă©tĂ© descendu jusqu’au sol : les eaux jetĂ©es dans les cabinets tombant sur les matières d’une hauteur d’un mètre cinquante les font disparaitre plus rapidement. En temps de sĂ©cheresse cela pose surement problème. Il faudrait soit prolonger ce tuyau, soit adapter un tuyau siphon.

Plan

Quant Ă  l’humiditĂ©, il semble impossible Ă  l’expert d’expliquer son origine.

Un rapport de 7 pages

Ce n’est pas moins de 7 pages qui constituent le rapport que Mr Guibal va déposer le 19 décembre 1907 au juge de paix.

Expert nommé depuis le 27 septembre, il n’a pas ménagé sa peine pour faire avancer le dossier. Pendant l’audience du 10 janvier 1908, les conclusions précisent que « les mauvaises odeurs proviennent soit de la fumée des cheminées soit des fosses ou des cabinets d’aisances. »

Le juge de paix, semble fatigué de cette affaire qui traine depuis le mois de mai 1907.

Le jugement du 25 janvier 1908 se retournera contre les Raust qui seront déboutés et condamnés aux dépens de près de 9 mois de procès.

Condamnation

Sources : 4E234-20/AD12, 10U34-88/AD12, 6M332-2/AD12, 4Q927-AD12, 3E24001-AD12

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Une invention qui doit se passer du vent

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Mai 122016
 

Jean Baptiste Malzac est né le 17 mai 1818 à Saint Sauveur du Larzac, commune de Nant. Il passe son brevet élémentaire en septembre 1841 et est nommé instituteur à Revens dans le Gard le 15 décembre 1842.

Il épouse à la rentrée suivante Marie Grailhe à Nant.

Il reste à Revens presque 5 ans avant d’être nommé le 16 octobre 1847 à la Liquisse, hameau de Nant dans l’Aveyron. Il y passera toute sa carrière professionnelle et y décèdera en février 1895.

HĂ©lice

Monsieur Malzac a des idées, et il compte les partager ! Il invente une machine dont il souhaite déposer le brevet d’invention. Sa machine est un appareil de locomotion basé sur le vent.

Il est voit plusieurs usages possibles :

  • Pour la marine marchande. L’appareil pourrait remplacer la vapeur et mettre en mouvement soit les aubes, soit les hĂ©lices et sa construction serait moins onĂ©reuse que des voilures. En mettant un volant, le bateau pourrait ĂŞtre manĹ“uvrĂ© par un seul homme et tout l’espace serait libĂ©rĂ© pour les passagers ;
  • Pour les moulins Ă  vent oĂą un seul appareil peut mettre en mouvement plusieurs roues ;
  • Pour le dessèchement des marĂ©cages dans l’agriculture pour Ă©lever les eaux au-dessus de leur niveau ordinaire et permettre l’arrosage des terrains secs.

Invention

Il doit continuer ses expérimentations et il en est convaincu, son invention pourra remplacer la vapeur sur les chemins de fer et les voitures de la poste, sur les routes ordinaires et rendrait de grands services dans le transport des dépêches….. s’il arrive à parvenir à se passer du vent !

Car voilà, il sait que s’il n’y a pas de vent, son invention ne fonctionne pas. Il se résigne dans son document de présentation:

C’est un inconvénient mais dans les choses humaines il y a toujours un côté défectueux.

Il espère donc, s’il a les fonds nécessaires, trouver les moyens de se passer du vent.

 

L’ingénieur des mines sera beaucoup moins enthousiaste que l’instituteur et indiquera que l’appareil n’offre rien de remarquable au point de vue de la science mécanique.

L’idée d’utiliser le vent comme force motrice est loin d’être neuve et a reçu de nombreuses applications depuis un temps immémorial. L’invention ne mérite aucun encouragement.

Le brevet ne sera pas déposé.

 

Sources : 9M21/AD12, 5T4-16/AD12, 4E179-13/AD12, 4E179-25/AD12

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Marguerite et ses tutelles

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Mai 112016
 

Marguerite est nĂ©e en 1910 dans le sud de l’Aveyron. Son père est tuĂ© Ă  l’ennemi Ă  Vermelles (62) en octobre 1914.

Fiche sga

Une orpheline de la grande guerre

Le 1er décembre 1914, un premier conseil de famille est réuni pour désigner tuteur et subrogé tuteur de la petite fille.

Autour de la table on trouve du côté maternel

  • la mère de la petite Marguerite
  • son oncle Henri, 27 ans, frère de sa mère
  • son grand oncle Joseph, 55 ans, oncle paternel de sa mère

Arbre branche maternelle

du côté paternel

  • son oncle FrĂ©dĂ©ric, 36 ans, qui habite Ă  Servian (34),
  • son oncle Louis, 33 ans, qui habite dans la commune
  • et le jeune mari de sa tante, FĂ©lix, 33 ans.

Arbre branche paternelle

Après délibération avec le juge de paix, la mère sort du bureau pendant le vote et est finalement désignée tutrice et autorisée à accepter la succession de son mari au nom de sa fille Marguerite.

Pour la contrĂ´ler, le conseil de famille dĂ©signe FĂ©lix, l’oncle par alliance de la fillette comme subrogĂ© tuteur.

Pourquoi les hommes de la famille ne sont-ils pas Ă  la guerre?

  • Joseph Castan est de la classe 1879. Il n’est pas mobilisable en 1914.
  • L’oncle Henri est exemptĂ© pour hypertrophie du coeur. Il fera cependant campagne en 1917 et 1918.
  • L’oncle FrĂ©dĂ©ric est rĂ©formĂ© pour faiblesse irrĂ©mĂ©diable. Il continuera son travail de marĂ©chal ferrant pendant toute la guerre.
  • L’oncle Louis est rĂ©formĂ© pour Ă©pilepsie. Il fait un service aux armĂ©e en 1917 et 1918.

Le remariage de sa mère

En octobre 1926, Marie JosĂ©phine, la maman de Marguerite, se remarie mais oublie complètement de convoquer le conseil de famille. Elle perd de plein droit la tutelle selon l’article 395 du code civil.

Code-Civil-395

Fin janvier 1927, un nouveau conseil de famille est rĂ©uni autour du juge de paix. Il est composĂ© des mĂŞmes membres qu’en 1914, Ă  un dĂ©tail près. Le nouveau mari de Marie JosĂ©phine n’est autre que FĂ©lix, oncle par alliance de sa famille et son subrogĂ© tuteur.

FĂ©lix est le beau père de Marguerite, son subrogĂ© tuteur et son co-tuteur par son remariage. C’est trop!

Conseil-1927

Les dĂ©libĂ©rations reprennent et le couple sort pendant le vote. Marie JosĂ©phine est dĂ©signĂ©e tutrice, FĂ©lix est co-tuteur et c’est Louis, oncle paternel qui demeure maintenant Ă  cĂ´tĂ© de Vias (34) qui devient subrogĂ©-tuteur.

Le mariage de Marguerite

La jeune fille se marie Ă  18 ans. Mariage d’amour? Le maire de la commune ne semble pas d’accord:

« la parentĂ© s’est occupĂ©e de la marier pour qu’elle ne soit pas complètement dĂ©laissĂ©e après le remariage de sa mère en dehors. »

Pupille

Son mari, IrĂ©nĂ©e, n’a que 20 ans. Il est donc mineur, comme elle. Bien qu’Ă©mancipĂ©e par son mariage, il faut Ă  Marguerite un curateur pour les actes prĂ©vus par les articles 480, 482 et suivants du code civil.

Quatre jours après le mariage, un nouveau conseil de famille est réuni.

Du cĂ´tĂ© paternel, les oncles FrĂ©dĂ©ric et Louis sont convoquĂ©s. A dĂ©faut d’autre parent proche, c’est dans une distance de 2 myriamètres qu’est choisi le 3ème reprĂ©sentant selon l’article 407 du code civil. Il s’agit de François Carrière, instituteur en retraite Ă  Belmont.

Article-407

Du cĂ´tĂ© maternel, la mère et l’oncle Henri sont convoquĂ©s. Le 3ème parent est Joseph oncle par alliance de la jeune fille.

Deux membres sont reprĂ©sentĂ©s par procuration et après dĂ©libĂ©ration c’est Henri qui devient le curateur de Marguerite.

Curateur

La jeune femme continuera de se battre pour faire vivre son commerce et Ă  dĂ©faut de toucher la moitiĂ© de la pension du père mort pour la France que sa mère ne lui donne pas, elle sollicitera l’aide de l’Ă©tat en tant que pupille de la nation.

EntĂŞte

La naissance de son fils en 1930 lui permettra de touche 120 francs « à titre d’encouragement. » Elle devient majeure en 1931 et est enfin libĂ©rĂ©e de ses tutelles.

Sources: 4E127/14-AD12, 4E257/7-AD12, 4E257/8-AD12, 4E60/8-AD12, 6M795-AD34, 1R914-AD12, 1R1116-AD12, 1R1150-AD34, 10U1/30-AD12, 30R19-AD12, sga mémoire des hommes

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Le mariage est annulé !

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Avr 012016
 

L’Ă©tat civil ne dit pas tout, il faut savoir multiplier les sources d’archives pour complĂ©ter l’histoire familiale.

Jean Falq, propriétaire au moulin de la Bessière à Curières (12) doit épouser Françoise Remise qui habite avec son père à Saint Chely d’Aubrac. Un contrat de mariage « avant célébration » est enregistré chez le notaire le 18 octobre 1842 et le futur beau père en profite pour faire donation de tous ses biens moyennant la charge pour sa fille de le « nourrir, loger, entretenir et soigner tant en santé qu’en maladie durant sa vie et lui donner une somme de 6 francs annuellement. »

Jean Falq n’a plus ses parents; sa mère vient de mourir quelques mois plus tôt.

Que se passe-t-il dans la famille Remise ? Le prétendant n’est-il pas un aussi bon parti qu’espéré ? Le père et la fille se rétractent et le mariage n’aura pas lieu.

Cependant Françoise Remise se marie un mois plus tard le 23 novembre 1842 …. avec Jean Ampoulier!

Mais Jean Falq avait déjà préparé la noce : il avait payé le contrat de mariage, il avait déboursé 118 francs pour habits de noce pour sa future (qui en a profité), et 33 francs de bijoux qu’elle a reçus, plus une bague qui vaut 10 francs. Mr Falq réclame justice !

Ce sera chose faite en aout 1843 : Mr Remise est condamné à rembourser 900 francs à Mr Falq et il est condamné solidairement avec sa fille à payer 199 francs 50 centimes au même Mr Falq. Les frais sont également à la charge de la famille Remise.

Mariage

Jean Falq se marie le 12 juin 1845 à Saint Chély d’Aubrac avec Marie Anne Bonnal.

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Les trois soeurs Luard et autres cachotteries

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Mar 252016
 

Voici les 3 sœurs Luard prises en photo en 1935. Parmi elles, mon arrière-grand mère morte avant ma naissance.

Luard
Mon arrière grand mère a fini sa vie dans la maison familiale, ressassant ses histoires que plus personne n’Ă©coutait. Et dans ses phrases favorites il y avait « nous Ă©tions trois soeurs. » Tous les descendants Ă©tant connus, l’arbre gĂ©nĂ©alogique de cette partie de la famille Ă©tait facile Ă  faire.
Et puis un jour, quelqu’un est arrivĂ© et a dit « je suis cousine du cĂ´tĂ© Luard, mais je ne sais pas bien comment. » Il a donc fallu chercher, Ă  une Ă©poque oĂą internet n’existait pas et oĂą pour voir l’Ă©tat civil, il Ă©tait nĂ©cessaire de se dĂ©placer.
La vĂ©ritĂ© est apparue: il y avait une 4ème sĹ“ur. Pas un enfant que mon arrière grand mère n’aurait pas connu, une « vraie » sĹ“ur qui est prĂ©sente sur les recensements avec les 3 autres filles. Une soeur qui se marie, qui a 3 enfants (qui ne survivent certes pas) et qui meurt après le dĂ©cès de son dernier fils. Mon arrière grand-mère s’en souvenait forcĂ©ment, puisqu’elle avait 20 ans quand sa sĹ“ur est morte. Pourquoi l’avoir occultĂ©e? On ne saura jamais car jusqu’Ă  ce jour, aucun indice n’explique cet « oubli. »

Les secrets de famille ne sont pas rares. Condamnations, morts violentes, chantages ou autres appropriations de terrains ou de biens meubles font partie des Ă©vĂ©nements qu’on se transmet sans trop en parler. Et puis il y a les enfants illĂ©gitimes. N’avons-nous pas tous dans nos arbre gĂ©nĂ©alogiques des enfants qui ne sont pas ceux du père Ă©crit sur le livret de famille ou l’acte d’Ă©tat civil?
Le grand père de ma grand mère a reconnu « son » enfant quand il a commencĂ© d’aller Ă  Ă©cole. Probablement pour Ă©viter que le gamin n’aie un autre patronyme que son père Ă  l’appel nominatif.

J’ai connu cette information il y a 25 ans environ et pas moyen d’en savoir plus auprès de mes grands-parents. Entre les « je ne sais pas » et « c’est de la vieille histoire », difficile de comprendre qu’une gamine s’intĂ©resse autant Ă  ce point de dĂ©tail. Alors j’ai arrĂŞtĂ© d’en parler Ă  ma grand mère et j’en ai parlĂ© Ă  des voisins (qui Ă©taient aussi des cousins…) et lĂ , l’un d’entre eux m’a dit qu’après tout cela n’avait plus d’importance et m’a donnĂ© le nom du vrai père. Ce voisin est mort quelques temps plus tard.
A partir de ce moment, j’en ai parlĂ© Ă  d’autres cousins qui m’ont tous dit « mais tu ne le savais pas? Nous on le savait…. » D’abord surprise, j’Ă©tais au moins sĂ»re que le nom du père biologique qu’on m’avait donnĂ© Ă©tait potentiellement le bon.
Que faire de l’arbre gĂ©nĂ©alogique? Je supprime le faux père et je fais la gĂ©nĂ©alogie du vrai? Finalement, j’ai gardĂ© la gĂ©nĂ©alogie de l’Ă©tat civil.
Pendant 25 ans, je me suis demandĂ©e si je devais dire Ă  ma grand mère le nom de son vrai grand père et je ne l’ai pas fait pour ne pas la bouleverser. Elle vient de mourir et on l’enterre aujourd’hui, emportant avec elle ses histoires et ses secrets.
Remuer le passĂ© n’est pas toujours bon. Elle savait peut ĂŞtre mais moi au moins je sais.

A la mĂ©moire de mes grands-parents aujourd’hui tous dĂ©cĂ©dĂ©s.

© 2016 Généalanille

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Avez-vous des nouvelles de mon Ă©pouse?

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Mar 182016
 

Avez-vous des nouvelles de mon épouse ? C’est probablement la question que fait adresser Ferdinand Gonzalez à l’ambassade d’Espagne à Paris. Sa femme, née Isabelle Schmidt l’inquiète car sa dernière lettre date du 22 octobre 1860. Elle y dit qu’elle est à Bayonne et qu’elle compte partir pour Toulouse, mais depuis plus d’un mois il n’a plus d’information. A-t ’elle pu rejoindre la ville rose ? A-t ’elle été dans sa ville natale de Rodez ? Bref, il aimerait savoir où elle est.

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Perdue entre Bayonne et Rodez

 

Isabelle Schmidt est née à Rodez en avril 1811 d’un père horloger. La brune d’un mètre soixante aux yeux de chats épouse dans la cité ruthénoise en 1843 Ferdinand Gonzalez, organiste, réfugié espagnol originaire d’Alfaro dans la province Logroño.

Mme Gonzalez est à Bourganeuf dans la Creuse en novembre 1859 quand elle part à Corella, ville proche du lieu de naissance de son mari. Son passeport précise qu’elle passe par Pampelune.

Passeport

 

Elle y reste un an avant de quitter son mari pour raison de santé. Le couple a probablement changé de région car elle écrit sa dernière lettre de Bayonne.

La police fait une enquête :Mme Gonzalez en arrivant à Rodez « s’est rendu chez ses parents qui sont dans une belle position de fortune mais ceux-ci lui refusent assistance ». Elle a été obligée de se faire admettre à l’hospice comme malade indigente.

Ses parents sont morts avant son mariage (son père était originaire d’Autriche et sa mère de Rodez) mais même si la plupart de ses frères et sœurs ont quitté la ville pour Bar sur Aube ou Paris, il lui reste au moins sur place sa sœur Catherine dite Nina et sa tante maternelle propriétaire de belles maisons place du bourg et place de l’Olmet.

Tour-1854

Mme Gonzalez écrit une lettre en Espagne pour donner de ses nouvelles et demande un nouveau passeport avec secours de route car elle est dépourvue de toute ressouce. Elle part début 1861 pour Bayonne où son mari est chargé de la récupérer à la frontière.

Frontière

Le couple est enfin rĂ©uni. Il n’est pas mentionnĂ© dans les successions des femmes de la famille restĂ©es Ă  Rodez dans les annĂ©es suivantes.

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Séquestrée par sa famille pendant 2 mois

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Mar 032016
 

Séquestrée par ses frères et sœurs

Le 10 mars 1879 Marie Jeanne et Jean Antoine Aldebert de Graissac en nord Aveyron sont condamnés à un an de prison chacun pour avoir séquestré leur sœur Marie.

Journal

Deux mois dans un cachot

Du 6 avril au 28 juin 1878, Marie Aldebert a été enfermée par son frère et sa sœur dans un cachot de 2m sur 1 au milieu d’une écurie occupée d’un côté par des cochons se vautrant dans un fumier immonde et de l’autre des vaches et des brebis, le tout parfumé d’émanations putrides et dans l’obscurité (puisque la lucarne a été bouchée avec de la paille).

Odeur

La cage est entièrement fermée du sol au plafond avec de vieilles planches, de piquets et d’échelles de char. Quelques interstices entre les planches solidement cloutées qui la compose permettent cependant le passage d’un bras pour donner de la nourriture.

A l’intérieur a été posé un grabat avec un peu de paille et à l’extérieur une chaine de fer retient la porte.

Cachot

Interdite de communication…

Marie Aldebert, enfermée dans sa cage, hurle. Les voisins alertés viennent voir mais ils sont menacés par le frère et la sœur et vont très vite arrêter de se mêler à cette affaire.

D’ailleurs, c’est facile à comprendre : Marie est atteinte d’aliénation mentale et pour sa sécurité et celle des autres elle ne doit parler à personne. Pourquoi est-elle enfermée ici ? C’est par ordre de la justice !

L’écurie n’est sĂ©parĂ©e que de quelques mètres de la maison d’habitation et la visite de celle-ci par le juge d’instruction indiquera qu’un galetas aurait pu ĂŞtre installĂ© près des 3 autres lits.

Plan

Quelques personnes viennent dans la basse-cour et Marie les interpellent pour leur demander de l’aider à sortir. Mais la famille veille et la sœur répond même « qu’avec le vent du midi elle est encore plus folle » et en profite pour menacer la voisine.

Voisins

… et de sortie

Marie ne peut pas parler, elle ne pas non plus sortir si ce n’est 4 ou 5 fois en deux mois. Certains témoigneront cependant avoir mangé avec elle à la table familiale, comme Augustin Lagriffoul, père d’Henri, 13 ans, berger embauché par la famille Aldebert qui affirme avoir partagé un aligot avec elle.

Aligot

Pierre Antoine, le frère ainé, indique qu’un jour où il était venu voir sa mère, sa sœur Marie était partie courir dans les prés…

Courir

La liberté

Le 28 juin 1878, Marie parvient à se hisser le long de la cage et à faire tomber une planche. Elle passe sa tête à travers le trou puis son corps avant de se laisser tomber par terre la tête la première. Ayant quitté ses vêtements pour l’opération, elle se retrouve dénudée, meurtrie et allongée dans le fumier.

Elle quitte la ferme familiale mais n’a plus de logement, de provisions et d’argent. Elle est obligée de demander la charité mais ne souhaite pas porter plainte contre sa famille.

Comment en est-on arrivé là ?

Marie Aldebert est née en 1831 à la Borie commune de Graissac dans l’Aveyron. Elle a deux frères et une sœur :

  • Pierre Jean, nĂ© en 1829, mariĂ© deux enfants,
  • Jean Antoine nĂ© en 1836, cĂ©libataire
  • Marie Jeanne nĂ©e en 1833, cĂ©libataire.

En 1845, le père, Régis Aldebert, meurt à l’âge de 45 ans.

Marie accouche comme fille mère en 1853 chez son frère ainé d’un enfant, Marie Polonie, qui décède 20 jours plus tard.

Les quatre enfants restent finalement célibataires jusqu’en 1869 où l’ainé épouse Marie Jeanne Millau qui a 13 ans de moins que lui.

Le besoin de se soigner

Marie Aldebert travaille comme servante chez plusieurs maîtres pendant plus de 18 ans. Son camarade de première communion, conseiller municipal, indiquera même qu’elle « s’est sous louée » depuis l’âge de 15 ans. Elle est embauchée pour des saisons de juin à octobre, de pâques à pâques ou d’hiver en hiver « comme à la mode du pays. »

Elle tombe malade Ă  47 ans et doit se reposer.

Elle prend en sous location le 15 octobre 1877 un appartement au hameau Rouchaudy dans la commune de Graissac. La locataire est Mme Martin épouse Goutal qui est partie vivre dans un autre hameau et a bien précisé que le bail se termine en avril de l’année suivante.

Graissac

Comme elle connaît les mauvais penchants de ses frères et sœurs qui vivent avec leur mère, âgée et malade, Marie Aldebert a préféré cette option à celle de retourner vivre dans la maison familiale au Batut. D’ailleurs, elle peut se le permettre avec ses 1700 francs d’économies rudement gagnées.

Ses frères et sœurs ne l’abandonnent pas pendant sa maladie. Marie Jeanne lui apporte tous les jours des provisions qu’elle est obligée de laisser soit sur la fenêtre (si Marie n’ouvre pas la porte), soit sur le seuil de la porte (si Marie lui ouvre et la menace avec une hache.) Car Marie ne souhaite plus voir ses frères et sœurs qui la supplient de venir à la maison et elle a décidé de fermer la porte à clé.

Un jour où la sœur cadette a pu entrer, elle témoigne que des vêtements en lambeaux et des objets ont été brûlés. Marie répond à cette remarque, selon sa sœur, que le diable et les témoins l’ont tourmenté et qu’elle continuera de brûler d’autres objets tous les jours.

Marie Jeanne donne l’ordre au voisin de ne pas lui donner du feu et la prive d’allumettes, pour sa sécurité.

Diable

Le bail n’est pas renouvelé

Le bail de location de l’appartement arrive Ă  sa fin mais Marie ne veut pas quitter les lieux. Il faut l’intervention du conseiller municipal et du garde champĂŞtre pour faire Ă©vacuer Marie. On est en mars 1878 et ses 3 frères et sĹ“urs sont sollicitĂ©s pour qu’elle rejoigne la ferme familiale. Elle y reste une quinzaine de jours oĂą elle mange avec eux au mĂŞme pot et repart dans son appartement.

Le 6 avril 1878, le juge de paix intervient. Il faut quitter les lieux. Les 3 frères et sĹ“urs sont venus l’aider Ă  dĂ©mĂ©nager pour retourner dans la ferme familiale mais la porte est close et il faut utiliser un enfant et lui faire escalader la fenĂŞtre pour aller ouvrir la porte fermĂ©e de l’intĂ©rieur.

Marie est à nouveau dans la ferme familiale et après le repas du soir, elle part dormir avec sa mère. Une demi-heure plus tard, son frère et sa sœur viennent la sortir du lit, l’un en l’attrapant par les pieds, l’autre par la tête et l’emmènent de force dans l’écurie sous les yeux d’Henri Lagriffoul le jeune berger. Les accusés et le jeune homme affirmeront qu’elle y a été de bonne grâce et sur ses deux jambes.

Pourquoi l’enfermer ?

Malade, ayant quelques économies, le plan machiavélique des deux cadets de Marie était de continuer de l’affaiblir pour lui prendre son argent. Son frère ainé ira d’ailleurs en son nom chercher sa malle mise en dépôt chez un de ses anciens maîtres et ils piocheront largement dans les avoirs de la victime (argent, billets de change, bijou en or mais aussi les provisions de nourriture).

152 francs seront utilisés pour frais « d’entretien et de nourriture de Marie. »

Argent

La justice sollicitée

Marie ne veut pas porter plainte pour séquestration, mais l’absence d’argent va la mener à aller voir le juge de paix. L’argent restant et quelques provisions (sauf les pommes de terre qu’ils n’ont plus à cette époque) sont restitués à Marie sous les yeux du maire et du garde champêtre.

En fin d’année, le 29 décembre, Marie est vue chasser, hache à la main, sa sœur Marie Jeanne qui lui jetait des pierres. C’est peut être le déclenchement de l’accusation de séquestration et vol.

Le 30 janvier 1879, les 3 frères et sœurs de Marie sont arrêtés par les gendarmes à pied de Ste Geneviève Joseph Ligier et Eugène Brunel. Ils sont emmenés au dépôt de la gendarmerie avant d’être transférés à la prison d’Espalion.

Pierre Jean est relâché, les deux autres sont transférés le 28 février 1879 à la prison de Rodez et jugés le 10 mars. Ils prennent 1 an de prison et reviennent finir leur vie à Graissac.

Et la mère ?

La mère ne peut pas avoir ignoré ce qui s’est passé. Bien que malade et âgée (plus de 80 ans), elle était dans le même lit que sa fille quand cette dernière a été jetée dans le cachot de l’écurie.

Interrogée, elle semble avoir perdu ses esprits (« elle est retombée en enfance ») mais juge ses enfants de coquins.

Mère

Elle décède le 18 septembre 1879 à Vitrac à l’âge de 86 ans.

Sources: 4E98-6/AD12, 4E98-7-AD12, 2U499-AD12, Journal de l’Aveyron

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Il s’invente des enfants pour ne pas faire d’exercices militaires

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FĂ©v 122016
 

En 1900, LĂ©on Saurel, mineur au hameau de Combes Ă  Aubin (Aveyron) s’est inventĂ© des enfants pour ne pas faire une pĂ©riode d’exercices militaires Ă  Nice. DĂ©couvrez l’histoire de ce mensonge.

28 jours d’exercices militaires

Léon Saurel est très contrarié en cet été 1900. Il vient de recevoir une lettre lui indiquant qu’il doit faire une période d’exercices militaires au bataillon d’artillerie à pied stationné à Nice du 2 au 28 octobre. 28 jours sans salaire alors qu’il a déjà du mal à joindre les deux bouts avec ses 2,5 francs par jour.

Alors qu’il croise Marie Philibert Marnières, gendarme de la ville, il l’interpelle et lui demande comment éviter cette contrainte et précise qu’il est chargé de famille avec ses 4 enfants. Le gendarme lui répond « ce n’est pas nous que ça regarde » et le renvoie vers la mairie pour demander une dispense.

Mairie d'Aubin

Le secrétaire de mairie se laisse attendrir

Léon Saurel part à la mairie le 2 septembre au petit matin. François Marty, secrétaire de mairie le renseigne sur sa demande de dispense et lui précise qu’il doit fournir les actes de naissance de ses 4 enfants et des certificats de vie. Léon Saurel rétorque qu’un des enfants est déjà mort et que les autres ne sont pas nés dans la commune.

Le secrétaire de mairie se laisse attendrir et lui donne un certificat 5bis en blanc à faire signer par trois pères de famille de la commune ayant un fils sous les drapeaux.

 

Les trois pères de famille

Ne sachant pas à qui s’adresser, Léon Saurel interroge de jeunes gens dans la rue qui ne tardent pas à lui donner trois noms de personnes pouvant signer le document.

  1. Jean Antoine Augustin Debord habite à côté de la mairie, il a l’habitude de ce genre de demande, c’est même au moins la 300ème personne qui lui demande de signer ce type de certificat, ce qu’il fait sans rechigner.
  2. Jean Antoine Gladin est négociant au bourg d’Aubin. Il signe lui aussi le certificat que lui présente non pas Mr Saurel mais sa femme. Il n’a pas de fils sous les drapeaux, mais un beau fils, Marius Calmels. Il fait donc un faux en écriture mais semble être de bonne foi.
  3. Le troisième père est en fait une mère ! Mme Rous née Pauline Bergon habite également au bourg et signe le document comme elle l’a déjà fait pour d’autres personnes. Ordinairement elle signe les papiers avec « veuve Rous », mais quand les gens insistent, elle ne signe que Rous. Elle aussi fait donc un faux en écriture car les femmes ne sont pas autorisées à effectuer ce genre de démarche.

Signatures

L’avis du maire

Une fois les 3 signatures réunies, Léon Saurel retourne à la mairie avec son certificat blanc et dicte au secrétaire les éléments manquants : ses enfants, son père à charge et ses beaux pères qu’il soutient financièrement.

Il précise les dates et lieux de naissance de Mr Saurel et les noms des témoins : Rous Julien (mort depuis 3 ans), Gladin Antoine et Debord Auguste.

personnes Ă  charge

Le maire passe dans la matinée et signe le document qu’on lui présente sans trop regarder (vous pensez bien, avec plus de 9700 habitants) et d’ailleurs il ne connaît pas ce Mr Saurel qui habite un hameau à 2km du centre de la ville. Il fait donc lui aussi un faux en écriture.

Il appose sa signature deux fois : une fois pour la certification véritable des éléments du document et une fois pour l’avis favorable du conseil municipal daté du 8 juillet 1905.

Conseil

Pourquoi un conseil municipal antidaté ?

Nous sommes le 2 septembre quand Léon Saurel fait sa demande de dispense mais celle-ci est acceptée le 8 juillet… par anticipation ! Le secrétaire de mairie interrogé expliquera que pour faciliter les demandes de dispense, il a été convenu que la délibération de juillet 1900 serait utilisée pendant tout l’été en attendant la session de conseil municipal prévue dans le mois de septembre.

Mr Henri Descrozailles, maire de la commune, est au-dessus de tous soupçons. Il est notaire et chevalier de la légion d’honneur.

 

La demande est prĂŞte Ă  partir

Sur les conseils du secrétaire de mairie, Mr Saurel revient en fin de matinée à la mairie et récupère son certificat rempli et signé. Comme il est illettré, le secrétaire de mairie écrit la lettre de dispense, la date du lundi 3 septembre 1900 et c’est Mr Saurel qui la dépose lui-même dans la boite aux lettres de la gare pour un départ au prochain train.

Lettre-commandant

L’enquête des gendarmes

Le 8 septembre 1900, les gendarmes Xavier Brès et Marie Philibert Marnières se rendent au domicile de Mr Saurel pour une petite enquête suite à sa demande de dispense. Mme Saurel est absente. Bien que boiteuse, elle est partie rendre visite à ses parents.

Interrogé sur sa situation de famille, Léon Saurel déclare avoir 3 enfants de 8 ans, 6 ans et 3 ans et les désigne même dans un groupe d’enfants qui jouent devant sa porte.

Enfants

Les renseignements sont conformes à la déclaration, les gendarmes ne vérifient rien de plus et ne demandent pas à voir le livret de famille.

En repartant, ils croisent plusieurs voisins qui sont tous unanimes : Mr Saurel a beaucoup de peine à élever sa famille.

Dispense accordée et dénonciation

Le 21 septembre 1900, le général Pezeu commandant les subdivisions de Mende et Rodez accorde une dispense à Léon Saurel (réserviste de la classe 1886 appelé à faire une période de 28 jours du 2 au 28 octobre au bataillon d’artillerie à pied stationné à Nice) à la vue des documents fournis.

Mr Saurel est soulagé mais ce n’est que pour une courte période car le 14 octobre il est dénoncé avec une lettre anonyme par un habitant du village, un « territorial » qui indique que Mr Saurel n’a pas d’enfants.

Lettre-anonyme

Fureur, indignation et contre-enquĂŞte

Le commandant est furieux : Saurel va être convoqué immédiatement pour les exercices militaires et en plus il fera 8 jours de prison en punition !

Dans Aubin, les différents protagonistes s’indignent, ils se sont fait avoir par Mr Saurel qui se disait nécessiteux et personne ne se doutait que les enfants n’étaient pas les siens.

Une contre-enquête est menée par les mêmes gendarmes (qui prendront un blâme sévère pour ne pas avoir demandé le livret de famille) et il s’avère que Léon Saurel n’a pas d’enfants.

Né le 3 mars 1866 à Auvin de Pierre Jean Saurel et de Germaine Boucher, il se marie le 12 février 1892 avec Marie Rose Galan née à St Projet (82).

Le couple n’a pas d’enfant mais depuis 3 ans environ, il a à sa charge les enfants Malignon, fils de la sœur de Mr Saurel qui a été abandonnée par son mari. Depuis peu, cette femme a repris son fils cadet et Henri, l’ainé, reste chez les Saurel. Le troisième semble être décédé.

Recensements

Recensements 1901

Faux en Ă©criture et usage de faux

Au procès qui a lieu en 1901, c’est toute la chaine de faux en écriture qui est dévoilée : le certificat laissé en blanc, les témoins qui n’avaient pas le droit de signer, la signature du maire à la volée, la date rétroactive du conseil municipal, l’enquête légère des gendarmes.

Tous les acteurs semblent s’être fait avoir par la misère du pauvre Léon Saurel et sont donc acquittés malgré les accusations de faux en écriture.

Léon Saurel est lui aussi acquitté le 26 mars 1901 après avoir fait sa période d’exercices et sa punition. Sa situation personnelle aura finalement convaincu le jury d’assises.

Sources:4E12/27-AD12, 1R284-AD12, 1R756-AD12, 6M108-AD12, 2U605-AD12

© 2016 Généalanille

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Le gendarme amoureux

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FĂ©v 052016
 

Le gendarme nommé en Lozère

Théodore Filliol, ancien militaire de la 16ème légion, est nommé gendarme à pied en Lozère par arrêté ministériel du 17 décembre 1903. Il arrive à la brigade de Grandrieu (48) le premier mars 1904 sous le commandement du brigadier Ganjoux et semble avoir de bonnes dispositions pour faire son travail.
Très vite, il tombe amoureux d’une demoiselle Aboulinc que vit juste en face de la caserne de gendarmerie mais le brigadier avertit le gendarme de ne pas engager de relations avec cette fille.

Il fait le mur pour rejoindre sa belle

Le 26 avril 1904, le brigadier part Ă  Mende pour la revue du colonel. Les gendarmes FĂ©ral et Filliol sont chargĂ©s de rester Ă  la caserne. ThĂ©odore Filliol profite de l’absence de son supĂ©rieur pour « se mettre en relation de mariage » avec la demoiselle Aboulinc. L’Ă©vĂ©nement est reportĂ© par son collègue au retour du chef qui s’empresse de lui faire la morale.
Le 30 avril, le gendarme demande ce qui est nĂ©cessaire pour constituer son dossier de mariage et n’Ă©coute pas les bons conseils du brigadier.
Le 1er mai 1904, il sort en escaladant la croisĂ©e du 1er Ă©tage pour aller voir sa belle et revient par le mĂŞme chemin Ă  minuit et quart. Il Ă©cope de 4 jours de consigne Ă  la chambre et d’une mutation d’office pour mesure disciplinaire Ă  RĂ©quista en Aveyron…. mais sa mutation est retardĂ©e par oubli du ministre.

DĂ©pĂ´ts et retraits de son dossier de demande en mariage

Le 22 juillet 1904, le gendarme remet son dossier de demande de mariage et l’enquĂŞte de son chef dĂ©bute le 23.
Avant l’envoi du dossier, le gendarme revient voir son chef en lui disant qu’il a reçu une lettre de son protecteur de Paris qui lui conseille d’abandonner le projet de mariage. Comme le chef ne veut pas lui rendre le dossier, Filliol Ă©crit au commandant d’arrondissement pour ne pas transmettre la demande et le dossier est abandonnĂ©.
Le 29 juillet, le gendarme veut Ă  nouveau transmettre sa demande. Comme une des pièces est mal Ă©tablie, l’envoi est Ă  nouveau retardĂ©.
Finalement toute relation avec la voisine d’en face est interdite Ă  Filliol par le commandant d’arrondissement et son brigadier est chargĂ© de le surveiller car le gendarme s’est dĂ©sintĂ©ressĂ© de son travail dès que sa route a croisĂ© la fille.

Un billet doux qui coûte cher

Le 4 aout 1904, la fille Aboulinc jette un billet dans la rue au moment le gendarme Filliol se trouve Ă  passer, venant de la fontaine.  Le brigadier voit le manège et fait la remarque au gendarme qu’il lui est interdit toute relation avec la fille. Filliol rĂ©pond:

« Vous ne m’empĂŞcherez pas de faire ce qui me plait avec elle. »

Le gendarme est menacĂ© d’ĂŞtre consignĂ© Ă  la caserne, il rĂ©torque:

« Fichez en 30 si vous voulez et le conseil de guerre, ça m’est Ă©gal. »

Il est puni de 4 jours de consignes Ă  la chambre, plus 4 jours par le chef d’escadron, augmentĂ©s de 15 jours de prison par le colonel.
Un rapport est fourni en vertu de l’article 128 du dĂ©cret du 4 avril 1900 signalant l’inaptitude au service de l’armĂ©e et plus principalement pour mauvaise volontĂ©.

Gendarme

Prison et hĂ´pital

Le 7 aoĂ»t 1904, le commandant demande le dossier et exige des explications sur le retard. Filliol semble cĂ©der sous la pression et demande par Ă©crit que son dossier ne soit pas envoyĂ© et indique qu’il a abandonnĂ© tout projet de mariage avec la fille Aboulinc.

Gendarme
Il dĂ©bute son sĂ©jour en prison le 14 aout et le 19 il est envoyĂ© Ă  l’hĂ´pital de Mende dont il sort le 31 aout avec un mois de convalescence. Pendant ce temps son changement pour BroquiĂ©s (12) est prononcĂ© et sa mutation est prĂ©vue Ă  son retour de convalescence le 4 octobre. Le dossier de mariage n’a pas Ă©tĂ© plus loin que l’arrondissement.

Une nouvelle enquĂŞte

En mars 1905, un nouveau dossier est dĂ©posĂ© et le 5 avril 1905 une nouvelle enquĂŞte est menĂ©e: il semble qu’on se soit tromper sur la conduite de la fille et le cabinet du prĂ©fet insiste pour que le rĂ©sultat de l’enquĂŞte soit positif!
Aucune fille Aboulinc ne semble avoir épousé le gendarme.

Théodore Filliol sera décoré de la médaille militaire en 1917.

© 2016 Généalanille

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