OĂą trouver de belles sangsues?

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Août 202017
 

Avez-vous des sangsues dans votre département ? Et comment faut-il réglementer leur vente ? Telles sont les questions posées par le Ministère de l’Agriculture dans sa circulaire du 9 juin 1846.

Pas assez de sangsues en France

Au début du 19ème siècle, les sangsues sont peu utilisées pour guérir les gens. Mais avec l’apparition du système médical de Broussais, la situation évolue. A tel point qu’en 1846, les marais, étangs et ruisseaux français ne peuvent plus subvenir aux besoins médicaux Et la pêche abusive de ces plans d’eaux ne favorise pas le repeuplement dans de bonnes conditions. Il faut donc importer des sangsues depuis d’autres pays, jusqu’à épuiser toutes les ressources européennes.

Et ce qui devient rare est forcément cher. En 1830, un demi-kilogramme de sangsues d’Hongrie coûtait 50 centimes. 15 ans plus tard, il en vaut 80 francs.

Quelle règlementation ?

La circulaire du ministre interroge sur la réglementation à adopter pour la vente des annélides. Chaque département est sollicité et par ricochet, chaque sous préfet est interrogé.

Interdire la vente, c’est augmenter leur prix le temps qu’elles se reproduisent et il faudrait surveiller la fraude. Car certaines personnes qui en font le commerce les gorgent de sang d’animaux abattus pour qu’elles paraissent plus grosses. Ces sangsues ne piquent plus, ou bien de manière insignifiante et rĂ©duit donc les rĂ©sultats dans le traitement des maladies.

Telle est la réponse du sous préfet de Villefranche de Rouergue.

Les aveyronnais ont des avis divergents. Certains pensent que les petites sangsues de moins de 2 grammes n’ont aucun effet mĂ©dical, d’autres souhaitent les vendre. Certains mĂ©decins et pharmaciens pensent qu’il faut prĂ©voir une interdiction annuelle de pĂŞche pour permettre la reproduction….

 

Un Ă©tat des lieux

Dans sa circulaire du 9 juin 1846, le ministère de l’Agriculture veut surtout connaĂ®tre les ressources encore existantes. Dans le dĂ©partement de l’Aveyron, « il n’y a ni marais ni Ă©tangs ou cours d’eau oĂą trouver des sangsues » est la rĂ©ponse donnĂ©e par les services des arrondissements de Millau, Villefranche, Saint Affrique et Rodez. Quant Ă  Espalion, on trouve des sangsues.

Le marais de Montpeyroux

C’est sur la commune de Montpeyroux qu’on peut trouver le marais qui nous intĂ©resse. Il est situĂ© près des Bessades, localitĂ© renommĂ© par ses foires …

Le marais est assez Ă©tendu mais sa surface est considĂ©rablement rĂ©duite en Ă©tĂ©. On le croit très propre Ă  la reproduction des sangsues selon ce qui se faisait il y a une quarantaine d’annĂ©es. Les sangsues Ă©taient nombreuses mais ont disparu sans qu’on en sache la raison.

Des sangsues venues de Lyon

Pour exploiter ce commerce, une compagnie s’est formĂ©e en 1845. 5 Ă  6000 sangsues achetĂ©es Ă  Lyon ont Ă©tĂ© jetĂ©es dans le marais et on espère sous peu livrer Ă  la consommation un grand nombre de sangsues moyennes en gardant les sangsues vaches (de 4,5 Ă  12 grammes) comme essentielles pour la reproduction et les petites de moins de 2 grammes pour l’usage mĂ©dical.

 

Les documents ne précisent pas si la petite entreprise d’hirundiniculture aura réussi à vendre ses animaux et combien de pêcheurs de sangsues auront été affectés à cette activité ! Mais l’état civil permet de trouver la trace d’au moins un marchand de sangsues originaire de Montpeyroux : Pierre Jean Cocural né vers 1811 !

 

Sources : « Note sur les sangsues qui sont livrées au commerce » numérisé par Gallica, « Plus de Sangsues! » numérisé par Google Books, 5M8-AD12, 4E167/8-AD12

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Elle voulait devenir sage-femme

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Août 042017
 

Les écoles de sage-femme sont instaurées à la fin du 18ème siècle. Et il faut prévoir 2 ans pour être diplômée. Marie Anne connaitra quelques déboires avant de parvenir à exercer son métier.

Devenir sage-femme

Marie Anne est nĂ©e en 1805 dans un petit village de l’Aubrac. Elle se marie en 1830 et presque aussitĂ´t nait son premier enfant. Suivront un deuxième, puis une troisième.
Accoucher, donner la vie, elle sait faire. Mais aider les autres Ă  accoucher, c’est moins Ă©vident.
Alors c’est dĂ©cidĂ©, elle va s’inscrire aux cours de sage-femme Ă  Rodez. Ce n’est pas la porte Ă  cĂ´tĂ© et il faudra habiter provisoirement en ville. Son mari finit (probablement) par ĂŞtre d’accord et elle demande son admission Ă  l’Ă©cole.

Refusée, admise puis virée

Le maire lui fait un certificat de bonnes mœurs. Mais toutes les places sont prises pour cette année 1837.
Marie Anne refait sa demande l’annĂ©e suivante et elle est admise. En dĂ©cembre, elle est remplacĂ©e par Victorine Moussol. Pourquoi? Il faut chercher dans la correspondance du professeur pour comprendre le problème. Elle vient d’accoucher d’un enfant qu’elle a fait admettre Ă  l’hospice comme enfant trouvĂ©. C’est bien lĂ  le contraire de la philosophie du mĂ©tier! Alors, on lui demande de partir….
Retour dans l’Aubrac. Probablement pour Ă©lever son enfant.

Nouvel essai en juillet 1842

Le maire de la commune appuie la nouvelle candidature de Marie Anne en juillet 1842. Elle a environ 30 ans (!), elle sait lire et Ă©crire et est de bonne vie et intelligente. De plus la commune est isolĂ©e et n’a pas d’accoucheuse.
Sa candidature est retenue. On Ă©voque son Ă©chec Ă  l’Ă©cole de la manière suivante.

Elle vint en cours, il y a deux ans et resta 3 mois Ă  ses frais. N’ayant pu soutenir la dĂ©pense jusqu’Ă  la fin du semestre, elle se retira.

Deux ans d’Ă©tude et un premier prix

Pendant deux années, Marie Anne étudie avec ses camarades. De la théorie, mais aussi de la pratique. Son professeur écrit deux ans plus tôt:

Un accouchement auquel elles assistent les instruit mieux que toutes les leçons des professeurs.

Arrive la date de l’examen. Il est prĂ©vu le 2 ou le 3 mai 1844 mais le conseiller de prĂ©fecture n’est pas disponible. Le concours est reportĂ© au 4 mai Ă  14H mais aucun examinateur ne se prĂ©sente!
Il a finalement lieu dans une salle de l’hospice sous la prĂ©sidence dudit conseiller. Les examinateurs sont

  • le mĂ©decin des hospices et des prisons,
  • un chirurgien
  • et le mĂ©decin de l’Ă©tablissement des aliĂ©nĂ©s.
  • Le professeur des accouchement, Mr Lacalmoutie, est Ă©galement prĂ©sent.

Les postulantes sont interrogées sur la théorie puis on passe à la pratique des accouchements naturels et manuels.
Les 5 Ă©lèves sont d’instruction Ă©gale. Le premier prix est finalement divisĂ© en deux et donnĂ© par tirage au sort. Et Marie Anne finit 1ère, ex-aequo.

Un beau diplĂ´me pour exercer

Marie Anne reçoit son diplĂ´me et doit le faire valider d’une part par le maire de la commune (qui signe au dos du diplĂ´me) et d’autre part par le tribunal de son arrondissement.
Enfin elle peut exercer.


Bien entendu, les archives ne nous donnent pas la liste des enfants qu’elle va mettre au monde. Mais on retrouve parfois dans les registres d’Ă©tat civil sa prĂ©sence pour dĂ©clarer la naissance d’un enfant lĂ©gitime ou illĂ©gitime.

Elle disparait du métier et réapparait

Jusqu’en 1847, on voit son nom apparaitre dans les listes des sages-femmes habilitĂ©es Ă  exercer. Puis, plus rien. Un nouvel incident de parcours? De la concurrence? Une envie d’autres choses? Elle ne semble pas avoir Ă©tĂ© radiĂ©e par erreur, aucun jugement ne nous laisse Ă  penser qu’elle a commis une erreur.
Son nom rĂ©apparait en 1877 avec celui de sa fille (diplĂ´mĂ©e de l’Ă©cole de sage-femmes de Toulouse en 1861)! Les deux noms disparaissent Ă  nouveau.
Quand elle meurt en 1896 elle est notĂ©e comme « ancienne sage femme ». Combien d’enfants a-t-elle vu naĂ®tre? Elle n’a probablement jamais comptĂ©.

Sources: 3X47-AD12, 5M7-AD12, PER1181-AD12, 4E224/9-AD12

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En prison pour gravidation

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Juil 282017
 

Il l’a mise enceinte mais il refuse de se marier comme il l’avait promis. Elle n’a plus qu’Ă  dĂ©clarer sa grossesse et porter plainte pour gravidation.

 

Elle a cédé à ses avances

Catherine Delmas a 24 ans. Elle est enceinte de 8 mois de Pierre Cabrolier avec qui elle travaillait depuis 3 ans au service de Mr Serguy. Les deux ont été vus plusieurs fois en tête et très proches. Ils ont même été surpris à plusieurs reprises dans une écurie ou dans la chambre de Cabrolier où Catherine Delmas venait refaire le lit. Leur patron les a surpris alors qu’ils se faisaient des baisers et avait menacé de les mettre à la porte si cela continuait.

Elle a résisté longtemps aux avances de Pierre, mais à la Noël 1774, ils ont commencé leur commerce. Et cela jusqu’à la St Jean où elle a congédiée par son employeur. Ils ont remis le couvert deux fois depuis cette date. Il faut dire qu’il lui avait promis de l’épouser et n’arrêtait pas de la caresser.

 

L’édit d’Henri II

Elle est enceinte donc, de 8 mois, mais toujours pas de mariage en vue. Pierre Cabrolier a refusé de l’épouser et a même proposé de l’argent pour qu’elle cache sa grossesse et qu’elle ne dise rien à personne. Elle ne peut pas rester dans le déshonneur. Et selon l’édit d’Henri II, elle doit déclarer sa grossesse. Elle se rend donc au tribunal et porte plainte contre son prétendant en novembre 1775.

L’enfant nait le 6 décembre 1775 et porte le prénom de Pierre, comme son père.

 

Le père en prison

Pierre est arrêté le 31 décembre de la même année et rejoint les geôles de Rodez. Et il ne sait pas ce qu’il fait là.

Oui, il connait Catherine Delmas. Et, Oui, il est probable qu’il soit responsable de sa grossesse. Oui, il a voulu l’épouser et non ce n’est pas une promesse en l’air. Il a même rencontré le père et l’oncle maternel de la jeune fille et leur a demandé combien ils paieraient de dot. Comme ils ne semblaient pas avoir assez d’argent comptant, ils n’ont pas donné suite à la demande… Peut-être leur faut-il un délai pour rassembler une somme suffisante ?

 

Une sortie sous caution

Le 13 janvier, il fait une demande d’élargissement provisoire pour quitter la prison mais il lui faut une caution. La jeune fille demande à ce qu’on le ne laisse pas sortir : il va en profiter pour quitter le pays et l’abandonner avec son déshonneur, sa honte et son malheur. Lui prétend que non, qu’il faut bien qu’il sorte pour faire le contrat de mariage. Les parents de la jeune fille ont même été convoqués en ville pour aller chez le notaire, mais ils ne sont pas déplacé et la mère du prisonnier, restée seule, est repartie chez elle.

Même s’il n’est pas malheureux, Pierre Cabrolier est en prison. Et la somme donnée au concierge par ses futurs beaux-parents potentiels ne remplace pas la liberté.

C’est le frère de Pierre Cabrolier qui se porte caution. Il a 2000 livres que représente son fonds de commerce. Mais cela ne semble pas suffire. Alors l’avocat connait quelqu’un d’autre, si on peut attendre demain… Dès le lendemain, il présente une deuxième caution, Mr Despeyroux, qui lui aussi a une somme de 2000 livres de « biens au soleil ».

 

Le contrat de mariage est signé

Quelles tractations ont lieu ensuite ? Il faut attendre le 1er Février 1776 pour qu’un contrat de mariage soit signé chez Me Boscus, notaire à Rodez. Pierre reconnait être le père de l’enfant. Il doit payer à Catherine 119 livres pour frais de couches, nourritures et autres frais avancés par le père Delmas.

Ce dernier donne à sa fille en dot 1/17ème de ses biens et 522 livres avant le mariage. A cette somme, sont retirées les 119 livres pour l’enfant et 22 livres de frais d’acte.

Le mariage est finalement cĂ©lĂ©brĂ© le 20 fĂ©vrier 1776 Ă  la paroisse Notre Dame de Rodez. Les amoureux auront peut ĂŞtre vĂ©cu heureux et eu d’autres enfants…

 

Sources:  3E15124-AD12, 4E212/4-AD12, 3B55-AD12, traité des enfants naturels 1828

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L’origine de cette photo de famille

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Juil 142017
 

La photo a été prise pendant la seconde guerre mondiale. Mais qui se souvient que c’était avec un appareil volé ?

C’est la guerre…

Mr G., huissier du tribunal, demeurant une petite ville de l’Aveyron, est mobilisé au mois d’août 1939. Il laisse son « appareil photographique contenu dans une gaine en cuir ainsi qu’un opuscule qui indique son fonctionnement » sur le rebord d’une fenêtre d’un garage qu’il loue à un hôtelier. Puis il rejoint son centre mobilisateur dans le sud de la France.

Quand il revient en avril 1940 comme réformé N°2, l’appareil photo a disparu. Après avoir cru à une blague d’un ami, Mr G. se résigne à porter plainte contre X. Le garage était fermé à clé mais la fenêtre était en partie brisée et clôturée par une planchette de bois ! C’est sûrement par ce biais que le larcin a eu lieu.

Les gendarmes enquĂŞtent

L’appareil photo a une valeur de 375 francs. C’est un Kodak Senior 6 16 muni d’un dispositif qui permet de se photographier soi-même. Il a été acheté à Mme G. née L., photographe de la même ville en 1936. C’est elle que les gendarmes vont interroger.

La photographe se souvient avoir vendu l’appareil à l’huissier. Elle conforme les caractéristiques et le prix. Et elle se souvient même avoir vu un appareil photo identique dans les mains d’un jeune domestique de ferme. Quand ? En début 1940. Comment s’appelle-t-il ? C’est Simon B. Il a même précisé que c’était son oncle de Paris qui lui avait offert.

Le domestique de 16 ans

Les gendarmes se rendent sur le domaine où travaille Simon, 16 ans, qui se met à pâlir quand il voit les deux képis arriver. Après quelques instants, il avoue son vol et explique qu’il a effectivement passé la main par la fenêtre brisée pour se munir de l’appareil. Caché dans sa malle, il a compulsé le mode d’emploi et a utilisé l’appareil photo pour prendre des clichés de ses sœurs. Sa mère est au courant, mais elle pense que c’est un oncle qui a fait ce cadeau.

Comme il n’y a pas de flagrant délit, le jeune est laissé en liberté et l’appareil change de mains.

Qui est responsable ?

Le gamin n’a que 16 ans. Il est loin de sa majorité (21 ans). L’employeur est reconnu responsable mais comme il a été, lui aussi, mobilisé et n’a eu que deux permissions depuis le début de la guerre, il réfute la responsabilité du jeune homme. En plus le vol n’a pas été commis sur le lieu de travail, mais pendant ses heures de pause, et puis le père a promis de tout payer !!

Le père est bien civilement responsable de son fils, mais il conteste cependant cette responsabilité puisque Simon n’était pas sous sa surveillance depuis qu’il travaillait. Père de 7 enfants, il est prêt à tout payer et demande qu’on ne lui retire pas son autorité paternelle.

On en arrĂŞte (presque) lĂ 

L’huissier a retirĂ© sa plainte, pensant que le jeune homme a agi sans discernement. Il faut dire que le père de l’huissier s’est remariĂ© avec la sĹ“ur de père de Simon. On est presque en famille….

Cependant la justice suit son cours et Simon est cité à comparaitre devant le tribunal pour enfants et adolescents de l’arrondissement. Et c’est Mr G., le volé, en tant qu’huissier, qui va se rendre auprès de la famille de Simon pour leur signifier leur citation.

Le jugement sera clément. Simon est acquitté et son père doit payer les 141 francs de frais. Nul doute que le salaire du jeune homme aura été mis à contribution. Les réprimandes du père de famille ont certainement été beaucoup moins agréables à entendre !

Une pellicule de photos

Simon avouera avoir fait une pellicule de photos de famille. Il dit avoir pris ses sĹ“urs en photo. Cette photo existe toujours. Avec les diffĂ©rents dĂ©cès et dĂ©mĂ©nagements, elle est pour le moment introuvable. Les plus jeunes toujours en vie se souviennent de cet appareil photo qui Ă©tait lĂ , sorti dont on ne sait oĂą…

En ayant trouvĂ© cette histoire dans les archives, la mĂ©moire va ĂŞtre rĂ©activĂ©e et nos ancĂŞtres interrogĂ©s. Et peut-ĂŞtre que quelqu’un se souviendra de cette « raclĂ©e mĂ©morable » que Simon avait reçu pendant la guerre….

Sources: dossiers de procĂ©dure et jugements issus des tribunaux des archives de l’Aveyron. Le petit parisien. Photo d’illustration issue d’archives personnelles.

© 2017 Généalanille

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Le tour de France s’arrête (enfin) à Rodez

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Juin 292017
 

Il faut attendre 1984 pour que Rodez devienne ville-étape du Tour de France pour la 1ère fois.

Bourran 2017

Un presque aveyronnais dans le Tour 1905

Le Tour de France parcourt le pays depuis 1903. En 1905, Louis Trousselier remporte 5 étapes sur les 11 du circuit dont celle « des clous ». Ce champion n’est pas rouerguat (il est né à Paris) mais fils d’un aveyronnais de Vimenet monté à Paris tenter sa chance. Les journaux ne manqueront pas de rappeler son bon souvenir quand la course fera de Rodez une de ses villes étapes en 1984.

 

Millau plusieurs fois ville-Ă©tape

La sous préfecture aveyronnaise de Millau a accueilli le tour de France lors de son premier passage dans le département de l’Aveyron (en 1954).

Elle est même ville-étape à plusieurs reprises :

  • Le 22 juillet 1954, la course venant de Toulouse et partant pour le Puy en Velay ;
  • Le 19 juillet 1955, venant d’Avignon et se dirigeant pour Albi ;
  • Le 8 juillet 1960, arrivant de Toulouse et repartant pour Avignon ;
  • Le 16 juillet 1987, venant de Blagnac et repartant pour Avignon ;
  • Le 15 juillet 1990, arrivant du Puy en Velay et se dirigeant sur Revel.

Roquefort, la citĂ© du fromage Ă©ponyme, est ville Ă©tape en 1983, quant Ă  Rodez….

 

Un passage en 1959

Il faut attendre le 8 juillet 1959 pour que la course cycliste traverse la cité Ruthénoise en remontant le boulevard Victor Hugo, faisant face à la cathédrale en pierres roses. Le moment est immortalisé pour les caméras de la télévision française et le local de l’étape, Emmanuel Busto, de Cransac, va terminer 15ème à l’arrivée à Aurillac.

 

Le tour traversera l’Aveyron en 1963 (Villefranche De Rouergue), 1968 (Decazeville), 1975 (St Jean Delnous, Pont de Salars, Gabriac, St Côme, Aubrac) avant de s’arrêter à Rodez.

Une sacrée organisation

Plusieurs mois de prĂ©paration et trois semaines de travail intense ont Ă©tĂ© nĂ©cessaires. Tous les agents des services techniques de Rodez ont Ă©tĂ© rĂ©quisitionnĂ©s, mais aussi ceux des espaces verts, ceux des fĂŞtes, de la voirie, le menuisier… Soit une soixantaine de personnes pour cet Ă©tĂ© 1984. Car le Tour est Ă  Rodez!

Il faut mettre en place des dĂ©viations, du flĂ©chage, attacher 350 bottes de paille, prĂ©parer les parkings, des tribunes… D’ailleurs une cinquantaine de panneaux de dĂ©viation ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©s Ă  la main par les agents ruthĂ©nois car « ceux qu’on trouve sur le marchĂ© n’ont pas la flèche dans le bon sens »…

L’avenue de Bordeaux aurait due être refaite à neuf mais un incident a retardé les travaux. Les ilots dangereux de l’avenue Lacombe ont été supprimés. Les grilles d’égouts ont été changées (elles étaient composées de barreaux longitudinaux où les boyaux de bicyclette pouvaient se glisser).

900 barrières métalliques ont été empruntées dans les communes du département. Entre l’arrivée du Tour et son départ, « les barrières seront déplacées dans la nuit et le circuit sera balayé ».  Mais attention, la course repart le 12 juillet. Il faudra vite tout démonter pour rendre les barrières aux communes avant la fête nationale du 14 juillet.

Le foirail est envahi

Des parkings de dissuasion ont été instaurés aux entrées de la ville : au Lachet et aux Moutiers, sur la rocade, à la Mouline, sur l’ancien parking du bimillénaire.

Le stationnement sur le parcours est interdit pendant 3 jours et des navettes de bus sont mises en place. Qui n’est jamais venu Ă  Rodez ne sait peut ĂŞtre pas… C’est un piton ! Et garĂ© aux Mouthiers ou Ă  la Mouline demande un peu ( !) d’effort pour atteindre le foirail. Depuis le parking prĂ©vu au SacrĂ© CĹ“ur, c’est beaucoup plus facile…

La circulation aussi est réduite. 14 véhicules radios sont installés aux points stratégiques et le circuit est neutralisé dès que les coureurs arrivent « au Pas ».  Pas de circulation, mais c’est cependant plus de 600 véhicules qui sont attendus sur le foirail : 300 de la caravane, 150 des officiels et 210 de la presse.

La salle de presse est installĂ©e sous les halles Charles, les officiels dans la salle des fĂŞtes. Et sur l’avenue Victor Hugo, la tribune officielle, le camion Ă©lĂ©vateur de la tĂ©lĂ©…

 

Et la course ?

Pierre Henri Mentheour est vainqueur à Rodez en ce 11 juillet 1984 avec une moyenne de 36,407km/h  sur les 220,5 km de l’étape. Sur le podium, il est rejoint par Dominique Garde et le danois Kim Andersen. Au général, les trois premiers sont Vincent Barteau (maillot jaune), Maurice le Guilloux et Laurent Fignon.

Mentheour a démarré dans la côte de Rodez. Rejoint par ses deux compagnons qui finiront sur le podium, il s’est imposé facilement au sprint.

Le lendemain les cyclistes arrivent sur la place d’armes où l’accordéon club ruthénois joue, debout sur un podium placé devant la trésorerie. La foule est toujours aussi nombreuse que la veille.

A 10h, le départ fictif de l’étape est donné. Boulevard d’Estournel, rue St Cyrice, avenue Tarayre, avenue Durand de Gros, avenue de Paris, le pont des quatre saisons et l’avenue des rosiers d’où le départ réel est donné.

A la Roquette, les 147 cyclistes passent en trombe. Les spectateurs d’Agen ont Ă  peine le temps de les voir… A Aujols, on ralentit un peu dans la cĂ´te avant d’arriver Ă  Arques et de remonter sur SĂ©gur. Un passage devant le château de Vezins oĂą les vacanciers se sont regroupĂ©s et puis Recoules avant d’atteindre SĂ©verac. La grimpette vers le château permet au peloton de rattraper son retard sur les Ă©chappĂ©s. Et puis on attend la Lozère… le tour est passé !

Rendez vous en 2010, 2015, 2017…

Le Tour de France continuera de passer régulièrement sur les routes aveyronnaises. Mais il faut attendre 2010 puis 2015 pour que Rodez soit à nouveau ville étape. La cité Ruthénoise accueille pour la 4ème fois le Tour de France en cet été 2017.

Tour

Sources: PER386-AD12, images de l’INA, le dicodutour.com

© 2017 Généalanille

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L’architecte virĂ© pour avoir pris des congĂ©s

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Juin 162017
 

C’est l’histoire d’un l’architecte dĂ©partemental qui est virĂ© par le prĂ©fet après 35 ans de services pour avoir pris des congĂ©s sans prĂ©venir.

Un marmot nommé architecte

Etienne Joseph Boissonnade est né le 27 décembre 1796 (7 nivôse an V) à Saint Geniez d’Olt d’un père entrepreneur de travaux publics. Sa naissance est déclarée dix jours plus tard à la salle commune.

Il est nommĂ© architecte dĂ©partemental de l’Aveyron le 9 novembre 1820 par dĂ©libĂ©ration du conseil gĂ©nĂ©ral. C’est le premier architecte du dĂ©partement. Cette fonction Ă©tait assurĂ©e par les ingĂ©nieurs des ponts et chaussĂ©es qui doivent dorĂ©navant se concentrer sur les routes.

Il entre en fonction le 1er janvier 1921 avec un salaire de 1500 francs. Mais en raison des voyages qu’il est obligĂ© de faire, son allocation passe Ă  2500 francs la mĂŞme annĂ©e et est reconduite jusqu’en 1825 avec ce montant.

Des travaux divers et nombreux

Etienne Joseph Boissonnade va faire restaurer tous les Ă©difices publics de l’Aveyron. Il va aussi ĂŞtre l’acteur majeur de toutes les constructions publiques du dĂ©partement.

Parmi ses nombreux travaux, on notera sa participation Ă  la restauration de la cathĂ©drale de Rodez (toujours en restauration), celle de la prĂ©fecture, de l’école normale primaire, de l’église de Conques…

On lui doit les constructions des prisons de Millau, Villefranche et St Affrique d’après l’ancien système. Mais aussi la construction de la maison d’arrêt d’Espalion. Commencée dès 1837, cette dernière est la 1ère maison d’arrêt de France élaborée selon le système cellulaire dont le gouvernement ait autorisé l’exécution.

Il est l’architecte du palais de justice de Rodez (adjugé au printemps 1833). Il a également établi les plans de l’asile d’aliénés de Rodez qui était considéré comme un modèle.

Sans compter ses travaux pour des Ă©glises, presbytères, ou mĂŞme l’abattoir de Saint Geniez…

L’architecte est révoqué

Par arrĂŞtĂ© prĂ©fectoral du 29 octobre 1855, Mr Isidore Loirette, ancien Ă©lève de l’Ă©cole des Beaux Arts est nommĂ© architecte dĂ©partemental Ă  la place de Mr Boissonnade, rĂ©voquĂ©. Cette fonction est provisoire en attendant le concours officiel de remplacement.

Mr Boissonnade est révoqué pour avoir quitté Rodez une douzaine de jours pour se rendre à la campagne sans avoir donné avis au Préfet.

Toujours dire où l’on est

Le 12 mars 1855, l’architecte dĂ©partemental demande un congĂ© d’un mois Ă  compter du 17 pour affaires particulières l’appelant Ă  Paris. Le congĂ© lui est accordĂ© par arrĂŞtĂ© du 15 mars avec retenue du traitement.

Le 28 juillet 1855, l’architecte demande des instructions pour aller à Villefranche. Il doit aussi aller à Villeneuve mais il ne compte pas être absent plus de 8 jours.

Mais fin octobre, il oublie de prĂ©venir….

La faute Ă  la poste

Mr Boissonnade est parti le dimanche 14 octobre 1855 « pour venir faire procĂ©der, non Ă  mes vendanges car la grĂŞle m’a enlevĂ© les raisins, mais Ă  la rĂ©paration de nombreux dĂ©gâts que m’ont causĂ© les orages de toutes espèces du mois de juillet dernier. »

Il est convoquĂ© Ă  la commission des bâtiments civils qui a eu lieu le 18 octobre Ă  l’hĂ´tel de prĂ©fecture…. Mais la convocation ne lui arrive que le 18 octobre Ă  15h, soit Ă  l’heure mĂŞme de la rĂ©union ! S’il l’avait reçue la veille il serait venu….

Le prĂ©fet est en colère. Il prend un arrĂŞtĂ© le 25 octobre 1855 pour exercer une retenue de moitiĂ© du traitement de l’architecte Ă  compter de son dĂ©part et pendant tout le temps que durera son absence. Il estime qu’il nĂ©glige les affaires courantes et la surveillance du palais de justice

Mr Boissonnade rĂ©pond le 27 octobre Ă  ce prĂ©fet (prĂ©sent seulement depuis 2 ans) qu’il ne nĂ©glige pas la surveillance des travaux. Il a d’ailleurs laissĂ© un agent qui le supplĂ©e pour le faire et pour rĂ©expĂ©dier les dĂ©pĂŞches de son domicile. Hors de Rodez, il continue de travailler.

En effet, il a réalisé

  • le classement des dossiers de demande de secours pour Ă©glises et presbytères,
  • le dessin et le devis estimatif des banquettes en fer Ă  placer aux croisĂ©es de l’asile des aliĂ©nĂ©s de Rodez.

Tout cela, ainsi que le préfet lui a demandé le 16 octobre. Par conséquent, le préfet ne se serait pas rendu compte de son absence si cette dépêche était arrivée en temps et heures.

Le torchon brûle

Les échanges entre les deux hommes sont virulents. Mais le préfet est le plus fort et révoque l’architecte de 59 ans. Il lui demande de faire un inventaire en double exemplaire de ses affaires en cours et des documents professionnels qu’il détient.

Les pièces officielles sont restées à la préfecture. Mr Boissonnade transmettra 3 documents :

  • Le devis et le dĂ©tail estimatif du palais de justice de Millau. Ce document Ă©tait dans les papiers d’un de ses employĂ©s qui est mort et auquel le chef de bureau, qui est mort aussi, les avait confiĂ©s pour en faire des copies pour l’entrepreneur.
  • Le projet complet du palais de justice de St Affrique.
  • Le projet du palais de justice de Villefranche.

Quant aux avants projets pour la construction des prisons de Rodez, il refuse de les communiquer s’il n’est pas payé proportionnellement à son travail.

L’arrêté de nomination de son successeur est diffusé dans la presse début novembre 1855.

Quelques années avant sa mort

Il décède le 22 avril 1862 dans la maison Albouy au N°7 de la rue de la paix à Rodez atteint d’une apoplexie foudroyante à la fin d’un repas pris avec son frère. Il était veuf de Caroline Foulquier décédée le 10 mars 1847.

Etienne Joseph Boissonnade était Chevalier de la légion d’honneur depuis 1840, architecte diocésain depuis 1823, membre de la société des lettres.

 

Sources 4E234/3-AD12, 4E213/35-AD12, 4E213/43-AD12, 4N147-AD12, annuaire biographique des artistes français, le journal de l’Aveyron, LH/270/70-base Léonore

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Ils ont eu le coup de foudre

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Juin 092017
 

Mari et femme sont morts d’un coup de foudre en plein repas de famille, alors qu’un enfant Ă©tait sur les genoux de sa mère.

Foudre

Un jeune couple heureux

Ils se sont mariés en juin 1882 à Ste Croix dans l’Aveyron. Il a 23 ans, elle en a 22.

Jean Marius Bouyssou et Marie Jeanne Galut semblent heureux. Deux enfants viennent alors compléter la famille. Une fille née en 1883 et un garçon né en 1885.

La petite famille vit à la Capelle Balaguier avec la maman de Jean Marius, âgée d’une cinquantaine d’année.

 

Un gros orage

Le temps est orageux en ce début du mois de juin 1887. Après une chaleur accablante pendant toute la journée, le ciel se couvre en ce 1er juin. Un peu de pluie, et c’est l’orage qui se déchaine. Le tonnerre fait un bruit de tambour et la grêle ravage les récoltes de la région de Villefranche de Rouergue.

 

La foudre tombe sur la maison

Chez les Bouyssou, la famille est en train de manger vers 18H. La belle mère est en retrait. La petite fille se débrouille seule, mais le cadet de la famille a besoin de sa mère pour se nourrir. Soudain, la foudre s’abat sur le pigeonnier, brise une fenêtre au 1er étage et entre dans la cuisine au rez de chaussée.

Mr Bouyssou était debout près de la porte, il meurt foudroyé mais n’a pas de blessure apparente.

Mme Bouyssou était assise, son enfant sur les genoux. Elle meurt également foudroyée mais elle a les cheveux grillés et sa figure a des traces sanguinolentes. Sa coiffe a été projetée dans le jardin potager, situé deux mètres en arrière, et elle est en train de brûler.

L’enfant n’a rien. Son bonnet qui est resté sur sa tête est lui aussi en train de se consumer et il faut la présence d’esprit de la grand-mère pour l’éteindre rapidement.

 

La misère s’est abattu sur la maison

Triste jour dans la famille, deux morts, le pigeonnier Ă  refaire, une vitre Ă  changer, les gendarmes Ă  avertir… Le maire autorise rapidement l’inhumation des deux Ă©poux et il est probable qu’ils Ă©taient nombreux Ă  suivre ce double enterrement. Quand Ă  la grand-mère, on peut imaginer la peur de « revoir un Ă©clair semblable Ă  une maison en feu mangeant d’un cĂ´tĂ© Ă  l’autre de l’appartement » lors de tous les orages qu’elle a pu voir le reste de sa vie…

Source 4E226/11-AD12, 4E106/6-AD12, 4M132-AD12, Le Narrateur-AD12

© 2017 Généalanille

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Cocher les 6 bons numéros

 Aveyron, Challenge UProG, XXème Siècle  Commentaires fermĂ©s sur Cocher les 6 bons numĂ©ros
Juin 042017
 

« Mon mari ne boit pas, ne fume pas, ne joue pas. Mais le Loto®, ce n’est pas pareil». Le déploiement du jeu aux six numéros gagnants dans l’Aveyron.

La réforme du Loto®

Les quines, les lotos, c’est bien connu en Aveyron… Et on y joue toujours ! Mais en juillet 1975, le dĂ©cret signĂ© de Jacques Chirac ne concerne pas le jeu qu’on pratique le dimanche dans les salles des fĂŞtes mais la rĂ©forme de la loterie nationale pour crĂ©er le loto®.

Qu’est ce qui change ? Avant on tirait au sort un numéro de série parmi ceux des billets vendus, il y avait donc forcément un gagnant. Dorénavant, les clients doivent cocher 6 numéros sur une grille qui en comporte 49. Il est alors peu probable d’avoir un joueur avec la combinaison gagnante.

Paris et la province

Le 1er tirage a lieu le 19 mai 1976 au théâtre de l’Empire, avenue de Wagram à Paris. Il est animé par Jean Sas, l’animateur qui officie sur la radio et la télé depuis déjà plus de 15 ans.

Mais si Paris et les grosses villes sont plutôt bien placées pour participer à ce nouveau jeu, il n’en est pas de même pour les petites villes de province qui ne seront globalement équipées qu’à l’été 1977.

Vous ne pouvez valider qu’Ă  Millau

Pour l’Aveyron, le premier bureau permettant la validation de sa grille est à Millau. Mr Leduc au dépôt de Presse 1 Rue Ferrer à Millau est équipé depuis, au moins,  le 4 mars 1977. Une publicité récurrente lui est faite dans les journaux avec son collègue de Mende.

Mais certains ne rechignent déjà pas à faire des kilomètres : les acharnés de Rodez ou d’ailleurs vont à Millau et à Carmaux (81) pour tenter de devenir millionnaire avec seulement 2 francs.

La généralisation dans l’Aveyron

Il faut attendre le 8 juin 1977 pour que d’autres villes de l’Aveyron permettent aux joueurs de s’adonner à cette nouvelle loterie :

  • Ă  Rodez au PMU place d’armes et au tabac presse avenue Victor Hugo.
  • dans la ville de Villefranche de Rouergue aux messageries Pascal.
  • Ă  Decazeville Maison de la presse Rue Cayrade.

D’autres suivront rapidement.

Un gagnant Ă  Rodez!

Pas de grands articles dans la presse, mais on retrouve cependant la trace du (probablement) premier gagnant à Rodez. Il a validé son bulletin au tabac Asmaker 1 boulevard d’Estournel et gagne plus de 6 000 francs au tirage du 20 juillet 1977.

Son identité est préservée mais on sait cependant que c’est un carreleur portugais habitant Rodez et qu’il a gagné exactement 631 000 anciens francs (les nouveaux francs sont entrés en vigueur en 1960 !)

Comment choisit-il ses numéros? La technique est simple : il jette 49 petits carrés de papier numérotés dans une boite et fait procéder par ses 2 enfants à un tirage. Il ne lui reste qu’à cocher les cases de la grille et à patienter le tirage. Nul doute que les enfants auront profité de cette jolie somme.

Les numéros gagnants sont le 11, le 7, le 32, le 12, le 30, le 1 et comme numéro complémentaire le 17.

numéros

Des statistiques pour les bons numéros

Il suffit de 3 numĂ©ros sur une grille pour gagner un gain… et tout le monde n’a pas deux enfants pour faire un tirage au sort « maison ». Les journaux vont publier des statistiques pour aider les joueurs.

Un exemple début août 1977 avec

  • en S, la sortie, comprenez le nombre de fois oĂą le numĂ©ro est sorti depuis le premier tirage du jeu;
  • pour la lettre E, l’Ă©cart, c’est Ă  dire le nombre de tirages consĂ©cutifs oĂą le numĂ©ro n’est pas sorti;
  • enfin avec le F, la forme, le nombre de sorties au court des 10 derniers tirages.

Tous les numĂ©ros sont dĂ©jĂ  sortis. Le 1, le 26 et 28 ont Ă©tĂ© gagnants 12 fois depuis le dĂ©marrage du jeu. Le numĂ©ro 5 n’est pas sorti depuis 25 tirages. Les numĂ©ros  2 et 21 sont sortis 4 fois au cours des 10 derniers tirages…. Une aide prĂ©cieuse?

Premier tirage public Ă  Decazeville

Il faut démocratiser le loto et pour se faire, les tirages sont décentralisés en province. Une occasion de faire découvrir le jeu.

Le 14 septembre 1977 à 19H c’est dans la salle polyvalente de Decazeville que va avoir lieu le tirage. Les aveyronnais le regarde dans le plus grand silence et avec le bagou habituel de Jean Sas qui anime la soirée.

Les numéros gagnants sont  9, le 18, le 17, le 3, le 44, le 15 et pour numéro complémentaire le 16.

C’est ensuite l’heure du tirage des numĂ©ros gagnants des signes du zodiaque. Après un entracte de 15mn, l’animateur invite les spectateurs Ă  participer Ă  d’autres jeux et Ă  suivre un spectacle de variĂ©tĂ©s (NoĂ«lle Cordier, Guy Mardel accompagnĂ© de Charly Oleg….)

Une mécanique bien huilée

Fin juin 1977, les journalistes du département ont été invités à visite les locaux de la société du Loto® pour en vanter les performances et l’impartialité.

Pendant la nuit du mardi au mercredi, les bulletins de toute la France sont envoyés à Moussy. Dès le mercredi matin, les bulletins sont microfilmés. Les films sont classés par courtiers et par détaillants. Une copie des films est déposée dans un coffre dont une personne a la clé et l’autre la combinaison. Le mercredi soir, une fois le tirage effectué, les lectrices trient les bulletins. Elles mettent sur bande magnétique tous les éléments les concernant. Le nombre de gagnants classés par ordre de gain est alors connu.

Puis les bulletins sont classés en trois parts gagnants, non gagnants et rejets. Bulletin déchiré, raturé, croix mal faites ou trop nombreuses constituent les rejets. Les 0,7% de ceux-ci sont traités manuellement. Ils sont ensuite réintégrés avant le jeudi soir où le montant des gains est dorénavant connu.

La première diffusion télévisée

Il faut finalement attendre le 11 janvier 1978 pour que le tirage soit rediffusĂ© sur la première chaine Ă  la tĂ©lĂ©vision. De plus, cela restera un non Ă©vĂ©nement dans la presse locale aveyronnaise… Par consĂ©quent, rien dans le programme TV dudit jour! Le tirage du Loto® Ă  19H55 sur la « tĂ©lĂ©vision française 1 » ne sera annoncĂ© que la semaine suivante.

Dans le paysage

Les lecteurs des journaux ont eu parfois un avis très tranché sur le jeu, critiquant le peu de chance de gagner, se cachant parfois pour aller valider leur grille. Il semble que, 40 ans plus tard, le Loto® est dorénavant bien ancré dans le paysage des français.

Cet article a été réalisé dans le cadre du challenge UproG de juin 2017 sur le thème imposé « le chiffre 6 ».

Sources: PER386-AD12, PER563-AD12, PER962-AD12

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RĂ©fugiĂ© deux ans dans l’Aveyron

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Mai 282017
 

André Lebrun, né en théorie à Reims, pupille de l’assistance publique dans l’Aisne, va passer 2 ans dans l’Aveyron comme réfugié de la 1ère guerre mondiale.

Un enfant assisté

André Lebrun est né le 30 décembre 1907 en théorie à Reims, plus probablement dans l’Aisne. Enfant abandonné, orphelin ou trouvé, il est classé parmi les enfants assistés du département et on peut tracer brièvement sa vie à partir de l’âge de 10 ans grâce à son dossier aveyronnais.

Il est mis en garde chez Mme Veuve Boucher Daussin le 1er avril 1917 à Ugny le Gay (02). Une carte d’identité lui est remise et nous apprend qu’il arrive de Flavy le Martel (02) au sud de St Quentin.

Sa « gardienne » touche l’allocation de l’état aux réfugiés pour la période de novembre 1917 à avril 1918. Cependant il lui est dû le montant mensuel de la pension qu’elle a demandé trop tard à la perception locale.

 

Les évacués de l’Aisne

Fin mars 1918, on annonce l’arrivée à Rodez d’un train spécial de 1150 évacués « des pays où se déroulent les opérations militaires actuelles ».

Mme veuve Boucher-Daussin arrive à Rodez le 3 avril avec sa famille et son pupille de l’assistance publique. Mais elle doit être hospitalisée dès son arrivée. Cette pauvre femme âgée de 78 ans est devenue subitement gâteuse et il y a peu d’espoir qu’elle ne ressorte de l’hospice et donc qu’elle s’occupe du petit. Ce dernier a été mis au dépôt en attendant d’être placé. La famille de la gardienne a remis la vêture donnée à cet enfant. On note que ce dernier est atteint d’incontinence d’urine fort prononcée.

Un premier placement

Le 11 mai 1918, André est placé chez les époux Turq à Druelle. Il est de retour à l’hospice de Rodez le 25 mai 1918, ramené par ses gardiens qui disent qu’il est « atteint d’incontinence d’urine et d’une intelligence bornée ». Même si les propos sont vrais, il faut trouver un autre placement.

Un deuxième placement

Il est confié le 17 juin 1918 à Mr Mme Cuq à Centrès qui devront « l’élever et le nourrir convenablement ». Comment se comporte-t-il ? L’inspecteur pose la question à son « gardien » qui fait savoir « qu’il est à peu près satisfait de l’enfant et qu’il le gardera peut être ».

« Le pupille que vous mas vait confiait je panse qu’il ferat par se que il est trais au béysant mes encore il est pas au courant. Mes il me contant à ses bien pour le momen »

Mr et Mme Cuq ont 25 ans environ. Ils habitent à 200 mètres d’une école et à 100 mètres d’une route. Ils sont propriétaires cultivateurs et possèdent 2 vaches. Parents d’un petit garçon de 10 mois, ils sont tous les deux valides, bien portants et de bonnes mœurs. Ils ont sollicité l’inspecteur le 1er avril 1918 pour se voir confier un enfant « de préférence un garçon de l’âge de 5 à 6 ans. »

Mr Cuq est réformé depuis juillet 1916. Il s’est marié en janvier 1917.

Se faire rembourser

Le 19 septembre 1918 Mme Boucher Daussin va recevoir incessamment la somme de 450 francs pour l’exercice 1917. Il faut dire qu’elle vient tous les deux jours dans le bureau de l’inspecteur pour réclamer son dû. Le 8 octobre 1918, l’AP de L’Aveyron demande à son homologue de l’Aisne (délocalisé à Chartres) si les 30 francs par mois comprennent la vêture. La réponse est non.

Pour les vêtements qu’elle a payé (60 francs), Mme Boucher-Daussin doit donc faire un mémoire en triple exemplaire pour être remboursée.

Les boches ont tout détruit

L’armistice est signé. Mais les hommes ne sont pas encore rentrés et les réfugiés ne sont pas tous rapatriés.

Le 18 décembre 1918, André est vu en classe et dans son placement. « Bien portant, mais très en retard pour la classe. Est peu intelligent. Il se montre désobéissant et entêté. Il est incontinent d’urine. »

Le 6 janvier 1919, le voisin se plaint du pupille « le petit […] nous coupe des petits arbres ». Comme le gardien ne fait rien, le maire a Ă©tĂ© averti…

Le 9 avril, la famille de placement explique qu’AndrĂ© doit faire sa première communion le 27 avril. Il lui faut son extrait de baptĂŞme. L’Assistance publique transmet la demande dans l’Aisne. La rĂ©ponse ne tarde pas : « tous les dossiers des pupilles de mon service ont Ă©tĂ© complètement dĂ©truits par les boches »… alors le certificat de baptĂŞme, il faudra s’en passer.

Retour à l’hospice

Le 23 avril 1919, André retourne à l’hospice de Rodez. Sa fiche de placement évoque un abcès. Fait-il finalement sa première communion ?

Le certificat médical donne un avis favorable à son placement le 10 mai 1919.

Un troisième placement

André est confié le 17 mai 1919 à Mr Labit à Lédergues.

Le 19 octobre 1919, il est vu par le service de placement, et c’est plutôt sa famille d’accueil qui est jugée. « Assez bien portant, mais peu intelligent. Bons soins, excellent placement. »

Il a maintenant bientôt 12 ans et le 6 décembre 1919, il a besoin d’une vêture. L’inspecteur de l’AP de l’Aveyron contacte son homologue de l’Aisne. Ce dernier envoie directement le paquet à la nourrice.

Rapatrié après deux ans

Le 28 février 1920 il revient à l’hospice de Rodez, son rapatriement dans l’Aisne à lieu dès le lendemain. Il continuera probablement d’être placé jusqu’à sa majorité.

Source 1R958-AD12, 4E57/7-AD12, Etat civil mairie de Reims, 3X126-AD12, le journal de l’Aveyron.

© 2017 Généalanille

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Pompon est réquisitionné

 2ème guerre mondiale, Aveyron, Blog, Histoire locale  Commentaires fermĂ©s sur Pompon est rĂ©quisitionnĂ©
Mai 212017
 

Les animaux ont aussi été réquisitionnés lors de la seconde guerre mondiale, faisant perdre un outil de travail et un compagnon à leurs propriétaires.

Pompon

Des chevaux recensés

Pompon est un cheval né en 1929. Depuis ses 5 ans, il est annuellement recensé à la mairie de St Affrique comme « susceptible d’être requis par le service des armées en cas de mobilisation ». C’est la loi du 3 juillet 1877 qui a instauré cette déclaration obligatoire.

Et c’est le maire qui est chargé d’établir la liste dans un registre avec le nom du propriétaire, le nom de l’animal, sa robe, son sexe, sa taille, son numéro d’ordre au registre de recensement et le classement de l’année précédente s’il y a lieu.

Quelques animaux échappent à cette liste : les juments reproductrices, les animaux de halages ou d’exploitations houillères et les animaux réformés de part leur fonction (appartenant au chef de l’état, à l’administration des postes…)

Pour la commune de Saint Affrique, la présentation des chevaux a lieu sur la place de l’hospice, généralement en mai, lors d’une tournée d’une commission départementale. 147 animaux en 1938, rien que pour cette commune !

Une taxe

Pompon est le seul cheval d’Henri Boudes à Saint-Affrique. Il a 2 chiens, mais un seul cheval. Il paie des taxes pour ses animaux. 12 francs par an pour Pompon depuis que la taxe de l’état a été supprimée (en juillet 1934) et que le conseil municipal a fixé ce nouveau tarif. 13 francs pour les deux chiens.

Pompon est réquisitionné

La seconde guerre mondiale se dĂ©clenche. Mobilisation gĂ©nĂ©rale pour les hommes et pour les « animaux, voitures, moyens d’attelage, aĂ©ronefs, vĂ©hicules automobiles, navires, embarcations…. » Pompon est rĂ©quisitionnĂ© et Henri Boudes doit l’emmener le 3 septembre 1939. OĂą va-t-il aller ? Au front, Ă  l’arrière ? Impossible de savoir. L’homme doit se sĂ©parer de son outil de travail et probablement d’un compagnon.

Une compensation financière

Un barème est Ă©tabli pour les voitures et pour les animaux afin de compenser la perte financière des moyens rĂ©quisitionnĂ©s. Mais l’argent ne remplace pas tout. Et Henri Boudes n’est pas satisfait d’une part de ne plus avoir Pompon et d’autre part de ne toucher que 5 800 francs pour ce cheval de 3ème catĂ©gorie. Le 25 janvier 1940, il en rĂ©clame 7 800 francs. C’est bien plus que les 25% gĂ©nĂ©ralement proposĂ©s par l’administration en cas de contestation. Par jugement du 6 mars 1940, il obtiendra gain de cause et la somme qu’il souhaitait.

De tous les propriétaires du canton de St Affrique qui ont envoyé une réclamation pour des compensations financières face à la réquisition de leurs chevaux, seuls deux d’entre eux ont précisé comment ils appelaient leurs animaux.

La suite de l’histoire de Pompon n’est pas prĂ©cisĂ©e dans les documents d’archives…

Sources: 10U8/190-AD12, 16P8/19-AD12, 15P1/216-AD12, 20R71-AD12 et la photo de Bayard.

© 2017 Généalanille

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