Elle voulait devenir sage-femme

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Août 042017
 

Les écoles de sage-femme sont instaurées à la fin du 18ème siècle. Et il faut prévoir 2 ans pour être diplômée. Marie Anne connaitra quelques déboires avant de parvenir à exercer son métier.

Devenir sage-femme

Marie Anne est nĂ©e en 1805 dans un petit village de l’Aubrac. Elle se marie en 1830 et presque aussitĂ´t nait son premier enfant. Suivront un deuxième, puis une troisième.
Accoucher, donner la vie, elle sait faire. Mais aider les autres Ă  accoucher, c’est moins Ă©vident.
Alors c’est dĂ©cidĂ©, elle va s’inscrire aux cours de sage-femme Ă  Rodez. Ce n’est pas la porte Ă  cĂ´tĂ© et il faudra habiter provisoirement en ville. Son mari finit (probablement) par ĂŞtre d’accord et elle demande son admission Ă  l’Ă©cole.

Refusée, admise puis virée

Le maire lui fait un certificat de bonnes mœurs. Mais toutes les places sont prises pour cette année 1837.
Marie Anne refait sa demande l’annĂ©e suivante et elle est admise. En dĂ©cembre, elle est remplacĂ©e par Victorine Moussol. Pourquoi? Il faut chercher dans la correspondance du professeur pour comprendre le problème. Elle vient d’accoucher d’un enfant qu’elle a fait admettre Ă  l’hospice comme enfant trouvĂ©. C’est bien lĂ  le contraire de la philosophie du mĂ©tier! Alors, on lui demande de partir….
Retour dans l’Aubrac. Probablement pour Ă©lever son enfant.

Nouvel essai en juillet 1842

Le maire de la commune appuie la nouvelle candidature de Marie Anne en juillet 1842. Elle a environ 30 ans (!), elle sait lire et Ă©crire et est de bonne vie et intelligente. De plus la commune est isolĂ©e et n’a pas d’accoucheuse.
Sa candidature est retenue. On Ă©voque son Ă©chec Ă  l’Ă©cole de la manière suivante.

Elle vint en cours, il y a deux ans et resta 3 mois Ă  ses frais. N’ayant pu soutenir la dĂ©pense jusqu’Ă  la fin du semestre, elle se retira.

Deux ans d’Ă©tude et un premier prix

Pendant deux années, Marie Anne étudie avec ses camarades. De la théorie, mais aussi de la pratique. Son professeur écrit deux ans plus tôt:

Un accouchement auquel elles assistent les instruit mieux que toutes les leçons des professeurs.

Arrive la date de l’examen. Il est prĂ©vu le 2 ou le 3 mai 1844 mais le conseiller de prĂ©fecture n’est pas disponible. Le concours est reportĂ© au 4 mai Ă  14H mais aucun examinateur ne se prĂ©sente!
Il a finalement lieu dans une salle de l’hospice sous la prĂ©sidence dudit conseiller. Les examinateurs sont

  • le mĂ©decin des hospices et des prisons,
  • un chirurgien
  • et le mĂ©decin de l’Ă©tablissement des aliĂ©nĂ©s.
  • Le professeur des accouchement, Mr Lacalmoutie, est Ă©galement prĂ©sent.

Les postulantes sont interrogées sur la théorie puis on passe à la pratique des accouchements naturels et manuels.
Les 5 Ă©lèves sont d’instruction Ă©gale. Le premier prix est finalement divisĂ© en deux et donnĂ© par tirage au sort. Et Marie Anne finit 1ère, ex-aequo.

Un beau diplĂ´me pour exercer

Marie Anne reçoit son diplĂ´me et doit le faire valider d’une part par le maire de la commune (qui signe au dos du diplĂ´me) et d’autre part par le tribunal de son arrondissement.
Enfin elle peut exercer.


Bien entendu, les archives ne nous donnent pas la liste des enfants qu’elle va mettre au monde. Mais on retrouve parfois dans les registres d’Ă©tat civil sa prĂ©sence pour dĂ©clarer la naissance d’un enfant lĂ©gitime ou illĂ©gitime.

Elle disparait du métier et réapparait

Jusqu’en 1847, on voit son nom apparaitre dans les listes des sages-femmes habilitĂ©es Ă  exercer. Puis, plus rien. Un nouvel incident de parcours? De la concurrence? Une envie d’autres choses? Elle ne semble pas avoir Ă©tĂ© radiĂ©e par erreur, aucun jugement ne nous laisse Ă  penser qu’elle a commis une erreur.
Son nom rĂ©apparait en 1877 avec celui de sa fille (diplĂ´mĂ©e de l’Ă©cole de sage-femmes de Toulouse en 1861)! Les deux noms disparaissent Ă  nouveau.
Quand elle meurt en 1896 elle est notĂ©e comme « ancienne sage femme ». Combien d’enfants a-t-elle vu naĂ®tre? Elle n’a probablement jamais comptĂ©.

Sources: 3X47-AD12, 5M7-AD12, PER1181-AD12, 4E224/9-AD12

© 2017 Généalanille

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En prison pour gravidation

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Juil 282017
 

Il l’a mise enceinte mais il refuse de se marier comme il l’avait promis. Elle n’a plus qu’Ă  dĂ©clarer sa grossesse et porter plainte pour gravidation.

 

Elle a cédé à ses avances

Catherine Delmas a 24 ans. Elle est enceinte de 8 mois de Pierre Cabrolier avec qui elle travaillait depuis 3 ans au service de Mr Serguy. Les deux ont été vus plusieurs fois en tête et très proches. Ils ont même été surpris à plusieurs reprises dans une écurie ou dans la chambre de Cabrolier où Catherine Delmas venait refaire le lit. Leur patron les a surpris alors qu’ils se faisaient des baisers et avait menacé de les mettre à la porte si cela continuait.

Elle a résisté longtemps aux avances de Pierre, mais à la Noël 1774, ils ont commencé leur commerce. Et cela jusqu’à la St Jean où elle a congédiée par son employeur. Ils ont remis le couvert deux fois depuis cette date. Il faut dire qu’il lui avait promis de l’épouser et n’arrêtait pas de la caresser.

 

L’édit d’Henri II

Elle est enceinte donc, de 8 mois, mais toujours pas de mariage en vue. Pierre Cabrolier a refusé de l’épouser et a même proposé de l’argent pour qu’elle cache sa grossesse et qu’elle ne dise rien à personne. Elle ne peut pas rester dans le déshonneur. Et selon l’édit d’Henri II, elle doit déclarer sa grossesse. Elle se rend donc au tribunal et porte plainte contre son prétendant en novembre 1775.

L’enfant nait le 6 décembre 1775 et porte le prénom de Pierre, comme son père.

 

Le père en prison

Pierre est arrêté le 31 décembre de la même année et rejoint les geôles de Rodez. Et il ne sait pas ce qu’il fait là.

Oui, il connait Catherine Delmas. Et, Oui, il est probable qu’il soit responsable de sa grossesse. Oui, il a voulu l’épouser et non ce n’est pas une promesse en l’air. Il a même rencontré le père et l’oncle maternel de la jeune fille et leur a demandé combien ils paieraient de dot. Comme ils ne semblaient pas avoir assez d’argent comptant, ils n’ont pas donné suite à la demande… Peut-être leur faut-il un délai pour rassembler une somme suffisante ?

 

Une sortie sous caution

Le 13 janvier, il fait une demande d’élargissement provisoire pour quitter la prison mais il lui faut une caution. La jeune fille demande à ce qu’on le ne laisse pas sortir : il va en profiter pour quitter le pays et l’abandonner avec son déshonneur, sa honte et son malheur. Lui prétend que non, qu’il faut bien qu’il sorte pour faire le contrat de mariage. Les parents de la jeune fille ont même été convoqués en ville pour aller chez le notaire, mais ils ne sont pas déplacé et la mère du prisonnier, restée seule, est repartie chez elle.

Même s’il n’est pas malheureux, Pierre Cabrolier est en prison. Et la somme donnée au concierge par ses futurs beaux-parents potentiels ne remplace pas la liberté.

C’est le frère de Pierre Cabrolier qui se porte caution. Il a 2000 livres que représente son fonds de commerce. Mais cela ne semble pas suffire. Alors l’avocat connait quelqu’un d’autre, si on peut attendre demain… Dès le lendemain, il présente une deuxième caution, Mr Despeyroux, qui lui aussi a une somme de 2000 livres de « biens au soleil ».

 

Le contrat de mariage est signé

Quelles tractations ont lieu ensuite ? Il faut attendre le 1er Février 1776 pour qu’un contrat de mariage soit signé chez Me Boscus, notaire à Rodez. Pierre reconnait être le père de l’enfant. Il doit payer à Catherine 119 livres pour frais de couches, nourritures et autres frais avancés par le père Delmas.

Ce dernier donne à sa fille en dot 1/17ème de ses biens et 522 livres avant le mariage. A cette somme, sont retirées les 119 livres pour l’enfant et 22 livres de frais d’acte.

Le mariage est finalement cĂ©lĂ©brĂ© le 20 fĂ©vrier 1776 Ă  la paroisse Notre Dame de Rodez. Les amoureux auront peut ĂŞtre vĂ©cu heureux et eu d’autres enfants…

 

Sources:  3E15124-AD12, 4E212/4-AD12, 3B55-AD12, traité des enfants naturels 1828

© 2017 Généalanille

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L’origine de cette photo de famille

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Juil 142017
 

La photo a été prise pendant la seconde guerre mondiale. Mais qui se souvient que c’était avec un appareil volé ?

C’est la guerre…

Mr G., huissier du tribunal, demeurant une petite ville de l’Aveyron, est mobilisé au mois d’août 1939. Il laisse son « appareil photographique contenu dans une gaine en cuir ainsi qu’un opuscule qui indique son fonctionnement » sur le rebord d’une fenêtre d’un garage qu’il loue à un hôtelier. Puis il rejoint son centre mobilisateur dans le sud de la France.

Quand il revient en avril 1940 comme réformé N°2, l’appareil photo a disparu. Après avoir cru à une blague d’un ami, Mr G. se résigne à porter plainte contre X. Le garage était fermé à clé mais la fenêtre était en partie brisée et clôturée par une planchette de bois ! C’est sûrement par ce biais que le larcin a eu lieu.

Les gendarmes enquĂŞtent

L’appareil photo a une valeur de 375 francs. C’est un Kodak Senior 6 16 muni d’un dispositif qui permet de se photographier soi-même. Il a été acheté à Mme G. née L., photographe de la même ville en 1936. C’est elle que les gendarmes vont interroger.

La photographe se souvient avoir vendu l’appareil à l’huissier. Elle conforme les caractéristiques et le prix. Et elle se souvient même avoir vu un appareil photo identique dans les mains d’un jeune domestique de ferme. Quand ? En début 1940. Comment s’appelle-t-il ? C’est Simon B. Il a même précisé que c’était son oncle de Paris qui lui avait offert.

Le domestique de 16 ans

Les gendarmes se rendent sur le domaine où travaille Simon, 16 ans, qui se met à pâlir quand il voit les deux képis arriver. Après quelques instants, il avoue son vol et explique qu’il a effectivement passé la main par la fenêtre brisée pour se munir de l’appareil. Caché dans sa malle, il a compulsé le mode d’emploi et a utilisé l’appareil photo pour prendre des clichés de ses sœurs. Sa mère est au courant, mais elle pense que c’est un oncle qui a fait ce cadeau.

Comme il n’y a pas de flagrant délit, le jeune est laissé en liberté et l’appareil change de mains.

Qui est responsable ?

Le gamin n’a que 16 ans. Il est loin de sa majorité (21 ans). L’employeur est reconnu responsable mais comme il a été, lui aussi, mobilisé et n’a eu que deux permissions depuis le début de la guerre, il réfute la responsabilité du jeune homme. En plus le vol n’a pas été commis sur le lieu de travail, mais pendant ses heures de pause, et puis le père a promis de tout payer !!

Le père est bien civilement responsable de son fils, mais il conteste cependant cette responsabilité puisque Simon n’était pas sous sa surveillance depuis qu’il travaillait. Père de 7 enfants, il est prêt à tout payer et demande qu’on ne lui retire pas son autorité paternelle.

On en arrĂŞte (presque) lĂ 

L’huissier a retirĂ© sa plainte, pensant que le jeune homme a agi sans discernement. Il faut dire que le père de l’huissier s’est remariĂ© avec la sĹ“ur de père de Simon. On est presque en famille….

Cependant la justice suit son cours et Simon est cité à comparaitre devant le tribunal pour enfants et adolescents de l’arrondissement. Et c’est Mr G., le volé, en tant qu’huissier, qui va se rendre auprès de la famille de Simon pour leur signifier leur citation.

Le jugement sera clément. Simon est acquitté et son père doit payer les 141 francs de frais. Nul doute que le salaire du jeune homme aura été mis à contribution. Les réprimandes du père de famille ont certainement été beaucoup moins agréables à entendre !

Une pellicule de photos

Simon avouera avoir fait une pellicule de photos de famille. Il dit avoir pris ses sĹ“urs en photo. Cette photo existe toujours. Avec les diffĂ©rents dĂ©cès et dĂ©mĂ©nagements, elle est pour le moment introuvable. Les plus jeunes toujours en vie se souviennent de cet appareil photo qui Ă©tait lĂ , sorti dont on ne sait oĂą…

En ayant trouvĂ© cette histoire dans les archives, la mĂ©moire va ĂŞtre rĂ©activĂ©e et nos ancĂŞtres interrogĂ©s. Et peut-ĂŞtre que quelqu’un se souviendra de cette « raclĂ©e mĂ©morable » que Simon avait reçu pendant la guerre….

Sources: dossiers de procĂ©dure et jugements issus des tribunaux des archives de l’Aveyron. Le petit parisien. Photo d’illustration issue d’archives personnelles.

© 2017 Généalanille

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Ils ont eu le coup de foudre

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Juin 092017
 

Mari et femme sont morts d’un coup de foudre en plein repas de famille, alors qu’un enfant Ă©tait sur les genoux de sa mère.

Foudre

Un jeune couple heureux

Ils se sont mariés en juin 1882 à Ste Croix dans l’Aveyron. Il a 23 ans, elle en a 22.

Jean Marius Bouyssou et Marie Jeanne Galut semblent heureux. Deux enfants viennent alors compléter la famille. Une fille née en 1883 et un garçon né en 1885.

La petite famille vit à la Capelle Balaguier avec la maman de Jean Marius, âgée d’une cinquantaine d’année.

 

Un gros orage

Le temps est orageux en ce début du mois de juin 1887. Après une chaleur accablante pendant toute la journée, le ciel se couvre en ce 1er juin. Un peu de pluie, et c’est l’orage qui se déchaine. Le tonnerre fait un bruit de tambour et la grêle ravage les récoltes de la région de Villefranche de Rouergue.

 

La foudre tombe sur la maison

Chez les Bouyssou, la famille est en train de manger vers 18H. La belle mère est en retrait. La petite fille se débrouille seule, mais le cadet de la famille a besoin de sa mère pour se nourrir. Soudain, la foudre s’abat sur le pigeonnier, brise une fenêtre au 1er étage et entre dans la cuisine au rez de chaussée.

Mr Bouyssou était debout près de la porte, il meurt foudroyé mais n’a pas de blessure apparente.

Mme Bouyssou était assise, son enfant sur les genoux. Elle meurt également foudroyée mais elle a les cheveux grillés et sa figure a des traces sanguinolentes. Sa coiffe a été projetée dans le jardin potager, situé deux mètres en arrière, et elle est en train de brûler.

L’enfant n’a rien. Son bonnet qui est resté sur sa tête est lui aussi en train de se consumer et il faut la présence d’esprit de la grand-mère pour l’éteindre rapidement.

 

La misère s’est abattu sur la maison

Triste jour dans la famille, deux morts, le pigeonnier Ă  refaire, une vitre Ă  changer, les gendarmes Ă  avertir… Le maire autorise rapidement l’inhumation des deux Ă©poux et il est probable qu’ils Ă©taient nombreux Ă  suivre ce double enterrement. Quand Ă  la grand-mère, on peut imaginer la peur de « revoir un Ă©clair semblable Ă  une maison en feu mangeant d’un cĂ´tĂ© Ă  l’autre de l’appartement » lors de tous les orages qu’elle a pu voir le reste de sa vie…

Source 4E226/11-AD12, 4E106/6-AD12, 4M132-AD12, Le Narrateur-AD12

© 2017 Généalanille

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Le vitriol du désespoir

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FĂ©v 242017
 

Elle s’est assise sur une chaise près de la table dans sa chambre. Elle a pris le chapeau de son défunt mari, l’a fixé sur ses genoux avec une épingle et a bu du vitriol.

Une veuve de 40 ans

Justine Garric habite Villefranche de Rouergue. Alors qu’elle vient d’avoir 40 ans, son mari Jean Baptiste Galan meurt. Il ne lui reste que deux enfants. Un garçon âgé de 5 ans et une fille de 3 ans. Deux autres sont déjà morts. Une fille après 4 mois et un garçon de 10 mois et demi en ce début d’année.

8 jours de désespoir

Vivre seule, élever ses enfants seule, cela semble insurmontable pour Justine. C’est probablement pour cette raison que les voisins remarqueront qu’elle a de « fréquents accès d’aliénation mentale. »

Sans ressources et obligée de recourir à la charité publique, elle manifeste son intention de se suicider et « les douces paroles et rassurantes promesses » prononcées par les voisins ne parviennent pas à l’arracher de ses idées noires.

Deux ou trois jours après le décès de Jean Baptiste, elle emprunte pour un sou de vitriol à Catherine Bories veuve Costes. Elle prétend qu’elle veut frotter son cuivre. Il faut bien tromper son chagrin et occuper son esprit.

Un suicide regretté

On est le 19 juillet 1887. Il est 17H. Elle s’installe avec le chapeau de son mari sur les genoux et elle boit le vitriol. Mais le poison n’est pas aussi facile à avaler qu’un bon verre de vin. Peut-être la brûle-t-elle ?

Mme Dumoulin, la voisine, entend des cris de désespoir. Elle prévient Mr Galan, le beau père de Justine qui accourt et la trouve inconsciente. Il la frictionne avec de l’eau de vie et fait appeler le docteur qui lui donne un vomitif.

Justine peut prononcer quelques mots. Elle explique s’être empoisonnée avec le vitriol « mais qu’à présent elle regrettait de l’avoir fait. »

Justine ne mourra que le lendemain matin dans son lit…

Sources: 4M132-AD12, Le Narrateur

© 2017 Généalanille

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Gaston ne sera jamais gadzart

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FĂ©v 172017
 

Gaston prĂ©sente 4 fois le concours pour entrer Ă  l’école des arts et mĂ©tiers d’Aix en Provence. MalgrĂ© sa persĂ©vĂ©rance, il ne sera deviendra jamais gadzart.

Né en février

Gaston est né le 10 février 1907 dans l’Aveyron. Élève au lycée Monteil de Rodez, il remplit son dossier de candidature pour le concours d’admission aux écoles nationales d’arts et métiers en 1923.

Il a bien 16 ans, mais le règlement stipule qu’il doit avoir « 16 ans au moins au 1er janvier de l’année du concours. » Or Gaston est né en février… Son dossier est renvoyé au sous préfet.

DĂ©jĂ  Ă  Aix

Refusé au concours, Gaston ne doit pas perdre de temps. Il rejoint l’école primaire supérieure professionnelle à Aix en Provence. Son père touche une bourse de 100 francs par an de son employeur (la compagnie des chemins de fer du Midi) pour l’aider à financer ces études.

Gaston refait un nouveau dossier pour 1924 :

  • acte de naissance,
  • certificat mĂ©dical, de revaccination, de bonnes vie et mĹ“urs, de nationalitĂ©,
  • engagement des parents pour le paiement de la pension et du trousseau,
  • relevĂ© des notes de travail et de conduite sur les 2 dernières annĂ©es,
  • et diplĂ´me ou certificat parmi la liste prĂ©vue par le règlement.

Le dossier est complété par

  • l’avis personnel et motivĂ© du sous prĂ©fet,
  • de la dĂ©libĂ©ration du conseil municipal,
  • de la feuille d’impĂ´t des parents
  • et d’un tableau de renseignement.

Gaston doit aussi faire une lettre manuscrite pour sa demande d’inscription. Elle permettra de légaliser sa signature. Il précise dans celle-ci l’option qu’il a choisi et même l’ordre de préférence des écoles.

Gaston ne passe pas l’étape de l’examen probatoire.

Nouvel essai

1925. le postulant est toujours à l’école primaire supérieure professionnelle à Aix en Provence. Il constitue à nouveau un dossier avec les mêmes éléments, refait une demande de bourse. Il faut dire que les frais sont un peu élevés.

Gaston demande Ă  nouveau Ă  passer l’examen Ă  Marseille. DictĂ©e, composition, page d’écriture, dessin, gĂ©omĂ©trie, algèbre et trigonomĂ©trie et dessin industriel. Cette annĂ©e, il porte sur le boitard. Mais Gaston est recalĂ©…

Dernière chance

1926. Gaston refait un dossier. Mais les règles du jeu ont changé. Régi par le décret du 14 aout 1909, le concours se voit modifié par le décret du 22 janvier et l’arrêté du 24 février 1926. L’examen probatoire réalisé en même temps dans chaque préfecture de département est supprimé.

Dorénavant, il faudra passer les épreuves écrites et graphiques dans des centres spéciaux (pour l’Aveyron à Toulouse).

centre gadzart

Puis, s’il est admissible, l’élève devra se rendre au siège de l’école nationale des arts et métiers de la circonscription pour subir les épreuves orales et une épreuve de travail manuel.

Gaston réussit les épreuves écrites. Direction Aix pour les épreuves orales. Il échoue une dernière fois et n’est pas parmi la liste des 100 admis par école.Le premier (et seul) aveyronnais est classé 82ème.

Comme le futur ingĂ©nieur n’avait le droit de se prĂ©senter qu’Ă  3 concours, il ne sera donc jamais gadzart.

 

Sources: 12T3/29-AD12, journaux officiels numérisés par gallica

© 2017 Généalanille

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Quand deux hommes honorables font un faux témoignage

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Nov 252016
 

Ils s’appellent Jean Antoine Roucayrol et Joseph Privat. Ils ont tous les deux 44 ans. L’un est maçon, l’autre cultivateur. L’un est père de trois enfants, l’autre célibataire. Les deux vont faire un faux témoignage.

cheval

PrĂŞte moi ton cheval 4 ou 5 jours

Le 18 juillet 1869, Jean Antoine Roucayrol rentre de Saint Affrique vers 21H. Il s’entretient brièvement avec la femme Chiffre puis il rentre et se couche sans souper. Sa femme vient le trouver et lui demande d’aller au mas de Lavagne pour faire transporter des matériaux. Il se relève, s’habille et part. Il arrive sur place entre 22 et 23 heures. Depuis la cuisine de la maison, il entend une discussion entre les sieurs Niel et Canac qui a lieu dans la cour ou dans l’écurie. Niel demande à Canac de lui laisser un cheval à l’essai pendant 4 ou 5 jours. Canac lui répond « Si tu le veux, emmène le, sinon laisse le. »

Dans la même soirée, Joseph Privat boit et mange avec plusieurs individus à l’auberge de Broussette. Il part ensuite au Mas de Lavagne pour traiter un marché de deux béliers avec Canac, marché commencé quelques jours plus tôt. Arrivé audit lieu, il entend lui aussi une discussion entre les sieurs Niel et Canac. Niel demande un cheval à l’essai pendant 4 ou 5 jours, Canac lui répond « c’est à prendre ou à laisser. »

Jean Antoine Roucayrol et Joseph Privat affirment ne pas s’être vus.

Tu ne m’as pas payé le cheval

Fin juillet 1869, Jean Canac intente une action devant la justice de paix contre Maurice Niel. Il réclame le prix de 52 francs pour la vente d’un cheval. Maurice Niel rétorque qu’il ne va pas payer car la vente était « conditionnelle et subordonnée à l’essai préalable du cheval. »

Deux personnes viennent au procès témoigner sous serment : Jean Antoine Roucayrol et Joseph Privat. Les deux hommes répètent leurs propos et Maurice Niel est condamné à payer le prix du cheval et les frais de justice.

Faux témoins

Mais après enquête, les dépositions des témoins sont contredites. Jean Antoine Rouquayrol a été vu dans les rues de son village par plusieurs témoins et sa propre femme a déclaré qu’il n’était parti que vers 22H. Le chemin entre sa maison et le mas de Lavagne étant d’environ 1H30 de marche, il est impossible qu’il soit arrivé avant 23H30.

Pour Joseph Privat, ce sont les occupants de l’auberge ou des champs environnants qui contredisent le témoin. Il a été vu vers 22H15 à l’auberge par Alinat qui était charger d’arroser les champs cette nuit là. Impossible de parcourir les 2 heures qui séparent ce lieu du mas de Lavagne et de s’y trouver avant 22 heures, heure où le marché du cheval a été conclu.

Par ailleurs, les deux hommes ne se sont pas vu, ils l’affirment ! Cependant le Sieur Gravier les a vu ce soir là repartir de Lavagne ensemble. Difficile de ne pas se voir…

Des arguments démontés

Les juges sont sceptiques. « Illuminé par une inspiration soudaine », Rouquayrol se serait relevé dans la nuit pour aller urgemment demander à Canac de lui faire un transport de pierres. C’est donc qu’il avait une journée de travail très chargée le lendemain… qu’il a passé dans l’oisiveté et à la pêche.

Privat, lui, a été vu couché dans les champs sur un tas de paille avec le sieur Pujol à ses côtés, il faut dire que la soirée avait été arrosée et le repas copieux. Alors que son collègue dort, il se réveille en sursaut et par « un souvenir subit » il quitte les lieux et court au Mas de Lavagne pour traiter en urgence d’un contrat de 2 béliers, quitte à réveiller Canac.

Bref les deux hommes ont une envie soudaine « d’interrompre leur sommeil et de voyager. Ils arrivent au Mas de Lavagne à la même heure, se cachent tous les deux pour entendre un marché, ne se voient pas et repartent chacun de leur côté dans la même direction ».

Une condamnation pour faux témoignage

Il est reconnu que les deux hommes ont fait un faux témoignage mais n’ont pas touché d’argent pour le faire. Ils sont condamnés tous les deux à 6 mois de prison, 50 francs d’amende chacun et aux frais de justice pour 151,15 francs.

 

Source : 8U461-AD12

© 2016 Généalanille

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Le rapt d’un enfant

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Oct 262016
 

Cet enfant a Ă©tĂ© kidnappĂ© le 15 novembre 1902 Ă  Paris 17ème. Qu’est-il devenu après ce rapt?

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Une nourrice trop occupée et un enfant enlevé un samedi après midi

Il est environ 14 heures, ce samedi 15 novembre 1902. La nourrice de la famille Fontaine a quitté le domicile du 8 Rue Puvis de Chavanne et part se promener avec Paul Louis Raymond 7 ans, et son frère moins âgé dans une poussette. La jeune femme traverse l’avenue des ternes à l’angle des avenues Niel et Mac Mahon en tâchant d’éviter les voitures et d’épargner la vie du nourrisson. Quand elle se retourne, le garçonnet a disparu. Affolée, la nourrice s’adresse à un agent mais comme elle est anglaise, elle ne parvient pas à se faire comprendre. Fort heureusement, un passant maitrise la langue de Shakespaere et permet de donner un signalement de l’enfant.

perdu

Tout le monde s’y met et recherche en vain le garçon qui reste introuvable. La nourrice retourne au domicile familial chez la belle mère de l’enfant (sa mère est morte et son père banquier est en voyage en Asie). Une enquête est ouverte par le commissaire et la Sureté est prévenue.

 

Premières suppositions et un béret « Terrible »

Les journaux relayent la nouvelle du rapt. Si pour tous, il est évident que la nourrice n’a pas été assez attentive, pour certains, celle-ci était suivie par une voiture et donc prémédité.

Le signalement du petit disparu est diffusé : il est blond aux yeux bleus, grand pour ses 7 ans.  Il est vêtu d’un costume complet noir avec pantalon court et paletot beige, porte un béret rouge avec l’inscription « Terrible ». Il est chaussé de souliers noirs et de chaussettes marron.

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La sûreté mène son enquête. Quelques jours après la disparition de l’enfant, on apprend que Mme Lacoste sa grand-mère maternelle a été interrogée. Comme elle était absente de Paris, elle ne peut fournir aucun renseignement sur le rapt.

Avis de recherche national

Vingt jours environ après l’enlèvement, la sûreté décide de diffuser un avis de recherche national. L’enfant y est décrit précisément et par chance une photo de lui est disponible. Les journaux n’ayant pas forcément les moyens de réimprimer les photos, ce sont des dessins qui sont diffusés.

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Les consignes sont de rechercher dans les maisons d’enseignement et en cas de découverte de l’enfant d’informer télégraphiquement le chef de la Sureté à Paris et d’assurer la garde de l’enfant jusqu’à la réception des instructions.

Les avis sont transmis dans toutes les préfectures, mêmes celles qui ne concernent pas la vie de l’enfant (il est né dans le Pas de Calais).

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Retrouvé !

On est le 14 décembre 1902 et l’enfant a été retrouvé.

Le garçon était dans une pension du 131 boulevard Lefèvre dans le 15ème arrondissement. Les propriétaires de la pension ont trouvé une grande ressemblance entre la photo du journal et l’enfant qu’une femme leur avait confié sans se faire connaitre, en se bornant à payer le prix de la pension et en précisant que l’enfant s’appelle René.

retrouve

L’instruction policière reste ouverte et le magistrat va devoir démêler le vrai du faux entre les déclarations de la belle mère et de la grand-mère du petit Raymond. La grand-mère est en effet soupçonnée d’avoir organisé l’enlèvement. En attendant, Raymond doit rester dans sa pension boulevard Lefèvre.

Le président du tribunal civil prend sa décision le 16 décembre 1902 : attendu que la grand-mère avait déposé un référé après la disparition de l’enfant, et que belle mère et grand-mère se sont mises d’accord, il est convenu que Raymond est sous l’autorité de sa grand-mère en attendant le retour de son père et qu’il est déplacé dans l’institution Sainte Marie au 39 Rue de Monceau. Mme veuve Roger Fontaine est chargé de faire transférer l’enfant.

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Et après ?

L’acte de naissance n’indique ni mariage ni décès. Il faudrait rechercher une conscription ou la succession de son père pour connaitre un peu plus son destin….

 

© 2016 Généalanille

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SĂ©parons-nous … pendant dix ans

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Sep 162016
 

Mariés, deux enfants, ils décident de se séparer mais pour 10 ans seulement.

Se séparer de corps et de biens

On est sous le régime de Louis XV. En ce 7ème jour de septembre 1763, Barthélémy et Marie se rendent chez le notaire. Ils lui déclarent « que pour plusieurs raisons essentielles qu’ils connaissent, ils ne sauraient continuer de vivre, sympathiser ni habiter ensemble. » Ils proposent de se séparer de corps et de biens.

Un acte réfléchi

Ce n’est pas un coup de tête. « Après avoir scrupuleusement réfléchi sur leur état actuel et sur les motifs qui les poussent à se séparer, ils ont trouvé qu’il leur est avantageux, soit pour eux, soit pour l’intérêt de leur famille, soit pour la sureté de leur âme et de leur conscience de cesser de vivre conjointement pendant quelques années. »

Seulement pour 10 ans

Quelques années ? Ils précisent qu’ils ont choisi de « discontinuer d’habiter ensemble dès aujourd’hui durant l’espace de 10 années pendant lesquelles ils ne pourront être contraints ni forcés l’un par l’autre de se rejoindre pour continuer de vivre en communauté domestique sans l’exprès consentement de tous les deux sous quelque prétexte que ce soit. »

Cette séparation « qu’ils reconnaissent pouvoir faire sans péril ni danger contre la foi conjugale qu’ils protestent de se garder et observer mutuellement avec la sainteté qu’exige le sacrement » est en plus une preuve de fidélité.

Et les enfants ?

Dans les modalités pratiques, le cas des deux enfants est évidemment traité. Madame « les gardera auprès d’elle pour les nourrir et entretenir tant sains que malades, en linges habits et aliments pendant les 10 ans sans pouvoir y faire contribuer son dit mari et qu’en représentation de leur entretien et de l’intérêt de ses cas dotaux.»

Les moyens de subvenir

Si le couple se sépare, il faut bien cependant songer aux moyens de payer les frais. Monsieur offre à son épouse la jouissance d’une maison et l’usufruit d’un ensemble de terrains sur la commune (plusieurs vignes, plusieurs terres et un jardin). A charge pour elle de payer les travaux et les impôts.

Un contrat original

Dix ans plus tard le couple s’est peut être réuni ou a probablement continué sa séparation. Ce contrat a sûrement été un des plus atypiques de la carrière du notaire.

© 2016 Généalanille

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Elle Ă©tait une peu sourde…

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Août 242016
 

Lire le journal, c’est très utile en généalogie, mais ça ne suffit pas ! Petite démonstration avec quelques mots d’un fait divers qui permettent d’apprendre les causes d’un décès.

Un acte de décès presque ordinaire

Le 29 juin 1868, Anne Gineste veuve Galtier, âgée de 81 ans décède à Saint Affrique. Les deux témoins sont Lucien Marchand, commissaire de police et Jules Ravary, commis, tous les deux de cette ville.

On ne connait évidemment pas la cause du décès, (c’est le principe même de l’état civil). Vu l’âge de la défunte, on peut imaginer qu’il s’agit de cause naturelle mais la présence du commissaire de police évoque qu’il faut envisager une recherche plus approfondie.

Décès

Et si le décès était dans la presse ? C’est parti pour la lecture du journal.

Un fait divers Ă  Saint Affrique

Il ne faut pas longtemps pour retrouver le fait divers. L’accident est arrivé le 28 juin 1868 dans les rues de Saint Affrique. Un cheval mal tenu et c’est la veuve Galtier qui se fait renverser et meurt.

Fait Divers

A ce point de recherches, on connait la cause du dĂ©cès…. Mais l’histoire ne s’arrĂŞte pas là !

Un autre dĂ©tail doit attirer notre attention « procès verbal a Ă©tĂ© dressé » Pourquoi cette mention est-elle intĂ©ressante? Parce que tuer quelqu’un, c’est un homicide.

Un homicide par imprudence

Benjamin Rouquet a 22 ans, c’est lui qui conduisait le cheval de ses voisins dans la ville de Saint Affrique. On retrouve son procès pour homicide par imprudence le 10 juillet 1868 au tribunal de Saint Affrique.

Alors qu’il menait le cheval jusqu’à l’abreuvoir, Mme veuve Galtier a traversé obliquement la rue au niveau du café Canac. Bien qu’il l’ait prévenue de se ranger (les témoins sont formels), la dame, du fait de son grand âge (82 ans), sa surdité et la lenteur naturelle à son âge de ses mouvements n’a pas entendu l’avertissement et n’a pas pu se garer promptement. Le cheval l’a alors bousculée, la fait tomber et l’a blessé mortellement à la tête.

Jugement

Benjamin Rouquet après délibération du jury est condamné à une amende de 50 francs et à 25,55 francs de dépens.

Maintenant, on connait la cause et les circonstances du dĂ©cès et en plus on sait que la victime Ă©tait sourde…

 Sources 4E216-35/AD12, PER885/AD12, Journal de l’Aveyron/AD12, 8U460/AD12

© 2016 Généalanille

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