Marguerite et ses tutelles

 Aveyron, Blog, Histoire de famille, XXème Siècle  Commentaires fermĂ©s sur Marguerite et ses tutelles
Mai 112016
 

Marguerite est nĂ©e en 1910 dans le sud de l’Aveyron. Son père est tuĂ© Ă  l’ennemi Ă  Vermelles (62) en octobre 1914.

Fiche sga

Une orpheline de la grande guerre

Le 1er décembre 1914, un premier conseil de famille est réuni pour désigner tuteur et subrogé tuteur de la petite fille.

Autour de la table on trouve du côté maternel

  • la mère de la petite Marguerite
  • son oncle Henri, 27 ans, frère de sa mère
  • son grand oncle Joseph, 55 ans, oncle paternel de sa mère

Arbre branche maternelle

du côté paternel

  • son oncle FrĂ©dĂ©ric, 36 ans, qui habite Ă  Servian (34),
  • son oncle Louis, 33 ans, qui habite dans la commune
  • et le jeune mari de sa tante, FĂ©lix, 33 ans.

Arbre branche paternelle

Après délibération avec le juge de paix, la mère sort du bureau pendant le vote et est finalement désignée tutrice et autorisée à accepter la succession de son mari au nom de sa fille Marguerite.

Pour la contrĂ´ler, le conseil de famille dĂ©signe FĂ©lix, l’oncle par alliance de la fillette comme subrogĂ© tuteur.

Pourquoi les hommes de la famille ne sont-ils pas Ă  la guerre?

  • Joseph Castan est de la classe 1879. Il n’est pas mobilisable en 1914.
  • L’oncle Henri est exemptĂ© pour hypertrophie du coeur. Il fera cependant campagne en 1917 et 1918.
  • L’oncle FrĂ©dĂ©ric est rĂ©formĂ© pour faiblesse irrĂ©mĂ©diable. Il continuera son travail de marĂ©chal ferrant pendant toute la guerre.
  • L’oncle Louis est rĂ©formĂ© pour Ă©pilepsie. Il fait un service aux armĂ©e en 1917 et 1918.

Le remariage de sa mère

En octobre 1926, Marie JosĂ©phine, la maman de Marguerite, se remarie mais oublie complètement de convoquer le conseil de famille. Elle perd de plein droit la tutelle selon l’article 395 du code civil.

Code-Civil-395

Fin janvier 1927, un nouveau conseil de famille est rĂ©uni autour du juge de paix. Il est composĂ© des mĂŞmes membres qu’en 1914, Ă  un dĂ©tail près. Le nouveau mari de Marie JosĂ©phine n’est autre que FĂ©lix, oncle par alliance de sa famille et son subrogĂ© tuteur.

FĂ©lix est le beau père de Marguerite, son subrogĂ© tuteur et son co-tuteur par son remariage. C’est trop!

Conseil-1927

Les dĂ©libĂ©rations reprennent et le couple sort pendant le vote. Marie JosĂ©phine est dĂ©signĂ©e tutrice, FĂ©lix est co-tuteur et c’est Louis, oncle paternel qui demeure maintenant Ă  cĂ´tĂ© de Vias (34) qui devient subrogĂ©-tuteur.

Le mariage de Marguerite

La jeune fille se marie Ă  18 ans. Mariage d’amour? Le maire de la commune ne semble pas d’accord:

« la parentĂ© s’est occupĂ©e de la marier pour qu’elle ne soit pas complètement dĂ©laissĂ©e après le remariage de sa mère en dehors. »

Pupille

Son mari, IrĂ©nĂ©e, n’a que 20 ans. Il est donc mineur, comme elle. Bien qu’Ă©mancipĂ©e par son mariage, il faut Ă  Marguerite un curateur pour les actes prĂ©vus par les articles 480, 482 et suivants du code civil.

Quatre jours après le mariage, un nouveau conseil de famille est réuni.

Du cĂ´tĂ© paternel, les oncles FrĂ©dĂ©ric et Louis sont convoquĂ©s. A dĂ©faut d’autre parent proche, c’est dans une distance de 2 myriamètres qu’est choisi le 3ème reprĂ©sentant selon l’article 407 du code civil. Il s’agit de François Carrière, instituteur en retraite Ă  Belmont.

Article-407

Du cĂ´tĂ© maternel, la mère et l’oncle Henri sont convoquĂ©s. Le 3ème parent est Joseph oncle par alliance de la jeune fille.

Deux membres sont reprĂ©sentĂ©s par procuration et après dĂ©libĂ©ration c’est Henri qui devient le curateur de Marguerite.

Curateur

La jeune femme continuera de se battre pour faire vivre son commerce et Ă  dĂ©faut de toucher la moitiĂ© de la pension du père mort pour la France que sa mère ne lui donne pas, elle sollicitera l’aide de l’Ă©tat en tant que pupille de la nation.

EntĂŞte

La naissance de son fils en 1930 lui permettra de touche 120 francs « Ă  titre d’encouragement. » Elle devient majeure en 1931 et est enfin libĂ©rĂ©e de ses tutelles.

Sources: 4E127/14-AD12, 4E257/7-AD12, 4E257/8-AD12, 4E60/8-AD12, 6M795-AD34, 1R914-AD12, 1R1116-AD12, 1R1150-AD34, 10U1/30-AD12, 30R19-AD12, sga mémoire des hommes

© 2016 Généalanille

Print Friendly

Le mariage est annulé !

 Aveyron, Blog, Histoire de famille, XIXème Siècle  Commentaires fermĂ©s sur Le mariage est annulĂ© !
Avr 012016
 

L’Ă©tat civil ne dit pas tout, il faut savoir multiplier les sources d’archives pour complĂ©ter l’histoire familiale.

Jean Falq, propriétaire au moulin de la Bessière à Curières (12) doit épouser Françoise Remise qui habite avec son père à Saint Chely d’Aubrac. Un contrat de mariage « avant célébration » est enregistré chez le notaire le 18 octobre 1842 et le futur beau père en profite pour faire donation de tous ses biens moyennant la charge pour sa fille de le « nourrir, loger, entretenir et soigner tant en santé qu’en maladie durant sa vie et lui donner une somme de 6 francs annuellement. »

Jean Falq n’a plus ses parents; sa mère vient de mourir quelques mois plus tôt.

Que se passe-t-il dans la famille Remise ? Le prétendant n’est-il pas un aussi bon parti qu’espéré ? Le père et la fille se rétractent et le mariage n’aura pas lieu.

Cependant Françoise Remise se marie un mois plus tard le 23 novembre 1842 …. avec Jean Ampoulier!

Mais Jean Falq avait déjà préparé la noce : il avait payé le contrat de mariage, il avait déboursé 118 francs pour habits de noce pour sa future (qui en a profité), et 33 francs de bijoux qu’elle a reçus, plus une bague qui vaut 10 francs. Mr Falq réclame justice !

Ce sera chose faite en aout 1843 : Mr Remise est condamné à rembourser 900 francs à Mr Falq et il est condamné solidairement avec sa fille à payer 199 francs 50 centimes au même Mr Falq. Les frais sont également à la charge de la famille Remise.

Mariage

Jean Falq se marie le 12 juin 1845 à Saint Chély d’Aubrac avec Marie Anne Bonnal.

© 2016 Généalanille

Print Friendly

Les trois soeurs Luard et autres cachotteries

 Blog, Histoire de famille, SaĂ´ne et Loire, XXème Siècle  Commentaires fermĂ©s sur Les trois soeurs Luard et autres cachotteries
Mar 252016
 

Voici les 3 sœurs Luard prises en photo en 1935. Parmi elles, mon arrière-grand mère morte avant ma naissance.

Luard
Mon arrière grand mère a fini sa vie dans la maison familiale, ressassant ses histoires que plus personne n’Ă©coutait. Et dans ses phrases favorites il y avait « nous Ă©tions trois soeurs. » Tous les descendants Ă©tant connus, l’arbre gĂ©nĂ©alogique de cette partie de la famille Ă©tait facile Ă  faire.
Et puis un jour, quelqu’un est arrivĂ© et a dit « je suis cousine du cĂ´tĂ© Luard, mais je ne sais pas bien comment. » Il a donc fallu chercher, Ă  une Ă©poque oĂą internet n’existait pas et oĂą pour voir l’Ă©tat civil, il Ă©tait nĂ©cessaire de se dĂ©placer.
La vĂ©ritĂ© est apparue: il y avait une 4ème sĹ“ur. Pas un enfant que mon arrière grand mère n’aurait pas connu, une « vraie » sĹ“ur qui est prĂ©sente sur les recensements avec les 3 autres filles. Une soeur qui se marie, qui a 3 enfants (qui ne survivent certes pas) et qui meurt après le dĂ©cès de son dernier fils. Mon arrière grand-mère s’en souvenait forcĂ©ment, puisqu’elle avait 20 ans quand sa sĹ“ur est morte. Pourquoi l’avoir occultĂ©e? On ne saura jamais car jusqu’Ă  ce jour, aucun indice n’explique cet « oubli. »

Les secrets de famille ne sont pas rares. Condamnations, morts violentes, chantages ou autres appropriations de terrains ou de biens meubles font partie des Ă©vĂ©nements qu’on se transmet sans trop en parler. Et puis il y a les enfants illĂ©gitimes. N’avons-nous pas tous dans nos arbre gĂ©nĂ©alogiques des enfants qui ne sont pas ceux du père Ă©crit sur le livret de famille ou l’acte d’Ă©tat civil?
Le grand père de ma grand mère a reconnu « son » enfant quand il a commencĂ© d’aller Ă  Ă©cole. Probablement pour Ă©viter que le gamin n’aie un autre patronyme que son père Ă  l’appel nominatif.

J’ai connu cette information il y a 25 ans environ et pas moyen d’en savoir plus auprès de mes grands-parents. Entre les « je ne sais pas » et « c’est de la vieille histoire », difficile de comprendre qu’une gamine s’intĂ©resse autant Ă  ce point de dĂ©tail. Alors j’ai arrĂŞtĂ© d’en parler Ă  ma grand mère et j’en ai parlĂ© Ă  des voisins (qui Ă©taient aussi des cousins…) et lĂ , l’un d’entre eux m’a dit qu’après tout cela n’avait plus d’importance et m’a donnĂ© le nom du vrai père. Ce voisin est mort quelques temps plus tard.
A partir de ce moment, j’en ai parlĂ© Ă  d’autres cousins qui m’ont tous dit « mais tu ne le savais pas? Nous on le savait…. » D’abord surprise, j’Ă©tais au moins sĂ»re que le nom du père biologique qu’on m’avait donnĂ© Ă©tait potentiellement le bon.
Que faire de l’arbre gĂ©nĂ©alogique? Je supprime le faux père et je fais la gĂ©nĂ©alogie du vrai? Finalement, j’ai gardĂ© la gĂ©nĂ©alogie de l’Ă©tat civil.
Pendant 25 ans, je me suis demandĂ©e si je devais dire Ă  ma grand mère le nom de son vrai grand père et je ne l’ai pas fait pour ne pas la bouleverser. Elle vient de mourir et on l’enterre aujourd’hui, emportant avec elle ses histoires et ses secrets.
Remuer le passĂ© n’est pas toujours bon. Elle savait peut ĂŞtre mais moi au moins je sais.

A la mĂ©moire de mes grands-parents aujourd’hui tous dĂ©cĂ©dĂ©s.

© 2016 Généalanille

Print Friendly

Avez-vous des nouvelles de mon Ă©pouse?

 Aveyron, Blog, Histoire de famille, XIXème Siècle  Commentaires fermĂ©s sur Avez-vous des nouvelles de mon Ă©pouse?
Mar 182016
 

Avez-vous des nouvelles de mon épouse ? C’est probablement la question que fait adresser Ferdinand Gonzalez à l’ambassade d’Espagne à Paris. Sa femme, née Isabelle Schmidt l’inquiète car sa dernière lettre date du 22 octobre 1860. Elle y dit qu’elle est à Bayonne et qu’elle compte partir pour Toulouse, mais depuis plus d’un mois il n’a plus d’information. A-t ’elle pu rejoindre la ville rose ? A-t ’elle été dans sa ville natale de Rodez ? Bref, il aimerait savoir où elle est.

Retour

Perdue entre Bayonne et Rodez

 

Isabelle Schmidt est née à Rodez en avril 1811 d’un père horloger. La brune d’un mètre soixante aux yeux de chats épouse dans la cité ruthénoise en 1843 Ferdinand Gonzalez, organiste, réfugié espagnol originaire d’Alfaro dans la province Logroño.

Mme Gonzalez est à Bourganeuf dans la Creuse en novembre 1859 quand elle part à Corella, ville proche du lieu de naissance de son mari. Son passeport précise qu’elle passe par Pampelune.

Passeport

 

Elle y reste un an avant de quitter son mari pour raison de santé. Le couple a probablement changé de région car elle écrit sa dernière lettre de Bayonne.

La police fait une enquête :Mme Gonzalez en arrivant à Rodez « s’est rendu chez ses parents qui sont dans une belle position de fortune mais ceux-ci lui refusent assistance ». Elle a été obligée de se faire admettre à l’hospice comme malade indigente.

Ses parents sont morts avant son mariage (son père était originaire d’Autriche et sa mère de Rodez) mais même si la plupart de ses frères et sœurs ont quitté la ville pour Bar sur Aube ou Paris, il lui reste au moins sur place sa sœur Catherine dite Nina et sa tante maternelle propriétaire de belles maisons place du bourg et place de l’Olmet.

Tour-1854

Mme Gonzalez écrit une lettre en Espagne pour donner de ses nouvelles et demande un nouveau passeport avec secours de route car elle est dépourvue de toute ressouce. Elle part début 1861 pour Bayonne où son mari est chargé de la récupérer à la frontière.

Frontière

Le couple est enfin rĂ©uni. Il n’est pas mentionnĂ© dans les successions des femmes de la famille restĂ©es Ă  Rodez dans les annĂ©es suivantes.

© 2016 Généalanille

Print Friendly

Séquestrée par sa famille pendant 2 mois

 Aveyron, Blog, Histoire de famille, XIXème Siècle  Commentaires fermĂ©s sur SĂ©questrĂ©e par sa famille pendant 2 mois
Mar 032016
 

Séquestrée par ses frères et sœurs

Le 10 mars 1879 Marie Jeanne et Jean Antoine Aldebert de Graissac en nord Aveyron sont condamnés à un an de prison chacun pour avoir séquestré leur sœur Marie.

Journal

Deux mois dans un cachot

Du 6 avril au 28 juin 1878, Marie Aldebert a été enfermée par son frère et sa sœur dans un cachot de 2m sur 1 au milieu d’une écurie occupée d’un côté par des cochons se vautrant dans un fumier immonde et de l’autre des vaches et des brebis, le tout parfumé d’émanations putrides et dans l’obscurité (puisque la lucarne a été bouchée avec de la paille).

Odeur

La cage est entièrement fermée du sol au plafond avec de vieilles planches, de piquets et d’échelles de char. Quelques interstices entre les planches solidement cloutées qui la compose permettent cependant le passage d’un bras pour donner de la nourriture.

A l’intérieur a été posé un grabat avec un peu de paille et à l’extérieur une chaine de fer retient la porte.

Cachot

Interdite de communication…

Marie Aldebert, enfermée dans sa cage, hurle. Les voisins alertés viennent voir mais ils sont menacés par le frère et la sœur et vont très vite arrêter de se mêler à cette affaire.

D’ailleurs, c’est facile à comprendre : Marie est atteinte d’aliénation mentale et pour sa sécurité et celle des autres elle ne doit parler à personne. Pourquoi est-elle enfermée ici ? C’est par ordre de la justice !

L’écurie n’est sĂ©parĂ©e que de quelques mètres de la maison d’habitation et la visite de celle-ci par le juge d’instruction indiquera qu’un galetas aurait pu ĂŞtre installĂ© près des 3 autres lits.

Plan

Quelques personnes viennent dans la basse-cour et Marie les interpellent pour leur demander de l’aider Ă  sortir. Mais la famille veille et la sĹ“ur rĂ©pond mĂŞme « qu’avec le vent du midi elle est encore plus folle » et en profite pour menacer la voisine.

Voisins

… et de sortie

Marie ne peut pas parler, elle ne pas non plus sortir si ce n’est 4 ou 5 fois en deux mois. Certains témoigneront cependant avoir mangé avec elle à la table familiale, comme Augustin Lagriffoul, père d’Henri, 13 ans, berger embauché par la famille Aldebert qui affirme avoir partagé un aligot avec elle.

Aligot

Pierre Antoine, le frère ainé, indique qu’un jour où il était venu voir sa mère, sa sœur Marie était partie courir dans les prés…

Courir

La liberté

Le 28 juin 1878, Marie parvient à se hisser le long de la cage et à faire tomber une planche. Elle passe sa tête à travers le trou puis son corps avant de se laisser tomber par terre la tête la première. Ayant quitté ses vêtements pour l’opération, elle se retrouve dénudée, meurtrie et allongée dans le fumier.

Elle quitte la ferme familiale mais n’a plus de logement, de provisions et d’argent. Elle est obligée de demander la charité mais ne souhaite pas porter plainte contre sa famille.

Comment en est-on arrivé là ?

Marie Aldebert est née en 1831 à la Borie commune de Graissac dans l’Aveyron. Elle a deux frères et une sœur :

  • Pierre Jean, nĂ© en 1829, mariĂ© deux enfants,
  • Jean Antoine nĂ© en 1836, cĂ©libataire
  • Marie Jeanne nĂ©e en 1833, cĂ©libataire.

En 1845, le père, Régis Aldebert, meurt à l’âge de 45 ans.

Marie accouche comme fille mère en 1853 chez son frère ainé d’un enfant, Marie Polonie, qui décède 20 jours plus tard.

Les quatre enfants restent finalement célibataires jusqu’en 1869 où l’ainé épouse Marie Jeanne Millau qui a 13 ans de moins que lui.

Le besoin de se soigner

Marie Aldebert travaille comme servante chez plusieurs maîtres pendant plus de 18 ans. Son camarade de première communion, conseiller municipal, indiquera même qu’elle « s’est sous louée » depuis l’âge de 15 ans. Elle est embauchée pour des saisons de juin à octobre, de pâques à pâques ou d’hiver en hiver « comme à la mode du pays. »

Elle tombe malade Ă  47 ans et doit se reposer.

Elle prend en sous location le 15 octobre 1877 un appartement au hameau Rouchaudy dans la commune de Graissac. La locataire est Mme Martin épouse Goutal qui est partie vivre dans un autre hameau et a bien précisé que le bail se termine en avril de l’année suivante.

Graissac

Comme elle connaît les mauvais penchants de ses frères et sœurs qui vivent avec leur mère, âgée et malade, Marie Aldebert a préféré cette option à celle de retourner vivre dans la maison familiale au Batut. D’ailleurs, elle peut se le permettre avec ses 1700 francs d’économies rudement gagnées.

Ses frères et sœurs ne l’abandonnent pas pendant sa maladie. Marie Jeanne lui apporte tous les jours des provisions qu’elle est obligée de laisser soit sur la fenêtre (si Marie n’ouvre pas la porte), soit sur le seuil de la porte (si Marie lui ouvre et la menace avec une hache.) Car Marie ne souhaite plus voir ses frères et sœurs qui la supplient de venir à la maison et elle a décidé de fermer la porte à clé.

Un jour où la sœur cadette a pu entrer, elle témoigne que des vêtements en lambeaux et des objets ont été brûlés. Marie répond à cette remarque, selon sa sœur, que le diable et les témoins l’ont tourmenté et qu’elle continuera de brûler d’autres objets tous les jours.

Marie Jeanne donne l’ordre au voisin de ne pas lui donner du feu et la prive d’allumettes, pour sa sécurité.

Diable

Le bail n’est pas renouvelé

Le bail de location de l’appartement arrive Ă  sa fin mais Marie ne veut pas quitter les lieux. Il faut l’intervention du conseiller municipal et du garde champĂŞtre pour faire Ă©vacuer Marie. On est en mars 1878 et ses 3 frères et sĹ“urs sont sollicitĂ©s pour qu’elle rejoigne la ferme familiale. Elle y reste une quinzaine de jours oĂą elle mange avec eux au mĂŞme pot et repart dans son appartement.

Le 6 avril 1878, le juge de paix intervient. Il faut quitter les lieux. Les 3 frères et sĹ“urs sont venus l’aider Ă  dĂ©mĂ©nager pour retourner dans la ferme familiale mais la porte est close et il faut utiliser un enfant et lui faire escalader la fenĂŞtre pour aller ouvrir la porte fermĂ©e de l’intĂ©rieur.

Marie est à nouveau dans la ferme familiale et après le repas du soir, elle part dormir avec sa mère. Une demi-heure plus tard, son frère et sa sœur viennent la sortir du lit, l’un en l’attrapant par les pieds, l’autre par la tête et l’emmènent de force dans l’écurie sous les yeux d’Henri Lagriffoul le jeune berger. Les accusés et le jeune homme affirmeront qu’elle y a été de bonne grâce et sur ses deux jambes.

Pourquoi l’enfermer ?

Malade, ayant quelques économies, le plan machiavélique des deux cadets de Marie était de continuer de l’affaiblir pour lui prendre son argent. Son frère ainé ira d’ailleurs en son nom chercher sa malle mise en dépôt chez un de ses anciens maîtres et ils piocheront largement dans les avoirs de la victime (argent, billets de change, bijou en or mais aussi les provisions de nourriture).

152 francs seront utilisés pour frais « d’entretien et de nourriture de Marie. »

Argent

La justice sollicitée

Marie ne veut pas porter plainte pour séquestration, mais l’absence d’argent va la mener à aller voir le juge de paix. L’argent restant et quelques provisions (sauf les pommes de terre qu’ils n’ont plus à cette époque) sont restitués à Marie sous les yeux du maire et du garde champêtre.

En fin d’année, le 29 décembre, Marie est vue chasser, hache à la main, sa sœur Marie Jeanne qui lui jetait des pierres. C’est peut être le déclenchement de l’accusation de séquestration et vol.

Le 30 janvier 1879, les 3 frères et sœurs de Marie sont arrêtés par les gendarmes à pied de Ste Geneviève Joseph Ligier et Eugène Brunel. Ils sont emmenés au dépôt de la gendarmerie avant d’être transférés à la prison d’Espalion.

Pierre Jean est relâché, les deux autres sont transférés le 28 février 1879 à la prison de Rodez et jugés le 10 mars. Ils prennent 1 an de prison et reviennent finir leur vie à Graissac.

Et la mère ?

La mère ne peut pas avoir ignoré ce qui s’est passé. Bien que malade et âgée (plus de 80 ans), elle était dans le même lit que sa fille quand cette dernière a été jetée dans le cachot de l’écurie.

InterrogĂ©e, elle semble avoir perdu ses esprits (« elle est retombĂ©e en enfance ») mais juge ses enfants de coquins.

Mère

Elle décède le 18 septembre 1879 à Vitrac à l’âge de 86 ans.

Sources: 4E98-6/AD12, 4E98-7-AD12, 2U499-AD12, Journal de l’Aveyron

© 2016 Généalanille

Print Friendly

Il s’invente des enfants pour ne pas faire d’exercices militaires

 Aveyron, Blog, Histoire de famille, XXème Siècle  Commentaires fermĂ©s sur Il s’invente des enfants pour ne pas faire d’exercices militaires
FĂ©v 122016
 

En 1900, LĂ©on Saurel, mineur au hameau de Combes Ă  Aubin (Aveyron) s’est inventĂ© des enfants pour ne pas faire une pĂ©riode d’exercices militaires Ă  Nice. DĂ©couvrez l’histoire de ce mensonge.

28 jours d’exercices militaires

Léon Saurel est très contrarié en cet été 1900. Il vient de recevoir une lettre lui indiquant qu’il doit faire une période d’exercices militaires au bataillon d’artillerie à pied stationné à Nice du 2 au 28 octobre. 28 jours sans salaire alors qu’il a déjà du mal à joindre les deux bouts avec ses 2,5 francs par jour.

Alors qu’il croise Marie Philibert Marnières, gendarme de la ville, il l’interpelle et lui demande comment éviter cette contrainte et précise qu’il est chargé de famille avec ses 4 enfants. Le gendarme lui répond « ce n’est pas nous que ça regarde » et le renvoie vers la mairie pour demander une dispense.

Mairie d'Aubin

Le secrétaire de mairie se laisse attendrir

Léon Saurel part à la mairie le 2 septembre au petit matin. François Marty, secrétaire de mairie le renseigne sur sa demande de dispense et lui précise qu’il doit fournir les actes de naissance de ses 4 enfants et des certificats de vie. Léon Saurel rétorque qu’un des enfants est déjà mort et que les autres ne sont pas nés dans la commune.

Le secrétaire de mairie se laisse attendrir et lui donne un certificat 5bis en blanc à faire signer par trois pères de famille de la commune ayant un fils sous les drapeaux.

 

Les trois pères de famille

Ne sachant pas à qui s’adresser, Léon Saurel interroge de jeunes gens dans la rue qui ne tardent pas à lui donner trois noms de personnes pouvant signer le document.

  1. Jean Antoine Augustin Debord habite à côté de la mairie, il a l’habitude de ce genre de demande, c’est même au moins la 300ème personne qui lui demande de signer ce type de certificat, ce qu’il fait sans rechigner.
  2. Jean Antoine Gladin est négociant au bourg d’Aubin. Il signe lui aussi le certificat que lui présente non pas Mr Saurel mais sa femme. Il n’a pas de fils sous les drapeaux, mais un beau fils, Marius Calmels. Il fait donc un faux en écriture mais semble être de bonne foi.
  3. Le troisième père est en fait une mère ! Mme Rous nĂ©e Pauline Bergon habite Ă©galement au bourg et signe le document comme elle l’a dĂ©jĂ  fait pour d’autres personnes. Ordinairement elle signe les papiers avec « veuve Rous », mais quand les gens insistent, elle ne signe que Rous. Elle aussi fait donc un faux en Ă©criture car les femmes ne sont pas autorisĂ©es Ă  effectuer ce genre de dĂ©marche.

Signatures

L’avis du maire

Une fois les 3 signatures réunies, Léon Saurel retourne à la mairie avec son certificat blanc et dicte au secrétaire les éléments manquants : ses enfants, son père à charge et ses beaux pères qu’il soutient financièrement.

Il précise les dates et lieux de naissance de Mr Saurel et les noms des témoins : Rous Julien (mort depuis 3 ans), Gladin Antoine et Debord Auguste.

personnes Ă  charge

Le maire passe dans la matinée et signe le document qu’on lui présente sans trop regarder (vous pensez bien, avec plus de 9700 habitants) et d’ailleurs il ne connaît pas ce Mr Saurel qui habite un hameau à 2km du centre de la ville. Il fait donc lui aussi un faux en écriture.

Il appose sa signature deux fois : une fois pour la certification véritable des éléments du document et une fois pour l’avis favorable du conseil municipal daté du 8 juillet 1905.

Conseil

Pourquoi un conseil municipal antidaté ?

Nous sommes le 2 septembre quand Léon Saurel fait sa demande de dispense mais celle-ci est acceptée le 8 juillet… par anticipation ! Le secrétaire de mairie interrogé expliquera que pour faciliter les demandes de dispense, il a été convenu que la délibération de juillet 1900 serait utilisée pendant tout l’été en attendant la session de conseil municipal prévue dans le mois de septembre.

Mr Henri Descrozailles, maire de la commune, est au-dessus de tous soupçons. Il est notaire et chevalier de la légion d’honneur.

 

La demande est prĂŞte Ă  partir

Sur les conseils du secrétaire de mairie, Mr Saurel revient en fin de matinée à la mairie et récupère son certificat rempli et signé. Comme il est illettré, le secrétaire de mairie écrit la lettre de dispense, la date du lundi 3 septembre 1900 et c’est Mr Saurel qui la dépose lui-même dans la boite aux lettres de la gare pour un départ au prochain train.

Lettre-commandant

L’enquête des gendarmes

Le 8 septembre 1900, les gendarmes Xavier Brès et Marie Philibert Marnières se rendent au domicile de Mr Saurel pour une petite enquête suite à sa demande de dispense. Mme Saurel est absente. Bien que boiteuse, elle est partie rendre visite à ses parents.

Interrogé sur sa situation de famille, Léon Saurel déclare avoir 3 enfants de 8 ans, 6 ans et 3 ans et les désigne même dans un groupe d’enfants qui jouent devant sa porte.

Enfants

Les renseignements sont conformes à la déclaration, les gendarmes ne vérifient rien de plus et ne demandent pas à voir le livret de famille.

En repartant, ils croisent plusieurs voisins qui sont tous unanimes : Mr Saurel a beaucoup de peine à élever sa famille.

Dispense accordée et dénonciation

Le 21 septembre 1900, le général Pezeu commandant les subdivisions de Mende et Rodez accorde une dispense à Léon Saurel (réserviste de la classe 1886 appelé à faire une période de 28 jours du 2 au 28 octobre au bataillon d’artillerie à pied stationné à Nice) à la vue des documents fournis.

Mr Saurel est soulagĂ© mais ce n’est que pour une courte pĂ©riode car le 14 octobre il est dĂ©noncĂ© avec une lettre anonyme par un habitant du village, un « territorial » qui indique que Mr Saurel n’a pas d’enfants.

Lettre-anonyme

Fureur, indignation et contre-enquĂŞte

Le commandant est furieux : Saurel va être convoqué immédiatement pour les exercices militaires et en plus il fera 8 jours de prison en punition !

Dans Aubin, les différents protagonistes s’indignent, ils se sont fait avoir par Mr Saurel qui se disait nécessiteux et personne ne se doutait que les enfants n’étaient pas les siens.

Une contre-enquête est menée par les mêmes gendarmes (qui prendront un blâme sévère pour ne pas avoir demandé le livret de famille) et il s’avère que Léon Saurel n’a pas d’enfants.

Né le 3 mars 1866 à Auvin de Pierre Jean Saurel et de Germaine Boucher, il se marie le 12 février 1892 avec Marie Rose Galan née à St Projet (82).

Le couple n’a pas d’enfant mais depuis 3 ans environ, il a à sa charge les enfants Malignon, fils de la sœur de Mr Saurel qui a été abandonnée par son mari. Depuis peu, cette femme a repris son fils cadet et Henri, l’ainé, reste chez les Saurel. Le troisième semble être décédé.

Recensements

Recensements 1901

Faux en Ă©criture et usage de faux

Au procès qui a lieu en 1901, c’est toute la chaine de faux en écriture qui est dévoilée : le certificat laissé en blanc, les témoins qui n’avaient pas le droit de signer, la signature du maire à la volée, la date rétroactive du conseil municipal, l’enquête légère des gendarmes.

Tous les acteurs semblent s’être fait avoir par la misère du pauvre Léon Saurel et sont donc acquittés malgré les accusations de faux en écriture.

Léon Saurel est lui aussi acquitté le 26 mars 1901 après avoir fait sa période d’exercices et sa punition. Sa situation personnelle aura finalement convaincu le jury d’assises.

Sources:4E12/27-AD12, 1R284-AD12, 1R756-AD12, 6M108-AD12, 2U605-AD12

© 2016 Généalanille

Print Friendly

 

Le gendarme amoureux

 Blog, Histoire de famille, Lozère, XXème Siècle  Commentaires fermĂ©s sur Le gendarme amoureux
FĂ©v 052016
 

Le gendarme nommé en Lozère

Théodore Filliol, ancien militaire de la 16ème légion, est nommé gendarme à pied en Lozère par arrêté ministériel du 17 décembre 1903. Il arrive à la brigade de Grandrieu (48) le premier mars 1904 sous le commandement du brigadier Ganjoux et semble avoir de bonnes dispositions pour faire son travail.
Très vite, il tombe amoureux d’une demoiselle Aboulinc que vit juste en face de la caserne de gendarmerie mais le brigadier avertit le gendarme de ne pas engager de relations avec cette fille.

Il fait le mur pour rejoindre sa belle

Le 26 avril 1904, le brigadier part Ă  Mende pour la revue du colonel. Les gendarmes FĂ©ral et Filliol sont chargĂ©s de rester Ă  la caserne. ThĂ©odore Filliol profite de l’absence de son supĂ©rieur pour « se mettre en relation de mariage » avec la demoiselle Aboulinc. L’Ă©vĂ©nement est reportĂ© par son collègue au retour du chef qui s’empresse de lui faire la morale.
Le 30 avril, le gendarme demande ce qui est nĂ©cessaire pour constituer son dossier de mariage et n’Ă©coute pas les bons conseils du brigadier.
Le 1er mai 1904, il sort en escaladant la croisĂ©e du 1er Ă©tage pour aller voir sa belle et revient par le mĂŞme chemin Ă  minuit et quart. Il Ă©cope de 4 jours de consigne Ă  la chambre et d’une mutation d’office pour mesure disciplinaire Ă  RĂ©quista en Aveyron…. mais sa mutation est retardĂ©e par oubli du ministre.

DĂ©pĂ´ts et retraits de son dossier de demande en mariage

Le 22 juillet 1904, le gendarme remet son dossier de demande de mariage et l’enquĂŞte de son chef dĂ©bute le 23.
Avant l’envoi du dossier, le gendarme revient voir son chef en lui disant qu’il a reçu une lettre de son protecteur de Paris qui lui conseille d’abandonner le projet de mariage. Comme le chef ne veut pas lui rendre le dossier, Filliol Ă©crit au commandant d’arrondissement pour ne pas transmettre la demande et le dossier est abandonnĂ©.
Le 29 juillet, le gendarme veut Ă  nouveau transmettre sa demande. Comme une des pièces est mal Ă©tablie, l’envoi est Ă  nouveau retardĂ©.
Finalement toute relation avec la voisine d’en face est interdite Ă  Filliol par le commandant d’arrondissement et son brigadier est chargĂ© de le surveiller car le gendarme s’est dĂ©sintĂ©ressĂ© de son travail dès que sa route a croisĂ© la fille.

Un billet doux qui coûte cher

Le 4 aout 1904, la fille Aboulinc jette un billet dans la rue au moment le gendarme Filliol se trouve Ă  passer, venant de la fontaine.  Le brigadier voit le manège et fait la remarque au gendarme qu’il lui est interdit toute relation avec la fille. Filliol rĂ©pond:

« Vous ne m’empĂŞcherez pas de faire ce qui me plait avec elle. »

Le gendarme est menacĂ© d’ĂŞtre consignĂ© Ă  la caserne, il rĂ©torque:

« Fichez en 30 si vous voulez et le conseil de guerre, ça m’est Ă©gal. »

Il est puni de 4 jours de consignes Ă  la chambre, plus 4 jours par le chef d’escadron, augmentĂ©s de 15 jours de prison par le colonel.
Un rapport est fourni en vertu de l’article 128 du dĂ©cret du 4 avril 1900 signalant l’inaptitude au service de l’armĂ©e et plus principalement pour mauvaise volontĂ©.

Gendarme

Prison et hĂ´pital

Le 7 aoĂ»t 1904, le commandant demande le dossier et exige des explications sur le retard. Filliol semble cĂ©der sous la pression et demande par Ă©crit que son dossier ne soit pas envoyĂ© et indique qu’il a abandonnĂ© tout projet de mariage avec la fille Aboulinc.

Gendarme
Il dĂ©bute son sĂ©jour en prison le 14 aout et le 19 il est envoyĂ© Ă  l’hĂ´pital de Mende dont il sort le 31 aout avec un mois de convalescence. Pendant ce temps son changement pour BroquiĂ©s (12) est prononcĂ© et sa mutation est prĂ©vue Ă  son retour de convalescence le 4 octobre. Le dossier de mariage n’a pas Ă©tĂ© plus loin que l’arrondissement.

Une nouvelle enquĂŞte

En mars 1905, un nouveau dossier est dĂ©posĂ© et le 5 avril 1905 une nouvelle enquĂŞte est menĂ©e: il semble qu’on se soit tromper sur la conduite de la fille et le cabinet du prĂ©fet insiste pour que le rĂ©sultat de l’enquĂŞte soit positif!
Aucune fille Aboulinc ne semble avoir épousé le gendarme.

Théodore Filliol sera décoré de la médaille militaire en 1917.

© 2016 Généalanille

Print Friendly

La couturière et l’enfant supprimĂ©

 Aveyron, Blog, Histoire de famille, XXème Siècle  Commentaires fermĂ©s sur La couturière et l’enfant supprimĂ©
Jan 292016
 

Louise Pierre est soupçonnĂ©e d’avoir supprimĂ© son enfant en septembre 1901 Ă  St Ythaire (12) avec la complicitĂ© de son apprentie et de son amant, le voisin, meunier.

Une date de décès estimée

Le registre d’état civil de St Izaire porte la mention du décès de « (mort né) Pierre Louis » en date du 25 septembre 1901, mais le décès, lui, est fixé au 4 septembre selon l’examen du Dr Canac sur la demande du procureur de la république. L’acte précise qu’une instruction criminelle a eu lieu, c’est donc un probable infanticide.

Etat-civil

Transcription d’un acte d’infanticide

Les faits avérés

Entre interrogatoires, enquêtes de gendarmeries et confrontations, on peut extraire du dossier de procédure ce qui s’est réellement passé.

Louise Victoria Pierre est une couturière âgée de 22 ans. Elle habite chez ses parents après avoir fait une formation de 6 mois chez Melle Adèle Gélis, 73 ans, couturière à St Affrique, il y a environ 3 ans. Elle occupe l’atelier du rez de chaussée à St Ythaire et vit dans une chambre au premier étage qu’elle peut rejoindre par une trappe via la cuisine mitoyenne à sa chambre.

La couturière a une apprentie, Marie Sirgues, 17 ans, originaire de Coupiac, qui est à son service depuis environ 1 an.

Depuis quelques mois, Louise Pierre avait grossi et la rumeur villageoise disait qu’elle était enceinte. Ses parents contestaient cette information puisqu’elle présentait des chemises ensanglantées tous les mois. La jeune femme s’appliquait faire des taches avec du sang de lapin !

Le 4 septembre 1901, son père part travailler à la campagne vers 5 heures du matin et sa mère s’éloigne vers 6H pour plusieurs jours en direction du Languedoc où elle est embauchée pour les vendanges.

Depuis 3 heures du matin, la couturière a mal au bas des reins. Vers 11H, le travail commence, elle monte s’installer dans le lit de son père situé au 2ème étage. Elle accouche, coupe le cordon ombilical de la petite fille, puis l’enfant meurt 15 à 30 minutes après être né.

Le 15 septembre, Louise Pierre réapparait dans le village, sa grossesse semble « avoir presque totalement disparu ». La rumeur enfle qu’elle aurait accouché et le maire évoque cette information aux gendarmes de passage dans le village. Les habitants se taisent, l’épicière évoque que Marie Sirgues a acheté pour 2 fois 2 sous de camphre, susceptible de faire disparaître le lait des nouvelles mères.

C’est une lettre anonyme du 20 septembre qui va déclencher une nouvelle enquête sur la couturière. On y apprend même que son père est nommé le « bâtard de Romayrol. »

Lettre

Lettre anonyme qui dĂ©nonce l’infanticide

Dès le 21 septembre, des interrogatoires sont menés. La couturière avoue et implique son apprentie et Marius Galzin, meunier du village, qui l’auraient aidé à la suppression. Marius Galzin est son voisin et son amant depuis 2 ans.

Il faut attendre le 23 septembre pour retrouver le cadavre de l’enfant, enterré près de la rivière à quelques mètres des maisons de la couturière et du meunier. La crue des derniers jours a retardé la recherche du corps.

L’apprentie a prĂ©cisĂ© l’emplacement: c’est un trou « Ă  cĂ´tĂ© d’une muraille non loin d’un sureau. »

Plan

Plan où était enterré le cadavre

Le docteur Canac est chargé de l’autopsie. Il se plaint de l’état de putréfaction du corps qui, après avoir passé 2 jours dans l’eau, est resté 16 à 18 heures à l’air libre. Il précise la taille, le poids et le sexe de l’enfant, le considère à terme et viable mais ne peut préciser la raison du décès.

Des aveux contradictoires

Louise Pierre avoue rapidement qu’elle a étouffé sa fille, puis elle dira que l’enfant a cessé de vivre sans action de sa part.

L’apprentie affirme qu’elle ignorait la grossesse de sa patronne avant de se rétracter rapidement. Elle semble jouer une grande part dans la disparition des preuves :

  • elle Ă©change les draps entre les lits avant de les laver,
  • elle dĂ©cide de l’endroit oĂą mettre le placenta que sa patronne lui donne dans un vase de nuit (elle en enterre le contenu Ă  proximitĂ© des pieds de tomates),
  • elle cache le petit ĂŞtre emballĂ© dans un drap dans sa propre malle en haut de l’escalier,
  • elle emporte le corps dans le trou près de la rivière,
  • elle contacte l’amant…

Cependant, l’apprentie, du haut de ses 17 ans, semble avoir surtout obéi à des ordres émis par d’autres personnes.

Marius Galzin est né en 1875 à St Rome de Tarn. Il habitait près de Vailhauzy (commune depuis St Affrique) depuis son enfance avant de venir exercer son métier de meunier en 1899 à St Yzaire.

Il indique aux gendarmes à son arrestation qu’il ignorait que sa voisine et amante avait accouché. Il estime pouvoir être le père, puisqu’il avait des relations intimes avec la couturière. Il a d’ailleurs proposé à la celle-ci d’aller faire ses couches à Rodez à ses frais et d’y abandonner son enfant.

Quant à l’infanticide, bien qu’il clame son innocence, les deux femmes l’accusent d’avoir aidé à supprimer le corps, d’avoir creusé la tombe et organisé la manœuvre.

Le meunier serait complice

Les deux femmes vont rapidement impliquer Marius Galzin dans l’histoire. Il est le père probable de l’enfant, il est le voisin, c’est un homme assez fort pour creuser une tombe et il sait prendre les décisions.

La couturière et son apprentie affirment qu’il est venu à la maison le lendemain de l’accouchement et qu’il a donné rendez-vous à l’apprentie le soir même à minuit à Marie Sirgues près de la rivière. Le prétexte était d’aller laver du linge et d’emporter le petit corps. En attendant, l’apprentie devait fournir au meunier une pelle et une pioche appartenant au père de la couturière.

Marius Galzin aurait attendu jusqu’à 4 heures du matin car Marie Sirgues « se serait oublié. » C’est encore lui qui aurait comblé la fosse qu’il est susceptible d’avoir creusé.

Le meunier affirme, lui, qu’il n’a plus adressé la parole à Louise Pierre depuis le 14 juillet, date où l’a emmenée à Millau voir les illuminations.

C’est le père de Louise qui précise que Marius Galzin était chez lui le mercredi 18 ou le jeudi 19 septembre où il l’a trouvé en compagnie de sa fille et de son ouvrière. Les filles cousaient dans la chambre à côté de la cuisine. Le père se souvient de la date car il pleuvait et il avait dû rentrer à l’improviste chez lui pour récupérer une blouse avant de retourner vendanger. Les jeunes gens parlaient de chemises, à moins qu’il ne s’agisse d’un langage codé entre eux…

Père

Déposition du père

 

Tous en prison

Les trois complices sont emmenés d’abord dans une salle de la mairie, puis dans une chambre de sureté à la gendarmerie de Broquiès le 23 septembre avant de rejoindre la maison d’arrêt de Saint Affrique.

Le 27 septembre, Marius Galzin demande à obtenir une libération provisoire pour faire fonctionner son moulin. Il reçoit un refus ferme.

Les voisins et la famille sont interrogés, les aveux de chacun sont confrontés et re-confrontés.

Le meunier se défend

C’est le 31 octobre 1901 depuis la prison que Marius Galzin envoie une nouvelle supplique de 8 pages pour obtenir sa libération conditionnelle. Il joint à sa demande une pétition des habitants du village et une lettre de soutien de la propriétaire du moulin. Il faut dire qu’il est le seul meunier du village et son frère, qui tente de pallier à son absence, n’est pas formé à ce métier.

pétition

Marius Galzin essaye de démontrer son innocence et sous-entend le nom d’un autre coupable :

  • Pourquoi aurait-il creusĂ© Ă  cĂ´tĂ© de son moulin alors qu’il aurait pu le faire ailleurs ?
  • Pourquoi a-t-il eu besoin de pelle et pioche alors qu’il a tout ce qu’il faut dans son atelier ?
  • Le terrain creusĂ© est facile Ă  creuser, mĂŞme par une femme…
  • Il avait offert Ă  Louise Pierre de payer les frais de voyage et d’accouchement Ă  la maternitĂ© de Rodez. Il n’a pas sĂ©duit Louise Pierre et ne lui a jamais fait de promesse de mariage.
  • Un homme a plus d’intĂ©rĂŞt que lui de voir l’enfant disparaĂ®tre : un homme qui Ă©tait dans la maison le soir oĂą le cadavre a Ă©tĂ© enterrĂ©, un homme dont les outils ont servi Ă  creuser, un homme que la couturière et son apprentie ont tout intĂ©rĂŞt Ă  ne pas accuser….

Tous acquittés

Le jugement a lieu devant la cour de Montpellier en octobre 1901. Six témoins sont appelés à la barre et parmi les pièces à conviction, on trouve le drap qui a servi à envelopper le cadavre mais aussi la pelle et la pioche saisis à St Izaire.

Le 2 novembre 1901, la cour de Montpellier prononce un non-lieu pour l’apprentie. Du fait de son âge, elle ne se rendait pas compte de la gravité de ses gestes et n’a fait qu’obéir.

Les deux autres accusés sont renvoyés vers la cour d’assises de l’Aveyron, et transférés dans la maison d’arrêt de Rodez par chemin de fer le 7 novembre.

Lors de l’audience du 4 décembre 1901, Marius Galzin et Louise Pierre sont acquittés et libérés.

Galzin

Tous mariés

La fin d’année 1901 a été difficile pour tous les protagonistes mais dès l’année suivante la vie reprend.

  • Louise Pierre Ă©pouse Victor Louis Vaussol, cordonnier originaire de RĂ©quista, le 25 juillet 1902 Ă  St Izaire.
  • Marius Galzin Ă©pouse Rosalie Agathe dite LĂ©onie Izard le 24 mai 1905 Ă  St Izaire.
  • Marie Sirgues Ă©pouse Joseph Antoine BroscĂ© le 31 aoĂ»t 1905 Ă  Coupiac.

Ils se marièrent, mais tous n’eurent pas d’enfant…

 

Sources: 4E238/13-AD12, 4E238/15-AD12, 4E252/15-AD12, 4E70/14-AD12, 6M336-AD12, 2U609-AD12, Journal de l’Aveyron-AD12

© 2016 Généalanille

Print Friendly

Un jeune homme ne dort pas avec ma fille

 Aveyron, Blog, Histoire de famille, XIXème Siècle  Commentaires fermĂ©s sur Un jeune homme ne dort pas avec ma fille
Jan 222016
 

Henri Martin se marie à Rose Sophie Lescure en mars 1883 à Marnhagues et Latour. Trois mois plus tard, nait leur fille Joséphine. Le couple aura ensuite 6 autres enfants, 3 garçons et deux filles.
En 1898, alors que Joséphine n’a que 15 ans, son père la place comme domestique chez un boucher de Roquefort, Mr Louis Singla. Le contrat stipule que les gages de la jeune fille s’élèvent à 14 francs par mois. Affaire conclue, le louage de Joséphine débute le 17 mai.

Quelques temps plus tard, la jeune fille de retour en visite chez ses parents leur explique qu’elle dort dans la même chambre que le frère de Mr Singla, or ce jeune homme n’a que 30 ans.
Mr Martin n’est pas d’accord avec ces conditions, il ne souhaite pas que sa fille retourne à Roquefort. Cependant, il faut honorer le contrat. Joséphine repart faire la domestique et Mr Martin avertit qu’il récupèrera sa fille dans 8 jours et que le boucher peut de procurer une autre domestique.

Le 17 juillet 1898, Mr Martin vient chercher sa fille, ses affaires et réclame les gages dus. Le boucher n’est pas d’accord, il ne paye rien et refuse même de rendre la malle de linges et vêtements.
L’affaire est traduite en justice quelques jours plus tard.

Le boucher confirme les conditions de logement et proteste : il a fait cela avec l’accord de la domestique qui, consultée, avait consenti à dormir dans la même chambre que le jeune homme. Elle est d’ailleurs satisfaite en tous points de ses maitres et l’a même dit dans le magasin en présence de plusieurs personnes. Et puis ses maitres s’épargnaient chaque jour le travail ordinaire d’une chambre à préparer…. De plus, Mr Martin est soupçonné d’avoir profité de la visite de sa fille pour la faire employer aux moissons, travail qui rapporte plus que d’être domestique.

Mr Martin gagne le procès. Le fait de faire dormir un jeune homme de 30 ans avec la domestique de 15 ans étant jugé dangereux, aucune charge n’est retenue contre le père de famille qui a pourtant rompu un contrat avant la fin de celui-ci.
Mr Singla est condamné à payer les gages de la jeune fille (24 francs 25), les dépens (10 francs 92)… et surtout à rendre la malle de linge !

Sources : 4E151/7-AD12, 4E151/8-AD12, 10U8-84/AD12

© 2016 Généalanille

Print Friendly

Il s’est dĂ©shabillĂ© et a dĂ©sertĂ© – Mexique 1866

 Blog, Histoire de famille, RhĂ´ne, SaĂ´ne et Loire, XIXème Siècle  Commentaires fermĂ©s sur Il s’est dĂ©shabillĂ© et a dĂ©sertĂ© – Mexique 1866
Nov 142015
 

Martial Goudier est le 7ème enfant de François Goudier et de Marie Rebichon. Trois autres enfants naitront après lui.

François Goudier est drapier au moment de son mariage en 1819 à Toulon sur Arroux (dont il est originaire), puis la famille habite sur la route de Bourbon à Gueugnon après la naissance de leur premier enfant. François Goudier devient marguillier, puis parfois marguillier-matelassier (en 1837 et 1841) avant de devenir facteur aux postes ou facteur rural de Gueugnon (avant 1844).

Il décède en février 1855 à Gueugnon et laisse 4 enfants mineurs dont Martial qui a 20 ans quelques mois plus tard.

Décès Goudier

 

Martial Goudier exerce la profession de cisailleur quand il est recensé pour l’armée. Le garçon d’1,62m sait lire et écrire. Bon pour le service, il est affecté au 102ème de ligne et porte le numéro 2363 sur la liste du contingent classe 1855. Il part comme appelé le 5 avril 1856 et arrive au corps 22 jours plus tard.

Matricule

Extrait du recrutement militaire de Martial Goudier

On ne trouve aucun autre renseignement sur le registre de recrutement et c’est un peu par hasard qu’on retrouve sa trace tout d’abord à Lyon rue Magenod en 1863 puis dans les archives des déserteurs.

Recherche-Rhone

Recherche d’un dĂ©serteur

L’avis de recherche date du 12 juillet 1870. Martial Goudier est officiellement libérable le 17 juillet de la même année, quelques jours avant le début de la guerre de 70.

On y découvre ses états de service depuis l’incorporation de 1856.

Etat-de-service

Du 102ème de ligne, Martial Goudier est affecté un mois après son arrivée au 83ème de ligne comme fusilier. Le régiment ne participe ni à la guerre de Crimée, ni à celle d’Italie.

Il devient voltigeur le 9 juillet 1858 et est renvoyé par anticipation dans ses foyers le 6 avril 1862 avec un certificat de bonne conduite avant d’être définitivement libéré en fin d’année.

7 ans de passés dans les rangs, mais la vie civile ne semble pas convenir à Martial Goudier car il se rend le 17 juillet 1863 à la mairie du 3ème arrondissement de Lyon pour se réengager pour 7 ans.

Il est alors affecté au 62ème de ligne et part faire la guerre au Mexique.

guerre du Mexique

Il reçoit d’ailleurs la médaille du Mexique.

Médaille_de_l'expédition_au_Mexique

 

La recherche par les gendarmes de Lyon reste infructueuse en ce mois de juillet et Martial Goudier est déserteur à l’étranger depuis le 18 janvier 1868 sans autre précision qu’il a emporté un caleçon et une chemise.

Rapport

La disparition étant datée de 1868, il est probable qu’un premier avis de recherche ait été lancé à cette époque. Les archives du Rhône n’ont pas ce document, alors il faut tenter du côté de celles de Saône et Loire.

Circonstances

On retrouve daté du 12 juillet 1870, la même demande de recherche auprès du préfet de Saône et Loire, à un détail près : la date de désertion.

Recherche-Saone-et-Loire

L’avis de dĂ©serteur envoyĂ© en SaĂ´ne et Loire avec la bonne annĂ©e

Ce n’est pas en 1868 que Martial Goudier a déserté mais en 1866. Une nouvelle recherche s’engage à cette nouvelle date et on l’on peut consulter le premier avis envoyé aux préfets.

 

Recherche-origine

Le premier avis de désertion

Deux nouveaux détails y apparaissent : la présence au Mexique du déserteur en 1863-1864-1865 et 1866 et surtout les circonstances de sa disparation :

« Descendait de garde, est allé sur la place, y a déposé ses effets est parti en caleçon & chemise. A été aperçu par un habitant qui en a rendu compte. »

Circonstances-desertion

De retour sur l’exemplaire des archives du prĂ©fet du RhĂ´ne, on apprend mĂŞme le lieu: Castillo.

Castillo

Il s’est déshabillé, et a déserté…. Il avait 31 ans.

Sources: 5E342/17-AD71, 5E230/3-AD71, 5E230/4-AD71, 5E230/5-AD71, 5E230/6-AD71, 5E542/3-AD71, 1R LC 1855-AD71, 6M recensements population Gueugnon-AD71, R771-AD69, R772-AD69 R773-AD69, 2R12-AD71, illustration Gallica

© 2015 Généalanille

Print Friendly