Panique au foirail

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Août 202018
 

Un mouvement de panique sur le foirail provoque de nombreux blessés dont une dizaine sérieusement.

Les bĂŞtes ont eu peur

6 mars 1885. Il est 15H30 environ. La foule est grande sur le champ de foire de Séverac le Château. Les bêtes à cornes sont nombreuses, on en compte plus de 1000. Tout à coup un mouvement de panique surgit parmi les vaches et celles-ci se portent en masse vers une des issues du foirail. Certaines personnes sont transportées sur le dos des animaux sur plus de 20 mètres de l’endroit où elles se trouvaient.

De nombreux blessés

100 personnes sont blessées. Heureusement que l’endroit était clos, sinon la dispersion des vaches dans les rues aurait causé plus de dégâts.

On dénombre une dizaine de blessés sérieux :

  • Jean Ribouliès 12 ans de Verrières a le bras cassĂ©, la presse indiquera mĂŞme qu’il a l’épine dorsale brisĂ©e ;
  • Valentin Privat 48 ans de la Capelle Bonance a 3 cĂ´tes enfoncĂ©es et la blessure est grave ;
  • Jean Baptiste Rousset d’Alain (48) a l’épaule dĂ©mise;
  • Victor Boutonnet d’Arques a lui le poignet dĂ©mis ;
  • Casimir Salesse de Pierrefiche a les cĂ´tes enfoncĂ©es ;
  • Mme Guizard de SĂ©verac a Ă©tĂ© renversĂ©e par les bĹ“ufs. Comme elle est « dans un Ă©tat de grossesse assez avancĂ© », on craint un avortement. Cependant on notera la naissance d’un petit Joseph 17 jours plus tard.
  • Amans Calières, 34 ans de Verrières a une blessure au menton cĂ´tĂ© gauche longue de 7cm et profonde d’1,5cm ;
  • Casimir Delmas 49 ans de Buzeins est blessĂ© Ă  la tĂŞte ; son Ă©paule et sa jambe gauche sont meurtries et il a une incapacitĂ© de travail d’un mois environ ;
  • Jean Fages 48 ans de SĂ©verac s’est foulĂ© le bras et la jambe gauche;
  • Marianne Solassol Ă©pouse MoliniĂ© a, quant Ă  elle, une blessure assez grave au bras gauche.

 

Pourquoi ce mouvement de panique ?

Une enquĂŞte de gendarmerie est menĂ©e. Mais malgrĂ© les recherches les plus minutieuses pour dĂ©couvrir les causes de cette panique, personne ne sait ce qui s’est passĂ©. Personne n’a rien vu de suspect et aucun portefeuille n’a Ă©tĂ© soustrait. « Plusieurs disent qu’on avait jetĂ© des capsules de dynamite qui auraient Ă©clatĂ© sous les pieds des bĹ“ufs, et auraient jetĂ© l’épouvante parmi ces animaux ». La panique s’est cependant produit 3 fois dans la mĂŞme journĂ©e…

Les gendarmes critiqués

La population est impressionnée par l’événement. Il faut des responsables ! Et c’est l’attitude des gendarmes qui est mise en cause. Ils n’auraient pas fait ce qu’il fallait. Pourtant les pauvres n’ont pourtant pas ménagé leur peine. Ils ont cherché les blessés, les ont conduits auprès des médecins puis chez les pharmaciens et ne se sont arrêtés que lorsque plus personne n’avait besoin de secours.

Quant Ă  la foire, elle « a Ă©tĂ© Ă  peu près nulle » d’après la presse… comprenez qu’elle n’aura rien rapportĂ© Ă©conomiquement.

 

NB: si vous avez un jour l’opportunitĂ© de visiter l’actuel foirail de Laissac, vous entendrez les organisateurs vous dire que des accidents surviennent encore, heureusement rarement.

Sources : 4M132-AD12, 4E275-21-AD12, PER877-AD12

© 2018 Généalanille

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L’heure lĂ©gale et les actes d’Ă©tat civil

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Août 162018
 

Quand le secrĂ©taire de mairie d’une commune prĂ©cise la notion d’heure lĂ©gale sur les actes de l’Ă©tat civil…

Changement d’heure lĂ©gale

C’est la loi du 14 mars 1891 qui impose d’uniformiser l’heure lĂ©gale dans toute la France. Cette Ă©volution est en partie due Ă  l’essor industriel mais dans les faits la campagne continue de travailler et de vivre « à son heure » … Sauf si la personne doit prendre le train!

Sur les registres

C’est une particularitĂ© des registres de l’Ă©tat civil d’Issy l’EvĂŞque (71). Le 4 fĂ©vrier 1892, la naissance du jour est dĂ©clarĂ©e Ă  5 heures du matin… Point! Le 8 fĂ©vrier 1892, le mariage a lieu Ă  onze heures du matin « heure lĂ©gale ».

Cette mention sera scrupuleusement notĂ©e sur (presque) tous les actes de naissances, mariages et dĂ©cès de la commune au moins jusqu’en 1902.  A tel point que tout oubli est rajoutĂ© en fin d’acte avec un renvoi.

Un secrétaire pointilleux ou mécontent?

La mention « heure lĂ©gale » apparait sur ces registres presque un an après la loi de 1891. Aucune autre mairie des environs n’adopte cette habitude…. Par ailleurs, c’est bien le mĂŞme secrĂ©taire de mairie qui rĂ©dige les actes, et ce, quel que soit le maire. A-t-il eu une remarque? Etait-il mĂ©content de ce changement d’heure? Les questions restent sans rĂ©ponse.

 

Sources: 5E239-27 Ă  29-AD71

© 2018 Généalanille

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Comment pister nos ancĂŞtres limitrophes ?

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Août 062018
 

Nos ancêtres limitrophes sont ceux qui ont eut l’idée de naître, se marier ou décéder dans un département voisin et qui nous obligent de jongler entre différents fonds d’archives.

Limitrophes ? Quelle importance ?

Il faut évidemment envisager que pour tout être humain, le changement de département n’est qu’une barrière virtuelle administrative. Imaginons nos ancêtres faire quelques kilomètres pour aller travailler, trouver une compagne ou faire des échanges commerciaux. A moins d’une marque visible, tel un péage, une barrière, une rivière, il est fort à parier que le changement de département leur importait peu.

Par exemple, la croix des trois évêques érigée à la limite de la Lozère, de l’Aveyron et du Cantal laisse apparaitre un territoire visuellement identique (l’Aubrac) sur les trois départements.

C’est plutôt un changement de vallée, de paysage qui donnait une indication du lieu à nos ancêtres. La généalogie, c’est donc aussi une bonne connaissance de la géographie !

Une forte connivence avec le village voisin

Deux communes, au moins, de l’Aveyron sont fortement liées à une commune du département voisin.

La compagnie d’Orléans officialise en 1859 le nom de Capdenac-Gare pour l’emplacement d’une gare située dans l’Aveyron sur la commune de Saint Julien d’Empare. Ce nom de Capdenac n’est autre que celui du village voisin situé sur l’autre rive de la rivière dans le département du Lot. Capdenac-Gare sera érigée en commune en 1891, conservant ainsi un lien avec son quasi homonyme.

A Saint Santin, toujours dans l’Aveyron, le village est coupé par la « frontière » avec le département du Cantal, donnant ainsi naissance à un monument aux morts de la grande guerre honorant d’un côté les poilus de Saint Santin de l’Aveyron et de l’autre ceux de Saint Santin des Maurs.

Les mêmes ressources généalogiques partout

La plupart des généalogistes cherchent à lister leurs ancêtres de manière ascendante, descendante ou les deux. Le point de départ est souvent l’état civil puis les registres paroissiaux. Depuis une dizaine d’année, la plupart des départements a numérisé ses ressources et les met à disposition sur internet. On peut donc compulser les registres d’un département ou d’un autre sans se préoccuper de la barrière virtuelle

Pour faire un arbre squelettique (nom, prénom, dates et lieux de naissance, mariage, décès), avoir des ancêtres limitrophes ne pose pas forcément beaucoup de problèmes car les ressources de base sont partout les mêmes. On aura juste parfois envie de pester contre les différentes visionneuses qui n’ont pas les mêmes fonctionnalités !

Quelques pièges

« Je ne retrouve pas ma commune ! » Faire de la généalogie, c’est aussi faire de l’histoire locale. La commune a pu changer de nom, mais aussi elle a pu changer de département. C’est le cas par exemple du canton de Saint Antonin Noble Val qui est cédé en 1808 par l’Aveyron pour créer le département du Tarn et Garonne.

La généalogie d’ancêtres limitrophes à d’autres pays ne sera pas abordée ici mais il faut évidemment garder en tête les changements de frontière survenus au fil des siècles. Et leur conséquence en terme de recherches (et de destruction d’archives).

Une inégalité parmi les salles de lectures et les fonds

Pour débloquer des branches, on utilise d’autres fonds que l’état civil ou les registres paroissiaux. Et l’absence de numérisation nous impose d’aller fréquenter nos salles de lecture. Et l’on se rend vite compte qu’il n’y a pas que la visionneuse qui est différente !

Le premier problème est d’ordre organisationnel. La salle de lecture est-elle ouverte au moment où on envisage de s’y rendre ? Combien de documents nous seront communiqués par jour ? D’un département à l’autre, cette réponse varie parfois énormément. Mais la réponse est bien souvent sur le site internet des archives départementales ou diocésaines concernées.

Le deuxième problème est liĂ© Ă  l’état physique des fonds. Les documents sont-ils communicables ? Partis en restauration ? En cours de numĂ©risation ? On peut envisager de poser la question avant de se dĂ©placer, mais difficile de connaitre la cote qu’on va vouloir consulter si on n’a pas accès aux instruments de recherche… Quelle dĂ©ception quand on apprend que les documents qu’on avait espĂ©rĂ© consulter ne seront pas visibles ! LĂ  encore, la politique choisie et les moyens financiers disponibles varient d’un dĂ©partement Ă  l’autre.

Le troisième problème est liĂ© au contenu des fonds. Les tables des hypothèques n’ont pas Ă©tĂ© conservĂ©es, le notaire n’a pas dĂ©posĂ©, les archives d’insinuations ou de contrĂ´le des actes sont inexistantes pour le bureau qui vous intĂ©resse, un des exemplaires des registres paroissiaux a Ă©tĂ© dĂ©truit, les recensements de population n’existent pas avant 1871. Chaque dĂ©partement a finalement des fonds d’archives très diffĂ©rents…

Des conseils ?

  • Si la commune de vos ancĂŞtres est limitrophe, pensez Ă  regarder une carte pour ne pas limiter vos recherches Ă  un seul dĂ©partement. Cela sera utile tant pour faire des recherches en mode escargot que pour dĂ©tecter un environnement gĂ©ographique (zone de plateau, vallĂ©e…)
  • Si l’état civil vous le permet, ne nĂ©gligez pas les publications de mariage (ce qui est valable aussi pour les recherches non limitrophes !)
  • Les sĂ©ries d’enregistrement ont des rayonnements locaux (plus ou moins cantonaux), les sĂ©ries d’hypothèques ciblent des arrondissements, n’hĂ©sitez pas Ă  consulter les tables sur tous les dĂ©partements limitrophes…. quand elles sont conservĂ©es !
  • Les notaires peuvent avoir rĂ©digĂ© des actes pour des personnes hors dĂ©partements. Pensez Ă  regarder les actes, leurs contrĂ´les et Ă©ventuelles insinuations dans les dĂ©partements proches. Et vĂ©rifiez s’il n’y a pas, dans votre salle de lecture, de dĂ©pĂ´t d’actes pour des notaires d’autres dĂ©partements.
  • Les titres de famille, petites pièces isolĂ©es, archives privĂ©es sont Ă©galement des pistes Ă  ne pas nĂ©gliger. Sans oublier bien entendu les fonds de justice… (conseil de famille pour enfants mineurs, dĂ©claration de grossesse, …)
  • Les ressources autres telles que dĂ©pouillements par des associations, des privĂ©s, des professionnels, des sociĂ©tĂ©s commerciales sont Ă©galement un outil complĂ©mentaire dont on n’oubliera pas de vĂ©rifier l’exactitude avec les sources originales.

Une quĂŞte pas si impossible

Les recherches d’ancêtres limitrophes ne sont pas toujours plus difficiles à mener qu’une recherche de personnes ayant vécu au cœur d’un département. Elles sont même plus faciles à envisager qu’une généalogie d’ancêtre ayant migré ou émigré !

Il faut juste penser à regarder dans les départements d’à côté et pourquoi pas envisager des vacances généalogiques sur la terre de vos ancêtres.

 

Images: visionneuses du dĂ©partement de l’Aveyron et des dĂ©partements limitrophes, clichĂ©s personnels.

© 2018 Généalanille

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La guillotine Ă  Rodez

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Juil 312018
 

L’Aveyron a reçu sa guillotine en 1792. InstallĂ©e Ă  Rodez, elle ne sera utilisĂ©e qu’au printemps suivant.

La mort la moins douloureuse

« Tout condamnĂ© Ă  la peine de mort aura la tĂŞte tranchĂ©e ». Ainsi l’exige l’article III du titre 1er du code pĂ©nal. Par ailleurs, « l’humanitĂ© exige que la peine de mort soit la moins douloureuse possible dans son exĂ©cution ». Or les mĂ©thodes de dĂ©capitation sont loin d’être efficace… du moins pas au premier coup de hache !

Un nouvel outil

La loi du 25 mars 1792 « relative à la peine de mort et au mode d’exécution qui sera suivi à l’avenir » prévoit un instrument analogue à celui utilisé en Angleterre et qui semble très efficace.

Mais c’est un allemand, facteur de clavecins, du nom de Tobias Schmidt qui va dĂ©crocher le marchĂ© le 6 juin 1792 grâce Ă  un devis plus compĂ©titif que son concurrent Guidon… et après quelques tests sur des cadavres. La construction des guillotines pour les 83 dĂ©partements semble très rapide.

La guillotine arrive Ă  Rodez

La guillotine destinée à l’Aveyron est confiée à Banoche Lainé, voiturier d’Orléans le 26 juillet 1792. Le colis pèse 500 livres et comporte 2 grands poteaux, 2 moyeux, 1 caisse et 1 paquet de petit bois.

Le 30 juillet, elle quitte Paris pour l’Aveyron où on confirme son arrivée le 8 septembre 1792. Elle est conforme à la gravure qui avait été envoyée par Mr Beaulieu.

Quelques réparations

Une journée et demie de travail. Prix 9 livres. C’est le montant de la facture du sieur Michel qui a démonté et remontée deux fois une pièce qui était coupée sur la machine. Le 15 septembre 1792, la guillotine est prête à entrer en action. Ce qui ne sera le cas que le 31 mars 1793.

Sources : 1L30-AD12, 1L1805-AD12, 1L1091-AD12 La guillotine en 1793 numĂ©risĂ© par Gallica, l’Eglise en Rouergue sous le choc de la rĂ©volution 1789-1801 par Gaston Alary

 

© 2018 Généalanille

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Cet article a été réalisé dans le cadre du challenge UproG de juillet 2018 sur le thème imposé « la guillotine ».

PĂ©ruzot Jean, mort pour la France

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Juil 212018
 

Jean Peruzot est le 59ème mort pour la France de la commune de Grury (71). Il avait 40 ans.

 

Classe 1898

Jean Péruzot est né le 13 janvier 1878 à Grury. Il est le seul fils survivant de Léger et d’Anne Ravolet. Tailleur d’habits au lieu-dit chez Reynot, il part faire son service militaire au 162ème RI en 1899. Trois ans plus tard, il revient avec son certificat de bonne conduite. A son retour, il se marie. Le couple a plusieurs enfants:  Marie née en 1904, Alphonse né en 1907 et Joseph né en 1913.

Chez les territoriaux

Jean Péruzot est mobilisé le 1er aout 1914 à 36 ans et rejoint le 63ème RIT. Il est dirigé sur la place de Besançon le 10 août 1914. Les conditions sont difficiles: pas de voiture pour transporter les cantines et vivres aux cantonnements. Pas de paille pour le couchage des hommes.

Tous les agriculteurs étant mobilisés, quelques soldats sont prêtés aux cultivateurs pour rentrer leurs récoltes.

Puis suivent des périodes d’instructions et d’exercices. Tout le régiment (ou presque) est disponible à faire campagne au 30 septembre 1914.

« Les hommes ont fait un effort soutenu et persévérant de nature à donner l’impression qu’ils étaient nettement préparés à tous leurs devoirs. »

Les premiers détachements partent début octobre 1914, ils sont remplacés par d’autres soldats venant du dépôt d’Autun « pour combler les vides produits par les départs successifs. »

Des soldats arrivent, d’autres repartent, en sursis illimité, vers les usines du Creusot « pour des travaux relatifs à la défense nationale ».

Le 28 décembre 1914, le régiment quitte Besançon laissant 24 hommes « inaptes à faire campagne » afin d’assurer le nettoyage des locaux. Il part à quelques kilomètres à Roche et Thise.

Le départ pour le front

Le 6 février 1915, les hommes quittent la région de Besançon et prennent le train. Besançon-Dôle-Gray-Langres-Chaumont-Sainte Ménéhould – La Neuville au Pont. Puis ils doivent aller camper dans des baraques improvisées dans le bois des Hauts Batis.

Dès le lendemain, les hommes « refont les cabanes » et commencent les travaux de tranchées. Et dès le lendemain un obus tue deux hommes et en blesse trois autres.

Le journal de marche commence alors Ă  Ă©grener ses pertes quasi quotidiennes.

Quelques hommes repartent parce qu’ils sont pères de 6 enfants ou qu’ils sont affectĂ©s aux usines Schneider au Creusot. « Rien Ă  signaler » dit le journal de marche… si ce n’est des obus, des morts et des blessĂ©s. L’état des pertes est rĂ©capitulĂ© Ă  fin juin : il contient 3 pages de noms soldats en 4 mois de front.

Pour les déserteurs repris, c’est le conseil de guerre assuré.

En juillet 1915, les bombardements sont plus intenses et les gaz asphyxiants font du dégât parmi le régiment. Les soldats sont obligés de sortir à la hâte des tranchées devenues irrespirables avant d’être souvent évacués pour maladie. A l’automne 1915, le journal de marche se remplit à nouveau des noms de nombreux tués, blessés ou disparus.

La bataille de Verdun

Alors que la bataille de Verdun vient de commencer, le 63ème RIT est dirigé sur le bois Bourrus le 9 mars 1916. La fiche matricule de Jean Péruzot indique qu’il reste à l’intérieur pendant un mois avant d’être affecté au 270ème Régiment d’infanterie le 12 avril 1916.

Ce régiment vient d’être reconstitué. Au début de mai 1916, c’est le retour en première ligne à l’est du massif boisé de l’Argonne. Puis il se déplace à Hermont avant de relever le 71ème RI dans le secteur de Chattancourt.

En aout 1916, les hommes défendent l’ouvrage de Thiaumont et participent à l’attaque de la tranchée allemande dite «  des deux arbres » qui sera un succès. Ils quittent la Lorraine le 1er septembre 1916.

La Marne et la Picardie

Le 270ème RI part dans les tranchées du secteur de Saint Hilaire le Grand jusqu’en février 1917 où le régiment rejoint la Picardie. Il occupe la première ligne à Dancourt-Popincourt début mars avant de retourner en Champagne à la fin du mois 1917.

Le rĂ©giment est dissous en juin 1917…. Jean PĂ©ruzot rejoint le 48ème rĂ©giment d’infanterie avec 237 autres soldats.

« La guerre a assez duré »

Fin juin 1917, les hommes occupent les tranchées du secteur des Eparges dans la Meuse. Les relèves sont faites sans incident. Des avions survolent les lignes à faible hauteur et mitraillent les postes avancés. Quelques bombes à ailettes sont lancées.

Les hommes ont quelques jours de repos fin août 1917 avec « séance récréative donnée par la musique du régiment » ou « fête sportive organisée par les officiers du régiment ». Le 9 septembre 1917, les bataillons sont embarqués en autos,  ils débarquent à Glorieux et relèvent leurs camarades en première ligne dans le secteur de Mormont. Le régiment reste en Lorraine jusqu’à la fin de l’année 1917.

Le 12 fĂ©vrier 1918, les allemands envoient un papier en français « La guerre a assez duré »…. mais la guerre continue !

Dans l’Aisne

Fin mars 1918, c’est le dĂ©part de la Lorraine… faux dĂ©part retardĂ©. Les hommes sont acheminĂ©s dans l’Aisne au sud ouest de l’Ailette. De nouveaux combats les attendent. Des dernières attaques de Jean PĂ©ruzot sont en juillet 1918. La 19ème division doit attaquer l’axe Corne Est du bois de Mauloy, la fontaine aux Chesnes et les lisières nord du Grand Rozoy. Un violent et continuel bombardement a eu toute la nuit du 19 au 20 juillet. L’attaque reprend le lendemain et le rĂ©giment Ă©prouve des pertes sĂ©rieuses : 32 tuĂ©s, 146 blessĂ©s. Le 21 juillet, l’attaque se poursuit et fait 11 morts et 70 blessĂ©s.

Jean Péruzot est évacué comme malade le 21 juillet 1918, il décède le même jour à l’hôpital d’évacuation 35/1 de la Courneuve. Il avait 40 ans.

Il est le 59ème mort pour la France de la commune de Grury et est enterré à la tombe 4 du cimetière d’Aubervilliers (93)

 

Sources : 5E227/12-AD71, 1R RM Autun 1898-AD71, 6M Grury –AD71, 3R321-AD71, 26N 787/6-sga mémoire des hommes, 26N 637/3 et 4-sga mémoire des hommes, Historique du 270ème RI-argonnaute

© 2018 Généalanille

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La maison Ă©cole des filles

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Juin 302018
 

La maison école des filles de Prévinquières (12)  a été construite dans des conditions litigieuses.

Une nouvelle Ă©cole pour les filles

Le projet a Ă©tĂ© lancĂ© en dĂ©but de l’annĂ©e 1875. Une nouvelle Ă©cole sera construite pour les filles. Ce sera une maison Ă©cole, c’est Ă  dire un lieu oĂą l’on peut faire classe et oĂą le personnel enseignant peut vivre.
Une souscription est ouverte auprès de la population le 1er mars 1875. Elle semble avoir rapportĂ© 4700 francs en argent et 5000 francs de dons en nature (engagement de fourniture de matĂ©riaux). L’enquĂŞte de commo incommodo est faite en 1876.


Le 1er février 1877, par sa délibération, le conseil municipal de Prévinquières approuve les plans et devis pour la construction de la nouvelle maison école des filles. Ils ont été établis par Mr Rozié, agent voyer.
Le dossier est transmis au prĂ©fet le 4 avril et passe Ă  la session d’aout 1877 au conseil dĂ©partemental. Il vise Ă  demander 5000 francs Ă  l’Ă©tat. Le conseil dĂ©partemental donne d’ailleurs un avis favorable dans sa session de 1877.

Le maire refuse d’installer l’institutrice

Par arrĂŞtĂ© du 6 septembre 1877, Melle Massol institutrice est nommĂ©e Ă  PrĂ©vinquières. Elle doit prendre ses fonctions pour la rentrĂ©e du 16 octobre mais le maire refuse de l’installer. Elle s’est prĂ©sentĂ©e le 11 octobre (comme convenu) mais est obligĂ©e de loger Ă  l’auberge. Melle Massol se plaint Ă  l’inspecteur d’acadĂ©mie car elle a dĂ©jĂ  eu pas mal de dĂ©placements inutiles cette annĂ©e et si elle doit Ă  nouveau bouger, elle prĂ©fĂ©rerait le canton de Cassagnes BĂ©gonhès.
Melle Massol a en effet Ă©tĂ© nommĂ©e depuis le dĂ©but d’annĂ©e 1877

  • de Novis commune de SĂ©verac le Château,
  • Ă  Griac commune de RĂ©quista
  • puis elle est partie dans la nouvelle Ă©cole de Saint Cyrice Ă  Brousse le Château avant d’ĂŞtre affectĂ©e Ă  PrĂ©vinquières.

Et si le maire refuse d’installer l’institutrice, c’est que les locaux sont dĂ©jĂ  occupĂ©s par les sĹ“urs de la Sainte Famille qui font la classe… Et la maison Ă©cole est loin d’ĂŞtre terminĂ©e.
Une pĂ©tition est adressĂ©e au prĂ©fet par les pères de familles pour que l’Ă©ducation de leurs filles soit faite par une des sĹ“urs congrĂ©ganistes. Il faut donc un avis officiel pour que Melle Massol change d’affectation.


Et les enfants? Personne ne semble faire la classe aux 45 filles jusqu’Ă  la fin d’annĂ©e 1877.

La fin des travaux

L’inspecteur primaire rend compte de sa visite de la nouvelle Ă©cole des filles fin mai 1878. Il a vĂ©rifiĂ© que la construction Ă©tait conforme aux plans. Il ne constate aucune modification Ă  l’Ă©tage. Par contre, au rez de chaussĂ©e, une lĂ©gère cloison a Ă©tĂ© apposĂ©e pour sĂ©parer la salle de classe en deux. Une salle de 4,60m et une de 5m sur 6,50m.

La hauteur des plafonds a aussi Ă©tĂ© rĂ©duite: 3m40 au lieu de 4m. Cette modification est liĂ©e aux « grands froids qui sĂ©vissent dans ce pays surnommĂ© la SibĂ©rie de l’arrondissement ».
Un sous sol a également été construit avec une hauteur de 2,70m. Cela assainit les classes.
Il ne reste que la construction des lieux d’aisance, le mur de clĂ´ture de la cour de rĂ©crĂ©ation, le mur de clĂ´ture du jardin, l’Ă©tablissement du prĂ©au couvert, les plafonds, serrureries, la peinture des volets….

Les sœurs sont déjà là

L’inspecteur n’en parle pas dans son rapport mais un autre courrier nous apprend que les sieurs occupent les lieux depuis (au moins) avril 1878. Pourquoi? Parce que la maison Ă©cole appartient Ă  la fabrique! L’histoire se dĂ©voile. En 1875, un terrain a Ă©tĂ© cĂ©dĂ© Ă  la fabrique par le conseil municipal sans rĂ©ellement formaliser l’acte.

Les membres de la fabrique et le curĂ© ont Ĺ“uvrĂ© pour trouver le budget de dĂ©part, complĂ©tĂ© par la demande de subvention Ă  l’Ă©tat. Le curĂ© estime que les bâtiments lui appartiennent, le prĂ©fet n’est pas d’accord.
Et la dĂ©libĂ©ration du conseil municipal du 15 mai 1878 qui autorise les sĹ“urs Ă  rester « en possession de la maison qui a Ă©tĂ© construite par d’autre que par la commune sur un terrain communal » est annulĂ©e par le conseil de prĂ©fecture.
Le 3 juillet 1878, un arrêté est pris pour faire évacuer les sœurs et faire installer la nouvelle institutrice Melle Dufieu.

L’Ă©vacuation des sĹ“urs

Elle a lieu le 25 juillet 1878. Le maire et l’adjoint sont volontairement absents. Les sĹ“urs sont parties en visite Ă  Montbazens… Quand elles reviennent, elles refusent d’Ă©vacuer les locaux. Les gendarmes finissent par dĂ©gager l’accès et gardent l’Ă©cole pour la nuit en attendant le serrurier qui va changer toutes les serrures.

Contrairement Ă  ce qui a Ă©tĂ© Ă©crit dans les journaux d’opposition, les sĹ“urs ont pu prendre les habits dont elles avaient besoin et les baĂŻonnettes n’ont pas Ă©tĂ© mises au bout des carabines.

Des registres falsifiés et un maire suspendu

Les registres de la mairie ont Ă©tĂ© Ă©pluchĂ©s. Il manque l’apposition de certaines dĂ©libĂ©rations, d’autres semblent avoir Ă©tĂ© « arrangĂ©es » Ă  postĂ©riori avec des stylos de couleur diffĂ©rente. Le maire est finalement suspendu le 12 octobre 1878. Cela ne lui empĂŞchera pas de retrouver sa place puis de rester maire pendant quelques annĂ©es.

De nouvelles institutrices

Melle Dufieu est installĂ©e après l’expulsion des sĹ“urs dans un climat peu stable. Le 3 aout 1878, les objets de la Sainte Famille sont dĂ©mĂ©nagĂ©s de force par des personnes rĂ©quisitionnĂ©es.


L’institutrice doit rester Ă  l’auberge pour quelque temps car la maison Ă©cole est loin du village et entièrement isolĂ©e. Elle est placĂ©e de telle sorte qu’on peut y arriver par des sentiers couverts d’arbres sans ĂŞtre vus. Melle Dufieu a pour consigne d’Ă©crire le plus souvent possible Ă  l’inspecteur. Pas de quoi la rassurer, elle et sa pauvre mère. Elle supplie rapidement l’inspecteur de lui donner un autre poste.
Le 16 octobre 1878, Melle Dufieu est mise en inactivité.

Le 31 DĂ©cembre 1878, Mme Pons nĂ©e Ginesty est installĂ©e par l’inspecteur primaire. Quelques temps plus tard, elle indiquera qu’elle fait la classe Ă  des garçons pour soulager le trop grand effectif de son mari, lui aussi nommĂ© Ă  PrĂ©vinquières… D’ailleurs aucune fille ne s’est prĂ©sentĂ©e…mĂŞme si l’Ă©vĂŞque pense que l’institutrice propose de l’argent pour attirer les jeunes filles.

Mme Pons est affectée à Privezac en octobre 1879 et décède quelques mois plus tard.

Un procès et le retour des soeurs

Les sĹ“urs portent plainte auprès du juge de paix le 19 aout 1878. Ce dernier s’estime incompĂ©tent et l’affaire est portĂ©e devant le tribunal civil de Villefranche de Rouergue le 28 novembre 1878.

Le 22 juin 1879 un accord est trouvĂ© pour que les sĹ“urs prennent Ă  nouveau la direction de l’Ă©cole. DĂ©but juillet 1879 CĂ©cile Sennagal « Soeur Marie Bernard » est affectĂ©e Ă  l’Ă©cole de PrĂ©vinquières.
C’est l’occasion de dĂ©couvrir  l‘Ă©quipement de ses salles de classe.

Et puis la maison Ă©cole des garçons…

Le conseil municipal de PrĂ©vinquières reconnaitra dans sa dĂ©libĂ©ration du 15 janvier 1880, la nĂ©cessitĂ© de construire dans les plus brefs dĂ©lai possibles une maison d’Ă©cole pour les garçons. Cette fois, ci elle aura lieu dans des conditions plus traditionnelles!

Sources: 6T1/200-AD12, 2O200/1 et 2-AD12, 3T4/44 et 45-AD12, 4T3/11 Ă  13-AD12, 5T5/7, 13 et 15-AD12, 7T1/10, 12 et 16-AD12, 8J151-AD12, 3M517-AD12, 3M731-AD12, PER545-AD12, Journal de l’Aveyron

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Cet article a été réalisé dans le cadre du challenge UproG de juin 2018 sur le thème imposé « la première école ».

Retrouvé grâce à son chien

 Astuces, Aveyron, Blog, Histoire de famille, XXème Siècle  Commentaires fermĂ©s sur RetrouvĂ© grâce Ă  son chien
Juin 272018
 

Comment un chien, un vĂ©lo, une vache, un char ou un verre de trop permettent de retrouver la trace d’une personne en gĂ©nĂ©alogie…

Il avait reçu un coup sur la tête

L’histoire de CĂ©lestin a Ă©tĂ© racontĂ©e dans un prĂ©cĂ©dent billet. Il travaillait sur la nouvelle ligne de chemin de fer. Lors du percement du tunnel de Biounac, il reçoit une pièce de bois sur la tĂŞte et est internĂ© Ă  l’asile des aliĂ©nĂ©s de Rodez
CĂ©lestin est retirĂ© de l’asile par sa famille et il est dĂ©clarĂ© en incapacitĂ© de travail. Ses parents meurent et on perd sa trace.

Grâce à son chien

C’est un peu le hasard qui nous remet sur sa piste. CĂ©lestin rĂ©apparait « suivi d’un chien de chasse Ă  pelage gris moucheté ». Il est venu Ă  la gendarmerie d’Espalion faire viser un certificat de dĂ©livrance de poudre, mais le chien ne porte ni muselière ni plaque avec inscription.

Chien
Il se dĂ©fend: l’usure a fait disparaitre les inscriptions, il ne pensait pas que la muselière Ă©tait nĂ©cessaire. Et puis il ajoute « Je ne reconnais pas les contraventions, je contesterai le procès verbal, j’en ai fait sauter d’autres« .
On est en 1917, annĂ©e oĂą on avait encore sa trace, mais oĂą on apprend qu’il est casseur de pierres Ă  Entraygues, soit plus au nord du dĂ©partement.

Grâce à son vélo

Un nouveau lieu de vie, de nouvelles recherches peuvent dĂ©buter… Il n’y avait aucune trace de son dĂ©cès en marge de son acte de naissance. Les recensements de population et les tables de successions sont partis en numĂ©risation et/ ou restauration… Pourquoi ne pas fouiller d’autres contraventions?
Et le hasard fait bien les choses. En 1929, CĂ©lestin est Ă  vĂ©lo vers la maison de pisciculture du Nayrac. Il aperçoit les gendarmes et jette son vĂ©lo au fossĂ© et rentre dans l’Ă©tablissement.

Les gendarmes s’approchent du vĂ©lo et constatent qu’il ne possède pas de plaque et que le klaxon ne fonctionne pas. Deux contraventions supplĂ©mentaires! CĂ©lestin reste cachĂ© alors que les gendarmes font le guet pendant 20 mn. Ils l’appellent et il finit par sortir.
Il se dĂ©fend encore un peu: sa plaque Ă©tait bien sur le vĂ©lo ce matin, il a dĂ» la perdre. Quant au klaxon, il ne savait pas qu’il ne fonctionnait pas. Et cette fois ci, il prĂ©sente une carte d’Ă©lecteur de la commune d’Entraygues. Nous sommes en 1929, il est entrepreneur de cassage de cailloux dans cette commune. De faibles indications, mais qui permettront de complĂ©ter la biographie de CĂ©lestin.

Ces chères contraventions

Les contraventions pour ivresse, pacage, fermeture tardive de dĂ©bit de boissons, absence d’affichage de prix, char mal stationnĂ©, excès de vitesse ou tout autre petit dĂ©lit sont autant d’Ă©lĂ©ments qui peuvent permettre de pister une personne tant dans ses dĂ©placements que dans ses habitudes.
Elles ne sont pas toutes conservées et sont parfois classées dans les séries de justice ou dans les fonds de préfecture ou de sous préfecture. A consulter sans modération!

Sources: séries 10U-AD12

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Les enfants de Constantine

 Aveyron, Blog, Histoire locale, XXème Siècle  Commentaires fermĂ©s sur Les enfants de Constantine
Juin 262018
 

Plus d’une centaine d’enfants du département de Constantine sont envoyés dans l’Aveyron au début du 20ème siècle. Quelques éléments de réponse à cette particularité.

Des profils variés

Les enfants de Constantine arrivent par vagues d’une vingtaine de personnes environ entre le 5 juillet 1903 et le 3 décembre 1905. Quelques enfants isolés arrivent plus tard, la dernière date du registre est le 26 mai 1906.

  • 25 enfants de 4 Ă  12 ans le 05/07/1903
  • 23 enfants de 5 Ă  12 ans le 13/09/1903
  • 25 enfants de 3 Ă  11 ans les 30/11/1903 et 02/12/1903
  • 19 enfants de 3 Ă  12 ans le 05/06/1904
  • 17 enfants de 1 Ă  10 ans le 31/10/1904
  • 22 enfants de 4 Ă  11 ans les 19, 28, 30/05/1905 et le 03/06/1905
  • 14 enfants de 2 Ă  14 ans les 03 et 07 dĂ©cembre 1905
  • 1 enfant de 11 ans le 26/05/1906

L’Aveyron accueille autant de garçons que de filles. Quelques fratries sont représentées dont la plus grande est composée de 4 frères et sœurs (dont des jumeaux).

Les enfants sont âgés de 3 à 12 ans mais on note cependant l’arrivée de 2 enfants de un an et une de deux ans.

Sont-ils orphelins, trouvés, moralement abandonnés, en garde ? Tous ces profils sont probablement représentés car on retrouve des enfants de parents inconnus, de mère célibataire, de parents non mariés, orphelins de mère, ou issus de couples « classiques. »

Quelques uns n’arriveront pas jusqu’en Aveyron, certains repartiront en Algérie, beaucoup des 159 noms n’ont pas un destin aussi facile à déterminer.

Pourquoi l’Aveyron ?

La rĂ©ponse reste vague… parce que le dĂ©partement Ă©tait plus attractif que la Lozère et l’Ardèche ? Ce qui est sĂ»r c’est qu’envoyer les enfants assistĂ©s Ă  la campagne Ă©tait une des habitudes des services d’assistance.

En 1902, le conseil général de Constantine prend contact avec son homologue aveyronnais pour que des placements puissent avoir lieu dans ce département. Il émet un avis favorable au mois d’octobre.

Le 6 dĂ©cembre 1902, Constantine demande des prĂ©cisions sur les conditions dans lesquelles les enfants de l’Aveyron sont placĂ©s dans le dĂ©partement. Le prĂ©fet renvoie un dossier. L’inspecteur de l’assistance public de Constantine se dĂ©place alors pour voir le placement dans l’Aveyron, mais aussi l’Ardèche ou la Lozère… et le 1er avril 1903, c’est l’Aveyron qui est choisi. Quelques jours plus tard, il ne reste que les conditions financières Ă  rĂ©gler. Si on peut payer par trimestre, cela Ă©vitera de perturber les familles qui ont l’habitude d’être payĂ©es Ă  cette frĂ©quence.

Le nombre estimĂ© est de 200 enfants mais il ne doit ĂŞtre atteint que dans les 2 ans…

Et après ?

Constantine paye aux familles d’accueil 15400 francs pour l’exercice 1904 et 16375 francs pour 1905.

Le 10 janvier 1906, le prĂ©fet se plaint de la surcharge de travail liĂ© aux pupilles de Constantine… et rĂ©clame dont une indemnitĂ© de 0,15 Ă  0,20 francs par enfant et par mois, soit pour 133 enfants 319,20 francs.

Les enfants sont parfaitement placĂ©s dans l’Aveyron au point de vue de la santĂ©, de la tenue, de l’Ă©ducation et de la frĂ©quentation scolaire.

Les arrivĂ©es se rĂ©duisent. Aucun pupille n’est envoyĂ© dans l’Aveyron en 1908, 5 ont Ă©tĂ© ramenĂ©s en AlgĂ©rie et 2 remis Ă  leur parents. Au 31/12/1908, il en reste 149 dont

  • 48 garçons et 41 filles de moins de 13 ans,
  • 36 garçons et 24 filles de plus de 13 ans.

Conformément aux instructions de Mr le Gouverneur général, ces pupilles seront rapatriés au fur et à mesure. Comprenez, très progressivement car les enfants de Constantine sont encore mentionnés en 1944 !

A la veille de la 1ère guerre, aucun n’est envoyĂ© en Aveyron, 2 ont Ă©tĂ© ramenĂ©s. Il en reste 92 au 31/12/1914 dont

  • 12 garçons et 10 filles de moins de 13 ans
  • et 37 garçons et 33 filles de plus de 13 ans.

Ils sont 74 au 31 décembre 1915.

Le climat salubre du Rouergue

Au 31/12/1921, 89 pupilles restent prĂ©sents dans l’Aveyron. 10 nouveaux enfants sont placĂ©s car ils sont des sujets assez difficiles. Le placement rural dans la mĂ©tropole est prĂ©fĂ©rable Ă  leur internement dans un orphelinat ou un autre Ă©tablissement. On notera que les plus indisciplinĂ©s s’adaptent parfaitement Ă  l’Aveyron et que le climat salubre du Rouergue leur est profitable!

Le dernier chiffre cité est de 74 enfants de Constantine en Aveyron au 1er janvier 1933

Un grand merci aux deux archivistes des AD de Rodez qui m’ont Ă©voquĂ© la prĂ©sence de cette cote et Ă  l’équipe du GAMT qui a partagĂ© un week-end Ă  mes cĂ´tĂ©s dans un salon de gĂ©nĂ©alogie. Ils m’ont tous donnĂ© envie d’en savoir plus… La liste des enfants de Constantine est disponible dans la base de donnĂ©es et a Ă©tĂ© transmise au GAMT.

Sources: DĂ©libĂ©rations du conseil gĂ©nĂ©ral de l’Aveyron et de Constantine, Histoire de Constantine, cultivateur aveyronnais numĂ©risĂ©s par Gallica, 3X54-AD12, 3X128-AD12, 3X290-AD12, 1X117-AD12

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Sotty Joseph, mort pour la France

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Juin 232018
 

Joseph Sotty , très brave caporal, est mort le 23 juin 1918 Ă  Moulin sous Touvent dans l’Oise. Il est le 58ème mort pour la France de la commune de Grury.

 

Classe 1915

Joseph Sotty est né le 5 janvier 1895 à Montpalais, hameau de Grury. Il est le 4ème enfant d’Antoine, cultivateur, et d’Antoinette Devion. Il est condamné à 54 francs d’amende en 1913 pour chasse en temps prohibé

Classe 1915, il est incorporé le 19 décembre 1914 et rejoint le 56ème RI. Son frère n’est pas revenu, étant de la classe 1913.

Après quelques mois d’instructions, il rejoint probablement le front dès le printemps 1915. Le 56ème Régiment d’infanterie est dans le secteur du bois d’Ailly où ils resteront jusqu’à la fin de l’été.

Le journal de marche est très fourni en renseignements, en cartes détaillées et nous montre même quelques photographies.

En ce 15 mai, le 1er bataillon en entier est en 1ère ligne sur le front Bois Mullot, Sud de la maison Blanche, Sablière et Carrière. Une compagnie du 2ème bataillon est en renfort un peu plus Ă  l’ouest…. et Joseph Sotty est blessĂ©. Une plaie thoracique avec contusions par balle qui l’oblige Ă  ĂŞtre Ă©vacuĂ©.

Sa fiche matricule indique « sorti le 4 juin 1915. » Il revient combattre tout l’été dans le même secteur.

La Champagne

Le 26 septembre 1915, c’est le départ pour la Champagne. La gare de débarquement est celle de Villers Daucourt avant de prendre des autos puis de rejoindre Somme-Tourbe. Les hommes prennent positions vers la tranchée de la Vistule.

Le journal de marche est moins fourni. Plusieurs croquis restent en attente d’être réalisés.

Le 10 novembre, le 1er bataillon est en alerte en raison d’une attaque allemande et subit un très violent bombardement. Joseph Sotty est blessĂ© par Ă©clat d’obus Ă  la face. L’état moral des bataillons passe de satisfaisant Ă  très dĂ©primĂ©, passable et assez bon…

Retour au bois d’Ailly

Le 56ème régiment d’infanterie quitte la Champagne pour retourner dans le secteur de St Mihiel, le Bois d’Ailly en début d’année 1916.

Dans la nuit de 30 avril au 1er mai 1916, il a montré tout son courage en laissant approcher une patrouille de 4 allemands, en tuant un et en blessant un autre alors qu’ils n’étaient plus qu’à 15 mètres.

Pendant l’été 1916, le 56ème RI participe aux combats de Verdun vers le village de Fleury avant de repartir le 10 aout vers la Lorraine.

DĂ©part pour la Somme

Après quelques temps de repos, le régiment s’embarque pour la Somme le 26 novembre. Il occupe en fin d’année le secteur de Belloy en Santerre avec une des périodes les plus pénibles de toute la campagne.

Retour en Champagne

Le régiment est relevé le 8 janvier 1917 et se dirige vers la Champagne. Saint Hilaire le Grand, où il brille. Puis Maisons de Champagne où la situation est plus critique. La troupe reste dans le secteur jusqu’au printemps 2018.

Joseph Sotty est promu soldat de 1ere classe le 22 janvier 1918, il est nommé caporal le 10 mars 1918.

La Picardie

Les troupes partent alors au repos avant de repartir pour la Picardie face à l’attaque déclenchée par l’ennemi sur le front anglais.  Les hommes débarquent à Choisy au Bac avant de rejoindre le secteur d’Orvillers Sorel, entre le bois de l’Epinette et le bois de Gueule.

Le 23 juin 1918, un coup de main est donnĂ© sur le groupe ennemi sur la crĂŞte dominant le ravin de Moulin Sous Touvent… et il Ă©choue.

« Un caporal disparu au cours du coup de main » manque à l’appel, c’est Joseph Sotty. Il avait 23 ans.

Son corps repose dans la tombe N°25 de la nécropole de Compiègne. Il est décoré de la croix de guerre avec étoile de vermeil. Il est le 58ème mort pour la France de la commune de Grury.

Sources : 5E227/13-AD71, 1R RM Autun 1915-AD71, 26N645/1 à 14–sga mémoire des hommes, Historique du 56ème Régiment d’infanterie.

 

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Fontaine Henri, mort pour la France

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Juin 102018
 

Henri Fontaine est le 57ème mort pour la France de la commune de Grury.  Il est né le 14 novembre 1893 au hameau de Bousseloup et est le 3ème fils des quatre enfants Louis Fontaine et de Pierrette Luard.

 

Incorporé pour ses 20 ans

La classe 1913 a la particularité d’avoir été incorporée dès le mois de novembre 1913, soit un mois après celle de 1912.

Henri Fontaine rejoint le 10ème régiment d’infanterie et appartient à la 10ème compagnie. Il écrit régulièrement à sa famille.

DĂ©part pour les Vosges

Le 10ème régiment d’infanterie quitte Auxonne le 05 août 1914 vers les Vosges et débarque à Charmes dès le lendemain matin. Les hommes avancent vers l’Est. Un mois plus tard, Henri Fontaine est blessé par balle au bras droit dans le secteur de la mare aux vaches mais il est noté disparu sur le journal de marche du régiment

Les lettres Ă  la famille

Il retourne au front au plus tard dans le mois qui suit puis écrit le 18 novembre 1914 :

« Il ne fait pas chaud aujourd’hui. Il a gelĂ©. Nous n’avons pas eu trop chaud dans les tranchĂ©es. J’ai un couvre pied et une couverture que j’ai reçu de chez nous. [..] Il a tombĂ© de la neige le 15 puis il a tombĂ© de l’eau. […] Qu’est ce que vous voulez que j’en pense, je crois que ce n’est pas encore fini et sans doute il en a encore pour longtemps. Et il ne faut pas comparer 1870 Ă  aujourd’hui.[…] Comme il fait froid, les nuits j’ai mal aux dents et je ne peux pas les faire arracher. »

Le 21 décembre 1914, il écrit ;

« Pour le moment il y a beaucoup de malades qui entrent Ă  l’hĂ´pital, je vais vous dire que la fièvre typhoĂŻde commence Ă  entrer dans les rangs de notre armĂ©e. […] Quant Ă  moi, j’y suis Ă©tĂ© vaccinĂ© au mois de mai dernier, je pense qu’on ne vaccinera pas une seconde fois. Je n’y tiens pas non plus, il fait assez mail, ils font 4 injections derrière l’épaule Ă  8 jours d’intervalle. […]

Le 25 décembre 1914, jour de Noël :

« Nous voilà bientôt au nouvel An. Je vous exprime mes meilleurs vœux de bonne année à chacun de vous, il faut espérer que nous nous retrouverons un jour, nous ne le savons pas, il n’y a que le Bon Dieu qui le sait. »

La famille aura peut être reçu les vœux à temps en Saône et Loire, mais le courrier au front a été en retard suite à une grande quantité de lettres envoyées aux poilus.

La forêt d’Apremont

Le 10ème régiment d’infanterie est dans le secteur de la forêt d’Apremont au début de l’année 1915.

« Il pleut ces jours lĂ , il tombe mĂŞme de la neige » Ă©crit Henri le 14 fĂ©vrier. « Nous sommes mieux nourris que le dĂ©but et le pain est assez bon et n’a rien Ă  comparaitre Ă  cĂ´tĂ© du pain des Allemands. J’en ai mangĂ© […] il Ă©tait aussi noir que la cheminĂ©e et Ă©tait amer. »

Le régiment a passé 10 jours à Commercy pour se faire vacciner contre la typhoïde. Henri plaint les réfugiés qui ont été évacués.

Très occupé, Henri n’a pas le temps d’écrire. Il se cache au passage des aéros qui volent constamment et annonce probablement sa nomination comme caporal le 18 avril 1915.

Nouvelle blessure

Le Caporal Fontaine est blessé à la région cervicale et au thorax le 17 juin 1915 alors qu’il était aux avants postes du bois d’Ailly.

Il est Ă©vacuĂ© Ă  Bourgoin Jallieu et Ă©crit qu’il ne peut pas marcher. Le voyage l’a aussi beaucoup fatiguĂ© et la blessure lui a dĂ©clarĂ© des rhumatismes… il n’a que 22 ans…

Il retourne à sa caserne à la fin de l’été avant de passer la visite qui déterminera s’il repart au front ou non. Il écrit plusieurs fois depuis Auxonne et Dijon en fin d’année 1915 et espère obtenir une permission pour Noël.

Changement de régiment

Henri Fontaine passe au 211ème régiment d’infanterie le 24 mars 1916 puis au 220ème RI un mois plus tard. Il participe probablement à la bataille de Verdun.

Le courrier est plus rare en cette année 1916

Henri Fontaine est nommé Sergent le 12 avril 1917.

En fin d’année il est affecté au 283ème régiment d’infanterie qui est dans l’Aisne. Il y dort la journée et veille la nuit.

« Il a fallu s’habituer, moi qui n’avait pas veillé comme ça il y a 10 mois. »

Les hommes ne peuvent pas faire de feu en ce mois de décembre 1917 à cause de la lueur la nuit et de la fumée le jour. Henri écrit « nous sortirons d’ici aussi blancs que de la neige, on ne voit pas le soleil puisque le jour on ne peut pas sortir à moins qu’il y aie des brouillards. Ce n’est pas toujours intéressant la guerre et même jamais. »

Tué dans l’Oise

Le 283ème régiment est dans l’Oise en cette année 1918. Le 10 juin 1918, à la Folie près de Margny les Compiègne, Henri Fontaine est tué par éclat d’obus. Il est décoré de la croix de guerre.

Son corps est rapatrié le 30 avril 1921 et il repose au cimetière de Grury.

Sources : 5E227/13-AD71, 1R RM Autun 1903-AD71, 26N584/1 à 5, 26B718/13, 26N738/7–sga mémoire des hommes

© 2018 Généalanille

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