Se faire naturaliser français

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DĂ©c 182017
 

Après une première demande infructueuse et 22 ans passés en France, l’allemand Frédéric Patszchke se fait naturaliser français.

Un allemand dans la légion étrangère

Il s’appelle FrĂ©dĂ©ric Albert Patszchke. Il est nĂ© en 1885 en Allemagne de parents allemands. En 1910, il se rend Ă  Nancy et s’engage Ă  la lĂ©gion Ă©trangère pour 5 ans. AlgĂ©rie, Maroc, Tonkin… Il est mĂŞme dĂ©corĂ© de la mĂ©daille commĂ©morative du Maroc.

Son engagement se termine alors que la 1ère guerre mondiale est commencée. Il est alors interné pendant un an à Mascara (Algérie) avant d’être envoyé dans l’Aveyron comme chauffeur meunier pour assurer le ravitaillement des hommes au front.

Il travaille ensuite Ă  BĂ©ziers puis Ă  Strasbourg comme chauffeur avant de retourner chez son premier employeur en 1924.

 

Première demande de naturalisation

Le dossier de sa première demande de naturalisation date du 9 février 1927. Elle est régie par la loi du 26 juin 1889 sur la nationalité et respecte le critère de 10 ans de résidence en France.

Les pièces fournies sont :

  • Une demande sur papier timbrĂ© contenant l’engagement Ă  payer Ă  150 francs pour droits de sceaux (sur les 1076 francs prĂ©vus). Cette somme est en rapport avec ses revenus (500 francs par mois) et ses charges (720 francs de loyer et 40 francs d’impĂ´ts) ;
  • Son acte de naissance ;
  • La justification de ses annĂ©es de services militaires ;
  • Les diffĂ©rents justificatifs de se rĂ©sidence en France ;
  • Un bulletin N°2 de son casier judiciaire.

 

Son casier judiciaire n’est pas vierge. Il a été condamné à un mois de prison avec sursis pour avoir volé pour 3000 francs d’objets à son patron l’année précédente.

La condamnation a eu lieu 15 jours avant sa demande de naturalisation. Il paye les 115 francs d’amende dans le courant du même mois et évite l’expulsion.

Et sa vie est en train de changer ! Il épouse en mars 1927 Virginie Barbier, une brodeuse originaire de Haute Vienne. Elle était sa domestique lors du recensement de l’année précédente.

 

Les avis sur son intégration, son comportement et son état de santé sont bons. Cependant, cette première demande de naturalisation est ajournée le 2 octobre 1927. Probablement du fait de sa condamnation.

Sa femme peut recouvrer sa nationalitĂ©, Ă  condition d’en faire la demande avant le 10 aout 1928 au juge de paix de son canton. Pourquoi cette date? A cause d’une nouvelle loi.

Une nouvelle loi

Mme Patszchke est française, devenue allemande par mariage. Mais comme le rappelle le préfet dans sa lettre, elle peut recouvrer sa nationalité en faisant une déclaration devant le juge de paix. C’est un des avantages de la nouvelle loi du 10 aout 1927.

Avant 1927, l’article 19 du 26 juin 1889 prévoyait que la femme suivait la condition de son mari.

A compter du 10 aout 1927, les françaises Ă©pouses d’étranger comme Mme Patszchke ont un an, soit jusqu’au 10 aout 1928 pour recouvrer leur nationalitĂ© d’origine selon l’article 14 de la nouvelle loi. Sous rĂ©serve, bien sĂ»r, d’avoir l’autorisation de leur mari.

 

Une nouvelle demande

Février 1932. Cela fait 22 ans que Mr Patszchke réside en France. Il renouvelle sa demande de naturalisation. Par conséquent, un nouveau dossier est constitué.

Il propose cette fois ci de payer 250 francs sur les 1076 francs de droits prévus. Il gagne 25 francs par jour, sa femme 10 francs par jour. Le montant de leur loyer est de 1200 francs et ils doivent également payer 53 francs d’impôts.

Mais Mr Patszchke n’est pas en règle avec la législation française en vigueur sur le séjour des étrangers. Sa carte d’identité N°1235646 du 5 mars 1927 aurait due être renouvelée au plus tard le 31 mars 1929. Ce qui n’est pas le cas.

Il faut commencer par régulariser la situation. Or Mr Patszchke a bien une carte d’identité a jour qui lui a été délivrée en décembre 1930.

Par consĂ©quent, il ne lui reste qu’Ă  payer les 215,25 francs de droits, ce qui est fait fin aout 1932.

 

Naturalisé et réintégrée

Le couple est naturalisé français (pour Mr) et réintégré (dans la qualité de française pour Mme) par décret du 28 septembre 1932. L’avis est publié dans le journal officiel le 6 octobre 1932.

Naturaliser

Mr Patszchke atteste avoir reçu copie de ces décrets, et ses différents documents officiels (quittances d’impôts, certificats de travail et actes d’état civil) le 17 octobre 1932 à la mairie de Saint Affrique.

 

Sources : 6M314/3-AD12, 8U463-AD12, PER957-AD12, 1295W227-AD12, 6M770-AD12, 6M774-AD12, 6M785-AD12, Journal officiel numérisé par Gallica

© 2017 Généalanille

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Cet article a été réalisé dans le cadre du challenge UproG de décembre 2017 sur le thème imposé « les naturalisés ».

Les tours d’exposition d’enfants de l’Aveyron

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DĂ©c 142017
 

Abandonner un enfant dans des tours d’hospice, telle est la possibilité offerte par la loi de 1811. En Aveyron, on dénombre jusqu’à 8 tours qui seront progressivement supprimés.

1811 : Un tour par hospice

Le décret du 19 janvier 1811 indique dans son article 3 « Dans chaque hospice destiné à recevoir des enfants trouvés, il y aura un tour où ils devront être déposés. »

Tous les départements ne vont pas mettre en place un tour, mais dans l’Aveyron ce sont 8 tours qui vont être installés : Rodez, Millau, Villefranche de Rouergue, Saint Affrique, Espalion, Conques, Mur de Barrez et Saint Geniez.

 

Mais l’article 4 du décret précise une autre condition « il y aura au plus, dans chaque arrondissement, un hospice où les enfants pourront être reçus ». 5 arrondissements donc pas plus de 5 hospices pour recevoir les enfants ! C’est trois de trop. Dès le 27 septembre 1811, les 3 tours de Conques, Mur de Barrez et Saint Geniez sont supprimés.

Conques est rattaché à Rodez, les deux autres à Espalion. Administrativement parlant, la suppression n’est effective qu’au 1er janvier 1812.

 

1829 : deux nouveaux tours fermés.

Le nombre d’admission d’enfants exposés a été « chaque année de plus en plus considérable ». Les dépenses à la charge du département augmentent en conséquence.

Par ailleurs, la position de certains hospices « dans des villes peu populeuses » ne permet pas de cacher le lieu de placement des enfants. Les parents savent oĂą sont les enfants qu’ils abandonnent et arrivent mĂŞme parfois Ă  les rĂ©cupĂ©rer en nourrice… en touchant une pension.

Le préfet de l’Aveyron décide de fermer les tours d’Espalion et de Saint Affrique au 30 juin 1829.

Les maires sont chargés d’informer les chirurgiens accoucheurs et sage femme de leur circonscription et de faire publier l’arrêté pendant 3 dimanches à la porte des églises à la sortie des offices.

1830 : un tour supprimé

Le problème avait été évoqué en 1829. Des enfants issus d’autres départements sont probablement abandonnés dans l’Aveyron. Le Cantal, la Lozère, le Lot et le Tarn et Garonne n’ont conservé qu’un tour. Le Tarn, qui en avait six, n’en a gardé que deux. Dans l’Aveyron, il en reste trois !

Et l’on va plus loin dans la comparaison. L’hospice de Villefranche de Rouergue voit son nombre d’enfants exposés multiplié par 2,4 en 10 ans. Le nombre d’enfants, rien qu’à l’hospice de Villefranche, est supérieur à celui de tout le département voisin du Lot.

L’Aveyron ne peut pas continuer de payer pour tout le monde. Le préfet décide alors de supprimer le tour de l’hospice de Villefranche à partir du 1er juillet 1830.

1844 : Suppression du tour de Millau

Les départements voisins ferment une partie de leur tours: Lodève et Clermont dans l’Hérault, Le Vigan dans  le Gard et Florac dans  la Lozère. Par conséquent, le nombre d’enfants abandonnés à l’hospice de Millau augmente rapidement. Cet abus qui « grève les finances du département de l’Aveyron » va engendrer la suppression du tour de Millau au 1er janvier 1844. Tous les enfants exposés le seront dorénavant uniquement à Rodez.

 

1845 : fermeture du dernier tour

L’arrêté date du 28 novembre 1844 et il prend effet au 15 juillet 1845. Le tour annexé à l’hospice de Rodez pour l’exposition des enfants est supprimé.

Outre le problème d’abandon d’enfants issus d’autres départements, l’Aveyron est un des départements où le nombre de naissances illégitimes est proportionnellement le plus grand (après les départements à grands centres de population que sont la Seine, le Rhône, les Bouches du Rhône et de la Gironde).

En France en 1841, 1 enfant sur 38 est abandonné. En Aveyron, c’est 1 enfant sur 25 qui est abandonné en 1841.

Et puis, l’article 349 du code pĂ©nal prĂ©voie la poursuite des auteurs ou complices de toute exposition d’enfant de moins de 7 ans…

Le tour est supprimé, mais il est remplacé par un bureau d’admission ouvert de 9H à 17.

 

1848 : réouverture de 5 tours

Le 28 mars 1848, les 5 tours des hospices des chefs lieux d’arrondissement sont rétablis par arrêté des commissaires du département.

L’information est diffusée en quelques lignes dans le journal.

Mais le conseil général de l’Aveyron, dans sa session du 28 novembre 1848, est d’avis que « tous les tours soient supprimés.»

 

1849 : fermeture des tours

L’arrêté du préfet prend effet au 20 aout 1849. Les tours des différents hospices de l’Aveyron sont définitivement fermés. Ils sont remplacés par des bureaux d’admission ouverts de 9H à 10H et de 16H à 17.

Certains tours auront ouverts pendant plus de 30 ans.

 

Sources: mĂ©moires de la sociĂ©tĂ© des lettres, sciences et arts de l’Aveyron, Travaux de la commission des Enfants-TrouvĂ©s instituĂ©e le 22 aoĂ»t 1849 par arrĂŞtĂ© du Ministre de l’intĂ©rieur. Tome 2, numĂ©risĂ©s par Gallica, Journal de l’Aveyron-AD12, PER1181-AD12

© 2017 Généalanille

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Disparu ou fusillé?

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Nov 302017
 

Sa fiche matricule indique qu’il est disparu au combat mais l’aveyronnais Jean Blanc a Ă©tĂ© fusillĂ© en 1914 pour abandon de poste…

Un cultivateur qui tente sa chance Ă  Paris

Jean Blanc est né le 7 juillet 1880 au village de Fraysse à Lacroix Barrez dans l’Aveyron. Il est fils d’Etienne, cultivateur et de Rosalie Bouscarat.

En novembre 1901, il part faire son service militaire dans les rangs du 96ème régiment d’infanterie. Il rentre dans l’Aveyron en septembre 1902 avec un certificat de bonne conduite.

Jean Blanc travaille comme cultivateur puis part à Paris en 1907 comme garçon de café. Il reviendra deux ans à Lacroix Barrez avant de repartir à la capitale.

Porté disparu en septembre 1914

Quand éclate la 1ère guerre mondiale, il a 34 ans. Rappelé à l’activité, il rejoint le 142ème régiment d’infanterie le 12 aout 1914.

Sa fiche matricule indique qu’il est blessé le 27 septembre 1914. Il est même porté décédé le même jour par un jugement du tribunal d’Espalion du 13 septembre 1921.

Mais le dossier du jugement du conseil de guerre de Toul du 2 octobre 1914 nous donne une autre version.

Il s’est sauvĂ©…

« Le nommé Blanc se trouvait le 23 septembre dernier [1914] dans une tranchée près de Bernécourt face à l’ennemi qui était installé dans les bois voisins.

Pris de peur, il imagina pour quitter son poste d’accompagner une corvée d’eau qui se rendait dans une ferme voisine.

Lorsque la corvée regagna son poste, au lieu d’y retourner, il se cacha et dès que la corvée fut partie, jeta ses armes, son sac et son fourniment puis se sauva en arrière.

Il erra dans les bois où il se cachait et finit par être arrêté dans les environs de Fong à une vingtaine de kilomètres de l’endroit d’où il était parti et deux jours après sa fuite. »

Jean Blanc se défend. Il s’est bien battu depuis le commencement de la guerre mais il a eu peur, tout d’un coup, d’être tué.

Devant les gendarmes

Parti le 23 septembre 1914 vers 19 ou 20 heures, il est repris par les sentinelles le 25 septembre vers 8 heures sur le chemin de halage du canal Ă  Lay St Remy.

Jean Blanc est emmené à la gendarmerie de Toul où il est interrogé et explique avoir déserté. Il a jeté son sac, sa musette, son bidon, ses cartouchières, son fusil et sa baïonnette à 1km de son cantonnement.

Il est écroué à la prison militaire de Toul.

La peine de mort

Le soldat passe devant le conseil de guerre dès le 26 septembre. Il est convaincu de dissipation d’armes et d’effets et d’abandon de poste en présence de l’ennemi. Son jugement a lieu le vendredi 2 octobre 1914 à 13 heures. Il est condamné à la peine de mort.

Son exécution a lieu le lendemain à 15 heures dans les fossés de la fortification de la Porte Moselle à Toul.

Jean Blanc est amené sur le terrain par un détachement de 50 hommes. Pendant qu’on lui lit son jugement, un soldat lui bande les yeux et le fait mettre à genoux. Le peloton fait feu, un sous officier lui donne le coup de grâce et le médecin constate le décès.

Un jugement 7 ans plus tard

Le 3 février 1920, un acte de disparition est établi pour Jean Blanc. Il indique les circonstances recueillies.

« Ce militaire, blessĂ© au cours du combat n’ayant plus reparu Ă  son unitĂ©, est prĂ©sumĂ© mort. Le manque d’Ă©lĂ©ments n’avait pas permis d’Ă©tablir cet acte. »

La dĂ©marche administrative va suivre son cours. En juin 1921, le questionnaire prĂ©cise que le militaire n’a pas Ă©tĂ© signalĂ© comme prisonnier et que la famille est avertie qu’une dĂ©claration judiciaire de dĂ©cès va ĂŞtre entreprise. L’Ă©tat de services et l’acte de naissance de Jean Blanc sont demandĂ©s avant l’Ă©tablissement d’une requĂŞte pour constater le dĂ©cès en aout 1921.

Le tribunal d’Espalion rend son verdict le 13 septembre 1921. Jean Blanc est dĂ©clarĂ© « mort pour la France » Ă  Flirey (54) le 27 septembre 1914. Le jugement est transcrit 15 jours plus tard sur les registres d’Ă©tat civil de Lacroix Barrez.

Quand les parents ont-ils appris comment leur fils est mort? Les archives ne le disent pas…

 

Sources : 4E112/9-AD12, 1R850-AD12, 5U1149-AD12, 1158W224-AD12, SHD/GR 11 J 3031-1 mémoire des hommes, SHD/GR 11 J 3034 mémoire des hommes

Cet article a été réalisé dans le cadre du challenge UproG de novembre 2017 sur le thème imposé « la mort en 1914-1918 ».

© 2017 Généalanille

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EpidĂ©mie Ă  l’orphelinat

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Oct 272017
 

Une épidémie typhoïde survient à l’orphelinat de Grèzes à Séverac l’Eglise (12) au moins de novembre 1892. Elle dura 4 mois et fit 5 morts dont 1 orphelin et 4 religieuses.

La fièvre typhoïde arrive à l’orphelinat

L’épidémie de fièvre typhoïde a fait son apparition en juillet 1892 à Lissirou puis en août à Gaillac d’Aveyron. Pendant deux mois, elle va faire des ravages dans ces communes avant d’atteindre l’orphelinat de Grèzes situé à Séverac l’Eglise. La méthode de transmission est inconnue.

L’orphelinat de Grèzes est tenu par des sœurs et accueille de jeunes garçons âgés de 2 à 10 ans et les garde jusqu’à 18 ou 20 ans.

L’Ă©pidĂ©mie commence le 1er novembre 1892 par une religieuse novice de 18 ans qui souffre d’une fièvre aux allures bĂ©nignes.

Seules les sĹ“urs sont touchĂ©es…

Au 22 décembre, on dénombre 20 nouveaux cas. Mais ce sont uniquement des religieuses qui sont atteintes. Dans la même semaine, 4 autres sœurs sont finalement touchées par la maladie.

Deux sœurs viennent de décéder à l’orphelinat : une novice de 18 ans, Joséphine Lacan et une professe de 42 ans, Marie Catherine Soulié.

Parmi la communauté religieuse, on dénombre :

  • 1 cas très grave chez une sĹ“ur de 20 ans
  • 1 cas grave chez une religieuse dĂ©moniaque de 22 ans
  • 5 cas lĂ©gers sur des religieuses de 16 Ă  26 ans
  • 3 cas très lĂ©gers sur des novices de 15, 17 et 19 ans.

La religieuse très atteinte meurt le 28 décembre. Il s’agit de Marie Maurel. On notera également le décès de Mélanie Trébosc qui meurt le 20 décembre 1892 à Bédarieux (34), deux jours après son départ de Grèzes.

Quand à la sœur démoniaque, elle restera bien vivante et son comportement sera évoqué dans la presse 10 ans plus tard.

… ou presque

Le rapport du Dr Géraud indique que l’orphelinat a été touché dès la fin aout et notamment par le biais d’un jeune garçon de 13 ans et d’une religieuse de 23 ans. Le garçon « languinait » et ne retrouvait pas ses forces.

A partir de novembre, le nombre de malades augmente. Fin décembre, on s’accorde à dire que 15 enfants de moins de 14 ans sont atteints. D’ailleurs, on enterre Henri Georges, orphelin originaire de Paris, le 2 janvier 1893.

Les chiffres s’affolent et montent jusqu’à 45 cas recensés sur la centaine d’habitants théoriques de l’établissement.

 

Les valides soignent les infectés

5 religieuses et un orphelin de 15 ans sont traités à Rodez. Pour les autres, ce sont certaines sœurs valides aidées du Dr Séguret de Laissac, médecin de l’établissement qui font au mieux.

Parmi les symptĂ´mes et outres la fièvre, on note beaucoup de troubles nerveux, de dĂ©lires nocturnes… Et pas question de renvoyer les enfants chez eux, ils sont tous orphelins !

Une Ă©tude sur les lieux

Une étude est faite par le Dr Géraud. Il est ressort les éléments suivants.

L’orphelinat est situé sur la rive gauche de l’Aveyron, à 3 km environ du cours d’eau.

Il est composé au nord d’une maison (en A) à 2 étages à 3 fenêtres de façade avec au rez de chaussée un réduit à porcs. On accède au 1er étage par un escalier à double rampe qui est occupé par les bureaux et deux chambres. L’étage au dessus sert de dortoir aux orphelins.

Le bâtiment B comprend 2 étages et un rez de chaussée qui sert de réfectoire, le reste est en dortoirs.

Un hangar et d’une écurie composent le bâtiment C.

 

Face à ces constructions, et séparées par une cour, se trouvent les latrines pour les orphelins et le personnel agricole (en F). Il s’agit d’une série de 5 cabines étroites avec un orifice de chute creusé dans une dalle d’ardoise. En sous sol, une fosse fixe est cimentée. La vidange est faite à main d’homme à époques régulières.

En G, une longue étable surmontée d’une grange fait face à une longue fosse à fumier.

 

En E-H, un établissement est réservé à la communauté chargée de la direction de l’orphelinat. Le dortoir des religieuses occupe les 2 étages du bâtiment E dont le rez de chaussée est réservé à la chapelle commune. Les étages de H sont affectés aux différents services. Sous la rampe d’escalier, on trouve une porcherie.

Les latrines des sœurs sont en J mais elles s’évacuent via un puisard en S.

 

L’orphelinat s’alimente en eau de boisson à la fontaine publique de Séverac l’église. La source qui fournit la fontaine provient de la montagne voisine. Un service d’approvisionnement d’eau est fait chaque jour par un volumineux baquet trainé à bras par les garçons de ferme. Ils remplissent le tonneau au robinet.

En G une citerne est annexée au bâtiment et recueille l’eau de pluie. Plusieurs puits existent mais ne sont utilisés que pour le jardinage.

 

Des mauvaises conditions et habitudes

Le constat est clair. Les conditions d’hygiène ne sont pas bonnes. Les matières fĂ©cales des malades censĂ©es ĂŞtre enfouies dans une fosse Ă  quelques centaines de mètres du hameau et recouvertes de chaux ont Ă©tĂ© dĂ©versĂ©es dans les latrines de la communautĂ©… d’oĂą une probable propagation de la fièvre !

Il faut désinfecter !

Pas besoin d’enlever tapis, tentures et rideaux, il n’y en a pas. Par conséquent, il faut désinfecter ce qui existe. Cuillers, tasses, verres et autres vaisselles sont dorénavant plongées dans l’eau bouillante.

On projette sur les planchers de la sciure de bois humectée avec du sulfate de cuivre, puis on balaye et on brûle la poussière.

L’eau de la citerne devient interdite. La fosse à fumier est vidée, nettoyée, désinfectée.

Les officiels et la technique

Par ailleurs, le Dr SĂ©guret fait au mieux pour enrayer l’Ă©pidĂ©mie. Mais, d’après la presse, il ne prĂ©vient la prĂ©fecture que fin dĂ©cembre.Tout va alors s’accĂ©lĂ©rer.

La commission d’hygiène se déplace à Grèzes fin décembre ou début janvier 1893 (selon les sources). On voit à l’orphelinat le Dr Bompaire de Millau (inspecteur des épidémies), le Dr Thoinet, du conseil d’hygiène central, délégué par le ministre de l’intérieur, Mr Carré, secrétaire général de la préfecture, mais aussi l’Evêque qui vient apporter son soutien aux religieuses.

Un secours de 5000 francs est accordé par le gouvernement et des machines à vapeur de la maison Geneste et Herscher de Paris sont expédiées dans l’Aveyron. Elles seront utilisées pendant tout le mois de janvier pour désinfecter objets et vêtements.

L’épidémie est jugulée

Grâce aux mesures prises, à la fin des labours, à l’arrivée des pluies et de la neige, l’épidémie se termine dans le mois de février avec 4 décès dans l’Aveyron.

Le Dr Géraud rédige son rapport en juin 1893. Il reçoit alors une médaille de bronze du ministre de l’intérieur pour son travail.

Finalement, Mr Séguret et Mr Bompaire seront également récompensés. En effet, ils obtiendront les médailles de bronze des épidémies par arrêté ministériel du 25 mars 1893.

 

Les bâtiments de l’orphelinat abritent aujourd’hui un ITEP.

Sources: 4E276/8-AD12, 4E276/9-AD12, 5Mi70/13-AD34, 1M939-AD12, 5M20-AD12, La France charitable et prĂ©voyante, l’Ă©cho du merveilleux et DĂ©sinfection, stĂ©rilisation, renseignements pratiques sur les appareils et procĂ©dĂ©s, par Fernand DehaĂ®tre numĂ©risĂ©s par gallica, carte postale collection personnelle.

© 2017 Généalanille

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Cet article a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© dans le cadre du challenge UproG d’octobre 2017 sur le thème imposĂ© « les Ă©pidĂ©mies ».

L’inconnu de la chambre numéro 3 arrêté par la Gestapo

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Oct 192017
 

FĂ©vrier 1944, un inconnu est arrĂŞtĂ© dans un hĂ´tel de Saint Affrique dans l’Aveyron.

Neuf individus armés

20 février 1944 à 4H30 du matin, deux véhicules stoppent devant l’hôtel du nord, Rue Pasteur à St Affrique. 9 individus en civil en sortent armés de mitraillettes et de révolver de fort calibre.

Ils entrent dans l’établissement que possède Adrien Affre, 45 ans. Il faut dire que les portes ne sont jamais fermées.

Ils se dirigent vers la chambre N°3 et arrêtent le voyageur qui s’y trouve. Il est menotté et conduit à la salle du restaurant au rez de chaussée. Les voisins de chambres sont réveillés à coup de « ouvrez, police » et subissent des contrôlent d’identité.

Les 9 hommes demandent à boire un café et disent à Mr Affre « Il nous a donné du fil à retordre celui là, c’est un fou. Il en a déjà fait tuer 5 ou 6. » Puis ils remontent dans leur automobile à essence et repartent de suite sans qu’on puisse connaitre la direction prise.

Les « agresseurs » étaient donc 9 entre 30 et 38 ans. Vêtus de complets et de pardessus sombres, sauf 2 qui portaient une canadienne de couleur beige. Tous avaient un chapeau mou. 3 avaient un accent étranger, peut être allemand, les autres parlaient français avec un accent méridional prononcé.

 

Un inconnu trépané

L’homme arrêté est un inconnu. Il n’a « pas encore » rempli la fiche d’hôtel qui permettrait d’en savoir plus sur lui. Il est arrivé le 16 février, et a déclaré venir de Montpellier pour chercher un logement en prévision de l’évacuation.

45 ans, chauve, plutôt petit. Il avait souvent évoqué son passé d’ancien combattant et de grand blessé de guerre. D’ailleurs, il avait évoqué ses 2 trépanations suites à ses blessures de la guerre 14-18.

Depuis son arrivée, il ne fréquentait personne, ne recevait pas de courrier. Lever tard et couché tôt, il menait une vie paisible.

 

A la recherche d’indices

Pour l’hôtelier, il semble qu’il s’agisse d’une opération de police normale et peu importe qu’elle ait été opérée par des services de police française ou allemande. Il prévient cependant le commissaire de police de St Affrique de ce qui s’est passé.

Dans la chambre de l’inconnu, le commissaire de police a retrouvé une chemise d’homme et une paire de chaussettes sales, un chapeau mou gris à bords rabattus acheté à la chapellerie David Rue de la loge à Montpellier et portant à l’intérieur les initiales G.R.

Et puis une carte Michelin N°80 région Aveyron Lozère Gard qui trainait sur un meuble.

Le chapeau appartenait bien au voyage mais la carte semble ĂŞtre celle des ravisseurs.

Sur la carte, un itinéraire était tracé en bleu. Il part de Pegairolles (34) et abouti au village de St Paul le Jeune à la limite de 3 départements, en passant par St Hippolyte du Fort, Alès et Ambroix. Et une ligne sensiblement horizontale qui semble délimiter un secteur du Caylar (34) à Laudun (30) et au milieu de la carte la mention « Latapie François Rue Frégére N°10 »

 

Le commissaire a prévenu le service des relations franco allemandes. Mais la gendarmerie du secteur n’a été avisée que 2 jours plus tard au moyen d’un avis de recherches remis par un agent de police.

Les RG de Rodez ont indiqué plus tard que l’opération avait été effectuée par la Gestapo de Montpellier.

Quand Ă  l’inconnu, son nom n’a pas Ă©tĂ© transcrit dans les dossiers…

 

Sources: 324W539-AD12, carte Michelin 80 collection personnelle

© 2017 Généalanille

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Obtenir une bourse d’enseignement

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Sep 272017
 

Grâce aux bourses d’enseignement, deux exemples d’élèves vétérinaires ont pu en partie financer leurs études au 19ème siècle.

Trois Ă©coles nationales

Pour devenir vétérinaire au milieu du 19ème siècle, il faut passer par l’une des 3 écoles nationales situées à Lyon, Toulouse et Alfort.

Les modalités d’inscription sont simples :

  • Un acte de naissance
  • Un certificat de bonnes vies et moeurs signĂ© par le maire
  • Un certificat d’un mĂ©decin, chirurgien ou officier de santĂ© attestant que le jeune homme a Ă©tĂ© vaccinĂ© ou qu’il a eu la petite vĂ©role
  • Pour les plus de 20 ans, un justificatif qu’ils ont satisfait Ă  la loi sur le recrutement
  • ….et une obligation sur papier timbrĂ© pour garantir le paiement d’avance par trimestre de la pension.

 

Pensionnaires

Qui dit 3 écoles, dit nécessaire pension pour les plus éloignés. D’ailleurs il est conseillé de rester en pension pour être disponible à tout instant à ses études. Et puis la vie en communauté, cela forge le caractère.

Mais avant d’être accepté, il faut passer l’examen préparatoire qui a lieu début octobre (à l’école choisie). Il comporte du français, de l’arithmétique, de la géométrie, de la géographie et de l’histoire de France. Et jusqu’en 1865, les élèves doivent être en état de forger un fer en deux chaudes. Après cette date, l’épreuve de forge est supprimée.

S’ils sont admis à l’examen, les élèves vétérinaires reçoivent du garde magasin les objets du coucher et le surveillant leur indique leur place dans les chambres ou dortoirs.

Ceux qui ont échoué devront rassembler un nouveau dossier pour l’année suivante.

 

4 ans Ă  financer

4 ans d’enseignement sont nécessaires pour devenir vétérinaire. Les élèves obtiendront alors un diplôme et une rétribution 100 francs. 4 ans en théorie, puisque le jury annuel peut décréter que l’élève n’est pas assez instruit pour passer en division supérieure.

Le coût de la pension est de 450 francs (en 1864) par an payable par trimestre et d’avance. Le prix du diplôme est à payer avant l’examen et est remboursé en cas d’échec.

La pension n’est pas la seule dépense, il faut aussi se munir d’un uniforme. « Hors de l’école et à la messe, aux distributions de prix, lors des visites faites par les officiels, les élèves portent un habit bleu foncé croisé devant, un pantalon de même drap, un gilet noir, des demi-bottes, un chapeau rond en soie noir. »

Le trousseau est à acheter. Le linge de literie est fourni par l’école. Et chacun lave son linge : l’élève pour son trousseau, l’école pour le linge de literie.

Les élèves doivent aussi acheter, leurs livres, instruments….

Deux types de bourse d’enseignement

Deux demi-bourses sont attribuées aux élèves par les préfets mais uniquement dans l’école dont dépend le département (école vétérinaire de Toulouse pour le département de l’Aveyron). Elles ne sont attribuées qu’après 6 mois d’école et uniquement aux plus méritants.

Par ailleurs des bourses impériales sont aussi données par l’état. Là encore, ce ne sont que les plus méritants qui peuvent y prétendre.

Pour certains bons élèves, ils parviennent à faire financer quasi l’intégralité de leur étude pour un semestre.

Le cas de deux élèves

Pierre Delbeuf est né en 1840 à Foissac (12), fils d’un forgeron.

Il entame sa première année d’étude à Toulouse en 1864. 9ème sur 64 au 1er semestre puis 8ème sur 65 au second semestre, il obtient une demi-bourse du département de l’Aveyron.

La deuxième année démarre mal. Il n’est que 29ème sur 39 élèves. Considéré comme un élève médiocre, sa demi-bourse lui est refusée. Il travaille probablement dur pour finir 13ème sur 38 au second semestre.

La demi-bourse lui est accordée pour sa 3ème année d’études. Il va la conserver toute l’année avec un classement de 8ème sur 39 puis de 6ème sur 39 élèves.

Aucune indication de bourse pour sa dernière année d’étude. Il finit 20ème sur 41 puis 7ème sur 42 élèves lors des deux semestres et obtient son diplôme avec une mention honorable.

Antoine Emile Rigal est né en 1839 à Villefranche de Rouergue (12), fils d’un vétérinaire.

Sa première année d’étude à Toulouse débute en 1860. Et son premier semestre sera le seul à ses frais.

5ème sur 38 élèves, il décroche une demi-bourse du préfet de l’Aveyron qu’il conserva tous les trimestres jusqu’à la fin de ses études.

Dès la deuxième année, ses classements sont tellement bons (2ème sur 39 puis 3ème sur 40) qu’il obtient en plus une demi-bourse impériale, qu’il conservera là encore jusqu’à sa 4ème année.

Il obtient son diplĂ´me en 1864, finissant le semestre Ă  la 12ème place sur 36 Ă©lèves…

 

Quel intérêt pour une généalogie ?

Si vous savez que votre ancêtre a été diplômé, vous cherchez généralement la date du diplôme. Selon sa profession, vous pouvez aussi dénicher la date de son enregistrement au tribunal.

Chercher une bourse d’enseignement, c’est parfois l’occasion de croiser des lettres manuscrites de votre ancêtre. C’est surtout, souvent, un bon moyen d’évaluer son niveau scolaire, à défaut de connaitre ses notes.

On y croise aussi ceux qui ont abandonnĂ©… mais, Ă  moins de savoir que votre ancĂŞtre a fait ce type d’études, vous n’irez probablement jamais le chercher dans ces archives !

 

Sources 2T2/6-AD12, 2T2/9-AD12, biusante.parisdescartes.fr, recueil de médecine vétérinaire et journal des vétérinaires numérisés par Gallica.

© 2017 Généalanille

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Cet article a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© dans le cadre du challenge UproG de septembre 2017 sur le thème imposĂ© « l’enseignement ».

Fermer la salle de lecture pour faire mieux

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Sep 192017
 

Les archives de l’Aveyron dĂ©cident de fermer la salle de lecture un jour par semaine… Et si ce n’Ă©tait pas une mauvaise idĂ©e…

Nouveaux horaires

Ça y est c’est officiel, Ă  compter du 2 octobre 2017, la salle de lecture des archives de l’Aveyron sera ouverte du mardi au vendredi de 8H30 Ă  17H en continu. Qu’est ce qui change? Fermeture chaque lundi, rĂ©ouverture les premiers jeudis du mois, et il faudra patienter un petit quart d’heure de plus le matin. Rien de catastrophique, donc. Enfin, pour la plupart d’entre nous qui n’ont pas connu les horaires du siècle dernier….

« vieux horaires » de la salle de lecture

 

Une rĂ©union d’information

Comme dans l’Aveyron, on est accueillant et bienveillant, nous, les lecteurs, avons eu droit Ă  une rĂ©union d’information pour nous expliquer ce changement. Une occasion assez rare d’Ă©changer entre « usagers » et « responsables d’archives ». Un vrai luxe!

Certes nous n’Ă©tions pas nombreux Ă  nous dĂ©placer. Entre planning surchargĂ© et « je n’ai pas compris que la rĂ©union s’adressait aux lecteurs », les prĂ©textes, bons ou mauvais permettent de s’excuser. En tous cas, les prĂ©sents semblent avoir apprĂ©ciĂ© les explications.

Des lecteurs exigeants

La situation est la mĂŞme pour dans chaque centre d’archives. Les ressources et moyens restent identiques (voire diminuent) et il faut « faire avec ». Sauf que nous, lecteurs, on aimerait des instruments Ă  jour, numĂ©risĂ©s, en ligne. On voudrait des fonds classĂ©s. Mais aussi des recensements de population, des tables de succession, des notaires, du cadastre sur le site internet. Et que le personnel puisse mieux rĂ©pondre Ă  nos questions. Il faudrait qu’on puisse manger ailleurs que dans le couloir. Et des bonnes conditions de travail. On peut avoir une machine pour numĂ©riser nous mĂŞme? Et vous voulez pas faire des ouvertures en nocturne? ….

Nos archivistes, ils sont plutĂ´t d’accord avec ce qu’on veut (enfin pas tout), sauf que le temps manque….

Une fermeture le lundi

Amis lecteurs, n’oubliez pas que la communication de documents en salle de lecture n’est qu’une petite partie du travail de nos archivistes... Si vous ne connaissez pas les autres missions, voyez ici.

Et si on fermait une journĂ©e? Personnellement, je suis chef d’entreprise donc je calcule le gain comme ça: deux personnes en salle de lecture + une personne Ă  l’accueil: 3 jours hommes (enfin plutĂ´t femmes en Aveyron) multipliĂ©s par 50 semaines (on ferme 2 semaines par an), ça fait 150 jours. L’Ă©quivalent d’un temps plein du 1er janvier au 30 mai. Pas mal, non? Bien sĂ»r c’est du thĂ©orique.

Dans la réalité, on le voit bien, la fréquentation des salles de lecture est de moins en moins importante. Donc on mobilise du personnel pour, parfois, peu de lecteurs. Par exemple, lundi matin, on était 2, « surveillés » par deux archivistes.  On aurait cru une salle privatisée!

Personnellement, mes « ancĂŞtres », ils peuvent attendre une journĂ©e. Et puis le lundi, c’est bien. Ça ne « casse » pas la semaine.

Archives départementales à Rodez à la fermeture des JEP 2017

Une nécessaire réorganisation

Des documents sont en attente de classement, de cotation, de conditionnement. Et le retard s’accumule.

Alors, imaginez. Mobilisez une plus grande partie du personnel sur un projet de classement, d’instrument de recherche ou peu importe. Le personnel rĂ©alisera le travail probablement plus vite et en plus il connaitra mieux ses fonds d’archives. Un bon point pour nous lecteurs!

Et des projets, il y en a! RenumĂ©roter, prĂ©parer en vue de numĂ©risation, classer et conditionner les fonds qui continuent d’arriver et en profiter pour mettre Ă  jour nos instruments de recherche (parfois disponibles en plusieurs versions)… le travail ne manque pas et chaque projet est important. Des prioritĂ©s sont forcĂ©ment Ă  dĂ©finir.

On nous annonce aussi des nouveautĂ©s, en salle et en ligne. Mais je ne vais pas tout vous raconter ici…

De la patience sans trop râler

Il faut en ĂŞtre conscients, on n’aura pas des instruments de recherche Ă  jour dès le 3 octobre. Il faut du temps. Pour organiser, rĂ©organiser, mettre en place. Mais nous les gĂ©nĂ©alogistes, amateurs ou professionnels, on est patients. D’ailleurs, ceux qui ne le sont pas abandonnent vite leurs recherches…

Alors les retombĂ©es de cette nouvelle organisation seront peut ĂŞtre longues Ă  voir mais on attendra! L’arrivĂ©e des recensements de population en ligne (prĂ©vue pour fin 2017) pourra peut ĂŞtre occuper nos lundis.

Calendrier d’ouverture 2017 AD Rodez

CĂ´tĂ© lecteurs, certains râlent. Toujours les mĂŞmes. Ceux qui n’ont probablement peut ĂŞtre jamais discutĂ© avec le personnel. Les autres comprennent et acceptent….

Communiquer

Rien de plus frustrant que d’aller Ă  un endroit et de tomber sur une porte close. Parce qu’on n’a pas regardĂ© les horaires, parce qu’on avait l’habitude que ce soit ouvert, parce qu’on ne nous a rien dit…

Les nouveaux horaires sont dorĂ©navant affichĂ©s en salle de lecture et sur le site des archives. Maintenant il va falloir convaincre chacun d’entre nous qu’il peut communiquer cette information. Associations, forums, sociĂ©tĂ©s savantes, rĂ©seaux sociaux, rĂ©fĂ©rencements, journaux papier, ceux qui n’ont pas d’adresse mail, nos voisins, ceux qui ne viennent que de temps en temps, ma boulangère qui voit plein de clients, vous qui ne n’ĂŞtes peut ĂŞtre jamais encore venu aux AD Ă  Rodez, il faut que tous vous le sachiez. DorĂ©navant, les archives de l’Aveyron seront fermĂ©es les lundis… Donc merci de mettre Ă  jour vos tablettes (et vos sites internet)!

 

PS: le lundi, donc, je bosserai, mais ailleurs…

Christine Cheuret

 

 

Le dernier gisant de la cathédrale

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Sep 172017
 

Le gisant très réaliste de Monseigneur Francqueville a été inauguré en 1912 dans la cathédrale de Rodez.

L’évêque originaire de la Somme

Louis Eugène Francqueville est né le 12 février 1845 à Aizecourt-le-Haut dans la Somme. Fils d’instituteur, et après une enfance passé à Cagny, il entre au petit séminaire de Saint Riquier. Il rejoint le séminaire de Saint Sulpice à Paris en 1865.

Mr Francqueville est ordonnĂ© prĂŞtre le 6 juin 1868 et enseigne l’histoire dans le petit sĂ©minaire de ses Ă©tudes. Il devient vicaire Ă  Saint Vulfran (Abbeville). Il part Ă  Rome en 1877 et devient docteur en thĂ©ologie et en droit canonique. En 1880, il est de retour dans la Somme, oĂą il est vicaire Ă  Amiens, puis professeur, aumĂ´nier, vicaire gĂ©nĂ©ral…

Il est nommé évêque de Rodez et de Vabres le 7 décembre 1899. Son sacre a lieu le 11 mars 1900 à Amiens.

Il décède le 9 décembre 1905 dans le palais épiscopal de Rodez d’une longue maladie.

Il est enterré le 14 décembre 1905 dans la chapelle Saint Joseph de la cathédrale de Rodez où se trouve le chanoine Bérenger d’Arpajon (décédé vers 1300 et probable premier ecclésiastique enterré dans une des chapelles de la cathédrale).

Son cercueil fait le tour du quartier avant de rejoindre la cathédrale. Les cordons du poêle sont tenus par le préfet (en civil), le sénateur, le 1er adjoint au maire et le procureur de la république. Le journal précise également que les honneurs militaires n’ont pas été rendus.

Le sculpteur aveyronnais

C’est Louis Bertrand qui est chargé de réalisé le gisant de Mgr Francqueville. Né en 1866 à Rodez, il est le fils du sculpteur marbrier Antoine Bertrand, apparenté à François Mahoux.

Louis Bertrand est Ă©lève de l’école des beaux Arts. En mars 1889, il manque les examens et le conseil gĂ©nĂ©ral lui adresse un « avertissement très sĂ©rieux en vue d’obtenir de meilleurs notes Ă  l’avenir »… et de ne pas se voir supprimer sa subvention. Il rĂ©ussit le concours en fin d’annĂ©e et ses professeurs signaleront ses aptitudes et efforts. Louis Bertrand part faire son service militaire en 1890 et reprend les cours Ă  son retour.

Il obtient la 3ème médaille dans un concours d’esquisse de bas relief le 28 juin 1892. Le sculpteur perfectionne son art et obtient deux médailles en 1900 et 1904 au salon des artistes.

Il réalisera plus tard le monument aux morts de Pont de Salars (12).

C’est en 1911 qu’il obtient la 1ère médaille (avec 3 autres sculpteurs) au salon pour sa maquette de Mgr Francqueville. La statue sera réalisée, quant à elle en 1912.

Le gisant

C’est Mr Pouget, sculpteur à Rodez, qui a réalisé le soubassement en pierre de grès. Les 4 angles sont ornés de pilastres décorés. En face avant, les armes épiscopales sont soutenues par deux amours portant une banderolle.

C’est sur cette pierre qu’est dépose le gisant en pierre tendre de Lavoux (86) réalisé par Louis Bertrand. La pierre est blanche mais légèrement granitée de noir. Le monument est de taille réelle mais semble être plus grand. Mr Bertrand ne connaissait pas l’évêque mais semble l’avoir très bien réussi, même sans posséder aucune moulure de plâtre. Cette prouesse a été possible grâce aux photographies qui ont été transmises au sculpteur.

L’évêque est représenté souriant et serein. Sa main droite repose sur sa poitrine et l’on distingue clairement la gemme de l’anneau pastoral. Sa main gauche allongée repose sur le livre des évangiles et sur la crosse dont la partie supérieure est appuyée sur le coussin qui supporte la tête. Les pieds sont en partie recouverts par la traîne de la cappa.

L’inauguration a lieu le 27 aout 1912 avec un programme dĂ©taillĂ© de 15 points. Le glas sonne Ă  9H. Le cortège entre le palais Ă©piscopal et la cathĂ©drale est infini. C’est l’occasion pour Mr Lamiche, organiste, de reprendre possession de ses orgues nouvellement restaurĂ©es par la maison Puget de Toulouse. Les chants grĂ©goriens rĂ©sonnent dans l’Ă©difice.

Le gisant est dĂ©barrassĂ© du voile qui le cache avant d’ĂŞtre bĂ©ni par les Ă©vĂŞques prĂ©sents.

 

C’est le dernier gisant installé dans la cathédrale de Rodez.

gisant

Sources : Revue du monde catholique, Le petit journal, catalogue illustré du salon, numérisés par gallica.bnf.fr ; base arcade culture.gouv.fr, Le Narrateur, le journal de l’Aveyron, 12T8/1-AD12, 12T8/2-AD12, 16T26/9-AD12, 2O195/2-AD12, PER182-AD12, F/21/1877-ADN

Quatre années de fêtes aériennes

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Sep 022017
 

1911-1912-1913-1914 Quatre annĂ©es de fĂŞtes aĂ©riennes Ă  Villefranche de Rouergue avant la grande guerre avec quelques incidents et alĂ©as d’organisation….

La journée d’aviation de 1911

C’est dans le cadre de la fête de la St Jean que Villefranche de Rouergue accueille sa première journée d’aviation. Le terrain est choisi. L’organisation logistique se met en place. Les arrêtés communaux et préfectoraux sont pris.

Il faut veiller à bien canaliser la foule notamment pour le stationnement. Et il faut surtout s’assurer que les pilotes ont leur brevet car le public par son enthousiasme peut amener à mettre en marche les moteurs des avions et faire exécuter des vols par des pilotes non expérimentés.

Pour cette première année, sont attendus:

  • Pierre Divetain, aviateur ayant participĂ© Ă  la course Paris Madrid sur biplan Goupy moteur GnĂ´me,
  • Mr Visseaux aviateur sur biplan Sommer,
  • et Mr Mauthier, chef pilote de l’école bressanne sur monoplan Morane.

Leurs brevets sont vérifiés le 14 juin 1911 mais il semble qu’ils ne viendront pas en Aveyron car deux autres noms apparaissent dans le compte rendu de la manifestation.

Quelques incidents

Plus de 4000 personnes arrivent par le train, plus ceux venus Ă  pied, Ă  bicyclette, en voiture… La foule se presse vers l’aĂ©rodrome pour visiter le monoplan BlĂ©riot de Lusetti et le biplan Sommer de ChaussĂ©e qui sont sous les hangars. Un premier incident entache la fĂŞte le dimanche, avec une hĂ©lice du monoplan qui blesse un mĂ©cano (voir le compte rendu sur le site de l’aĂ©roclub du Rouergue).

Le biplan est sorti. Après un premier vol de 8mn, il faut laisser reposer la machine et le pilote. Il repart 3 quarts d’heures plus tard pour un vol de 20mn. L’atterrissage est un peu brusque et casse un patin. Heureusement sans blessé. Il est déjà 19H30 et la foule doit se disperser.

Le lundi, un nouvel vol est prévu. L’hélice du monoplan n’est pas arrivée, il restera au hangar. Le biplan est démarré mais un éclat blesse le pilote. II est soigné par le docteur et deux religieuses. Il finit par s’envoler un peu avant 18H30 pour un vol de 8mn. L’atterrissage est fait face au public des places payantes.

A 18H48, le biplan repart. On le voit s’éloigner mais jamais revenir. Après 25mn, il n’est toujours pas là ! On apprend qu’il a chuté à 2km de la ville. Le pilote n’a rien. Ouf ! Des automobilistes partent le chercher et on voit le pilote arriver à pied. Il a cherché à atterrir, voyant que l’avion avait des difficultés matérielles. Il a finit par tomber d’aplomb de 5 mètres de haut. L’hélice est brisée, l’avion est très endommagé mais le pilote n’a rien.

1912 une fête ratée

Une belle réussite en 1911 engage les organisateurs à renouveler la fête de l’aviation en 1912. C’est le pilot Brindejonc des Moulinais qui est prévu pour la fête mais il se désiste au dernier moment. Et pire, il ne répond pas dans la semaine qui précède la manifestation.

Le bruit s’évente, le public ne se déplacera pas en masse comme l’année précédente.

Le pilote finit par se justifier. Son avion est trop rapide pour un terrain aussi petit. Et les autres appareils d’exhibitions sont cassĂ©s. Un par Bedel le 1er jour, l’autre par Bedel le 2ème jour. Bielovucci qui devait le remplacer s’est cassĂ© la rotule et Caudron le 2ème remplaçant trouvait que ça lui faisait trop de frais de venir. Mais si un jour il passe près de Villefranche, il s’engage Ă  survoler la ville gratuitement pour dĂ©dommager…

1913 le retour de l’avion

Clovis Marius Amans propriétaire à Castelnau le Lez (34) s’engage à organiser les journées d’aviation de 1913 avec le concours de son fils Charles muni de son brevet de pilote N°845 et de sa licence N°910. Il a une assurance pour couvrir les risques et il prend en charge les frais liés aux mesures d’ordre prescrites et les indemnités des gendarmes et agents de la force publique qui auraient un accident en participant à l’événement.

Le terrain d’aviation choisi est toujours le même. Son emplacement est au centre d’un amphithéâtre naturel qui permet aux petits malins de s’installer en hauteur sans payer de droit d’entrée.

La fête se passera presque sans incident. Après un premier vol, le moteur est remis en route. Le ciel est clair. Mais le pilote est obligé d’atterrir rapidement car le moteur fuit et lui projette de l’essence sur le visage, ce qui l’aveugle. Les vols du lendemain seront exécutés sans problème.

1914 Plus d’avion

Dans la réunion du mois de mai 1914, le comité des fêtes hésite : une fête de gymnastique ou une fête de l’aviation ? L’aviation est un spectacle déjà passé de mode mais la gymnastique n’est pas un clou et il faut attirer des visiteurs. Donc on se résigne pour une fête de l’aviation avec une fête de gymnastique !

Qui fit fête aérienne, ne dit pas forcément avion. C’est donc une montgolfière qui est choisie pour les fêtes de 1914.

Gonflement, vol captif avec distribution de jouets. Ce gros ballon a du en impressionner plus d’un.

A 16h, le hardi pilote grimpe dans la nacelle de l’aérostat « la ville de Villefranche » et s’élève dans les airs. C’est un vent d’ouest qui le pousse. Le ballon reste à la vue des spectateurs une vingtaine de minutes avant de disparaitre. Il atterrira près de la baraque de Pachins, sur la commune de La Bastide l’Evêque.

Une mode dépassée

L’aviation est un spectacle déjà dépassé en 1914. Quelques mois plus tard, la 1ère guerre mondiale éclate et les avions survoleront régulièrement les tranchées.

Après 4 ans de guerre, ce sont quelques manèges et balançoires qui viendront animer la fête de la St Jean 1919.

 

Sources: 4M294-AD12, Journal de l’Aveyron-AD12, le Narrateur-AD12

© 2017 Généalanille

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Le patrimoine touristique des années 20

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Août 262017
 

Un château, une Ă©glise, une curiositĂ© gĂ©ologique… Il n’en faut pas plus pour que ce patrimoine intĂ©resse les touristes. Petite revue des visites Ă  faire dans l’Aveyron dans les annĂ©es 20 et des associations qui les promeuvent.

L’Aveyron, c’est joli !

Vous habitez où ? Dans l’Aveyron. Ah, l’Aveyron c’est joli ! C’est du moins l’image qu’en ont souvent nos interlocuteurs. MĂŞme ceux qui n’y ont jamais mis les pieds….

Joli, oui, mais qu’est ce qu’on peut y voir ?

Qu’est ce qu’on visite ?

C’est l’annuaire Colomb, publié Rue Combarel à Rodez, qui nous donne la liste des principaux sites à visiter par arrondissement.

Il décrit les différentes zones touristiques et indique quelques plats culinaires locaux. Le célèbre aligot saucisse n’y figure cependant pas !

Demandez au syndicat d’initiative

Le syndicat d’initiative de l’Aveyron a été créé en 1903. Il a pour but :

  • D’attirer dans le dĂ©partement les Ă©trangers par une publicitĂ© incessante en brochures, journaux…
  • De les retenir en leur rendant le sĂ©jour agrĂ©able et facile par la mise Ă  disposition de tous les renseignements nĂ©cessaires pour la visite de la rĂ©gion. Il propose Ă©galement de favoriser les fĂŞtes, concours et expositions.
  • De faire connaitre les indications utiles pour les voyages et excursions. Notamment les itinĂ©raires, moyens de transports, hĂ´tels mais aussi les stations thermales, balnĂ©aires, les maisons et villas Ă  louer…

Il est approuvé le 26 novembre 1905 et placé sous le patronage du Touring club de France.

Cette même année est créé le comité des sites et monuments pittoresques, lui aussi rattaché au Touring Club de France. Son rôle est de dresser la liste des sites et monuments pittoresque du département. Il doit aussi en assurer la conservation et c’est pour cette raison que les membres éminents sont les archivistes et architectes départementaux.

Le syndicat d’initiative de Millau sera quant à lui fondé le 5 avril 1911 et approuvé en février de l’année suivante. Placée plus au sud et plus peuplée, la cité millavoise a probablement voulu promouvoir son territoire d’une manière plus locale.

Dès octobre 1906, le bulletin pĂ©riodique « L’Aveyron Touriste » publiĂ© chez Carrère Ă  Rodez permettra de promouvoir la rĂ©gion en diffusant notamment la liste des maisons recommandĂ©es par le syndicat ou les horaires de chemin de fer…

Bienvenus aux touristes

Depuis les annĂ©es 20, la liste des sites Ă  visiter s’est agrandie. Le dĂ©partement comprend dorĂ©navant 10 villages classĂ©s « plus beaux villages de France ». Et le patrimoine, petit comme grand, est mis en valeur. Alors, venez vĂ©rifier si comme on le dit « l’Aveyron, c’est joli! »

 

Sources: PER1003-AD12, PER182-AD12

© 2017 Généalanille

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Cet article a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© dans le cadre du challenge UproG d’aout 2017 sur le thème imposĂ© « tourisme et patrimoine ».

 

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