RĂ©fugiĂ© deux ans dans l’Aveyron

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Mai 282017
 

André Lebrun, né en théorie à Reims, pupille de l’assistance publique dans l’Aisne, va passer 2 ans dans l’Aveyron comme réfugié de la 1ère guerre mondiale.

Un enfant assisté

André Lebrun est né le 30 décembre 1907 en théorie à Reims, plus probablement dans l’Aisne. Enfant abandonné, orphelin ou trouvé, il est classé parmi les enfants assistés du département et on peut tracer brièvement sa vie à partir de l’âge de 10 ans grâce à son dossier aveyronnais.

Il est mis en garde chez Mme Veuve Boucher Daussin le 1er avril 1917 à Ugny le Gay (02). Une carte d’identité lui est remise et nous apprend qu’il arrive de Flavy le Martel (02) au sud de St Quentin.

Sa « gardienne » touche l’allocation de l’état aux réfugiés pour la période de novembre 1917 à avril 1918. Cependant il lui est dû le montant mensuel de la pension qu’elle a demandé trop tard à la perception locale.

 

Les évacués de l’Aisne

Fin mars 1918, on annonce l’arrivée à Rodez d’un train spécial de 1150 évacués « des pays où se déroulent les opérations militaires actuelles ».

Mme veuve Boucher-Daussin arrive à Rodez le 3 avril avec sa famille et son pupille de l’assistance publique. Mais elle doit être hospitalisée dès son arrivée. Cette pauvre femme âgée de 78 ans est devenue subitement gâteuse et il y a peu d’espoir qu’elle ne ressorte de l’hospice et donc qu’elle s’occupe du petit. Ce dernier a été mis au dépôt en attendant d’être placé. La famille de la gardienne a remis la vêture donnée à cet enfant. On note que ce dernier est atteint d’incontinence d’urine fort prononcée.

Un premier placement

Le 11 mai 1918, André est placé chez les époux Turq à Druelle. Il est de retour à l’hospice de Rodez le 25 mai 1918, ramené par ses gardiens qui disent qu’il est « atteint d’incontinence d’urine et d’une intelligence bornée ». Même si les propos sont vrais, il faut trouver un autre placement.

Un deuxième placement

Il est confié le 17 juin 1918 à Mr Mme Cuq à Centrès qui devront « l’élever et le nourrir convenablement ». Comment se comporte-t-il ? L’inspecteur pose la question à son « gardien » qui fait savoir « qu’il est à peu près satisfait de l’enfant et qu’il le gardera peut être ».

« Le pupille que vous mas vait confiait je panse qu’il ferat par se que il est trais au béysant mes encore il est pas au courant. Mes il me contant à ses bien pour le momen »

Mr et Mme Cuq ont 25 ans environ. Ils habitent à 200 mètres d’une école et à 100 mètres d’une route. Ils sont propriétaires cultivateurs et possèdent 2 vaches. Parents d’un petit garçon de 10 mois, ils sont tous les deux valides, bien portants et de bonnes mœurs. Ils ont sollicité l’inspecteur le 1er avril 1918 pour se voir confier un enfant « de préférence un garçon de l’âge de 5 à 6 ans. »

Mr Cuq est réformé depuis juillet 1916. Il s’est marié en janvier 1917.

Se faire rembourser

Le 19 septembre 1918 Mme Boucher Daussin va recevoir incessamment la somme de 450 francs pour l’exercice 1917. Il faut dire qu’elle vient tous les deux jours dans le bureau de l’inspecteur pour réclamer son dû. Le 8 octobre 1918, l’AP de L’Aveyron demande à son homologue de l’Aisne (délocalisé à Chartres) si les 30 francs par mois comprennent la vêture. La réponse est non.

Pour les vêtements qu’elle a payé (60 francs), Mme Boucher-Daussin doit donc faire un mémoire en triple exemplaire pour être remboursée.

Les boches ont tout détruit

L’armistice est signé. Mais les hommes ne sont pas encore rentrés et les réfugiés ne sont pas tous rapatriés.

Le 18 décembre 1918, André est vu en classe et dans son placement. « Bien portant, mais très en retard pour la classe. Est peu intelligent. Il se montre désobéissant et entêté. Il est incontinent d’urine. »

Le 6 janvier 1919, le voisin se plaint du pupille « le petit […] nous coupe des petits arbres ». Comme le gardien ne fait rien, le maire a Ă©tĂ© averti…

Le 9 avril, la famille de placement explique qu’AndrĂ© doit faire sa première communion le 27 avril. Il lui faut son extrait de baptĂŞme. L’Assistance publique transmet la demande dans l’Aisne. La rĂ©ponse ne tarde pas : « tous les dossiers des pupilles de mon service ont Ă©tĂ© complètement dĂ©truits par les boches »… alors le certificat de baptĂŞme, il faudra s’en passer.

Retour à l’hospice

Le 23 avril 1919, André retourne à l’hospice de Rodez. Sa fiche de placement évoque un abcès. Fait-il finalement sa première communion ?

Le certificat médical donne un avis favorable à son placement le 10 mai 1919.

Un troisième placement

André est confié le 17 mai 1919 à Mr Labit à Lédergues.

Le 19 octobre 1919, il est vu par le service de placement, et c’est plutôt sa famille d’accueil qui est jugée. « Assez bien portant, mais peu intelligent. Bons soins, excellent placement. »

Il a maintenant bientôt 12 ans et le 6 décembre 1919, il a besoin d’une vêture. L’inspecteur de l’AP de l’Aveyron contacte son homologue de l’Aisne. Ce dernier envoie directement le paquet à la nourrice.

Rapatrié après deux ans

Le 28 février 1920 il revient à l’hospice de Rodez, son rapatriement dans l’Aisne à lieu dès le lendemain. Il continuera probablement d’être placé jusqu’à sa majorité.

Source 1R958-AD12, 4E57/7-AD12, Etat civil mairie de Reims, 3X126-AD12, le journal de l’Aveyron.

© 2017 Généalanille

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Un pupille de la nation adoptable ou pas?

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Avr 142017
 

Pourquoi un enfant de poilu est adoptable comme pupille de la nation mais pas son frère ou sa sĹ“ur? Les conditions de l’adoption.

Pupille

Un pupille mineur

La première des conditions est que l’enfant soit mineur. C’est-Ă -dire moins de 21 ans. Les aides seront d’ailleurs accordĂ©es jusqu’Ă  sa majoritĂ©. Certains enfants seront adoptĂ©s quelques mois avant cette majoritĂ©!

Demander l’adoption

Cela semble anodin, mais l’enfant n’est pas adoptĂ© si ses reprĂ©sentants lĂ©gaux (parents survivants, grand parents, oncles…) n’en font pas la demande. De façon marginale, certains enfants ne sont donc pas adoptĂ©s car aucun dossier n’a Ă©tĂ© fait pour eux.

Dossier

Le père est mort ou pas?

Si le père est mort pendant la guerre ou après (du fait de blessures de guerre), ses enfants deviennent adoptables (toujours sous le principe d’être mineurs et d’en avoir fait la demande).

Si le père n’est pas mort mais qu’il est invalide du fait de guerre, l’histoire se complique, tous ses enfants ne sont pas adoptables mais certains peuvent l’être.

300 jours après la fin des hostilités

11 novembre 1918 ; c’est la signature de l’armistice… mais la guerre n’est pas totalement terminée et il faut attendre quelques temps avant que les hommes ne soient de retour à la maison.

La fin des hostilités est fixée au 24 octobre 1919 par le journal officiel. La période de viduité étant de 300 jours, ce sont donc les enfants nés jusqu’au 20 aout 1920 qui sont adoptables. Ceux nés le 21 ne sont pas adoptables!

1919

Les particularités et exceptions

Si un enfant pensionné décède après son adoption, il est prévu qu’un de ses cadets puissent être adopté « à sa place » même s’il est né après le 20 aout 1920…

Si un père dĂ©cède après la guerre, ses enfants nĂ©s après le 20 aout 1920 deviennent adoptables… (d’oĂą des dates d’adoption dans les annĂ©es 30)

Si le père est décédé sur le théâtre des opérations extérieures, il semble ne pas avoir été adoptable avant le vote de la loi du 29 avril 1927.

 

Les documents

Examiner le dossier de pupille de ses ancĂŞtres est souvent synonyme de dĂ©couvertes de nouveaux Ă©lĂ©ments qui vont « donner de la chair » Ă  votre arbre gĂ©nĂ©alogique : une lettre de la veuve, un contrat d’apprentissage, des renseignements gĂ©nĂ©raux sur oĂą vont les enfants Ă  l’école et dans quel Ă©tat de santĂ© ils trouvent…

On y trouve Ă©galement le montant des aides proposĂ©es (ou refusĂ©es) aux familles. Elles sont de 5 types: entretien, frais de maladie, subvention d’apprentissage, bourses d’Ă©tudes et placement.

RĂ©capitulatif

Age  Les enfants doivent avoir moins de 21 ans
Dossier Les enfants ne sont adoptables que sur prĂ©sentation d’un dossier
Père mort pendant la guerre  Les enfants sont adoptables
Père mort après la guerre  Les enfants deviennent adoptables
Père en invaliditĂ©  Les enfants nĂ©s jusqu’au 20/08/1919 sont adoptables

 

Quelques pistes pour retrouver votre ancêtre pupille :

Voici donc quelques documents Ă  trouver dans les archives:

  • Le jugement d’adoption par la nation (sĂ©rie U) dont la date peut ĂŞtre trouvĂ©e en marge de l’acte de naissance de l’enfant.
  • Le dossier de pupilles (en gĂ©nĂ©ral regroupĂ© par familles, pensez Ă  regarder Ă  l’annĂ©e de naissance du plus jeune adoptable) SĂ©rie R.
  • Les registres de comptabilitĂ© de la mĂŞme sĂ©rie.
  • Les cartes de pupille de la nation dans vos archives personnelles.

 

Cet article a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© dans le cadre du challenge UproG d’avril 2017 sur le thème imposĂ© « les pupilles de la nation 1914-1918 ».

Sources: 30R-AD12

© 2017 Généalanille

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VoilĂ , c’est fini… ou presque

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Mar 032017
 

Juillet 2015 – Mars 2017, c’est le temps qu’il a fallu pour indexer les poilus des 588 livres d’or des communes de SaĂ´ne et Loire. Le projet est fini, mais la guerre n’est pas terminĂ©e.

C’est l’histoire d’un jour un poilu

DĂ©cembre 2013, une idĂ©e un peu folle est lancĂ©e… Une base de plus de 1,3 million de militaires morts pour la France pendant la guerre 14-18 est proposĂ©e Ă  l’indexation collaborative. Et Jean Michel Gilot calcule qu’il suffit (!) Ă  880 personnes de transcrire chaque jour une fiche de poilu pour que l’intĂ©gralitĂ© de la base soit complète au 11 novembre 2018. C’est le dĂ©but du projet 1 jour 1 poilu .

Trouver une organisation

Un poilu par jour, le temps de le repĂ©rer, de se connecter, de l’indexer, de diffuser l’information… Beaucoup d’organisation pour une seule fiche.

Après avoir testĂ© des indexations par annĂ©e, et Ă©ventuellement par patronyme, c’est bien la participation Ă  l’indexation au fil du Tour de France 2015 qui m’a permis de choisir une organisation fiable et systĂ©matiques avec l’utilisation des livres d’or. La cible: le dĂ©partement de SaĂ´ne et Loire.

588 livres d’or et une carte

Un livre d’or pour chacune des communes de SaĂ´ne et Loire est disponible dans la salle des inventaires virtuelle des archives nationales. (Enfin, comme il faut une exception, la commune de Changy n’en a pas…) Ce sont donc ces documents qui ont servi de rĂ©fĂ©rence Ă  l’indexation.

De plus, le coup de pĂ©dales de l’Ă©tĂ© avait vu la mise en place d’une carte collaborative. Plus question d’indexer par canton, il fallait du visuel! Surtout que dans les autres dĂ©partements, ça indexait aussi!

Par conséquent,  les communes de Saône et Loire ont été choisies alternativement dans chaque arrondissement.

Carte collaborative fin décembre 2015

Près de 20 mois plus tard

Des livres d’or contenant entre 2 et 845 poilus. Plus de 16 000 indexations. Et 4 livres d’or indexĂ©s par d’autres bĂ©nĂ©voles…

Une bataille acharnée et quotidienne qui se termine le 3 mars 2017 avec la commune de Saône et Loire ayant le plus grand nombre de morts pour la France: Chalon sur Saône.

Mais la guerre n’est pas finie

Tous ceux qui ne sont pas sur les livres d’or. Tous ceux qui sont rĂ©fĂ©rencĂ©s dans le Maine et Loire, l’Indre et Loire au lieu de la SaĂ´ne et Loire. Les poilus qui ne sont que sur les monuments aux morts, les non morts pour la France, les fusillĂ©s. Les originaires du dĂ©partement partis s’installer ailleurs…. Il reste de quoi indexer!

La guerre n’est pas finie, alors promis, demain je continue d’indexer…

Additif: suite Ă  l’analyse du 7 mars 2017 par Jean Michel Gilot, seuls 87,11% des poilus notĂ©s comme nĂ©s dans le dĂ©partement de SaĂ´ne et Loire sont indexĂ©s. Il reste donc près de 3000 soldats Ă  indexer sur ce dĂ©partement (plus ceux mal rĂ©fĂ©rencĂ©s).

© 2017 Généalanille

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La lettre testament du poilu

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Jan 242017
 

C’est l’histoire d’un poilu qui envoie une dernière lettre Ă  sa mère avant de partir pour le front. Il s’appelle Joseph et celle-ci lui servira de testament.

Exemple de lettre d’un poilu Ă  ses oncles et tantes

Une simple lettre

La lettre de Joseph est datée du 6 septembre 1914. Le texte est rédigé avec un crayon violet et d’une main assurée mais mal exercée. Le mot « ses » qui est le 3ème de la première ligne se trouve presque complètement effacé mais il n’y a pas d’autres ratures, interlignes ou renvois. Le texte parait être écrit en entier, daté et signé de la même main.

Joseph a utilisé du papier ordinaire rayé de 10,5cm de largeur sur 17cm de hauteur.

papier

Papier ordinaire rayé

Quatre pages. Enfin pas tout à fait. Il a écrit la moitié de la 1ère page, les 2èmes et 3èmes pages en entier et 4 lignes sur la dernière page.

On suppose que Joseph n’écrit pas que ses dernières volontés mais qu’il se veut rassurant sur son état de santé. Peut-être demande-t-il des nouvelles de sa famille et notamment de ses 7 frères et sœurs ? Mais il ne sait probablement pas que son frère ainé est déjà mort, disparu à Dieuze le 20 aout 1914.

 

Si le malheur m’en veut…

Six septembre 1914

Chère mère

Je t’écris ces quelques lignes pour te dire que je suis en bonne santé et maintenant chère mère je pars sur le front et je ne sais pas si je reviendrai à Las Prades. Peut être le bon Dieu fera la grâce mais j’en suis pas sûr. Mais au moins si jamais le malheur m’en veut tu retireras l’argent de la caisse d’épargne. Tu m’en feras prier Dieu pour moi et le reste je te le donne et tu t’en serviras. Adieu pauvre maman en attendant de te voir.

Joseph M.

Voila mon adresse Joseph 111ème de ligne. 8ème compagnie Cote d’Or ; Is sur Tille ; Bureau frontière

Joseph meurt le 10 septembre Ă  Vassincourt dans la Meuse. Il avait 24 ans.

 

Ces testaments de poilus dans les archives

Si certains de nos soldats ont fait leur testament avant de partir à la guerre devant un notaire, d’autres n’ont même pas pensé à prendre cette précaution. Et c’est donc leurs lettres qui peuvent remplir cette fonction.

La démarche reste la même (poilus ou non) :

  • La mention du testament est faite dans la succession (et dans les tables de successions et absences). SĂ©rie Q
  • S’il a Ă©tĂ© dĂ©posĂ© chez un notaire, il faut consulter les minutes de celui-ci. SĂ©rie 3E
  • La description du document olographe est visible dans les jugements sur requĂŞtes du tribunal civil du domicile. Parfois une cote spĂ©cifique est disponible pour les ouvertures de testament. SĂ©rie U
  • Le testament Ă©tant dĂ©posĂ© postĂ©rieurement chez un notaire, l’acte est enregistrĂ© dans les actes civils publics. SĂ©rie Q

 

Sources : 65Q1738-AD12, 65Q333-AD12, 1R938-AD12, 7U1515-AD12

© 2017 Généalanille

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J’ai eu peur du bombardement

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Juil 152016
 

« J’ai eu peur du bombardement » c’est ainsi qu’Augustin Lacroix a justifiĂ© sa dĂ©sertion en juin 1916. RamenĂ© Ă  son rĂ©giment, il est passĂ© par les armes.

L’ainĂ© de 7 enfants

Augustin Lacroix est né le 20 septembre 1882 au hameau de Pinet sur la commune de Viala du Tarn.  Il est le fils ainé des 7 enfants de Justin et de Marianne Souyris.

Classe 1902, il passe un an au 142ème RI avant d’être renvoyé dans ses foyers.

Il déménage à Montpaon et se marie en mai 1911 à avec Eulalie Rosalie Boudes. Cantonnier au chemin de fer du midi, sa fiche matricule l’indique gardien de l’asile St Pierre à Marseille en 1913.

FM-Lacroix

 Un soldat volontaire

Alors qu’il est susceptible de rejoindre une armée de réserviste, il s’engage volontairement le 26 aout 1914 au 142ème RI. Il est blessé au front par éclat d’obus à Beauséjour le 18 mars 1915.

En aout 1915, il demande à partir aux Dardanelles mais il est refusé à cause de son phlegmon.

Graphic_map_of_the_Dardanelles

 Condamnation et changement de régiment

Le 23 février 1916, il est condamné par le conseil de guerre à 5 ans de travaux publics et 1 mois de prison pour outrages envers des supérieurs et ivresse publique et manifeste.

Condamnation

Il est affecté 4 jours plus tard au 53ème régiment d’infanterie. La bataille de Verdun vient de commencer et c’est là que le destin d’Augustin Lacroix va basculer.

 

La bataille de Verdun

Le 19 mai 1916, le 3ème bataillon est sur la ligne qui part du saillant d’Hardaumont, contourne le fort de Vaux et descend dans le ravin de la Horgne.

« Pas de tranchées, pas d’abris, le pilonnage incessant de l’artillerie a tout détruit, le terrain chaotique ressemble plutôt à un paysage lunaire. Les hommes s’installent dans les trous d’obus ; les pertes sont sévères. »

 

Le tunnel de Tavannes

Le 53ème RI parvient à repousser l’ennemi, le 2ème bataillon est mis en réserve au tunnel de Tavannes.

Ce lieu est un abri pour les hommes, mais ceux-ci sont cependant forcés de coucher à même sur le sol ou sur les traverses de chemin de fer. Humidité, boue et obscurité n’offrent probablement pas le meilleur repos pour les hommes.

Tavannes

Abandon de son poste et fuite

Augustin Lacroix ne suit pas sa compagnie qui quitte le tunnel de Tavannes le 22 mai 1916 vers 20H30 pour se porter en première ligne. Il reste 4 jours dans le tunnel, seul, et ne rejoint sa compagnie que quand elle est passe une revue à Belrupt.

Il est incarcéré aux locaux disciplinaires de Belrupt et il en est extrait le 31 mai 1916 une heure avant le départ de la compagnie pour les tranchées. Alors qu’il est censé s’équiper, il s’enfuit.

Arrêté le 7 juin sur le territoire de Moutiers sur Saulx à la ferme de Grignaucourt par Gaston Martin, brigadier des eaux et forêts, il est ramené au régiment le 9 juin.

 

J’ai eu peur du bombardement

Augustin est interrogé. Il dit « j’ai eu peur du bombardement » puis se rétracte et déclare être parti parce qu’il n’avait pas la tête à lui.

On découvre qu’il n’a pas de livret matricule. Les punitions antérieures à son arrivée au 53ème RI ne sont pas connues. Depuis son admission à cette arme le 27/02/1916, il a eu 2 fois 8 jours d’arrêts : le 16 mai pour s’être arrêté après que le régiment ait quitté le village d’Evre et avoir posé son sac à la voiture médicale sans autorisation écrite du médecin.

PUnitions

Le jugement et l’impossible recours

Son jugement a lieu le 4 juillet 1916. Les déclarations d’Augustin Lacroix pendant son interrogatoire sont les suivantes :

 « Si tout le monde faisait comme moi, la guerre serait vite finie. »

« Si je suis fusillé, j’en descendrai d’autres avant. »

A la question, a-t-il quelque chose à ajouter ? Il répondra « Je demande à servir dans les zouaves à Salonique. »

Avoir peur n’est pas un critère valable pour les militaires, considéré comme un lâche et un déserteur il est condamné à mort.

Peine de mort

Le 6 juillet 1916, Augustin Lacroix écrit au président de la république pour lui demander la commutation de sa peine. Il a agit dans un moment d’égarement pendant la bataille de Verdun et demande à repartir dans le régiment le plus exposé et où la discipline sera la plus dure.

Le 13 juillet son pourvoi est rejeté et aucun défenseur ne vient participer au nouveau procès.

Passé par les armes

Le 15 juillet 1916 à 4H30 Jean Autesserre commis greffier du conseil de guerre de la 124ème division d’infanterie se rend sur un terrain situé à la proximité de la sortie sud ouest de la Neuville et lit la condamnation. Le piquet d’infanterie s’approche et fait feu sur le condamné.

Augustin Lacroix meurt de 8 balles dans le thorax, une dans le crâne.

 

Il est inhumé au cimetière de Neuville tombe N°19. Son corps est déplacé dans la nécropole de Sainte Ménéhould sous la croix N°1724.

Son décès n’est pas inscrit sur les registres de Saint Beauzély.

 

Sources: SHD/GR 11 J 2354-1, SHD/GR 11 J 2357 – C, 1R867-AD12, 4E140/13-AD12, 1090W2-AD12, historique du 53ème RI

© 2016 Généalanille

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Les aveyronnais du Provence II

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FĂ©v 262016
 

Le Provence a été coulé

Début mars 1916, le ministère de la Marine annonce que le croiseur auxiliaire Provence II a été coulé en Méditerranée. A son bord, les troupes de militaires en cours d’acheminement pour la Salonique sont largement décimées.

communiqué

Les rescapés racontent que le bateau était en pleine mer et que tout le monde était sur le pont quand un peu avant 15H un bruit sourd a été entendu à l’arrière du bateau et que de la fumée s’est échappé.

Sur le pont, au moins deux hommes sont morts et c’est surtout une scène de panique : les baleinières et des radeaux sont mis à l’eau à la hâte et les soldats sautent dans l’eau d’une hauteur de 15 mètres. Certains se noient, d’autres font chavirer les barques.

A bord, les machines explosent, l’avant du bateau se dresse verticalement et il coule en 15 minutes en emportant la vie de plus de 1000 soldats restés sur le pont supérieur.

Vers 4H, le torpilleur « Fantassin » s’approche du site. Il ramasse des naufragés jusqu’à midi avant de se diriger vers l’ile de Milo où les hommes sont débarqués vers 20H.

Provence II

Le 3ème RIC sur 2 bateaux

Le 3ème rĂ©giment d’infanterie colonial est parmi les troupes Ă  bord du Provence II. Les hommes ont quittĂ© les champs de bataille de la Marne en octobre 1915 et changent continuellement de cantonnement depuis le dĂ©but de l’annĂ©e 1916.  En effet, ils viennent d’ĂŞtre affectĂ© pour l’Orient en ce dĂ©but fĂ©vrier et après un transport jusqu’Ă  Lyon (ils cantonnent Ă  Tassin la Demi Lune Ă  partir du 5 fĂ©vrier), ils embarquent Ă  Lyon-Vaise par train direction Toulon le 20 fĂ©vrier.

Deux bataillons embarquent à bord du Burdigala le jour même, le troisième embarque le 23 février sur la Provence II. Le premier bateau arrive à destination alors que le deuxième est coulé à deux milles Sud Sud Ouest de Sapienza dans la mer Ionienne.

Des aveyronnais disparus

Vingt et un aveyronnais qui appartiennent au 3ème RIC disparaissent dans le naufrage :

 

12

En hommage aux soldats

Le 3ème RIC remet à la garde du Souvenir Français et de la ville de Rochefort une plaque en bronze en hommage à cet événement : une tête de France casquée avec le coq gaulois entourée de la devise « Patria non immemor ». Elle est inaugurée officiellement le 14 septembre 1916 après la cérémonie religieuse pour les défunts qui a lieu à Rochefort.

Les citations et inscriptions au tableau de la mĂ©daille militaire de certains soldats et matelots seront publiĂ©es au journal officiel du 7 avril 1916. Le jugement de disparition officialisant le dĂ©cès des soldats n’est rendu qu’en aoĂ»t 1917 par le tribunal de Cherbourg.

Les bataillons survivants du 3ème RIC finiront la guerre 14-18 sur le front d’Orient.

© 2016 Généalanille

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Les réfugiés de 14-18 en Saône et Loire

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Sep 072015
 

La guerre de 14-18 a mis sur la route de nombreuses personnes (hommes, femmes et enfants) qui ont dĂ» quitter leur lieu de vie pour un ailleurs inconnu. Une partie d’entre eux sont arrivĂ©s en SaĂ´ne et Loire dont certains Ă©taient originaires de Longlaville en Lorraine.

Longlaville avant la guerre

Longlaville est une commune de Meurthe et Moselle, à la frontière du Luxembourg et à proximité de la Belgique. Son recensement en 1911 dénombre 2858 personnes issues de 484 ménages et réparties dans 222 maisons.

Recensement-1911

Sa population est jeune et la commune a vu la naissance de 84 enfants lors des deux années précédentes.

pyramide

Pyramide des âges de Longlaville (54) en 1911

La guerre et la violence de l’envahisseur

Quand la guerre vient une nouvelle fois frapper ses terres, les allemands ne tardent pas à envahir la ville de Longlaville et à la détruire. En fin de l’année 1914, les journaux se veulent rassurants : quelques maisons ont souffert, les violences des allemands se sont traduites par des incendies mais peu d’habitants ont été molestés.

Rassurer

En décembre 1914, les nouvelles sont plus radicales : Mr Georges qui tenait le café du midi a été fusillé avec sa femme par les allemands qui ont brûlé leur maison.

Fusillé

Il faut parfois attendre plusieurs mois pour que les journaux distillent d’autres atrocités.

Histoire

Pour se venger, les allemands brûlent les maisons et tuent les civils.

Ceux qui ne sont pas mobilisés doivent choisir entre partir ou rester.

L’exemple de la famille Hocquard

Ils sont deux frères à travailler comme lamineurs aux aciéries.

Charles Hocquard est né en 1883 à St Dizier (52). Marié avec Justine Prêcheur née en 1889 à Longlaville (54), il habite la rue Basse à Longlaville avec sa femme et sa belle-mère. Mobilisé dès le 2 aout 1914, il est noté disparu le 26 août. Il faut attendre 2 ans pour trouver son nom sur la liste des prisonniers.

Prisonnier

Charles Hocquard dont le nom apparait après 2 ans de disparition

Pierre Hocquard est né en 1884 à St Dizier (52). Marié avec Lydie Prêcheur née en 1886 à Longlaville, il habite aussi la rue Basse à Longlaville avec leur fille Simone née en 1909. Mobilisé le 1 août, il rejoint le lendemain la commission de réquisition de chevaux et voitures. Il est renvoyé dans ses foyers le 4 aout et « est resté en pays envahi pendant la durée des hostilités. »

renvoyé

Un peu plus loin dans la rue vivent leurs parents, Charles Hocquard et Marie Antoinette Schetzel avec deux de leurs sœurs Yvonne et Justine.

Les deux filles sont respectivement nées en 1895 et 1897 à Maxéville (54) et Champigneulles (54). Yvone quitte la région avec Elisa Hocquart (probablement sa belle-soeur). Accompagnées de 4 enfants, elles migrent vers la Saône et Loire où elles sont signalées à Toulon sur Arroux.

Toulon

Extrait du cahier des rĂ©fugiĂ©s de l’arrondissement de Charolles

Elles rejoignent ensuite Le Creusot en avril 1915.

Creusot

Extrait du cahier des rĂ©fugiĂ©s de l’arrondissement d’Autun avec la famille Hocquard

La famille Cristiny sur la route

La famille Cristiny habite rue Ste Barbe à Longlaville en 1911. Les parents, nés en actuelle Moselle et n’ayant pas opté, sont considérés comme étrangers. Ils vivent avec leur fille Joséphine née en 1898 à Villerupt.

Leur fils Julien s’est marié avec Jeanne Loubeau et le couple a déjà 3 enfants : Mathilde née en 1910, Adolphe né en 1911 et Léone née en mars 1914.

Quand survient la guerre, la mère part avec sa fille, sa belle-fille et ses petits-enfants vers le sud. Ils sont recensés à St Aubin à Charollais (71) où Jeanne Loubeau épouse Christiny accouche quelques jours avant l’armistice de son 5ème enfant prénommé Léon Louis Eugène.

La famille repart Ă  Longlaville en avril 1919.

Christiny

Les réfugiés de Longlaville en Saône et Loire

En Saône et Loire, on dénombre presque 100 personnes issues de Longlaville sur les cahiers qui servent à l’enregistrement des arrivées et départs des refugiés. (Ce document n’a pas été conservé pour l’arrondissement de Louhans.) Les populations déplacées se rassemblent dans le département à proximité des grandes villes ou autour des lieux de travail (les aciéries du Creusot par exemple).

Longlaville

Les réfugiés de Longlaville (71) recensés en Saône et Loire entre 1914 et 1919

 

Les réfugiés Longlavillois originaires de Saône et Loire retournent dans leur famille c’est le cas de Claude Quincy originaire du Creusot qui revient dans sa ville natale avant de partir pour Paris en 1917, mais aussi de Mme Deslorières née Pelletier au Creusot qui émigre à St Symphorien de Marmagne, et également de Philibert Genevois né au Creusot qui s’installe à St Aubin en Charollais avec 5 de ses enfants. Cette famille habitait la rue Ste Barbe et une Jeanne Genevois de Longlaville est recherchée par Mr Genevois présent à l’hôpital de Chagny (71) en mars 1915.

Personne-recherchée

Dès mars 1915, une autre catégorie de personne est déplacée : les rapatriés. Ce sont des civils indigents ou volontaires qui acceptent d’être évacués vers la France non occupée. Dans le convoi du 14 mai 1915 au soir se trouve Jeanne Quency née Charleux qui rentre dans sa famille au Creusot.

Rapatrié

En mars 1918, Mme Gossert HĂ©vert qui est souffrante attend le train pour quitter Longlaville.

Rapatrié-2

 

Et dans le reste de la France

Les réfugiés et rapatriés de Longlaville n’ont pas choisi que la Saône et Loire, on retrouve leur trace dans d’autres villes de France : Paris, Pierrefitte, Cherbourg (50), St Cyprien (24), Cahors (46), La Rochelle Palice (17), Pourcheroux (03), Nancy (54), Aubervilliers (93), Nantes (44), Villeneuve St Georges (94), Bordeaux (33), Thonon les Bains (74), St Rambert en Bugey (01), Vitré (35), Grand Croix (42), Privas (07), Alençon (72), Alfortville (94), Colombes (92), Sucy en Brie (94), Firminy (42), St Rémy en Rollat (03).

Cette liste n’est pas exhaustive.

Des nouvelles et la vie qui continue

Avec l’Ă©loignement, l’absence de moyens de communications modernes et la guerre, avoir des nouvelles de ceux qui sont partis et de ceux qui sont restĂ©s est difficile. Les nouvelles arrivent parfois par le biais de journaux.

Ceux qui sont restĂ©s indiquent qu’ils sont en bonne santĂ©, ou que certains dĂ©cès sont survenus.

rester

D’autres cherchent des nouvelles

nouvelles

.. mĂŞme quand ils sont militaires

Militaires

… ou quand ils sont prisonniers

Otage

Les naissances et décès loin de leur patrie d’origine sont également annoncés par les journaux.

Vie

A voir aussi

Les archives départementales offrent parfois de réels trésors en série R. Les AD de Mâcon présentent sur leur site internet quelques-uns de ces documents liés aux réfugiés de 14-18.

http://www.archives71.fr/article.php?laref=166&titre=b-les-deracines-refugies-et-interne-civils

Sources:

6M33-AD54 , 1R175-AD08, 1R181-AD08, 2R249-AD57, 10R143-AD71, 10R144-AD71, Le journal de la Meurthe et le Bulletin de la Meurthe et Moselle numérisés par le kiosque-lorrain.fr

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Borne de la Voie SacrĂ©e – Lyon

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FĂ©v 032015
 

La Voie Sacrée et une rue en hommage à Lyon

La Voie Sacrée est le nom de la route mise en place dès février 1916 à partir de Bar le Duc pour ravitailler le cul de sac qu’était Verdun en matériel, munitions, vivres… et chair à canon.

Le 21 aout 1916, le conseil municipal de Lyon décide de rendre hommage à Verdun et son interminable bataille en renommant le cours du Midi situé dans le 2ème arrondissement en cours Verdun.

Cours-Verdun

La mise en place de bornes kilométriques

Le 21 aout 1922, Raymond Poincaré, alors président de la république, inaugure la borne 0, première des bornes kilométriques qui seront installées sur le tracé de la voie.

Panneau le long de la Voie Sacrée

Panneau le long de la Voie Sacrée

Chaque borne est peinte en blanc sur sa base et en rouge sur sa partie supérieure. Elle est surmontée d’un casque Adrian inspiré (lointainement) des « bourguignottes ».

Borne géante créée pour le passage du tour de France 2011

Borne géante créée pour le passage du tour de France 2011

L’installation d’une borne Ă  Lyon

Un an après le 50ème anniversaire de la bataille de Verdun et après les bornes de Rive de Gier et Roanne, Lyon voit s’Ă©riger une borne sur l’initiative de la section locale de l’association « Ceux de Verdun. » « La municipalitĂ© a pris Ă  sa charge tous les frais de ce monument exĂ©cutĂ© par un artisan meusien » qui selon la presse est celui « chargĂ© de l’entretien de la Voie SacrĂ©e ». On notera qu’un autre journal indique « le monument que coiffera le casque lĂ©gendaire des poilus est l’œuvre de l’architecte lyonnais Clanet. »

La borne est installée en novembre 1967 Cours Verdun dans le jardin côté Rhône.

Cours Verdun vu du RhĂ´ne vers 1970

Cours Verdun vu du RhĂ´ne vers 1970

Le quartier n’est alors pas encore traversĂ© par l’autoroute issue du tunnel de Fourvière (inaugurĂ© en 1971) dont seuls 130 mètres sont alors creusĂ©s.

tunnel

Alors que seul le socle est mis en place, une cĂ©rĂ©monie officielle est organisĂ©e pour sceller Ă  l’intĂ©rieur de la borne trois Ă©lĂ©ments:

– deux Ă©clats d’obus;

– un petit sachet contenant un peu de terre recueillie au bois des Caures (es chasseurs du colonel Driant) au fort de Vaux, Ă  Douaumont, Ă  la tranchĂ©e de baĂŻonnettes;

– un parchemin tĂ©moin:

Le petit groupe oĂą l’on reconnaissait parmi ceux de Verdun MM le docteur Grobert, Morin, Reverchon, ErgĂ©, Jagot, Abrieux et Bargeon entendait la lecture du parchemin tĂ©moin oĂą l’on avait Ă©crit quelques chiffres les 25 000 tonnes de munitions et les 490 pièces d’artillerie transportĂ©es par quelques 11 000 camions sur cette voie SacrĂ©e qui n’avait que 7m de large et resta durant 10 mois l’unique communication avec les bases de ravitaillement
90 divisions sur les 93 que comptait l’armĂ©e française passèrent par lĂ  en 1916. Et dans chaque escouade qui montait en ligne un ou deux hommes sur pourraient espĂ©rer revenir sains et saufs.
Dans le parchemin du cours de Verdun qui en apprendrait beaucoup sans doute aux jeunes gĂ©nĂ©rations on n’a pas omis de mentionner l’extraordinaire exploit des territoriaux vouĂ©s Ă  la rĂ©fection permanente de la voie sacrĂ©e. Nuit et jour malgrĂ© les bombardements et un trafic qui ne s’interrompait jamais ils jetèrent sur la chaussĂ©e plus de 700 000 tonnes de cailloux arrachĂ©s aux carrières d’alentour.

Socle

L’inauguration du 11 novembre 1967

C’est le 11 novembre 1967 qu’est inaugurĂ©e la borne de la voie sacrĂ©e de Lyon Ă  10H. Les porte-drapeaux sont transportĂ©s en bus depuis l’Ă©glise St Nizier, oĂą a lieu une messe Ă  9H Ă  la mĂ©moire des morts de 1914-1918, jusqu’au cours Verdun puis Ă  l’hĂ´tel de ville oĂą les autoritĂ©s sont reçues Ă  partir de 10H15.

La borne est recouverte d’un voile tricolore jusqu’au dernier moment avant d’ĂŞtre Ă´tĂ© Ă  la fois par Mr Robert prĂ©sident de Ceux de Verdun et Mr Pradel, maire de Lyon. C’est la FARAC, reprĂ©sentĂ©e par son prĂ©sident le gĂ©nĂ©ral Allemagne, qui est la gardienne du monument.

Parmi de très nombreuses dĂ©lĂ©gations d’anciens combattants, parlementaires de Lyon et plusieurs conseillers municipaux sont citĂ©s des dirigeants d’associations comme Mr Collonge prĂ©sident de l’UFAC, Mr Jean Mercier prĂ©sident de l’UMAC, Mr Thierry  du comitĂ© de liaison, Mr le gĂ©nĂ©ral Allemane prĂ©sident de la FARAC, Mr Michon Buty de l’UNC, mais Ă©galement Mr le GĂ©nĂ©ral Simon gouverneur militaire de Lyon, Mr Ninin secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la prĂ©fecture reprĂ©sentant Mr Max Moulins, Mr Henri Collomb prĂ©sident du conseil gĂ©nĂ©ral, Monseigneur Duquaire et le cardinal Renard archevĂŞque de Lyon.

Enfin plusieurs poilus ont été décorés à cette occasion de la médaille de Verdun: Joannès Delange, Hubert Garnier, Etienne Guignardat, Arthur Lacroix, Maxime Michelot, Jean de Missoiz, Lucien Rostaing, le général Seive et Paul Thiers.

Medaille-Verdun

Les bornes aujourd’hui

Suite à la mise en place du tunnel sous Fourvière et du centre Perrache (inauguré en 1977) , le cours Verdun a été complètement transformé, ce qui a impliqué le déplacement de la borne de Lyon sur la place Carnot, dos à la rue Victor Hugo.

Borne sur la place Carnot

Borne sur la place Carnot

Le panneau qui lui fait face porte la mention

CETTE BORNE IDENTIQUE A CELLES
QUI JALONNENT LA VOIE SACREE
COMMEMORE LE SACRIFICE ET
L HEROĂŹSME DE TOUS LES COMBATTANTS
DE LA BATAILLE DE VERDUN
QUI DEMEURE UNE DES PLUS BELLES
VICTOIRES DES ARMEES FRANÇAISES

Une autre borne de la Voie Sacrée est visible dans le Rhône. Elle est installée sur la place des anciens combattants à Grézieu la Varenne.

Borne-Grezieu

Sources:

1217WP76-AM Lyon, PER958/162-AD69, Le Progrès –BM Lyon, Gallica: Le Monde illustré, Site defense.gouv.fr, Farac.org

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Le transfert des poilus défunts de Saône et Loire vers leurs communes

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Avr 232014
 

Le rapatriement des corps du front interdit puis organisé.

Dès les débuts des combats, les familles ont fait des demandes pour exhumer et rapatrier les corps des soldats morts pour la France dans leurs cimetières d’origine. En novembre 1914, le transfert de corps a été officiellement interdit dans la zone des armées sauf pour des causes sanitaires manifestes (corps à proximité d’habitations, ou de sources d’eau). Cette mesure visait non seulement des raisons d’égalités entre les familles (le cout de rapatriement étant à leur charge), mais aussi pour des raisons de guerre (éviter des civils dans les zones militaires), des raisons matérielles (les wagons, les hommes et les outils devaient rester à disposition des militaires « vivants »), et enfin des risques pour la population (problème d’hygiène à transférer des corps dans des états plus ou moins décomposés.)

En 1919, un projet de loi propose d’interdire le transport des soldats défunts jusqu’au 1er janvier 1922 pour laisser au ministère de la guerre le temps de créer des cimetières militaires dignes de ce nom et pour limiter les dépenses de transport en cette période de crise. En juin 1919, seules les exhumations pour regroupement de tombes sont autorisées, ce qui provoque des cas de transports clandestins de corps.

En 1920 des budgets sont débloqués à cette cause, la loi de finances du 31 juillet 1920 prévoit que le transport des corps des militaires peut être fait aux frais de l’état à partir du 1er décembre 1920. Des formulaires sont mis à disposition des familles pour celles qui souhaitent récupérer leurs défunts, sous réserve d’en faire la demande avant le 2 janvier 1921. Ce délai sera finalement reporté au 15 février 1921.
Certaines familles, trouvant le délai trop long vont remplir une demande, puis annuler cette demande et utiliser les services de pompes funèbres privées, payant à leurs frais le retour de leurs défunts (cas du soldat Raget)

Les gares régulatrices

L’exhumation est faite zone par zone et cimetière par cimetière et les corps sont acheminés des gares de chargement jusqu’aux gares régulatrices.
Au niveau national, quatre gares régulatrices sont mises en place pour organiser des convois cohérents en terme de zones géographiques de retour des cercueils. Pour la Saône et Loire, les gares de Creil, Brienne le Château et Marseille (pour les corps de l’armée d’Orient) seront les plus utilisées. Celle de Sarrebourg (des corps rapatriés d’Allemagne) n’enverra qu’un seul convoi avant fin 1923.

Les gares régulatrices constituent des convois de train funéraires qui sont redirigés par les gares régionales (pour la Saône et Loire il s’agit de la gare de Dijon) puis répartis vers les gares départementales (pour la Saône et Loire, c’est la gare de Chagny qui assure ce rôle).

En parallèle, l’inspecteur régional de la gare régulatrice envoie un télégramme au préfet du département avec la liste des communes concernées, la date, lieu et composition du convoi puis confirme par lettre avec le détail des défunts et des adresses des familles.
La composition complète du convoi n’est pas toujours précisée mais elle s’élève par exemple à 26 wagons et 1008 corps en aout 1922, parmi eux 5 wagons seront destinés à la Saône et Loire.

Les convois Ă  destination de Chagny

49 convois sont arrivés à Chagny entre le 21 mars 1921 et le 19 septembre 1923. Les cercueils de soldats ont cependant été reçus jusqu’en octobre 1927, mais de manière moins régulière et par train « ordinaire. »
Le premier convoi est arrivé le 21 mars 1921 en provenance de Creil. Il comportait 7 wagons contenant 192 corps à répartir dans 132 communes.
Le convoi contenant le plus de corps a été le N°6 du 24 juin 1921 en provenance de Brienne le Château avec 8 wagons et 332 cercueils.
Sur l’année 1921, aucun convoi n’est arrivé à Chagny entre fin juillet et novembre de cette année.

85% des communes du département ont fait transférer au moins un corps. Certains cantons ont plusieurs de leurs communes sans transfert au frais de l’état.

Année Nombre de convois Nombre de corps
1921 14 1543
1922 24 1686
1923 11 143
1924 8
1925 1
1926 50
1927 2

Quelques soucis sur les premiers convois

Erreur de département: de mars à juin 1921, les convois contiennent des corps à destination d’autres départements, soit parce qu’ils sont limitrophes (Ain, Allier) soit par erreur. Le préfet doit alors prévenir ses homologues.
En trop ou pas assez: en mai 1921, le convoi N°4 ne contient pas le même nombre de cercueils que la liste l’annonçait, de plus, un corps non prévu a été reçu.
Des cercueils en mauvais état: en juin 1921, le convoi N°5 venant de Creil est annoncé comme étant de meilleur état que les précédents, car un seul cercueil coulait (soldat Chibert). Le même mois, un cercueil est resté en gare régulatrice (soldat Château) « car il coulait, il repartira d’ici 10 jours ». La gare les conserve afin de faire créer des enveloppes de bois qui les contient intégralement ce qui permet aux familles de les retrouver dans l’état où elles les ont vu si elles ont assisté à l’exhumation. Par exemple, la famille Château a assisté à l’exhumation à Commercy et a fait placer le corps dans un cercueil qu’elle a fourni elle-même. La plupart des familles n’assiste pas à l’exhumation et les corps ou les restes sont mis dans un cercueil en chêne fourni par l’état.
Deux cercueils pour le même poilu: en juillet 1921, la famille Monneret du Rousset a demandé le retour du corps de leur fils poilu enterré à Commercy. Dans le convoi du 24 juin sont arrivés deux cercueils portant le même nom, l’un à destination de la gare de La Guiche issu du 29ème RI expédié de Marbotte (55) et l’autre à la gare du Rousset issu du 29ème RI. La famille a estimé que c’était le corps arrivé au Rousset qui contenait leur fils, mais comme le deuxième corps ne pouvait être réexpédié les deux cercueils ont été enterrés dans le village lors d’une cérémonie rassemblant de nombreux habitants.
Le 31 aout, le corps arrivé à la Guiche est finalement déterré et renvoyé le lendemain à Commercy. Les frais de ce retour (315 francs) seront payés sur les crédits ordinaires. Après enquête, l’erreur venait du père qui avait noté Cimetière de Marbotte commune de Commercy, alors que Marbotte est à proximité de St Mihiel.
Pas la bonne gare: sur les convois suivants, mis à part à la réception d’un deuxième corps d’Adrien Raget en juin 1922 alors qu’il avait été inhumé en janvier 1921, on peut lire dans le dossier une seule autre erreur en janvier 1923 pour le corps Pierre Desbrosses qui a été expédié à Autun au lieu de Grury.

Le réseau ferré de Saône et Loire qui permet d'acheminer les corps jusqu'aux gares les plus proches des communes.

Les transferts vers les gares communales

Le préfet écrit aux maires des communes concernées quelques jours avant l’arrivée du convoi pour les informer de la liste des cercueils de « militaires morts pour la France et ramenés du front » afin de leur permettre d’avertir les familles concernées. Au début, il est demandé à chaque commune concernée d’envoyer un représentant à Chagny, cette démarche est supprimée assez rapidement et l’organisation mise en place permet de décharger le wagon en présence d’un commissaire spécial de police à Chalon sur Saône.
Les cercueils sont réexpédiés le lendemain par train de marchandises ce qui peut fixer une arrivée finale jusqu’à deux jours après le convoi.
Si les familles doivent récupérer les cercueils directement à Chagny pour les emmener en voiture, elles doivent au dépôt mortuaire (électrifié en avril 1921) le lendemain matin du convoi avec la lettre du maire ou une pièce justificative de celui-ci.
Les communes de réexpéditions ont été désignées dans le formulaire retourné avant février 1921, il arrive donc que les familles choisissent de changer la gare de destination (Mont St Vincent au lieu de Montceau les Mines pour Mme veuve Brot demeurant à Gourdon, St Marcel au lieu de Chalon sur Saône pour Mme Coulon-Treffort demeurant à St Christophe en Bresse, Lournand au lieu de Cluny pour la famille Pierre, Simandre au lieu de Cuisery pour la famille Jaillet) ou que l’adresse de la famille ne soit pas la bonne (Montceau les Mines et pas Sanvignes pour la famille de Jean Chavet).
Certaines gares peuvent êtres dans d’autres départements, par exemple la gare de Luzy dans la Nièvre pour un défunt de Marly sous Issy.

Des gares communales au cimetière.

La loi du 3 juin 1921 parue au JO du 4 juin 1921 oblige les communes aux tarifs suivants

Communes rurales dont la population agglomérée est inférieure ou égale à 1000 habitants.

Droit de manutention à la gare et au cimetière 1 corps 10 francs, par corps en plus 3 francs
Transport de la gare au cimetière pour 1 corps 3fr par km, Par corps supplémentaire plus 1 fr. Minimum 10 fr
RĂ©inhumation creusement et comblement de la fosse 15 francs

Pour les villes de moins de 50000 habitants

Droits de manutention 15 francs par corps
Transport de la gare au cimetière pour 1 corps 6fr par km, Par corps supplémentaire plus 2 f. Minimum 25 fr
RĂ©inhumation creusement et comblement de la fosse 15 francs

Une fois arrivée dans sa commune d’origine, le corps est conservé soit au domicile de la famille soit dans des lieux appartenant à la commune en attendant la cérémonie funèbre.
Celle du soldat Mathely devra être reportée en 1923 suite au retard de 2 jours du train funéraire.
Selon les communes, les corps seront enterrés dans des emplacements choisis par la famille ou dans un « carré » du cimetière réservé par la mairie.

Sources: Projet de loi, Juin 1919, 31 juillet 1920, prolongation, M1710-AD71, M1713-AD71, ruedupetittrain.free.fr

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Le poilu exhumé n’est pas le bon

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Avr 092014
 

Une première exhumation

Adrien Raget est né le 13 octobre 1895 à Lyon (69).
Recruté à Chalon sur Saône, il participe à la guerre 1914-1918 et meurt au combat le 28 avril 1916 à Bonzée (55) à proximité de Verdun.
Ses parents, demeurant à Montceau les Mines, ont fait parvenir à ses camarades, lors de la première inhumation, une plaque émaillée mentionnant ses nom prénom et régiment.
La guerre terminée, les parents font une première demande d’exhumation aux frais de l’état afin de récupérer le corps. Trouvant la démarche trop longue, les parents font une demande d’exhumation à leurs frais quelques jours plus tard et récupèrent le 4 janvier 1921 le corps de leur fils, ramené en automobile, qui est ré inhumé le 9 janvier 1921 à Montceau les Mines.
Sauf que la croix de la tombe N°380 n’est pas détruite et le nom d’Adrien Raget n’est pas rayé des listes par les employés du secteur…

Un deuxième corps de leur fils

Le 1er mai 1922, une liste de corps est collationnée pour leur retour à titre gratuit. Le contrôleur du service en présence de l’abbé Trépier, curé des Eparges fait ouvrir la tombe 380 où se trouve un corps qui est présumé celui du soldat Raget.
Le 13 mai 1922, les maires sont prévenus de l’arrivée d’un convoi et communiquent aux familles. Mr et Mme Raget sont informés que le corps de leur fils Adrien va arriver en gare de Chagny le 18 mai. A prime abord, ils ne tiennent pas compte de ce courrier puis informent le maire le 16 mai qu’ils ont déjà un corps.
L’information est relayée entre le maire de Montceau, le préfet et le ministre des pensions et le corps arrivé le 18 mai 1922 est stocké à la morgue de Chagny.
Mme Raget, inquiète, demande de laisser venir ce nouveau cercueil car le premier ne contenait aucune des reliques que la famille avait fait insérer dans la bière primitive.

D’autres familles réclament le corps

Le 2 juin 1922, la famille Ailhaud de Marseille, ayant eu vent de l’affaire, réclame le corps comme le sien. Faisant douter le préfet sur l’utilité de faire ouvrir le cercueil pouvant contenir un coussin de la famille Ailhaud, l’affaire est finalement rejetée car Mr Ailhaud a été enterré à Pantin très éloigné de la sépulture de la Meuse.
Le 6 juin 1922, Mme Roncin d’Orléans pense qu’on a retrouvé le corps de son mari et écrit la lettre suivante au préfet :
« Ayant lu dans un journal de la localité qu’un cercueil contenant les reste d’un soldat ramené du front est depuis 15 jours en souffrance à Montceau les mines, je vous serais très reconnaissante de vouloir bien me donner quelques renseignements à ce sujet car je suis moi-même très inquiète au sujet des restes de mon mari exhumé depuis plus de 6 semaines et impossible de savoir quelle direction le cercueil a pris. Voici le nom écrit sur la plaque et le numéro marqué sur le cercueil Roncin Paul 21 inflt colonial Orléans N°519. «

Un cercueil ouvert

Le 10 juin 1922, le cercueil est ouvert en présence de Mr Aucaigne commissaire spécial de police à Chalon, Mme Raget, un de ses fils, le maire de Chagny et le secrétaire de Mairie.
Les recherches dans le cercueil qui ne contient que des ossements et de la sciure de bois porte sur
- la médaille d’identité du miliaire
- une petite bouteille contenant un papier qu’un camarade d’Adrien Raget avait inséré dans la bière primitive.
Ces éléments n’ayant pu être trouvés, et la cause du décès (une balle au-dessus de l’oreille droite) n’ayant pu départager les deux corps, le commissaire utilise une photo que Mme Raget a apporté de son fils Sur celle-ci on peut voir qu’Adrien Raget était un brachycéphale très accentué alors que le crâne était celui d’un dolichocépale. Le nouveau corps n’est pas le bon!!!
Mme Raget, pas forcément rassurée, paye les frais d’ouverture et de fermeture du cercueil.

Une enquête complémentaire

Le ministre des pensions et de la guerre mène son enquête. Il est impossible de savoir d’où vient ce corps car l’ancien personnel du secteur est dispersé mais il est possible qu’il s’agisse du regroupement de tombes isolées fait en janvier 1922 dans le secteur de Dieue sur Meuse. Comme la croix n’a pas été détruite, le corps inconnu portait le N°380.
Le corps sera finalement renvoyé à la gare de triage de Brienne le Château.

Sources: M1710-AD71, Larousse, sga