Quand deux hommes honorables font un faux témoignage

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Nov 252016
 

Ils s’appellent Jean Antoine Roucayrol et Joseph Privat. Ils ont tous les deux 44 ans. L’un est maçon, l’autre cultivateur. L’un est père de trois enfants, l’autre célibataire. Les deux vont faire un faux témoignage.

cheval

PrĂŞte moi ton cheval 4 ou 5 jours

Le 18 juillet 1869, Jean Antoine Roucayrol rentre de Saint Affrique vers 21H. Il s’entretient brièvement avec la femme Chiffre puis il rentre et se couche sans souper. Sa femme vient le trouver et lui demande d’aller au mas de Lavagne pour faire transporter des matériaux. Il se relève, s’habille et part. Il arrive sur place entre 22 et 23 heures. Depuis la cuisine de la maison, il entend une discussion entre les sieurs Niel et Canac qui a lieu dans la cour ou dans l’écurie. Niel demande à Canac de lui laisser un cheval à l’essai pendant 4 ou 5 jours. Canac lui répond « Si tu le veux, emmène le, sinon laisse le. »

Dans la même soirée, Joseph Privat boit et mange avec plusieurs individus à l’auberge de Broussette. Il part ensuite au Mas de Lavagne pour traiter un marché de deux béliers avec Canac, marché commencé quelques jours plus tôt. Arrivé audit lieu, il entend lui aussi une discussion entre les sieurs Niel et Canac. Niel demande un cheval à l’essai pendant 4 ou 5 jours, Canac lui répond « c’est à prendre ou à laisser. »

Jean Antoine Roucayrol et Joseph Privat affirment ne pas s’être vus.

Tu ne m’as pas payé le cheval

Fin juillet 1869, Jean Canac intente une action devant la justice de paix contre Maurice Niel. Il réclame le prix de 52 francs pour la vente d’un cheval. Maurice Niel rétorque qu’il ne va pas payer car la vente était « conditionnelle et subordonnée à l’essai préalable du cheval. »

Deux personnes viennent au procès témoigner sous serment : Jean Antoine Roucayrol et Joseph Privat. Les deux hommes répètent leurs propos et Maurice Niel est condamné à payer le prix du cheval et les frais de justice.

Faux témoins

Mais après enquête, les dépositions des témoins sont contredites. Jean Antoine Rouquayrol a été vu dans les rues de son village par plusieurs témoins et sa propre femme a déclaré qu’il n’était parti que vers 22H. Le chemin entre sa maison et le mas de Lavagne étant d’environ 1H30 de marche, il est impossible qu’il soit arrivé avant 23H30.

Pour Joseph Privat, ce sont les occupants de l’auberge ou des champs environnants qui contredisent le témoin. Il a été vu vers 22H15 à l’auberge par Alinat qui était charger d’arroser les champs cette nuit là. Impossible de parcourir les 2 heures qui séparent ce lieu du mas de Lavagne et de s’y trouver avant 22 heures, heure où le marché du cheval a été conclu.

Par ailleurs, les deux hommes ne se sont pas vu, ils l’affirment ! Cependant le Sieur Gravier les a vu ce soir là repartir de Lavagne ensemble. Difficile de ne pas se voir…

Des arguments démontés

Les juges sont sceptiques. « Illuminé par une inspiration soudaine », Rouquayrol se serait relevé dans la nuit pour aller urgemment demander à Canac de lui faire un transport de pierres. C’est donc qu’il avait une journée de travail très chargée le lendemain… qu’il a passé dans l’oisiveté et à la pêche.

Privat, lui, a été vu couché dans les champs sur un tas de paille avec le sieur Pujol à ses côtés, il faut dire que la soirée avait été arrosée et le repas copieux. Alors que son collègue dort, il se réveille en sursaut et par « un souvenir subit » il quitte les lieux et court au Mas de Lavagne pour traiter en urgence d’un contrat de 2 béliers, quitte à réveiller Canac.

Bref les deux hommes ont une envie soudaine « d’interrompre leur sommeil et de voyager. Ils arrivent au Mas de Lavagne Ă  la mĂŞme heure, se cachent tous les deux pour entendre un marchĂ©, ne se voient pas et repartent chacun de leur cĂ´tĂ© dans la mĂŞme direction ».

Une condamnation pour faux témoignage

Il est reconnu que les deux hommes ont fait un faux témoignage mais n’ont pas touché d’argent pour le faire. Ils sont condamnés tous les deux à 6 mois de prison, 50 francs d’amende chacun et aux frais de justice pour 151,15 francs.

 

Source : 8U461-AD12

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De la vigne aux plantations de tabac

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Nov 182016
 

L’usage croissant de la nicotine comme insecticide pour les vignes a donnĂ© idĂ©e aux aveyronnais de planter du tabac.

 

La nicotine comme insecticide

Un article est diffusĂ© dans la revue « le cultivateur aveyronnais » de 1894. Mr Lapoire, prĂ©sident du comitĂ© antiphyloxĂ©rique de Roanne (42) semble avoir trouvĂ© un insecticide contre la cochylis qui dĂ©truit les vignes. Le traitement est composĂ© d’alcool Ă  brĂ»ler, de savon noir et de nicotine et donne de bons rĂ©sultats. En effet, après 24 heures, 70% des larves de l’insecte sont tuĂ©es.

nicotine

Les formules du traitement seront modifiées au fil du temps pour n’utiliser que de l’eau et du savon noir avec la nicotine.

 

Livraison réglementée

Exploiter du tabac ou en extraire la nicotine sont des activités réglementées. Mr Paulin Vergnes, forgeron à Lédergues (12) se voit dresser un PV en 1906 pour infraction à la culture du tabac.

En mars 1909, un décret autorise les syndicats agricoles à se procurer de la nicotine litrée auprès des manufactures d’état pour 1 franc le litre, il passe à 2,70f en 1911. Et si on n’est pas syndiqué ? Il faut alors rédiger une demande formalisée à faire viser par le maire.

demande

De nombreux vœux

Pourquoi ne pas cultiver dans l’Aveyron du tabac ? Le conseil général du département émet le vœu « que la culture du tabac soit autorisée dans les régions du département dites de rivière » dès 1907.

Le conseil d’arrondissement de Villefranche fait de mĂŞme en octobre 1908. Les deux organismes renouvelleront rĂ©gulièrement la demande que la « culture du tabac soit autorisĂ©e sur la rive gauche du Lot comme elle l’est sur la rive droite« . Car le dĂ©partement voisin est lui autorisĂ© Ă  produire du tabac!

La réponse du directeur général de la manufacture de l’état est négative: pas assez de personnel et pas de crédit pour créer de nouveaux emplois.

carte

Un besoin de nicotine croissant

On est en 1911. Le ministre des finances avertit les prĂ©fets les quantitĂ©s d’alcaloĂŻde Ă  livrer Ă  l’agriculture cette annĂ©e seront 10 fois supĂ©rieures Ă  celles de l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente.

MalgrĂ© les efforts de production et les achats importants Ă  l’Ă©tranger, il est probable que les agriculteurs n’auront pas les quantitĂ©s dont ils ont besoin. D’ailleurs, le prĂ©sident du syndicat agricole de la commune de Villeneuve (12) qui sollicite 54kg 600 de nicotine pour ses 7 hectares de vignes n’obtient que 7 grammes !

 

L’injustice pour les communes

Les communes de l’arrondissement de Villefranche émettent à leur tour le vœu de pouvoir cultiver du tabac. C’est le cas de Saujac (12) dans la délibération du conseil municipal de novembre 1911.

Les arguments sont les suivants :

1) beaucoup de terres situées sur la commune sont aptes à la culture de tabac,

2) la culture du chanvre qui était la principale récolte doit être supprimée à cause d’un parasite, le tabac pourrait la remplacer,

3) pour que les agriculteurs gagnent de l’argent pour payer les impĂ´ts,

4) parce que la commune est limitrophe avec le département du Lot où la culture est autorisée,

5) si la nicotine se gĂ©nĂ©ralise pour soigner la vigne, l’Ă©tat va avoir besoin de plus de cultures de tabac,

6) le conseil d’arrondissement a Ă©mis plusieurs fois le vĹ“u que la culture soit autorisĂ©e.

 

Après la guerre

Les vĹ“ux continuent de se multiplier et la grande guerre survient. Il faut attendre la dĂ©cision du 12 septembre 1922 pour que le ministre des finances autorise la culture de tabac dès 1923 dans l’arrondissement de Villefranche de Rouergue.

culture

La variĂ©tĂ© sera le Paraguay Bas Rhin d’une compacitĂ© de 35 000 Ă  40 000 plantes Ă  l’hectare. Les rĂ©coltes seront livrĂ©es au frais des planteurs au magasin de Cahors (Lot).

Sources: 7M123-AD12, le cultivateur aveyronnais

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Les sépultures de nos ancêtres

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Oct 282016
 

De l’inhumation dans les églises à celle dans les cimetières, de la création de la concession individuelle à l’autorisation de la crémation, un bref aperçu des sépultures de nos ancêtres.

tombes

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Presque plus d’inhumation dans les églises

La déclaration du Roi du 10 mars 1776 concernant les inhumations est claire : pour des raisons de salubrité les défunts doivent être enterrés en dehors de l’église.

article1

Cependant, quelques personnes sont exemptées de cette règle comme les archevêques, évêques, curés, fondateurs des chapelles et hauts justiciers avec la condition d’être enterrés dans des caveaux à 6 pieds sous terre.

6pieds

Du côté des registres paroissiaux, à part ces exceptions, les actes de sépulture égrènent invariablement « a été inhumé dans le cimetière de la paroisse. »

eglise

 

Le décret impérial du 23 prairial an XII mettra fin à cette inégalité en interdisant toute inhumation dans les églises.

inhumation

 

L’éloignement des cimetières

C’est aussi le décret impérial de 1804 qui va imposer l’éloignement des cimetières avec une distance minimale de 35 à 40 mètres des habitations.

eloignement

Pour les cimetières existants, il est prévu de les fermer sans rien pouvoir y faire pendant 5 ans. Au-delà, ils pourront être affermés.

ancien-cimetiere

Le cimetière mais lequel ?

Autour de l’église avant 1804, le cimetière s’éloigne du centre du village pour des raisons d’hygiène.

cimetiere1858

Plan du cimetière projeté en dehors du bourg

Pour imaginer le lieu de sépulture de nos ancêtres, il faut envisager d’étudier l’évolution de la taille du cimetière. Car l’explosion démographique d’un lieu va de pair avec l’augmentation des décès.

cimetiere

De 1896 à 1930, la taille du cimetière augmente.

De plus, le regroupement des hameaux fait naitre de nouveaux cimetières, parfois de manière illégale. C’est le cas par exemple de Capdenac Gare, paroisse érigée en 1868, dont les défunts étaient enterrés par tolérance dans le cimetière de la paroisse de Saint Julien d’Empare. Le curé, n’y tenant plus, lança une souscription pour acheter un terrain pour inhumer ses paroissiens. Et il fallu bien des années pour que la commune puisse reprendre l’autorité sur ce cimetière comme le prévoyait la loi de 1804.

Les cimetières privés

La loi n’empêche pas d’inhumer une personne en dehors d’un cimetière sous réserve d’un emplacement éloigné de toutes villes et d’une autorisation de préfet.

Les demandes de cimetières privés conservés dans les archives concernent principalement des communautés religieuses. Il existe parfois des demandes particulières.

François Casimir Moins sollicité le préfet de l’Aveyron le 11 juin 1878 pour pouvoir être inhumé dans sa propriété proche de la gare de Villeneuve. Le terrain est éloigné de toutes villes et bourg, le sous préfet n’émet pas d’objection. L’avis du préfet est favorable sous deux conditions que le terrain affecté à la sépulture soit clos de murs de hauteurs suffisamment pour qu’aucune indécence ni violation ne soit commise et bien entendu de respecter l’autorisation d’inhumation le cas venu.

moinsLa difficultĂ© de ces demandes particulières est Ă©videmment la transmission du patrimoine qui doit rester dans la famille…

Les concessions privées

La loi de 1804 règlemente également l’organisation du cimetière par le creusement de fosses.

fosses

Elle prévoit aussi la possibilité d’acheter des concessions privées.

concessions

Des conventions sont établies entre les communes et les particuliers et le double de certaines sont conservés dans les archives. 15 ans, 30 ans, perpétuelle, le choix de la durée est lié à l’attachement de la personne et du lieu et surtout à ses moyens financiers.

concession

Concession de 15 ans en Aveyron pour la fille d’un machiniste du Lot et Garonne

 

Le tarif est décidé par délibération du conseil municipal mais la loi du 24 juillet 1867 régit la répartition : 2/3 reviennent à la commune et 1/3 au profit des pauvres ou à des établissement de bienfaisance.

proportion

Les concessions seront ornées selon les moyens, les habitudes locales et les périodes de simples croix, dalles ou de riches sculptures et décorations.

 

L’usage ou non des pompes funèbres

Mourir coûte cher et pas uniquement à notre époque. En 1890, un homme décide de creuser lui-même la tombe de sa défunte épouse. Cela reste une exception.

femme

La crémation

L’autorisation de la crémation est accordée par la loi du 15 novembre 1887 sur la liberté des funérailles.

Elle n’est mise en application qu’à compter de la loi du 27 avril 1889 qui légifère sur le sujet en titre III.

cremation

L’Ă©glise catholique continue de recommander l’inhumation. A partir du 8 mai 1963, elle n’interdira plus la crĂ©mation (article 1176-3 du Code de Droit Canon).

En Aveyron, il faut attendre 2004 pour voir l’inauguration du premier crĂ©matorium dans le dĂ©partement. Il est localisĂ© Ă  Capdenac-Gare.

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Connaissez-vous les Bressan?

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Oct 122016
 

Leur nom portait Ă  croire qu’ils avaient des origines dans la Bresse, mais ils sont Ă©trangers. La famille d’artistes va bĂŞtement se faire verbaliser pour ne pas avoir fait de dĂ©claration de rĂ©sidence.

Dans la famille Bressan

Il y a le père : Dominique qui signe Dominico. Son métier ? Gymnasiarque ambulant sans domicile fixe. Et accessoirement originaire de Venise en Italie.

domenico

Dominique a un frère Félix et une femme Regina Rossi qui sont également, allez, disons un mot plus simple, acrobates.

Pour les enfants, c’est plus difficile de les pister. On trouve:

  • Marie Angèle nĂ©e en 1876 Ă  Voghera en Italie,
  • Antoine nĂ© en 1881 Ă  Rive de Gier (42),
  • Joseph nĂ© en 1882 Ă  Pont de Beauvoisin (38),
  • Geneviève JosĂ©phine nĂ©e en 1884 Ă  ClessĂ© (71) qui n’est pas dans la Bresse.

Il en manque probablement!

acrobates

Un banal accident

20 aout 1901, la famille est à Millau dans l’Aveyron. Joseph Bressan blesse quelqu’un par imprudence. Il doit rendre des comptes à la justice sous couvert de sa mère car il est mineur (il n’a que 19 ans) et que son père est décédé. Mais toute la famille va se retrouver à la barre du tribunal…

 

La loi du 8 aout 1893

Comme vous l’avez peut ĂŞtre devinĂ©, les Bressan ne sont pas bourguignons mais italiens. Or depuis la loi du 8 aout 1893, ils doivent faire une dĂ©claration de rĂ©sidence dans les 8 jours qui suivent leur arrivĂ©e dans une ville. Cet enregistrement des Ă©trangers est notĂ© dans un registre tenu par la commune. D’ailleurs le prix de l’amende revient dans les caisses de la commune…

loi

Tous condamnés

Mais les Bressan n’ont pas pas fait cette déclaration et c’est l’accident dont Joseph est responsable qui permet de découvrir le pot aux roses. Chacun des enfants écopera d’une amende de 10 francs.

amendes

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Qui va Ă  la chasse… doit en avoir le droit!

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Oct 072016
 

Qui va Ă  la chasse doit en avoir le droit. C’est-Ă -dire, respecter les dates d’ouvertures de chasse, ne pas chasser sur les terrains sans le consentement des propriĂ©taires et avoir un permis de chasse.

Une nouvelle loi

C’est la loi du 3 mai 1844 parue dans le bulletin des lois N°1094 qui va modifier la réglementation de la chasse en France en remplaçant les permis de port d’armes par les permis de chasse. Elle abroge le décret du 4 mai 1812 et la loi du 30 avril 1790.

Chaque nouvelle loi apporte son lot de mécontents. Les ports d’armes délivrés avant cette modification sont-ils toujours valables ? Après discussion entre les « départements » de la justice et l’intérieur, il est décidé de ne pas poursuivre les possesseurs de l’ancien permis jusqu’à leur expiration.

nouvelle-loi

Les ouvertures de la chasse

La chasse est réglementée dans chaque département par le préfet qui indique par arrêté les dates d’ouvertures et de fermetures de la chasse.

ouverture

En dehors de ces périodes, il n’est pas permis de chasser, « de vendre, d’acheter, de transporter et de colporter du gibier. » En cas d’infraction, le gibier est saisi et livré à l’établissement de bienfaisance le plus proche. Une fouille à domicile peut être faite mais uniquement chez les professionnels (aubergistes, marchandes de comestibles et lieux publics).

Des arrêtés peuvent également être diffusés pour des chasses exceptionnelles.

chasse-exceptionnelle

Un nouveau permis de chasse

Le permis de chasse de 1844 coute 25 francs. 15 francs sont destinés au trésor public et 10 francs au profit de la commune où réside le chasseur.

quittance

Cette demande est soumise à l’avis du maire, du sous préfet, et du préfet. Quand celle-ci est acceptée et que la quittance est acquittée, le chasseur se voit attribuer un permis au format A4, valable un an, avec son signalement et son lieu de résidence.

permis-1846

 

Ayant constaté que certains se permettaient d’aller chasser dès qu’ils avaient payé la quittance ou après réception de l’avis de réception du permis, les modalités administratives changeront plusieurs fois avec notamment une délégation de signature aux sous préfets en 1860.

Quand le permis est refusé

Les moins de 16 ans et les interdits ne sont pas autorisés à avoir un permis de chasse mais d’autres catégories sont également concernées.

C’est l’article 6 de la loi donne la facultĂ© de refuser le permis Ă  certaines personnes alors que l’article 8 indique les catĂ©gories d’individus qui doivent ĂŞtre refusĂ©s. Parmi les premiers, on trouve des condamnĂ©s pour violence, rĂ©bellion, abus de confiance mais aussi mendicitĂ© ou vagabondage. Ce refus cesse 5 ans après l’expiration de la peine.

Les refus catégoriques sont exprimés entre autres aux condamnés placés sous la surveillance de haute police.

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Le cas des femmes et des Ă©trangers

Les femmes qui demandent un permis? Aucun problème pour leur délivrer!

Pour les Ă©trangers, le cas diffère. Ceux rĂ©sidant en France n’ont pas de raison de se voir refuser le permis. Pour les voisins de la frontière, qui n’ont pas de domicile fixe et connus en France, il est demandĂ© de ne pas leur accorder de permis de chasse.

femmes

 

J’ai perdu mon permis

« J’ai perdu mon permis ! » Vous pensez bien que les moyens de contrôle de la véracité de ces propos n’étaient pas aussi performants qu’aujourd’hui. La loi prévoit donc que toute perte de permis nécessite une nouvelle demande et donc de s’acquitter une deuxième fois du prix…. Sauf si le certificat s’est perdu dans les bureaux de l’administration!

perte

Une interdiction exceptionnelle

Juillet 1870, la France est en guerre contre la Prusse. Arrive la période d’ouverture de la chasse. Un décret national parait le 13 septembre pour interdire la chasse dans toute la France dans l’intérêt de la défense nationale. L’arrêté du préfet de l’Aveyron interdit la chasse dans le département à compter du jeudi 22 septembre.

1870

La guerre est loin, alors les chasseurs aveyronnais sont mécontents. Le préfet donne la consigne au choix de la personne:

  • restituer le prix des permis dĂ©jĂ  dĂ©livrĂ©;
  • reporter le temps non utilisĂ©s;
  • pour ceux qui n’avaient que le certificat de paiement de l’utiliser pour la prochaine pĂ©riode.

Le non respect de la loi

La loi est faite pour être respectée et les gendarmes veillent à son application. Parfois ils arrivent trop tard et ne font que saisir les fusils abandonnés.

fusils

Quand le contrevenant est saisi sur le fait, il est convoqué devant le tribunal correctionnel de sa circonscription. Il paiera une amende d’au moins 16 francs….

Sources: 4M239-AD12, 4M220-AD12, 4M240-AD12, 6U428-AD12

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SĂ©parons-nous … pendant dix ans

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Sep 162016
 

Mariés, deux enfants, ils décident de se séparer mais pour 10 ans seulement.

Se séparer de corps et de biens

On est sous le régime de Louis XV. En ce 7ème jour de septembre 1763, Barthélémy et Marie se rendent chez le notaire. Ils lui déclarent « que pour plusieurs raisons essentielles qu’ils connaissent, ils ne sauraient continuer de vivre, sympathiser ni habiter ensemble. » Ils proposent de se séparer de corps et de biens.

Un acte réfléchi

Ce n’est pas un coup de tête. « Après avoir scrupuleusement réfléchi sur leur état actuel et sur les motifs qui les poussent à se séparer, ils ont trouvé qu’il leur est avantageux, soit pour eux, soit pour l’intérêt de leur famille, soit pour la sureté de leur âme et de leur conscience de cesser de vivre conjointement pendant quelques années. »

Seulement pour 10 ans

Quelques années ? Ils précisent qu’ils ont choisi de « discontinuer d’habiter ensemble dès aujourd’hui durant l’espace de 10 années pendant lesquelles ils ne pourront être contraints ni forcés l’un par l’autre de se rejoindre pour continuer de vivre en communauté domestique sans l’exprès consentement de tous les deux sous quelque prétexte que ce soit. »

Cette séparation « qu’ils reconnaissent pouvoir faire sans péril ni danger contre la foi conjugale qu’ils protestent de se garder et observer mutuellement avec la sainteté qu’exige le sacrement » est en plus une preuve de fidélité.

Et les enfants ?

Dans les modalités pratiques, le cas des deux enfants est évidemment traité. Madame « les gardera auprès d’elle pour les nourrir et entretenir tant sains que malades, en linges habits et aliments pendant les 10 ans sans pouvoir y faire contribuer son dit mari et qu’en représentation de leur entretien et de l’intérêt de ses cas dotaux.»

Les moyens de subvenir

Si le couple se sépare, il faut bien cependant songer aux moyens de payer les frais. Monsieur offre à son épouse la jouissance d’une maison et l’usufruit d’un ensemble de terrains sur la commune (plusieurs vignes, plusieurs terres et un jardin). A charge pour elle de payer les travaux et les impôts.

Un contrat original

Dix ans plus tard le couple s’est peut être réuni ou a probablement continué sa séparation. Ce contrat a sûrement été un des plus atypiques de la carrière du notaire.

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GĂ©ant recherche Ă©pouse

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Août 262016
 

Une petite annonce dans la presse anglaise nous indique que le géant aveyronnais Henri Cot recherche une épouse.

Petite annonce matrimoniale

Séduisant, intelligent, français, 2,61m, 176kg, de larges moyens [financiers], recherche une femme d’intérieur avenante dans le but de se marier immédiatement. La demoiselle doit être disposée de faire le tour du monde.

Petite annonce

Telle est en substance la petite annonce qui est diffusée dans un journal anglais en cette fin d’année 1906. (Elle sera diffusée en février 1907 en Australie et par erreur le 10 aout 1910 dans Canowindra Star and Eugowra News! )

Ce n’est pas moins de 300 femmes qui vont rĂ©pondre Ă  l’annonce anglaise.

De Liverpool, une jeune demoiselle de 18 ans très intéressée écrit « je suis gentille, on me l’a dit. Je vous ai vu, je vous ai admiré […] Je fais 1,70m et je vous aimerai bien. » Elle précise « mon mari devra gagner 500 francs par semaine. » NB à cette époque, le salaire moyen d’un ouvrier est d’à peine 5 francs par jour.

Une autre jeune fille écrit : « j’ai 23 ans, je suis blonde et je peux gagner ma vie en chantant. »

Une troisième fille annonce « je serais bien heureuse de voyager avec un homme comme vous capable de protéger une douzaine de femmes comme moi. »

 

Qui est ce french giant ?

Henri Cot est né le 30 janvier 1883 (et pas 1884 comme on le lit sur certains sites) à Prohencoux commune du Sud de l’Aveyron. C’est lors du conseil de révision du 27 avril 1904 qu’il devient célèbre grâce à sa taille. En effet, la toise annonce 2,12 mètres !

Les journaux s’empressent d’annoncer ce record de gigantisme : c’est le plus grand conscrit de France. Il est même comparé aux grenadiers poméraniens.

Poméraniens

Si Henri était né un siècle plus tard, il aurait pu être sollicité pour une équipe sportive ou simplement être quelqu’un de grand. En 1904 son avenir va être différent.

Il n’est pas le seul géant à cette époque. Détrôné par un Russe de 3m qui se montre « moyennant finances » en Angleterre, et par une femme russe de 2,60m qui elle est admirée en Allemagne. Henri n’est qu’à la 3ème place du podium et attaque son tour de France.

GĂ©ants

Peur, curiosité, il ne laisse pas indifférent

Né trop tôt, sa destinée est de se montrer dans les cafés, cabarets et théâtres auprès d’autres personnages atypiques. Si les tarifs d’exhibitions semblent gratuits à ses débuts, ils vont vite devenir payants. Quand un de ses employés partira avec sa bourse, Henri se contentera de rire!

Bourse

Cette vie va lui faire faire le tour de la France, puis du globe (en Afrique du Nord, dans toute l’Europe et aux USA).

1906-2

Quo non ascendam ?

Après son conseil de révision, il continue de grandir. Les médecins lui ont prédit une croissance jusqu’à ses 25 ans.

Ascendam

Sa famille est de taille ordinaire mais du côté maternel ses ancêtres étaient grands, mais pas de là à atteindre les 2 mètres ! Par contre à 8 ans il mesurait déjà 1,50m

Des dimensions gigantesques

Côté taille, les 8ft 7in de la petite annonce sont exagérées, il est plus proche des 7ft 6in soit 2,30m. Il peut cependant prendre un objet placé à 3m de hauteur. Un homme avec sa canne n’atteint pas l’envergure de ses bras. S’il les écarte, on obtient une largeur de 2,40m.

Son poids annoncé à 229kgs tend à être plus proche de 160kgs.

Sa pointure est de 62, son tour de taille de 1,51m. Ses gants du n°15. Son pouce couvre une pièce de 5fr, une pièce de 0,10c passe dans sa bague.

Il mange comme deux, dort dans 3 lits. Il lui faut 8m de drap pour l’habiller….

Taille

Mais revenons Ă  son histoire d’amour …

Miss Emily Faraday

Après avoir vu 301 femmes, avoir fait le tour des salons de thé de Londres à la recherche d’une demoiselle qui voudrait de lui, Cupidon met sur son chemin Melle Emily Faraday. Employée au pub (aujourd’hui détruit) « the coach an horses » à Notting Hill Gate, cette demoiselle de 26 ans répond aux questions des journalistes en rougissant.

Farraday

Les deux amoureux se sont rencontrés au Stratford Empire au mois de novembre et ont eu un coup de foudre. Ils vont se marier à Noël et iront en voyage de noce à Edinbourg. Elle ne parle pas français, son fiancé parle peu l’anglais, mais « il va devoir apprendre à parler l’anglais, c’est tout. »

epouse

Et Peter ?

Peter Colibri est le nain russe de moins de 60 cm, compagnon inséparable d’Henri que ce dernier promène dans sa poche. Dans une relation d’amour, difficile de trouver de la place pour une troisième personne, à moins que le petit russe ne trouve lui aussi chaussure à son pied et qu’un double mariage soit célébré à Noël…

Peter

Remplacé par une géante française

A Noël, Crystal Palace après avoir montré Henri Cot et le petit Peter Colibri, accueille une géante française et la petite princess Hawas de 80 cm! Marie Scheller est née à Langres. Elle mesure ,12m et est agée de 20 ans. Sa famille est venue d’Alsace à Paris au moment de la guerre de 1870, et est composée de 12 enfants.

GĂ©ante

 

Henri à Edimbourg pour Noël

Le voyage de noce Ă©tait prĂ©vu pour NoĂ«l Ă  Edimbourg. Henri est au Waverley Carnival d’Edward Moss Ă  Edinbourg…. Avec Peter Colibri! Miss Faraday semble ne pas faire partie du voyage… L’histoire d’amour naissance est probablement dĂ©jĂ  terminĂ©e.

Carnaval-Edimbourg

La mort du géant

Henri Cot meurt en septembre 1912 à Lyon dans des circonstances un peu particulières. Il a alors atteint les 2,39m selon les journaux. Son corps est rapatrié dans l’Aveyron où il repose dans le cimetière du village.

 

Sources: Journal du Loiret, Express du Midi, l’éclair, le petit méridional, le journal de l’aveyron, l’écho de Bougie, la lanterne, la liberté, le petit méridional, le radical, le journal de Fourmies, le journal de vienne, the sussex express, daily news, express and telegraph, the Era, Hampshire Advertiser, the Manchester, The Stattordshire Advertiser, The Western Daily Press Bristol, Yorshire telegraph, The evening News, Linconlnshire Echo, 2E2587-AMLyon, 1R367-AD12, 1R641-AD12, 4R57-AD12

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Ces ancêtres endettés

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Août 122016
 

Multiplier les sources généalogiques (et surtout les exploiter) réserve parfois des surprises, bonnes ou mauvaises, pour nos ancêtres.

Un mariage aisé

Jean Joseph Terral, 39 ans, se marie avec Marie Claire Bessière, 24 ans en 1830. Le futur couple passe en contrat de mariage chez Maitre Bec, notaire à Broquiès, qui se déplace au domicile de la famille Bessière. C’est un régime dotal qui est choisi, histoire de protéger les biens de chacun.

Du côté du futur époux, sa mère lui donne 1/3 de tous ses biens par préciput et son frère lui revend sa part de droits successoraux paternels. Cela évite un partage entre les deux frères.

Du côté de la future épouse, les sommes sont plus importantes. Melle Bessière s’est constitué 1 500 francs de dot et son père lui donne 13 500 francs dont 12 000 francs payables avant sa mort. 3 000 francs sont même acquittés de suite.

Contrat-Mariage

Une vie ordinaire

Le couple a plusieurs enfants dont certains ne survivent pas. Au décès de Jean Joseph Terral en 1867, 3 enfants sont cités, un garçon, Philibert, et deux filles Christine et Rosalie, qui habitent tous au village.

Quand Marie Claire Bessière décède en 1878, une troisième fille est listée, sœur en religion à Clairvaux.

Côté patrimoine, un peu de mobilier pour 138 francs et un domaine dans le village pour la 1ère succession.

Succession

Pour la succession de Madame, on ne retrouve que la reprise de sa dot.

 

Rien de particulier ?

Les recherches se poursuivent sur le patrimoine. A la vue des dates de décès, ce sont les hypothèques qui semblent pouvoir apporter plus rapidement des informations.

La case de Jean Joseph Terral nous informe de quelques mutations (deux achats avant le mariage, trois ventes en mai 1859 et une expropriation).

Hypothèques

C’est l’expropriation qui a notre préférence. Elle a lieu en 1862 et est finalement initiée au profit de la commune pour redresser un chemin.

Côté ventes, l’une concerne du terrain vendu à un prêtre, la deuxième un terrain vendu sous seing privé. La troisième concerne des arrangements entre les deux frères Terral. En effet dans le contrat de mariage, et pour éviter le partage, Jean Joseph devait payer à son frère sa part de droits successoraux, ce qui n’a pas été fait. Jean Joseph avait promis à son frère de lui faire construire une maison, ce qui n’a pas été fait. Bref, l’acte formalise les dettes fraternelles.

Entre-frères

Oui, mais…

Si vous avez lu le titre de ce billet, vous vous doutez bien que l’histoire n’est pas si ordinaire.

Ce qui est frappant, c’est un document consulté précédent : la case du répertoire de formalités d’hypothèques. Alors que la partie gauche est assez banale, celle de droite liste un grand nombre de créances pour de fortes sommes et toutes à la même période : mai 1859.

Créances

La circulaire de 2009 n’ayant pas fait éliminer les registres d’inscriptions de créances avant 1865, ce sont 5 volumes qui vont permettre de découvrir un nouveau pan de la vie de Jean Joseph Terral.

En faillite suite Ă  une mauvaise gestion

Jean Joseph Terral fait des affaires, beaucoup et finalement pas que des bonnes ! En 1859, c’est un coup d’arrêt qui lui est assigné : il est déclaré en faillite par le tribunal de commerce de Millau.  Les scellés sont apposés le 1er juin sur son domicile, ses meubles, ses livres de comptes, etc.

Faillite

La nouvelle est évidemment annoncée dans la presse.

Son actif est évalué à 50 000 francs mais ses dettes sont proches de 200 000 francs.

Parmi ses créanciers, des agents de change, des banquiers, des propriétaires, le boulanger, une domestique pour arriérés de salaires, mais aussi la mère supérieure du couvent de Clairvaux qui attend les 2 000 francs de dot promis à l’entrée en religion de Marie Terral.

Jean Joseph Terral conteste dès le 7 juin être commerçant. Cet argument est rapidement rejeté par le tribunal. Il est jeté en prison pour contrainte par corps pour dettes.

Créanciers

 

Protéger les biens de Madame

4 jours plus tard, Marie Claire Terral va au tribunal, elle expose son cas et demande à protéger sa dot en faisant une séparation de biens avec son mari. Cette demande lui est accordée et, par exploit d’huissier du 10 juin, son mari est averti de sa démarche. Il faut attendre le 12 aout 1859 pour que le jugement de séparation soit prononcé. La lecture de celui-ci est faite 10 jours plus tard au tribunal de commerce.

Se séparer ne signifie pas divorcer. Cette démarche a surtout pour but de préserver les biens de Mme Terral et de lui permettre de continuer d’entretenir et prendre soin de ses enfants et de son mari.

Demande-sépartion

La faillite et après ?

Le dossier de faillite est en lacune dans les archives, mais quelques jugements permettent d’obtenir des informations sur la suite de l’affaire.

Un syndic provisoire, puis définitif, est nommé pour suivre la faillite de Mr Terral. Les créanciers ont indiqué les sommes qui leur sont dues et doivent justifier de la véracité de celle-ci.

Près d’un an après l’annonce de la faillite, la situation va s’éclaircir et un concordat va être signé avec les créanciers. Le frère de Jean Joseph Terral s’engagera à payer 20 000 francs au syndic (plus les intérêts, et les frais divers).

L’état de faillite est levé avant l’été 1860.

Fin-Faillite

Deux ans plus tard, c’est l’expropriation pour redresser la route puis le décès de Jean Joseph, mais ça, vous le saviez déjà…

 

Sources 4E299-3/AD12, 4E299-4/AD12, 4E138-10/AD12, 3E18436-AD12, 3E27399-AD12, 70Q236-AD12, 70Q147-AD12, 70QBIS28-AD12, 70QBIS35-AD12, 70Q200-AD12, 4Q1661-AD12, 4Q1905-AD12, 4Q2015-AD12, 4Q2016-AD12, 4Q2037-AD12, 79Q57-AD12, 79Q172-AD12, 79Q173-AD12, 79Q174-AD12, 6U 170-AD12, 6U532-AD12, 1059W50-AD12, 1059W51-AD12, Y115-AD12, PER605-AD12

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Tué par erreur ?

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Juil 292016
 

Une plaque dans l’église de Florentin rappelle la mémoire du prêtre réfractaire François Castanié. Tué par erreur ou mis à mort pour la foi, une seule version est présente aux archives départementales.

Prêter serment sous la révolution

François Castanié est né le 2 juillet 1762 à St Félix de Lunel. Après des études ecclésiastiques, il est nommé vicaire de cette paroisse au moment de la révolution française et signe ses premiers actes paroissiaux début 1790.

Par décret du 27 novembre 1790, les prêtres sont soumis à l’obligation de prêter serment pour la « Constitution civile du clergé. » François Castanié refuse de prêter serment comme les trois quarts des prêtres aveyronnais.

Decret27111790

500 prêtres aveyronnais seront arrêtés et déportés. François Castanié se cache pour ne pas subir le même sort.

 

Déguisés en chasseur pour arrêter le prêtre

Le 10 pluviose an VI, François Laurans et Jean Baptiste Bourguignon, brigadier et gendarme à la résidence d’Entraigues apprennent que Gaspard Puech va épouser Anne Dounet. Ils présument que la messe va être dite par un prêtre réfractaire et décident d’aller voir, déguisés en chasseur pour n’être pas aperçus ni reconnus de personne. Arrivés dans la maison des Dounet, ils entrent par une fausse porte (la porte d’entrée est fermée) et trouvent François Castanié, prêtre réfractaire de la liste des émigrés, vicaire à St Félix, à table, dinant avec les Donnet, sa femme et les futurs époux. Le prêtre est arrêté ainsi que Dounnet qui lui a donné asile.

Le prêtre est fouillé. Il porte sur lui, deux petites clochettes, une relique dans une tabatière et les annonces (déchirées) des bancs des futurs époux. Les deux hommes sont emmenés en prison.

Clochette

Il a simplement demandé asile

Le jour même, un interrogatoire est mené par Jean Antoine Rigal agent municipal d’Entraigues exerçant les fonctions de commissaire de police.

François Castanié nie entre autre avoir voulu marier Gaston Puech et Anne Dounet et prétend n’avoir voulu que chercher un asile chez les Dounet. La demande de publication de bancs est déchirée ? C’est que le papier s’est coupé de lui-même !

Guillaume Dounet ne savait pas que François Castanié était prêtre, il l’a recueilli comme un simple demandeur d’asile…

 

Direction la prison

Le lendemain, les hommes doivent être emmenés à Rodez mais en passant par Espalion. Les deux détenus sont attachés entre eux, chacun portant une chaine en fer autour du cou.

Pour les accompagner, il y a les deux gendarmes mais aussi les citoyens Augustin Monnaton et Antoine Nayrolles.

Le brigadier s’attend à une attaque car vers 6H, un homme est venu devant la porte des écuries des chevaux de la gendarmerie et a demandé si les hommes qui devaient conduire les prisonniers étaient partis, par quelle route et combien vont encadrer l’escorte.

Espion

A 8H, le convoi démarre. Il prend le petit chemin appelé de Boutigou et arrive sur l’ancien chemin tendant d’Entraygues à Laguiole. En arrivant près du village de Bès à Florentin, le commandant Ladoux, un des gendarmes, se détache et part « à la découverte » pour voir le convoi doit craindre de croiser un attroupement. Il va chez le nommé Acher dit Barber, aubergiste du village de Bès, qui lui dit avoir chez lui dans son auberge 6 à 7 étrangers armés de fusils. Le commandant Ladoux retourne fait son rapport.

La menace d’un attroupement

Une attaque se prépare. Le brigadier Laurans décide d’abord de retourner sur leurs pas. François Castanié demande « avec instance de suivre un autre chemin pour éviter la rencontre. » Mais après réflexion, ils sont 5, ils peuvent bien se défendre contre 6 ou 7 ! Alors ils reprennent leur marche.

Les deux prisonniers, attachés ensemble par une chaine de fer passée au col sont mis en avant du cortège avec le brigadier Laurans à leur côté. Les 2 réquisitionnaires sont derrière, suivis par les 2 gendarmes qui ferment la marche.

Après 10 à 12 pas, ce ne sont pas 6 étrangers mais 15 à 20 personnes armées de fusils à 2 coups qui se montrent à environ 15 pas devant eux. Le brigadier ne les avait pas vu avant car il « y avait un brouillard très épais. »

Un coup de mousquet

Les gendarmes crient « qui êtes vous ? Au nom de la loi retirez-vous ! » Les hommes ne partent pas.

Le brigadier tire un coup de mousquet et l’attroupement répond par une décharge considérable sur l’escorte des détenus.

Les habits du brigadier sont percés en plusieurs endroits. Les chevaux sont touchés, le prêtre reçoit une balle au front, tombe à terre à la renverse. Il est blessé et son état de santé est critique.

Guillaume Dounet est blessé mais il peut marcher. Il a reçu 7 coups de feu à plomb sur les mains, un coup sur le coté gauche et un autre sur les sourcils. Cependant il est retenu par la chaine à l’autre prisonnier…

Coup de feu

Battre en retraite

Les gendarmes battent en retraite avec un des réquisitionnaire. L’autre reste seul « n’ayant pas eu le temps ou l’esprit assez présent pour faire comme les autres. » Les attroupés lui laisse la vie sauve et lui propose une hache pour couper la chaine des prisonniers.

Il repart alors avec le prisonnier Dounet, un fusil et deux manteaux abandonnés par les gendarmes. Il craint à tout instant de se faire tirer dans le dos. Il rejoint finalement son collègue qui l’attendait un peu plus loin et Guillaume Dounet est soigné à Entraigues.

 

Une blessure mortelle

L’attroupement s’est dispersé, reste sur le chemin le corps d’un homme ensanglanté au visage, les cheveux teints de sang, qui porte une chaine de fer au col. Il est ramassé par les voisins et emmené chez Raynaldi où il meurt le soir vers 20 heures. Il a perdu la parole et personne ne le connait. Son âge est évalué à 40-45 ans, sa taille à 5 pieds 3 ou 4 pouces. Il faudra attendre la rumeur publique pour que son identité soit dévoilée.

Décès

 

Un traquenard organisé

A postériori, les gendarmes apprendront que ce n’est pas moins de 100 hommes qui étaient mobilisés et divisés en divers groupes pour récupérer le prêtre lors de son transfert vers la prison. Parmi eux, Jean Baptiste Castanié, aubergiste à Golinhac chez qui les hommes se seraient rassemblés.

Le prêtre est enterré, sa succession est réglée le 4 thermidor an VI.

Ce coup de feu mortel Ă©tait un accident, François CastaniĂ© a Ă©tĂ© tuĂ© par erreur … par les hommes attroupĂ©s. D’ailleurs la dĂ©position du brigadier un peu plus haut prĂ©cise bien que le « coup de feu qu’il tira n’a pu en aucune manière atteindre CastaniĂ© prĂŞtre. »

 

Une autre version ?

C’est en voyant la plaque en mémoire de François Castanié dans l’église de Florentin la Capelle qu’on peut imaginer que l’histoire qu’on lit dans le dossier de justice n’est pas forcément la réalité.

Plaque

Pourquoi « mis à mort pour la foi » alors qu’il semble que le coup de feu soit un accident ?

Dans le dossier aux archives, seul le témoignage de François David, officier de santé de 32 ans, donne une autre piste.

« Le 10 pluviôse an soir, rentrant à Entraygues il apprend l’arrestation de Castanié. Mangeant la soupe avec 3 gendarmes et 5 gardes nationaux, le brigadier Laurans déclare qu’il sait qu’il y a un attroupement qui se prépare pour enlever le prêtre Castanié et qu’au moindre attroupement qu’il verra, il commencera par brûler la cervelle au prêtre.

Le prêtre répond qu’il ne sait pas si un attroupement est prévu mais que s’il y en a un, il faut au moins suspendre son transfert pendant 3 ou 4 jours, ce que le brigadier refuse. »

C’est le brigadier Laurans qui aurait tiré à bout portant sur le prêtre selon les récits sur les martyrs de la foi pendant la Révolution.

Le couple Puech Dounet

Terminons sur une note positive. Le mariage de Gaspard Puech et Anne Dounet n’a pas été béni par le vicaire Castanié mais il a bien eu lieu. Leur premier enfant nait le 25 nivôse an VII.

Sources: 4E91/1-AD12, 52Q227-AD12, 71L143-AD12, Les Martyrs de la foi pendant la RĂ©volution française ou Martyrologe des pontifes, prĂŞtres, religieux, religieuses, laĂŻcs de l’un et l’autre sexe qui pĂ©rirent alors pour la foi

Cet article a été rédigé avant les événements de juillet 2016.

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Boire ou conduire…

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Juil 222016
 

Sur la route de Rodez

Le 6 février 1889, François, domestique chez Mr Moly, voiturier à Naucelle conduit vers Rodez une voiture dans laquelle se trouve Mr Broussy, directeur de l’école laïque de Naucelle.

Il est 18H30, la nuit est tombée et le temps est glacial. Arrivés au trois quart de la côte de la mouline à Rodez (actuelle avenue de Toulouse), au niveau de l’école normale, Mr Broussy dit au chauffeur :

« Allez voir ce qui se trouve sur le bord de la route car quelque chose vient de remuer lĂ . »

Avec l’obscuritĂ©, François ne perçoit qu’une masse noire gisant dans la neige. Il descend du vĂ©hicule et crie « C’est un homme! »

AussitĂ´t Mr Broussy descend et les 2 hommes relèvent Mr Bousquet, entrepreneur des omnibus Ă  Rodez, ensanglantĂ© et presque inanimĂ©. Il ne peut pas expliquer ce qu’il fait lĂ  mais comme ses sauveurs voient sa voiture arrĂŞtĂ©e un peu plus loin, ils comprennent qu’il s’est laissĂ© tomber de son siège.

Homme

Pris de vin, saisi par le froid, Ă©tourdi par la chute et trempĂ© par la pluie fine qui se congèle au fur et Ă  mesure qu’elle tombe, l’homme est chanceux d’avoir Ă©tĂ© retrouvĂ©.

Après l’avoir assis sur le siège de sa voiture, Mr Broussy se place Ă  ses cĂ´tĂ© et prend les guides pour ramener Mr Bousquet chez lui. Il comprend que le cheval faisait des efforts car le frein Ă©tait serrĂ©, ce qui explique que la voiture n’est pas partie plus loin après la chute du conducteur.

Le conducteur ne cède pas les rênes

Mr Bousquet reprend ses sens et machinalement il s’accroche aux guides. Il se met Ă  pousser des cris incohĂ©rents que le cheval ne comprend pas. L’animal, perdu par ces ordres, se dĂ©place de gauche Ă  droite sur la route, frĂ´lant les fossĂ©s.

Les conditions météo sont mauvaises. La route est verglacée, le cheval tombe 2 fois et se relève, puis se met à courir de plus en plus vite.

Mr Broussy,le directeur d’Ă©cole, ne peut plus descendre du vĂ©hicule et il ne parvient pas Ă  arrĂŞter Mr Bousquet, il doit par ailleurs le retenir car le chauffeur ivre menace de tomber Ă  chaque instant. François n’arrive pas Ă  suivre cet Ă©quipage et prĂ©fère mener son Ă©quipage Ă  son rythme pour rentrer entier.

Plan

Une chute Ă  l’arrivĂ©e

ArrivĂ© vers l’enclos de l’asile des aliĂ©nĂ©s près du foirail, le cheval tombe Ă  nouveau. Mr Bousquet, pas encore dĂ©grisĂ©, veut descendre. Comme un ressort qui se dĂ©tend il se lève et tombe dans les roues du vĂ©hicule, les jambes engagĂ©es entre les rais.

Mr Broussy le saisit brusquement Ă  bras le corps et le replace sur le siège. Il court tenir la tĂŞte du cheval pour que l’animal ne bouge pas et qu’il ne broie pas les jambes de l’entrepreneur. Mr Broussy crie au secours et une voisine sort de la maison des militaires. D’autres personnes finissent par arriver.

Mr Bousquet est descendu du siège par les témoins et le cheval est descellé. Mr Broussy court appeler Mme Bousquet. Colère, humiliation, résignation, on ne sait pas comment elle a réagi.

Pour se remettre de ses Ă©motions, Mr Broussy va se rĂ©fugier chez son homonyme (mais non parent) au cafĂ© Broussy qui l’entoure de ses soins les plus empressĂ©s. Quant Ă  François, l’histoire ne dit pas oĂą il a fini la soirĂ©e.

Broussy

Sources 1M698-AD12

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